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	<title>Réalités Hypnotiques &#187; Jean-Dominique Paoli</title>
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		<title>Mémoire et Hypnose</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Nov 2013 09:51:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Dominique Paoli]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsqu’il pousse la porte d’un cabinet d’hypnothérapeute, un client vient la plupart du temps parce qu’il est poursuivi par sa mémoire qui, en boucle, le ramène à des souvenirs douloureux et  lui fait adopter des comportements  sous forme de routines  auxquelles il ne parvient pas à échapper. Le tableau des problèmes traités par l’hypnose est parlant : phobies,  dépendances diverses, stress post-traumatique, douleurs chroniques, comportements répétitifs et inadéquats, etc…</p>
<p>Tous ces problèmes sont inscrits dans la mémoire des personnes et perturbent leur vie actuelle. Or, d’une part la mémoire est gérée en grande partie par l’inconscient, d’autre part l’hypnose permet un accès privilégié et une relation avec cet inconscient. Hypnose et mémoire, c’est la réunion d’une faculté, la mémoire, avec une technique, l’hypnose,  qui peuvent alors interagir, se compléter, s’enrichir l’une l’autre.</p>
<p>Lorsqu’un thérapeute utilise une transe hypnotique dans le but de faire retrouver à son client des souvenirs enfouis, causes de troubles actuels, il met l’hypnose au service de la mémoire. Lorsque ce même praticien utilise des images mentales pour modifier la perception des éléments négatifs que son client a d’un événement traumatisant, il profite des caractéristiques du fonctionnement de la mémoire.</p>
<p>Adapter la thérapie aux caractéristiques de la mémoire peut permettre de mieux gérer les problématiques récurrentes qui se posent aux personnes. Utiliser l’état modifié de conscience que permet l’hypnose est un levier puissant de mémorisation, particulièrement dans le domaine des apprentissages.</p>
<p>En outre il est important d’établir aujourd’hui un état des relations entre l’hypnose et la mémoire dans la mesure où elles ont connu une évolution parallèle et riche en progrès au cours des dernières décennies.</p>
<p>L’hypnose a bénéficié de l’héritage d’une grande richesse qu’a laissé, à la fin du XXè siècle, l’hypnothérapeute  américain Milton Erickson, héritage que ses anciens collaborateurs et ses disciples ont mis et mettent encore en valeur, tout en l’enrichissant, le modélisant. L’hypnose est ainsi sortie de la confidentialité et s’édifie sur des bases solides et pertinentes. De l’hypnose dite classique, à caractère autoritaire, on est passé à l’hypnose ericksonienne, dite moderne, plus subtile et surtout non dirigiste, qui permet des thérapies plus efficaces.</p>
<p>La mémoire a quant à elle profité des avancées techniques de l’imagerie médicale et de la biologie. Depuis une vingtaine d’années, le fonctionnement du cerveau est de mieux en mieux expliqué d’où une meilleure connaissance des mécanismes mnésiques. De nombreuses équipes de chercheurs sont à l’œuvre sur la planète, notamment aux Etats-Unis où le chef de file est Erik Kandel qui a obtenu en 2000 le prix Nobel de médecine pour ses travaux sur la mémoire. Pendant de nombreuses années Kandel a lancé de nombreuses équipes de recherche sur les divers aspects du fonctionnement de la mémoire. Avec Larry Squire, autre chercheur en pointe dans ce domaine, ils ont réalisé la synthèse des nouvelles connaissances dans leur ouvrage « La mémoire, de l’esprit aux molécules » où ils analysent les processus mnésiques à tous les stades allant de la psychologie cognitive à la biologie moléculaire.</p>
<p>Longtemps domaine réservé des philosophes, la mémoire est devenue au siècle dernier un sujet d’étude des psychologues, avant de devenir récemment celui des neurosciences puis de la biologie moléculaire. Ces champs d’étude forment aujourd’hui une science unique qui regroupe les approches de la psychologie cognitive, des neurosciences, de la biologie cellulaire et moléculaire. Il est désormais possible d’étudier l’aspect biologique des processus mentaux, en d’autres termes de savoir pour telle émotion par exemple, quel gène est activé, voire modifié, quelle protéine il exprime, etc…</p>
<p>Ainsi, pour la mémoire, c’est en « termes de mécanismes cellulaires et moléculaires que des concepts tels l’association, l’apprentissage, le stockage, le rappel et l’oubli, qui étaient autrefois seulement psychologiques, peuvent être appréhendés » (Kandel et Squire).</p>
<p>Il en est de même pour l’hypnose où, sous l’impulsion de l’un des derniers collaborateurs de Milton Erickson, Ernest Rossi, l’étude des phénomènes hypnotiques s’étend au champ moléculaire de notre cerveau.</p>
<p>Nous nous proposons donc  de présenter l’interaction de l’hypnose et de la mémoire. Nous le ferons sous forme de plusieurs articles qui seront autant de volets, autant d’approches de la relation entre l’hypnose et la mémoire.</p>
<p>Nous commencerons par faire l’état des lieux de ces deux notions : comment fonctionne notre mémoire et ce que peut apporter l’hypnose à ce fonctionnement.</p>
<p>Puis nous nous intéresserons à la conjugaison de l’hypnose et de la mémoire dans les stratégies  thérapeutiques pour traiter les événements du passé. Quelles techniques utilisant les caractéristiques à la fois de l’hypnose et de la mémoire, par exemple par une perception modifiée des événements du passé ou par la mise en œuvre d’une mémoire du futur.</p>
<p>Cela nous amènera ensuite à étudier les limites (notamment la pertinence de faire appel à la mémoire pour remuer le passé ) et les biais de l’utilisation de l’hypnose pour renforcer la mémoire du passé. Avant de mettre en exergue les dérives liées à l’idée qu’une mémoire boostée par l’hypnose constitue un sérum de vérité servant de carburant à une machine à remonter le temps.</p>
<p>Enfin, nous tenterons de répondre à la question « peut-on améliorer notre mémoire grâce à l’hypnose ? ». L’idée peut être celle d’une thérapie par l’hypnose pour améliorer une mémoire défaillante, mais d’une manière plus générale nous nous intéresserons à l’apport des techniques d’hypnose aux apprentissages : dans le cadre d’un accompagnement peut-on améliorer, renforcer, faciliter les apprentissages en utilisant les nouvelles connaissances du fonctionnement de la mémoire associées aux techniques de l’hypnose, notamment par la gestion des émotions.</p>
<h2>Volet 1 : fonctionnement de la mémoire, intérêt d’une action conjointe avec l’hypnose</h2>
<p>L’état hypnotique s’est souvent traduit dans les cabinets d’hypnose par des manifestations spectaculaires liées à la mémoire des personnes : régressions, souvenirs enfouis soudain réapparus, acuité mnésique, etc… On a donc pu croire que l’hypnose permettait de doper la mémoire, de mieux cerner la vérité des faits passés. Cette croyance a été à l’origine, dans les pays anglo-saxons, du syndrome des « faux souvenirs » qui a brisé de nombreuses familles et envoyé en prison des innocents. Nous traiterons de ces dérives dans un volet ultérieur , mais l’on peut affirmer que ces dérives ont été dues à la confiance aveugle des professionnels, de l’hypnose et de la justice, dans les techniques d’hypnose,  et surtout à l’ignorance de la manière dont fonctionne la mémoire.</p>
<p>Avant de voir en quoi l’hypnose peut apporter une stimulation à la mémoire, et dans l’autre sens, en quoi la connaissance des mécanismes de la mémoire peut permettre à l’hypnose d’être plus efficace, il est donc nécessaire de bien connaître quelle mémoire est concernée, comment elle fonctionne et quelles  informations nous récupérons à la suite de la mémorisation.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Quel type de mémoire est concerné</span> :</p>
<p>Différentes classifications, différents types de mémoire  existent. Notre propos n’est pas d’en dresser la liste, mais de présenter celles qui sont concernées par la relation mémoire/hypnose.</p>
<p>Une première distinction est essentielle chez Squire et Kandel : <i>mémoire à court terme</i> et mémoire à <i>long terme</i>. Chacun comprend intuitivement que dès lors qu’il est question de « mémorisation », il s’agit d’une mémorisation à long terme, de plusieurs heures  à plusieurs années. Les problèmes récurrents vécus par les clients en hypnothérapie se retrouvent dans cette catégorie. De même les processus d’apprentissage.</p>
<p>On pourrait penser qu’il ne s’agit là que d’une classification formelle, théorique. Or Kandel, Squire et leurs équipes ont fait une découverte importante : le passage d’une mémorisation à court terme à une mémorisation à long terme se fait par le déclenchement d’un commutateur biologique supposant des modifications structurelles au niveau des gênes et de l’expression (=émission) de protéines spécifiques. Nous reviendrons sur ce commutateur dans le dernier volet de cette étude, consacré aux apprentissages.</p>
<p>Autre distinction essentielle pour Squire et Kandel : <i>mémoire déclarative</i> et mémoire <i>non déclarative</i>. La mémoire déclarative est celle qui peut s’exprimer par des mots : raconter un épisode de sa vie, exposer des connaissances. A l’intérieur de la mémoire déclarative, on trouve la mémoire <i>épisodique</i>, celle des événements de notre vie, ainsi que la mémoire <i>sémantique</i>, celle de tout ce que nous avons appris et apprenons encore au cours de notre existence.</p>
<p>Ces deux catégories sont souvent associées : quand je parle de mon voyage à Rome, ville éternelle, le récit de mon voyage relève de la mémoire épisodique et lorsque je complète par « ville éternelle » je mets en œuvre le mémoire sémantique.</p>
<p>La mémoire épisodique est concernée  par l’utilisation de l’hypnose, tant les événements passés sont la source des problèmes pour les clients en thérapie. La mémoire sémantique sera plutôt concernée par l’hypnose dans le cadre des apprentissages.</p>
<p>La mémoire non déclarative est celle des gestes automatiques, des procédures (on la nomme aussi « mémoire procédurale » ou encore « mémoire implicite »), des habiletés que notre corps a apprises. Elle ne s’explique pas en mots mais par la manière d’effectuer quelque chose : attacher ses lacets, faire du vélo, nager, etc… Elle relève de notre inconscient.</p>
<p>Par exemple, quand on a appris à marcher, les gestes se sont stockés sous forme de mémoire non déclarative. Il n’est pas nécessaire de se rappeler qu’il faut faire un pas avec le pied droit puis avec le gauche. D’ailleurs si l’on veut consciemment prêter attention au processus de la marche tout en l’expliquant en même temps, c’est une démarche bizarre qui en résulte. Pour peu que l’expérience ait lieu dans la rue, le risque est grand de se retrouver au poste de police pour ivresse sur la voie publique…</p>
<p>Un accident, une maladie peuvent entraîner la perte de mémoire de ces gestes acquis. Couplée avec une rééducation psychomotrice, l’hypnose peut permettre de retrouver certains automatismes perdus.</p>
<h3><span style="text-decoration: underline;">Comment fonctionne la mémoire </span></h3>
<p>Pour expliquer ce fonctionnement, nous prendrons l’hypothèse la plus courante en thérapie, celle de la mémoire des événements ou mémoire épisodique.</p>
<p>A priori, nos sens captent tout notre environnement. Mais est-ce que tout ce qui transite par nos organes sensitifs est enregistré et gardé à long terme ? La réponse passe par la distinction entre mémoire à court ou long terme.</p>
<h4><i>Mémoire à long terme, mémoire à court terme</i> :</h4>
<p>Tout ce qui nous entoure, bruits, environnement visuel, odeurs, saveurs, etc… est capté par nos sens et transmis au cerveau, plus précisément dans la mémoire à court terme. Ce court terme va de quelques secondes à quelques minutes.  C’est <span style="text-decoration: underline;">la mémoire à court terme</span> qui nous permet de lire un numéro sur un annuaire et de le taper sur le clavier du téléphone. Aussitôt tapé, le numéro est oublié.  C’est elle encore qui nous permet de mémoriser le début d’une phrase que nous lisons ou entendons, de manière à en comprendre la fin. A peine mise en œuvre, aussitôt  tombée dans l’oubli, la mémorisation à CT <span style="text-decoration: underline;">évite</span> ainsi <span style="text-decoration: underline;">une surcharge de notre cerveau</span>.</p>
<p>La mémoire à CT a donc une fonction essentielle, celle de faire le tri (c’est pourquoi on l’appelle aussi « mémoire de travail ») dans les informations reçues, d’éliminer celles qui a priori ne présentent pas d’intérêt. Vous parcourez une rue, vous croisez ainsi de nombreuses personnes, entendez le brouhaha d’une ville, captez des parfums, des odeurs. Arrivés au bout de la rue, vous seriez bien en peine, sauf événement précis survenu, de vous souvenir de toutes ces informations : vous les avez captées mais pas mémorisées. Cela s’est fait en dehors du conscient.</p>
<p>Ainsi tout ce que nous apportent nos sens passe par le filtre de la mémoire à court terme. Notre inconscient y fait un travail permanent de tri et d’élimination d’informations qu’il juge sans importance ou déjà connues. S’il nous fallait nous souvenir de tout ce que nous voyons, entendons, ressentons, goûtons, sentons à chaque minute de notre vie, nous aurions continuellement à chercher les quelques souvenirs utiles dans un énorme fatras d’informations sans intérêt.  Même avec 100 milliards de neurones, si nous voulions tout retenir, nous serions submergés, noyés sous les informations.</p>
<p>Et ce, sans parler d’une capacité largement insuffisante de stockage dans le cerveau.</p>
<p>Certes, l’oubli peut être dû à un refoulement lié à des émotions pénibles, mais il est surtout nécessaire au bon fonctionnement de notre mémoire : continuellement, nous sélectionnons de manière inconsciente mais aussi, plus rarement, consciente,  ce que nous garderons d’une part  et ce qui est destiné à l’oubli d’autre part. Nous n’acheminons vers notre mémoire à long terme qu’une minorité des informations qui nous parviennent de notre monde,  la grande majorité  étant oubliée aussitôt qu’identifiée.</p>
<p>Si l’on sait depuis longtemps que l’oubli  est une dilution avec le temps de ce qui est mémorisé, il est donc aussi et surtout une non-mémorisation initiale dans les quelques secondes qui suivent la captation de l’information. <span style="text-decoration: underline;">L’oubli est une des fonctions essentielles de la mémoire</span>, il lui permet de fonctionner de manière optimale : <span style="text-decoration: underline;">pouvoir ignorer est une faculté importante du cerveau</span>.</p>
<p>Puisque nous serons amenés à parler de thérapie à de nombreuses reprises, cette notion de l’oubli nécessaire nous amène à dire quelques mots de la thérapie dominante, la psychanalyse, en ce qui concerne la mémorisation de ce que nous vivons au fil des minutes, heures, années… Aux yeux des tenants de la psychanalyse, notre mémoire enregistre tout ce que notre cerveau capte de notre environnement. Si nous ne nous souvenons pas de tous ces enregistrements, cela serait dû à un phénomène de refoulement : nous ne voulons pas nous souvenir de faits qui nous traumatisent mais qui restent présents quelque part dans notre mémoire. Comme ces faits refoulés entraînent des conséquences psychologiques récurrentes, la démarche de la psychanalyse a pour objectif de remonter à la source de ces troubles actuels, de les revivre et de les expurger par une décharge émotionnelle, la catharsis.</p>
<p>Au regard de ce que nous savons aujourd’hui du fonctionnement de la mémoire, ce principe d’une mémorisation de tout ce que nous vivons qui constitue le fondement de la psychanalyse,  n’est donc plus défendable. C’est la raison pour laquelle les thérapies modernes se sont de plus en plus affranchies du passé et du recours à la mémoire des traumatismes.</p>
<p>Revenons au tri des informations dans la mémoire à CT : comment se fait le passage dans la mémoire à LT, celle qui va conserver les informations ?</p>
<h4><i>La mémorisation à long terme</i></h4>
<p>Les spécialistes de la mémoire parlent d’<i>encodage</i> pour évoquer le transfert des informations dans la mémoire à LT, ce qu’en langage courant nous appelons mémorisation. Puis de <i>stockage</i> pour expliquer comment les informations sont conservées. Enfin de <i>récupération</i> pour décrire quelles informations notre cerveau est capable de retrouver dans les innombrables casiers de notre mémoire.</p>
<h4><i>L’encodage</i></h4>
<p>Kandel et Squire ont mis en évidence l’existence d’un commutateur qui déclenche <i>l’encodage </i>à LT. Ce commutateur est soit conscient soit inconscient.</p>
<p>Il est conscient quand nous décidons de mémoriser telle ou telle information. C’est la situation de tous les apprentissages. Les informations sont alors encodées par une glande du cerveau l’hippocampe, qui joue un rôle de bibliothécaire, « étiquetant » et rangeant les informations destinées à être conservées.</p>
<p>L’encodage à LT est inconscient quand  la mémoire épisodique, celle des événements de notre vie, est concernée : cet événement, nous le vivons, nous n’avons pas ensuite à « l’apprendre » comme nous le faisons pour un cours d’histoire par exemple.</p>
<p>Proust n’avait pas formellement mémorisé les moments où il rendait visite à sa tante dans son village lorsqu’il était enfant, cela s’était fait à son insu. C’est en dégustant une madeleine, comme celles que lui servait sa tante,  que  les souvenirs  affluent,  souvenirs qui ne lui venaient plus consciemment à l’esprit.</p>
<h4><i>Le rôle de l’amygdale</i></h4>
<p>Comment fonctionne cet encodage inconscient ? Nous l’avons vu, un tri est fait au moment de la perception des informations, nous ne conservons en mémoire que ce qui présente un intérêt, ce qui est important pour nous. Le processus est inconscient,  c’est une glande du cerveau, de la grosseur d’une amande, l’<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Amygdale_%28cerveau%29">amygdale</a>, qui indique à l’hippocampe que tel ou tel événement doit être mémorisé. Elle le fait lorsqu’une émotion particulière est générée par l’événement.</p>
<p>A l’origine de l’espèce humaine, le rôle de l’amygdale était de gérer la survie dans un environnement hostile à l’être humain. Non seulement elle mémorisait les dangers, mais aussi elle déclenchait des procédures d’urgence, notamment l’augmentation du rythme cardiaque et l’envoi de sang dans les jambes pour permettre la fuite, la peur étant l’émotion qui déclenche cette protection.</p>
<p>Avec l’évolution de l’espèce, le cerveau humain s’est développé. Autour du cerveau d’origine, s’est enroulée une écorce nouvelle, le néocortex, adaptée aux besoins nouveaux de l’espèce, le langage et la pensée. De ce fait, l’amygdale s’est trouvée en charge de nouvelles réactions, face à de nouvelles peurs  autres  que celles du danger imminent, face à de nouvelles émotions, notamment celles liées aux comportements  sociaux .</p>
<p>Ce sont autant de causes de réactions diverses de protection. Or l’amygdale réagit dans l’urgence, une réponse consciente n’a pas le temps de se mettre en place, d’où souvent une réaction mal adaptée, mal mesurée. C’est ainsi qu’au lieu de mettre en œuvre une fuite de protection, elle peut déclencher une fuite panique plus nocive qu’efficace. Le problème est que ces réactions approximatives sont enregistrées en même temps que l’événement, car l’amygdale mémorise tous les événements à caractère émotionnel de manière à ce que l’individu se constitue une expérience de gestion des moments vitaux.</p>
<p>Et ainsi notre mémoire épisodique se trouve sollicitée par l’amygdale pour enregistrer bon nombre d’événements à caractère émotionnel, l’événement étant mémorisé sans intervention consciente et de surcroît accompagné de la réaction générée par l’amygdale.</p>
<p>Il suffit que les conditions de l’événement soient à nouveau réunies pour que la mémoire déclenche la réaction passée. Cette protection inconsciente n’est pas toujours  pertinente, adaptée, d’où, pour des situations de la vie courante, anxiété, jalousie, colère, etc…, des réactions qui nous échappent et prospèrent en boucle.</p>
<p>Sur ce fonctionnement de l’amygdale, on pourra lire avec profit des explications plus complètes dans le livre de Kandel et Squire précité, ainsi que dans une suite de quatre articles de <a href="http://hypnoscient.fr/tag/amygdale/">Laurent Bertin</a>.</p>
<p>L’ encodage  généré par une émotion est puissant, il s’inscrit dans la mémoire sans avoir besoin d’être appris, de faire l’objet d’un apprentissage conscient. L’exemple qui est souvent utilisé est celui des attentats du 11 septembre à New-York. Chacun se souvient de ce qu’il faisait ce jour-là au moment où il a pris connaissance des attentats, du fait de la grande émotion suscitée.</p>
<p>Mais souvent les émotions n’ont pas besoin d’être aussi fortes pour être mémorisées. Il suffit que l’émotion représente quelque chose d’important pour la personne. « <span style="text-decoration: underline;">Ce qui touche le cœur se grave dans la mémoire </span>» a écrit <span style="text-decoration: underline;">Voltaire…</span></p>
<p>Les recherches récentes sur la mémoire ont permis d’élargir cette notion de mémoire des émotions automatiquement enregistrées. L’amygdale, donc la mémoire à long terme, est sollicitée certes lorsqu’un événement s’accompagne d’émotions classiques, la peur, la joie, le dégoût, la tristesse, l’envie, etc…, mais aussi, et peut-être plus encore, dans une perception qui n’est pas forcément négative, l’attente, l’impatience, l’insolite, l’humour, la nouveauté, l’étonnement ou la surprise.</p>
<p>Nous verrons dans un volet ultérieur consacré aux apprentissages, qu’il peut être très intéressant dans une situation d’apprentissage de déclencher par une démarche hypnotique  l’un ou l’autre de ces types « d’émotions » pour éveiller l’amygdale, la pousser à intervenir  et ainsi renforcer la mémorisation.</p>
<p>Une autre particularité de l’encodage par l’amygdale est que non seulement l’événement et son environnement sont  enregistrés mais aussi notre état d’esprit, notre réaction à ce moment précis. Or notre état d’esprit influe sur notre perception de l’événement. Nous ne mémorisons donc pas l’événement objectif, comme le ferait une photocopieuse ou une caméra vidéo. La plupart du temps nous ne conservons que certains éléments de l’événement vécu et de plus nous les simplifions ou amplifions, en fonction de notre évaluation de ce qui se passe. <span style="text-decoration: underline;">Ce que l’amygdale</span> <span style="text-decoration: underline;">encode dépend</span> donc <span style="text-decoration: underline;">fortement de l’individu que nous sommes</span>, avec sa culture, ses expériences, ses références sociales, ses émotions et ses motivations.</p>
<p>C’est pourquoi le souvenir d’un même événement vécu par deux personnes comportera des différences. Nous avons tous vécu le récit par un couple d’un épisode précis de sa vie : il ne faut guère qu’une poignée de secondes avant que les deux récits ne se mettent à diverger… et que la dispute naisse !</p>
<p>A ce stade des explications sur le fonctionnement de la mémoire, celui de l’encodage, nous voyons déjà se dessiner les contours  limités d’un recours à la mémoire pour reconstituer un fait passé :</p>
<p>-        Bon nombre d’informations  ne franchissent pas le filtre de la mémoire à court terme, elles ne sont pas mémorisées.</p>
<p>-        Celles qui sont mémorisées dans la mémoire à long terme le sont soit par une décision consciente d’apprentissage, soit par un processus inconscient géré par l’amygdale, glande puissante qui est éveillée par une émotion particulière.</p>
<p>-        Ce qui est mémorisé d’un événement dépend de la personne qui le vit.</p>
<h3>Récupération de ce qui a été mémorisé</h3>
<p>D’abord quelques mots du stockage des informations, élément déterminant du processus de récupération. On a longtemps cru que les souvenirs étaient stockés d’un seul tenant : un événement, un stockage en un seul endroit.  On sait maintenant que ce n’est pas le cas : non seulement il n’y a pas de centre spécialisé de la mémoire mais de plus un même événement est ventilé en plusieurs éléments et dispersé dans diverses régions cérébrales. Ces régions cérébrales sont spécialisées dans des aspects spécifiques de la perception.</p>
<p>Cela a pour conséquence que la récupération mnésique est la somme des éléments éclatés un peu partout dans le cerveau et qui forment l’enregistrement de l’événement : cette somme est appelée « engramme ».</p>
<h4>Se souvenir, c’est reconstruire</h4>
<p>L’on peut  se dire alors que la récupération du souvenir consiste simplement en une réactivation et un regroupement des divers fragments de l’engramme, reconstituant tel quel ce qui a été enregistré. En fait, ce n’est pas si simple. En effet on ne récupère pas les fragments disséminés tels qu’ils ont été enregistrés.</p>
<p>Tout d’abord, ces fragments ne reviennent pas avec une force égale. Certains sont récupérés avec plus de force que d’autres : on peut par exemple se souvenir visuellement de l’événement mais avoir quelque peu oublié le son ou un autre composant. Du coup, le souvenir n’est déjà plus qu’une approximation de ce qui s’est réellement passé.</p>
<p>Ensuite, nous l’avons vu, la mémorisation s’est faite avec un certain état d’esprit. Or, c’est un état d’esprit différent qui risque d’être présent au moment de la récupération, d’où une évaluation différente de chaque partie de l’engramme par la personne. Si <span style="text-decoration: underline;">la mémorisation est subjective, la remémoration l’est tout autant.</span></p>
<p>Et puis le temps passe. Avec le temps, notre souvenir peut devenir imprécis, l’oubli jouant  son rôle. Quand nous tentons de nous souvenir d’un événement, nous faisons des erreurs involontaires, par défaillance de la mémoire sur tel ou tel fragment de l’engramme, ou volontaires, afin de rendre notre récit plus cohérent ou plus intéressant. A la longue ces modifications sorties de notre imagination finissent par prendre place dans la mémoire aux côtés des éléments réellement perçus, sans que nous puissions démêler le vrai de l’imaginaire. Nous ne sommes alors plus en mesure de faire la différence entre le souvenir réel d’un vécu et l’évocation ultérieure de ce vécu.</p>
<p>Ainsi, <span style="text-decoration: underline;">nous reconstruisons le passé : se souvenir, c’est reconstruire</span>. Les souvenirs sont très souvent des reconstitutions déformées par le souci de rendre cohérents les faits ou de combler les trous, mais aussi modifiées par l’influence d’informations ultérieures, y compris, dans le cas d’une thérapie, par le contexte thérapeutique lui-même : le cadre de la consultation, les suggestions, etc…</p>
<p>Chacun reconstruit sa réalité. Il s’agit là du fondement du « constructivisme », concept qui est à la base de la réflexion sur les thérapies brèves (que nous verrons dans le volet 2).</p>
<p>Au regard de l’exactitude, de la véracité  des faits, ces modifications apportées par la mémoire  constituent un inconvénient. Mais l’éclatement en fragments est intéressant, dans la mesure où l’on peut reconstruire l’événement en jouant volontairement sur l’équilibre entre les diverses parties de l’engramme, par exemple en diminuant les ressentis négatifs et amplifiant les positifs. C’est la technique dite des « sous-modalités » que nous décrirons dans un autre volet de cette étude.</p>
<h4>La mémoire est-elle fiable ?</h4>
<p>Au vu des paragraphes qui précèdent, il est tentant de conclure que la mémoire n’est guère digne de confiance.</p>
<p>Car enfin, une mémoire qui sélectionne des fragments d’un événement en fonction d’une grille de lecture liée à l’individu, qui  lors de la récupération lit ces fragments avec une grille qui a évolué, une mémoire qui subit l’influence de l’environnement, qui bouche des trous dans le souvenir au moyen de l’imagination, bref une mémoire subjective et qui reconstruit en permanence, ne peut être un modèle de vérité de ce qui s’est effectivement passé.</p>
<p>En fait, dans la réalité la mémoire est raisonnablement fiable. Certes, nous oublions les détails mais l’oubli joue ainsi son rôle qui nous permet de résumer, synthétiser et ainsi de ne retenir que les éléments principaux. Nous tirons des leçons générales débarrassées des détails, leçons qui peuvent s’additionner au fur et à mesure de nos expériences et constituer notre bibliothèque de connaissances.</p>
<p>En revanche, il ne peut pas être question de faire confiance à la mémoire pour retrouver des détails précis de faits, par exemple dans le cas de procédures pénales mettant en cause des personnes, et encore moins d’y associer l’hypnose comme un adjuvant de vérité. Nous étudierons cet aspect dans un volet ultérieur consacré aux dérives de l’utilisation de l’hypnose associée à la mémoire.</p>
<p>Pour l‘heure, intéressons-nous aux effets que peut apporter l’hypnose à  la mémoire et aux souvenirs.</p>
<h3>L’hypnose au service de la mémoire ?</h3>
<p>Dans les explications précédentes sur le fonctionnement de la mémoire, nous avons constaté que notre inconscient joue un grand rôle dans ce fonctionnement, notamment dans le tri initial des informations reçues de notre environnement et aussi dans le renforcement de la mémorisation en présence d’émotions. Or l’hypnose est le moyen privilégié d’accès à cet inconscient. C’est pourquoi il est intéressant de chercher ce que l’hypnose peut apporter à la mémoire.</p>
<p>Dans le manuel « <a href="http://www.parutions.com/index.php?pid=1&amp;rid=85&amp;srid=427&amp;ida=8658">Soigner par l’hypnose </a>», qu’il a écrit avec G Salem, E Bonvin met en avant des similitudes entre l’hypnose et la mémoire, comme une nature commune, au point d’avoir parfois l’impression d’observer le même objet. Ce qui suit est inspiré de ses observations  et réflexions.</p>
<p>Lors de l’induction de la transe hypnotique, l’attention est focalisée, prolongée, sélective. Or, c’est ainsi que fonctionne la mémorisation : ce qui est mémorisé est ce que nous avons perçu avec une attention particulière car cela est significatif pour nous. <span style="text-decoration: underline;">L’induction hypnotique apporte </span>donc<span style="text-decoration: underline;"> à la mémoire un renforcement d’attention.</span></p>
<p>Par ailleurs, notre perception des événements est faite d’associations avec des souvenirs/images liés à notre histoire personnelle. La restitution de ces événements sera constituée de réassociations, de réorganisation. Or, l’état hypnotique est un état particulier où justement l’inconscient réassocie, réorganise des comportements, remet des souvenirs en perspective.</p>
<p>La confusion qui  intervient au moment de l’induction amène un relâchement du conscient. L’inconscient a alors des possibilités d’associations, de perceptions, de représentations, de souvenirs  que l’état de conscience cohérent et logique ne pourrait atteindre.</p>
<p>Or, les associations d’images et de perceptions sont le moteur du processus mnésique qui se trouve ainsi renforcé par l’hypnose. Nous avons vu l’importance de l’amygdale qui mémorise sans  en avertir quiconque,  en réaction à un stimulus émotionnel. La personne a vécu un épisode de sa vie, a ressenti une émotion qui peut être très ténue, mais n’a pas conscience d’avoir mémorisé. Il se peut que l’occasion ne se présente jamais de se remémorer l’événement, pas de parfum, de lieu, de situation, de madeleine… qui déclenche le souvenir. Mais  dans un état hypnotique où les associations d’images sont stimulées, où l’imagination est active, ce souvenir peut remonter en surface de la conscience.</p>
<p>E Boivin termine son explication en évoquant la place du corps en catalepsie dans la dynamique de la mémoire. Un certain nombre d’études sur la mémoire kinesthésique ont montré que l’adjonction de gestes au processus de mémorisation renforce celle-ci. On retrouve cette alliance du geste et de la mémoire dans certaines pratiques thérapeutiques  notamment par catalepsie et lévitation des bras. Or, le corps en catalepsie est libéré du conscient, il peut se laisser aller à ses propres mouvements et ainsi renforcer la mémoire.</p>
<h3>En conclusion</h3>
<p>L’hypnose peut permettre à la mémoire d’être plus attentive, plus concentrée, plus accessible, mais elle ne lui permettra pas d’être ce qu’elle n’est pas, à savoir un enregistreur fidèle des événements de notre vie.</p>
<p>Nous mémorisons nos expériences, faites de sensations subjectives, de pensées, d’émotions, de comportements, notre mémoire est vivante, elle présente diverses facettes au gré de nos états d’âme, elle est évolutive.</p>
<p>S’il est possible de parler de mémoire fidèle, c’est surtout en tant qu’accumulateur de connaissances générales  et dans le sens où « elle est un enregistreur de significations générales et d’éléments essentiels » (Kandel)</p>
<p><i>Le prochain volet de « Mémoire et hypnose » sera consacré à la manière dont les thérapies utilisent la mémoire ou plus exactement comment les thérapeutes se positionnent par rapport au passé.</i></p>
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		<title>Olivier PERROT et la réhabilitation de l’hypnose classique</title>
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		<pubDate>Fri, 31 May 2013 12:48:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Dominique Paoli]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[AFHN]]></category>
		<category><![CDATA[Hypnose Classique]]></category>
		<category><![CDATA[Olivier Perrot]]></category>

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		<description><![CDATA[Olivier Perrot, président de l’Association Française de Nouvelle Hypnose a récemment donné une conférence à l’ARCHE sur le lien qu’il fait entre l’hypnose thérapeutique d’aujourd’hui et l’hypnose classique. Dans le cadre de l’AFNH il a aussi organisé une formation « hypnose classique, suggestions directes et transes profondes » où il a invité un hypnotiseur de spectacle, Hervé [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Olivier Perrot</strong>,<strong> président de l’Association Française de Nouvelle Hypnose</strong> a récemment donné une conférence à l’ARCHE sur le lien qu’il fait entre l’hypnose thérapeutique d’aujourd’hui et l’hypnose classique.</p>
<p>Dans le cadre de l’AFNH il a aussi organisé une formation « hypnose classique, suggestions directes et transes profondes » où il a invité un hypnotiseur de spectacle, Hervé Barbereau, ainsi que le créateur et animateur du site d’hypnose de rue « Street Hypnose », Jean-Emmanuel Combe. L’un de nos auteurs, JD Paoli était présent lors de cette formation. Il nous livre l’entretien qu’il a eu avec Olivier Perrot à cette occasion.</p>
<h6>JD Paoli : Olivier Perrot, vous êtes président de l’AFNH, vous avez été l’assistant, pendant les dix dernières années de sa vie, de Jean Godin qui a créé dans les années 80 le premier Institut Milton Erickson en France, et vous êtes considéré comme son successeur.<br />
Cela vous a valu de rencontrer les plus grands ericksoniens, Rossi, Haley, Watzlawick, Zeig, etc…<br />
Avec cette formation à l’hypnose classique, vous réhabilitez certaines techniques d’hypnose directe. Vous aimez jouer du paradoxe ?</h6>
<p><strong>Olivier Perrot</strong> : Votre question revient à me demander si je trahis l’héritage de Jean Godin en particulier, ainsi que l’héritage des ericksoniens en général ! En fait, ma vie est tournée vers l’ouverture, je me considère comme un voyageur qui sort de ses frontières d’origine pour rencontrer d’autres cultures. Pour cette raison, je conduis l’AFNH comme une association ouverte à des idées différentes. Je propose régulièrement des échanges avec les autres associations d’hypnose et de thérapie. J’essaie de faire bouger les lignes.</p>
<p>En ce qui concerne Jean Godin, son héritage est aussi celui d’un homme qui a fait déplacer les murs des chapelles. Quand, au début des années cinquante, il présente sa thèse de médecine qui a pour thème « La relaxation », il n’est pas loin de se faire chasser de la Faculté. Il fallait oser à l’époque.</p>
<p>Quand, plus tard, il introduit les méthodes thérapeutiques originales d’un médecin hypnotiseur américain inconnu en France, Milton Erickson, il fait preuve d’une sacrée ouverture d’esprit !</p>
<p>Par ailleurs, bien que transmetteur en France de la pratique ericksonienne, Jean Godin reconnaissait des vertus aux suggestions directes, notamment dans le domaine de la douleur. Et s’il n’a pratiqué que l’hypnose ericksonienne, c’est certes par adhésion totale à cette méthode, mais c’est aussi parce que l’hypnose avait besoin de respectabilité face à l’hypnose pratiquée sur les scènes de spectacles.</p>
<h6>JDP : la suggestion directe, c’est le diable ?</h6>
<p>OP : Aux yeux d’une partie des tenants du dogme ericksonien, certainement. Or, on n’a retenu de la pratique d’Erickson essentiellement les suggestions indirectes et encore plus les suggestions ouvertes ou activatrices comme la métaphore. C’est oublier que pendant longtemps il a pratiqué une hypnose directe, et qu’il ne s’en est jamais totalement détaché. Il était très directif, par exemple avec ses prescriptions de tâches thérapeutiques. Quand il utilise la lévitation du bras, c’est une technique directive, pratiquée en pleine période de l’hypnose directe par Bernheim et Liébault.</p>
<p>Lors d’une formation à Toulouse, des étudiants en DU d’hypnose m’ont dit que l’utilisation de la suggestion directe y est fortement découragée. Malheur à l’étudiant qui s’en prévaut le jour de l’examen ! En refusant ainsi ce type de suggestion directe, on se prive d’une part essentielle des ressources du langage hypnotique.</p>
<p>Ce n’est pas parce que les hypnotiseurs de spectacle l’utilisent qu’elle doit être bannie. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain : si les hypnotiseurs de spectacle, qui ont une obligation de résultat immédiate, pratiquent la suggestion directe, c’est qu’elle est très puissante.</p>
<p>J’ai pris l’habitude de dire qu’il existe une moitié du temps où Erickson est très directif, une seconde moitié du temps où il est dans les subtilités de langage, et comme c’est Erickson il existe une troisième moitié du temps où il nous reste encore à comprendre comment il s’y prend.</p>
<h6>JDP : A vous entendre, on a l’impression que vous êtes à l’étroit dans les habits ericksoniens.</h6>
<p>OP : Détrompez-vous, je reste fidèle à la pratique ericksonienne. Je pense seulement que la lecture que nous en avons doit se montrer plus souple, s’adapter. D’autre part, le bourlingueur des pratiques thérapeutiques que je suis a fait des constatations peu agréables : certaines pratiques sont loin d’aller dans le sens du client/patient.</p>
<h6>JDP : Est-ce à propos de ces pratiques que vous utilisez le mot « calinothérapie » ?</h6>
<p>OP : Oui, j’ai employé sciemment ce mot. Qu’ai-je souvent constaté ?</p>
<p>Que des stagiaires, pourtant thérapeutes installés, manquent de confiance en eux, osent peu, sont timorés par crainte de mal faire. Or le seul moyen de ne pas faire d’erreur, c’est de ne rien faire…</p>
<p>Que bon nombre de thérapeutes pratiquent une hypnose très très douce, se réfugient derrière la métaphore et la relaxation, se rassurent en disant pratiquer « l’hypnose conversationnelle ».</p>
<p>Qu’alors qu’ils sont dans des annuaires d’hypnose, au bout de 10 rencontres, le patient n’a pas encore eu le droit à la moindre séance d’hypnose. C’est la pizzeria où on ne peut pas commander de pizza…</p>
<p>Que certains praticiens n’ont jamais touché à un patient ! Lors d’une formation en Suisse, j’ai pu constater que la moitié des professionnels présents n’utilisaient pas la catalepsie du bras alors que c’est un effet très utile qui démontre au patient sa capacité à fonctionner sous hypnose.</p>
<h6>JDP : Si je comprends bien, vous reprochez aux hypnothérapeutes un…manque d’hypnose ?</h6>
<p>OP : Tout à fait. Cela conduit à des patients frustrés qui ressortent du cabinet avec l’impression de ne rien avoir vécu du tout, qui ont le sentiment de ne pas avoir bénéficié d’une « vraie » hypnose.</p>
<h6>JDP : Une vraie hypnose ?</h6>
<p>OP : Relaxation + métaphore, ce n’est pas de l’hypnose. Les patients d’aujourd’hui ont une idée de ce qu’est l’hypnose, idée d’autant plus précise que l’hypnose est présente de plus en plus fréquemment à la télévision, sur internet, dans les médias en général. Quand ils poussent la porte d’un immeuble au fronton duquel figure le mot hypnose, ils savent où ils vont. Quand un patient se présente dans mon cabinet, je me dis qu’il vient pour avoir de l’hypnose…et je vais faire en sorte qu’il en ait sauf s’il présente une contre-indication type psychose ou si une autre approche me semble plus profitable pour lui ! Assumons, prononçons le mot, ne nous privons pas du mot « hypnose » en thérapie ! Des études récemment relayées par Antoine Bioy ont d’ailleurs montré qu’on perd de l’efficacité si on remplace le mot hypnose par le mot relaxation.</p>
<h6>JDP : Voulez-vous dire que les patients veulent avant tout que leur traitement commence par un état hypnotique, une transe bien visible ?</h6>
<p>OP : Ou tout du moins qu’ils aient au moins l’impression d’avoir vécu quelque chose. Tout comme au théâtre où à chaque représentation il doit se passer quelque chose, il est important qu’à chaque séance de thérapie le patient ait vécu quelque chose. Bien évidemment une anamnèse sérieuse est souvent nécessaire, mais si elle s’étale sur 10 séances, ce n’est plus une hypnothérapie. C’est bien l’hypnose sans transe apparente, voire même l’hypnose sans hypnose, mais l’hypnose avec transe ne doit pas être oubliée.</p>
<h6>JDP : La formation que vous venez de dispenser concerne aussi les transes profondes. Sont-elles nécessaires en thérapie ?</h6>
<p>OP : De manière générale, l’hypnose ericksonienne ne s’intéresse pas vraiment à la profondeur de la transe. Alors les thérapeutes travaillent avec des états hypnotiques très légers, ce qui est suffisant dans un certain nombre de cas mais qui risque de ne pas l’être dans d’autres. Des états légers ne permettent pas de tout traiter en hypnothérapie, notamment dans le domaine de la douleur.</p>
<h6>JDP : Ces critiques que vous formulez ne remettent-elles pas en cause le contenu de bon nombre de formations ?</h6>
<p>OP : Nous nous sommes lancés avec un certain nombre de collègues directeurs d’écoles, dont Kevin FINEL dans cette réflexion : qu’est ce qui nous semble faire la qualité d’une formation à l’hypnose. Je ne critique pas les formations existantes, je propose des compléments, des approfondissements…</p>
<h6>JDP : Revenons à votre formation à l’hypnose classique qui vient de se terminer. Après avoir invité l’hypnotiseur de spectacle Hervé Barbereau l’an passé, ce qui avait donné lieu à une polémique, vous l’avez à nouveau sollicité cette année. De plus, vous avez demandé à Jean-Emmanuel Combe, chantre de l’hypnose de rue, créateur et animateur du blog « Street Hypnose », de venir dispenser son savoir-faire. Ne risquez-vous pas à nouveau de subir les foudres de ceux qui vous avaient critiqué l’an passé ?</h6>
<p>OP : Je suis en accord avec mes objectifs de formation qui sont d’une part de donner aux thérapeutes les moyens d’avoir confiance en eux, tout en les munissant d’outils rapides et efficaces et d’autre part de permettre aux patients de vivre l’hypnose, tout en gagnant du temps et un nombre moindre de séances.<br />
Barbereau ne vient pas nous apprendre des effets de music-hall, mais nous montrer combien ses techniques sont rapides et puissantes.</p>
<h6>JDP : Mais Barbereau ne cache pas qu’il choisit ses sujets</h6>
<p>OP : Certes. Mais avez-vous remarqué que près de 30 % des participants au stage étaient très réceptifs ? Dans une clientèle, le pourcentage est peu ou prou le même. Pourquoi passer une demi-heure à mettre ces personnes là en transe alors que ça peut être fait en quelques secondes ? Alors si nous pouvons aider durablement, en suggestion directe et en quelques minutes une personne à changer, faisons-le. Prendre 4 séances là où une suffit, est-ce réellement éthique ?<br />
J’entends bien que l’on me parle d’éthique. Mais l’éthique, n’est-ce pas le souci du bien du patient ? Deux, trois séances où le patient vit vraiment une transe hypnotique, n’est-ce pas mieux qu’une dizaine, de surplus ennuyeuses ?</p>
<h6>JDP : Soit, mais il reste 70% de patients qui ne sont pas éligibles à ces méthodes directes ?</h6>
<p>OP : C’est la raison pour laquelle j’ai aussi invité Jean-Emmanuel Combe. Je ne le connaissais qu’à travers la qualité de son blog. Je savais qu’avec ses copains toulousains ils partent dans les rues, proposant à qui le veut bien de vivre une expérience hypnotique. Pour eux, la rue est un vrai laboratoire d’hypnose. De leurs expériences, ils ont tiré une pratique que J-E est venu nous exposer. Une pratique qui permet, puisque vous parlez des 70% de patients moins suggestibles, de contourner les résistances tout en favorisant un apprentissage progressif des différents phénomènes hypnotiques. Et tout en sachant être ericksoniens lorsque c’est nécessaire.</p>
<p>Pendant plus de trois heures, il nous a expliqué et démontré cette pratique. Il l’a fait avec talent et pédagogie : vous avez pu remarquer avec quelle attention les participants, tous professionnels de santé, ont suivi cet exposé et avec quelle chaleur ils l’ont applaudi ensuite.</p>
<p>Et l’on voudrait qu’au nom d’un dogme, d’ancrages négatifs sur le mot « direct », ou encore parce qu’il n’est pas professionnel de santé on laisse sur la touche un jeune homme de cette qualité, lui et son savoir-faire ? Ce serait absurde.</p>
<h6>JDP : Une induction rapide ne risque-t-elle pas d’entraîner des résistances ?</h6>
<p>OP : Bien au contraire, l’induction rapide va permettre de contourner des résistances. C’est pour un certain nombre la meilleure clé pour enfin lâcher prise. Maintenant c’est justement à nous cliniciens d’avoir une boite à outils bien remplie afin de pouvoir s’adapter à chaque patient. Indubitablement cet outil est celui qui manque à bon nombre de praticiens…</p>
<h6>JDP : Vous ne craignez pas que l’on vous qualifie d’hérétique ?</h6>
<p>OP : Si l’on s’en tient à tout ce que je viens de vous dire, et seulement à ça, bien sûr je ne me fais pas que des amis. Mais je n’ai fait que montrer un manque d’ouverture, pointer des dérives. Je reste bien clairement fidèle à l’héritage de Milton Erickson. Et je cherche aussi à rapprocher les écoles, à profiter des recherches et innovations des autres courants de pensée de l’hypnose.</p>
<p>Je vous l’ai prouvé à la fin de cette formation. J’ai fait découvrir l’état hypnotique à bon nombre de participants, y compris des plus résistants, à travers un effet d’hypnose de scène, la catalepsie entre deux tables, au moyen d’une méthode des plus ericksoniennes !</p>
<p>Vous avez pu voir les visages rayonnants de ceux et celles qui avaient ainsi constaté que leur corps peut tenir horizontalement entre deux supports, tout en restant souple, et tout en ayant une respiration ventrale complètement détendue.</p>
<p>Et puis n’oublions pas qu’Erickson fut qualifié d’hérétique bien avant moi, tout comme Freud ou Galilée… et pourtant elle tourne.</p>
<h6>JDP : quels sont les enjeux de l’hypnose aujourd’hui ?</h6>
<p>OP : Les choses ont très rapidement évolué ces dernières années. La France est le pays qui a abrité les deux premiers âges d’or de l’hypnose, avec Mesmer d’abord au XVIII, puis Charcot et Bernheim au XIX. Par contre au XX nous avons totalement raté la troisième révolution celle d’Erickson. Probablement à cause de l’importance de la psychanalyse chez nous, l’hypnose a été victime d’un rejet important de la part des scientifiques. Lorsqu’enfin Jean Godin propose les premières formations à l’hypnose éricksonienne, Milton est décédé depuis 3 ans, et il a vécu jusque 80 ans…Aujourd’hui l’hypnose explose, elle est très à la mode et nous rattrapons le retard à marche forcée. Mais n’importe qui peut se former. Et avec l’hypnose de rue justement, elle devient vraiment à la portée du premier venu. Est-ce une bonne chose ? Je suis loin d’en être persuadé. D’un autre côté faut-il réserver la formation aux seuls professionnels de santé ? Encadrer les formations voilà qui me semble être l’enjeu principal de l’hypnose.</p>
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		<title>Jean-Emmanuel COMBE : de l’hypnose de rue à la formation de professionnels</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Apr 2013 06:45:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Dominique Paoli]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Hypnose de Rue]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Emmanuel Combre]]></category>
		<category><![CDATA[Street Hypnose]]></category>

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		<description><![CDATA[Jean-Emmanuel COMBE, créateur du blog « Street-Hypnose.fr » et figure de proue de l’hypnose de rue en France, a été convié par Olivier Perrot, dans le cadre de l’AFNH, à assurer une formation à l’hypnose classique, et notamment au traitement de la douleur, auprès de professionnels de la santé. JD Paoli l’a rencontré à cette occasion. JD [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em>Jean-Emmanuel COMBE, créateur du blog « <a title="Street Hypnose" href="http://street-hypnose.fr" target="_blank">Street-Hypnose.fr</a> » et figure de proue de l’hypnose de rue en France, a été convié par Olivier Perrot, dans le cadre de l’AFNH, à assurer une formation à l’hypnose classique, et notamment au traitement de la douleur, auprès de professionnels de la santé. </em><br />
<em>JD Paoli l’a rencontré à cette occasion.</em></p>
<h6><em></em>JD Paoli : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?</h6>
<div id="attachment_3385" style="width: 210px" class="wp-caption alignright"><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/IGP7315-Copie.jpg"><img class="size-full wp-image-3385" alt="IGP7315 Copie Jean Emmanuel COMBE : de l’hypnose de rue à la formation de professionnels" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/IGP7315-Copie.jpg" width="200" height="300" title="Jean Emmanuel COMBE : de l’hypnose de rue à la formation de professionnels" /></a>
<p class="wp-caption-text">Jean-Emmanuel Combe &#8211; Street Hypnose</p>
</div>
<p>J-E Combe : Je m’appelle Jean-Emmanuel, j’ai 26 ans, et je suis Chef de Projet Informatique dans un centre de lutte contre le cancer. A côté, je pratique régulièrement l’hypnose depuis 2008 et plus spécifiquement l’hypnose de rue.</p>
<h6>JDP : Comment êtes-vous venu à l’hypnose ? Quels hypnotiseurs ont nourri votre passion ?</h6>
<p>JEC : Mon envie de découvrir les coulisses de l’hypnose s’est faite au hasard d’une émission télévisée consacrée à Derren Brown. Je le savais illusionniste, mentaliste, mais pas hypnotiseur. Je croyais qu’il y avait un « truc », jusqu’à ce que je comprenne que le truc en question était lié à la suggestion. Je me suis donc plongé dans de nombreuses lectures pour mieux comprendre…</p>
<p>Je dois donc avouer que Derren Brown a été le déclencheur chez moi de cette passion pour l’hypnose. Anthony Jacquin a été lui à l’origine de ma passion pour l’hypnose de rue. Son premier livre « Reality is Plastic » a été pour moi une bible pendant très longtemps et une réelle inspiration.</p>
<h6>JDP : Pourquoi êtes-vous allé dans la rue pour pratiquer l’hypnose ?<strong></strong></h6>
<p>JEC : Une fois qu’on a fait le tour de ses proches, on s’ennuie très rapidement. Une personne déjà hypnotisée n’est plus un challenge. Un simple claquement de doigts peut la faire replonger dans un état très profond. Il fallait donc trouver un moyen de renouveler constamment mes volontaires, afin de toujours conserver ce côté magique de la « première fois ».</p>
<h6>JDP : Comment se sont passées vos premières expériences ?<strong></strong></h6>
<p>JEC : La toute première, sur un ami, fut un échec. J’étais tout tremblant, peu convaincu ni convaincant. J’osais à peine, de peur de paraître stupide. Et puis je suis allé proposer l’hypnose à des étudiants dans un parc tout près de mon université en prétendant être déjà très expérimenté. Un vrai coup de bluff, qui s’est révélé une expérience incroyable. Ils se sont laissé aller et ils ont réussi à lâcher prise complètement. Ce fut une expérience inoubliable pour moi.</p>
<h6>JDP : A partir de quel moment avez-vous ressenti le besoin de créer un blog et quel est l’objectif de ce blog ?</h6>
<p>JEC : Assez tardivement en fait. Pendant près de quatre ans, j’ai hypnotisé dans mon coin, rencontrant sporadiquement quelques magiciens intéressés par l’hypnose. Notamment par le bouche-à-oreilles. J’avais jusqu’alors une activité beaucoup plus irrégulière. Et puis j’ai voulu me plonger complètement dans cette passion pour l’hypnose. Sans retenue. J’avais envie de transmettre mon expérience et de la partager. J’ai donc eu l’idée de créer un blog pour parler de moi, de ce que je fais, afin de présenter l’hypnose de rue qui était à cette époque une pratique très rare en France, pour ne pas dire inexistante. C’était au début une démarche totalement égoïste. Et puis petit à petit, le blog a évolué pour apporter également une aide à l’apprentissage de l’hypnose.</p>
<h6>JDP : Le blog a-t-il rencontré un public ?</h6>
<p>JEC : Le blog a mis du temps à décoller. Au début, c’était essentiellement des hypnotiseurs, curieux, qui suivaient mes péripéties. Forcément, le public visé était assez mince. Et lorsque petit à petit le blog a commencé à toucher un public plus large, souhaitant mieux comprendre l’hypnose, et même pourquoi pas l’apprendre, le trafic a fait un bond en avant considérable. Aujourd’hui, c’est entre 400 et 800 visiteurs qui viennent quotidiennement piocher des renseignements sur le site.<br />
J’ai aussi mis à disposition un eBook, gratuit, expliquant (illustrations comprises) toutes les techniques que j’utilise dans la rue. En 8 mois, il a été téléchargé plus de 6000 fois. Devant autant de succès, j’ai décidé d’en écrire une version plus complète et détaillée. Celle-ci sera payante et comportera plus de 200 pages, contre une cinquantaine pour la version gratuite (sortie vers la mi-mai).</p>
<h6>JDP : Contrairement à bon nombre de blogs sur la toile, le vôtre témoigne d’une convivialité respectueuse ainsi que d’un respect de la langue française. Comment faites-vous ?</h6>
<p>JEC : En ce qui concerne le blog, j’essaie tout simplement de faire en sorte qu’il me ressemble. J’aime écrire, j’aime communiquer. Et pas qu’à l’oral. A partir de là, il est pour moi essentiel que chaque article soit travaillé, corrigé de ses fautes (il doit en rester encore quelques unes), et qu’il transmette ma vision de l’hypnose. Mon approche se veut conviviale, respectueuse et bienveillante et j’essaye de toujours encourager les apprentis-hypnotiseurs à respecter l’éthique que je m’impose.<br />
En ce qui concerne le forum maintenant, je suis tout aussi étonné que vous. J’ai entendu cette réflexion des dizaines de fois, et je ne me l’explique toujours pas. Bon, j’ai bien une petite idée. Je dirai que les piliers du forum, les membres les plus actifs, sont des personnes pour qui l’humain prime sur tout le reste. Les parcours sont variés mais nous formons tous une vraie communauté, et poursuivons le même objectif : démystifier l’hypnose et encourager sa pratique dans tout le pays. Certains membres sont davantage orientés spectacles, d’autres vers la thérapie, sans oublier tous nos Street-Hypnotiseurs. Mais personne ne se tire dans les pattes, pour la simple et bonne raison que nous sommes tous animés par la même passion.</p>
<h6>JDP : Vous proposez un e-book gratuit qui donne un accès relativement simple aux techniques de base de l’hypnose. De nombreux jeunes, voire très jeunes, pratiquent maintenant l’hypnose de rue. Vous les encouragez à respecter une éthique. Quelle est cette éthique ?</h6>
<p>JEC : Pour le bien-être de leurs volontaires et surtout leur sécurité, je les encourage, j’essaie de leur démontrer qu’ils ont tout intérêt à suivre cette éthique.</p>
<p>Mon éthique peut se résumer en deux mots : respect, et sécurité. L’hypnose en tant que telle n’est absolument pas dangereuse. C’est ce qu’on en fait qui peut amener un danger. J’insiste donc énormément sur toutes les consignes de sécurité, qui peuvent paraître évidentes pour beaucoup d’entre nous, mais qui par expérience ne le sont pas pour tout le monde. Quelquefois, on peut aussi juste oublier, ou ne pas faire attention. Un exemple tout simple : lorsque l’on va hypnotiser des personnes dans la rue, on va suggérer avant l’induction que la personne restera debout, bien droite sur ses appuis. Ainsi, elle ne tombera pas au sol comme on peut le voir dans les spectacles.</p>
<p>Et puis le respect. Nous abordons de parfaits inconnus, qui acceptent généreusement de se prêter au jeu. Il est donc normal de leur montrer qu’on les respecte. On ne va pas être trop tactile dans notre approche, on va faire attention à ce qu’ils se sentent toujours bien, et surtout qu’ils repartent avec le sourire jusqu’aux oreilles et cette sensation inoubliable d’avoir appris à mieux se connaître grâce à l’hypnose. Il est hors de question de laisser repartir une personne après une séance d’hypnose de rue avec un mal de tête par exemple. Encore une fois, c’est peut-être évident pour tous ceux qui nous lisent, mais croyez-moi il n’est jamais inutile de le répéter.</p>
<h6>JDP : Il semble quand même qu’un certain nombre de jeunes n’ont pas pris le temps de lire vos recommandations éthiques. Au vu de certaines vidéos, beaucoup de vos membres s’en sont émus sur le forum. N’avez-vous pas ouvert l’hypnose à des personnes immatures et/ou irresponsables ?</h6>
<p>JEC : Certainement… Et à chaque fois, je me repose l’éternelle question : « dois-je continuer ? »</p>
<p>J’ai failli tout arrêter à plusieurs reprises. Parce que j’ai vu des personnes véhiculer une très mauvaise image de l’hypnose « à cause de moi ». Bien souvent, ils font très attention aux consignes de sécurité, mais oublient que le spectateur lambda qui va venir voir leur vidéo sur Youtube risque de ne pas interpréter les images de la bonne façon. Par exemple, s’il voit une jeune fille imiter une poule, il va tout de suite penser que cette malheureuse a été forcée pour réaliser une telle horreur devant la caméra. Or, il n’en est rien. Mais sorti de son contexte, l’hypnotiseur va une nouvelle fois véhiculer une image faussée et mal interprétée de l’hypnose. Inévitablement, cela contribue à la pérennité de tous les clichés et préjugés sur l’hypnose en France et ailleurs.</p>
<p>Et puis, j’en suis arrivé à une conclusion. Plutôt que de vouloir interdire ou empêcher les personnes immatures ou irresponsables d’apprendre l’hypnose – et puis, qui suis-je pour juger qui est apte ou non ? -, j’ai compris qu’il fallait au contraire informer encore plus. Si tout le monde savait que cette jeune fille avait juste envie de jouer le jeu, et que dans le cas contraire la suggestion ne serait pas passée, nous pourrions tous rire (ou non selon les goûts) sans retenue devant la vidéo, comme lorsque l’on voit des personnes faire la poule dans d’autres vidéos sans hypnose. Et cela ne nous empêcherait pas de continuer à demander une anesthésie sous hypnose pour notre prochaine opération, ou de nous faire hypnotiser pour le fun en toute confiance. Comprendre comment fonctionnent les suggestions permet de se libérer une bonne fois pour toutes de la peur de l’hypnose. Et c’est ce que je souhaite pour tous, plus que jamais.</p>
<div id="attachment_3384" style="width: 310px" class="wp-caption alignleft"><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/pancarte.png"><img class="size-full wp-image-3384" alt="pancarte Jean Emmanuel COMBE : de l’hypnose de rue à la formation de professionnels" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/pancarte.png" width="300" height="203" title="Jean Emmanuel COMBE : de l’hypnose de rue à la formation de professionnels" /></a>
<p class="wp-caption-text">Street Hypnose &#8211; Pancarte</p>
</div>
<h6>JDP : Venons-en à la pratique de l’hypnose de rue. Comment gérez-vous le premier contact avec des inconnus, comment amenez-vous des personnes lambda à accepter de se faire hypnotiser en pleine rue ?</h6>
<p>JEC : Dans la rue, nous avons deux méthodes qui prédominent. La première consiste à aller aborder des petits groupes de personnes pour leur proposer de vivre une belle expérience d’hypnose. Certains refusent, évidemment. Soit parce qu’ils sont pressés, soit parce qu’ils ont peur. Mais fort heureusement, de nombreuses personnes acceptent, curieuses, de jouer le jeu et de tester la puissance de leur imagination.</p>
<p>L’autre méthode, plus radicale mais plus simple aussi, consiste à sortir une pancarte « Séance d’hypnose gratuite » et attendre que des volontaires viennent à nous. L’inconvénient de cette méthode, c’est que l’on crée en général très vite un attroupement de personnes qui souhaitent elles aussi absolument essayer. C’est incroyable de constater à quel point il suffit pour une personne de voir quelqu’un se faire hypnotiser, pour tout à coup déclencher en elle cette urgence d’essayer elle aussi ; comme si elle avait peur de passer à côté de l’expérience de sa vie (et elle a sûrement raison !). Cette ferveur me dépasse quelquefois, et je préfère ainsi généralement prendre le temps d’aborder les gens, en leur expliquant calmement ma démarche, ma motivation, etc.</p>
<h6>JDP : Que se passe-t-il une fois que la personne a accepté de se faire hypnotiser ?</h6>
<p>JEC : Tout s’enchaîne très rapidement. Et j’insiste sur le « très ». En une minute, peut-être deux, la personne se retrouve debout, tête tombée vers l’avant, les yeux fermés, dans un profond état d’hypnose.</p>
<h6>JDP : Une fois la transe hypnotique obtenue, qu’apportez-vous au volontaire ? Quel intérêt en retire-t-il ?</h6>
<p>JEC : La séance d’hypnose de rue est orientée sur les phénomènes hypnotiques simplement parce que ce sont des évènements palpables, involontaires, concrets. Après l’induction, la personne est prête à enchaîner des phénomènes hypnotiques de plus en plus complexes. Bras qui se lève tout seul, main collée sur le front, oubli de son propre prénom, anesthésie d’une main, l’hypnotiseur qui devient invisible… La seule limite étant l’imagination de l’hypnotiseur et celle de son volontaire.<br />
Une personne qui vit un phénomène hypnotique SAIT qu’elle a été hypnotisée. Si elle a simplement eu l’impression d’être détendue et relâchée, elle va se poser mille questions et douter de l’efficacité de l’hypnose.</p>
<p>Néanmoins, il nous tient particulièrement à cœur de proposer une relaxation agréable, accompagnée d’une multitude de suggestions positives. Ainsi, nos suggestions sont souvent accompagnées de « courants de bien être » ou de « vagues de chaleur positives » pour leur plus grand plaisir.</p>
<p>Aussi, le réveil final leur apporte un bien être considérable. Cette impression d’être complètement requinqué, vidé de toutes les angoisses, en étant parfaitement relâché et détendu comme après un succulent massage de deux heures, laisse à nos volontaires une image clairement positive de leur expérience.</p>
<p>La découverte de l’hypnose est aussi un moyen d’apprendre à se découvrir soi même. On insiste lourdement sur le fait que ce sont EUX qui sont les acteurs de tous ces phénomènes, et nous de simples guides. Nous n’encourageons absolument pas la passivité. Ainsi, ils en ressortent avec cette fierté d’être capable de reproduire eux-mêmes tout ce que nous leur avons appris au cours de la séance. Ils peuvent retourner ensuite tout seuls dans ce profond état de relaxation à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.</p>
<h6>JDP : Pouvez-vous nous décrire votre pratique, les différents états hypnotiques auxquels vous parvenez ?</h6>
<p>JEC : Ma pratique étant tournée vers les phénomènes hypnotiques, je dirai qu’il y a très clairement différentes intensités, ou en tout cas différentes perceptions d’un même phénomène hypnotique selon la profondeur de l’expérience vécue. Ainsi, certaines personnes vont réellement oublier leur prénom et être persuadées de s’appeler Jean-René, faisant alors preuve d’un vrai lâcher prise. D’autres, plus résistantes, vont simplement avoir l’impression de ne plus pouvoir prononcer leur prénom, comme si l’information était disponible dans leur esprit mais refusait de sortir. Comme si elles avaient le mot sur le bout de la langue.</p>
<p>Le plus étonnant, c’est qu’il est possible – et c’est même là ce qui fait la force d’un bon hypnotiseur de rue – d’accompagner une personne pour l’aider à mieux appréhender un phénomène, à lâcher prise, jusqu’à vivre le même phénomène hypnotique avec une intensité supérieure.</p>
<p>Lors de la conférence « Hypnose Classique » organisée par Olivier Perrot (AFNH), j’ai réalisé une analgésie (aucune douleur perçue, tout en conservant une sensation de toucher) sur une personne, malgré avoir suggéré une anesthésie (aucune sensation perçue). Qu’à cela ne tienne, j’ai joué le rôle du guide et j’ai reformulé, approfondi l’expérience, jusqu’à que la personne lâche prise un peu plus et lève ses dernières résistances. Quelques secondes plus tard, elle vivait une totale anesthésie, comme si sa main anesthésiée ne lui appartenait plus.</p>
<h6>JDP : C’est comme une situation d’apprentissage pour la personne hypnotisée ?</h6>
<p>JEC : Exactement. L’hypnose est un apprentissage par levée d’obstacles. Et chaque fois que l’on passe une résistance, l’obstacle saute et est immédiatement remplacé par une porte dont seul le volontaire détient la clé. Ainsi, il est libre ensuite de vous ouvrir la porte de son inconscient pour revivre le même phénomène hypnotique à volonté. Etre hypnotisé, ça s’apprend !</p>
<h6>JDP : Comment gérez-vous les résistances ?</h6>
<p>JEC : Ma méthode principale pour gérer les résistances est la ruse. J’utilise les croyances de la personne pour lui démontrer qu’il est possible, même pour elle, de dépasser ses résistances.</p>
<p>Lorsqu’une personne me dit par exemple qu’elle ne visualise pas bien ce que je lui demande, je vais par exemple reformuler ma suggestion en présentant une métaphore complètement différente « qui marche 99% du temps sur les personnes kinesthésiques comme toi ». Et là, peu importe son canal sensoriel principal, la suggestion VA passer. J’ai menti, oui, et alors ?</p>
<p>Tant que la suggestion passe, c’est le principal ! Et une fois que la personne a vécu au moins une fois le phénomène hypnotique, on peut même lui avouer notre petite ruse. Cela ne changera rien</p>
<h6>JDP : Est-il question parfois de thérapie ?</h6>
<p>JEC : Non. Et j’y tiens. Cela fait partie de l’éthique que je m’impose et que je recommande à tous mes lecteurs.</p>
<p>Par contre, il est évident qu’une personne, qui vient de prendre une photo et parler avec sa star favorite qui vit en réalité de l’autre côté de l’atlantique, peut vous demander s’il est possible d’arrêter de fumer. En soi, on pourrait la faire arrêter de fumer en une seule suggestion : « et maintenant, tu n’as même plus envie de fumer ». Le problème, c’est que la thérapie ne fonctionne pas comme ça. Cette suggestion disparaîtrait au bout de quelques heures. Nos suggestions sont éphémères, là où la thérapie provoque des changements durables, quelquefois pour toute une vie.</p>
<p>J’ai créé des partenariats avec des hypnothérapeutes sur Toulouse. Lorsque j’ai une demande thérapeutique dans la rue, je renvoie vers les professionnels. En plus, les personnes arrivent dans le cabinet avec un conditionnement idéal, et l’outil hypnose devient alors d’autant plus performant.</p>
<h6>JDP : A la longue, puisque vous ne faites pas de thérapie, ne ressentez-vous pas un manque d’intérêt, une lassitude à hypnotiser des inconnus ?</h6>
<p>JEC : Aucune lassitude. J’aime l’hypnose de rue et toutes les rencontres que cette pratique m’apporte. Récemment, j’aidais une nouvelle recrue (féminine qui plus est, c’est tellement rare qu’il faut le signaler !) à aborder des inconnus pour qu’elle prenne confiance en elle et se jette à l’eau. J’ai alors hypnotisé une volontaire qui semblait un peu réticente. Vous auriez vu son visage lorsque j’arrivais au chiffre « 5 » pour l’inviter à ouvrir les yeux et se reconnecter à la réalité ! Un sourire éblouissant alors qu’elle s’étirait de bonheur, invitant ses collègues à ne surtout pas passer à côté d’une telle expérience. Elle se sentait envahie par ce fameux « courant de bien être » que l’on aime tant suggérer. Ce « merci » qu’elle nous a donné ensuite venait du fond du cœur. Et même si je sais que je ne reverrai probablement jamais ces personnes, je m’en moque. Je n’attends rien de plus. C’est comme si j’avais posé ma petite pierre sur un édifice qui me transcende complètement.<br />
Je vais tout de même nuancer : mon goût prononcé pour la communication et l’envie d’aider les autres me poussent quelquefois à me remettre en question. J’aimerais, si je le pouvais, étendre ma pratique à la thérapie. Or, n’ayant suivi aucune formation médicale, et ne disposant pas de moyens suffisants pour me former complètement, je préfère laisser la thérapie aux personnes plus compétentes.</p>
<h6>JDP : Vous ne parlez pas de thérapie sur le blog. Pourtant, on découvre au fil des sujets, que des thérapeutes s’y expriment. Que viennent-ils chercher ?</h6>
<p>JDP : Je pense que vous faites plutôt allusion au forum. Je serais ravi que certains thérapeutes viennent s’exprimer sur le blog à travers des articles relatant leurs expériences ou leurs apprentissages provenant de l’hypnose de rue, mais ce n’est pas le cas pour l’instant.</p>
<p>Sur le forum donc, je pense que ces personnes cherchent simplement une palette d’outils plus grande pour s’adapter à toutes les personnes qui vont venir dans leur cabinet. Certains patients, évidemment, ont besoin que l’induction soit lente, progressive… Mais d’autres auraient clairement besoin d’une induction rapide, voire instantanée, pour lâcher prise plus facilement. Et puis, sur une séance d’1h30 par exemple, si l’induction ne prend que quelques dizaines de secondes, c’est autant plus de temps épargné pour la thérapie ensuite.<br />
Enfin, même si ce n’est pas obligatoire, prouver à la personne qu’elle est bien sous hypnose à travers un phénomène hypnotique très simple (main collée sur la cuisse par exemple) peut l’aider à mieux assimiler toutes les suggestions thérapeutiques, plutôt que de se poser l’éternelle remise en question : « ai-je vraiment été hypnotisé ? Je me sentais normal pourtant… »</p>
<h6>JDP : Olivier Perrot, président de l’Association Française de Nouvelle Hypnose, vous a demandé d’intervenir dans une de ses formations dont le thème était l’hypnose classique. Avez-vous été surpris de cette proposition ?</h6>
<p>JEC : Complètement ! C’était la première fois qu’une personne qui forme des professionnels du monde médical s’intéressait à ma pratique d’hypnose de rue. J’ai été très agréablement surpris, et j’ai évidemment saisi l’occasion de faire connaître ma pratique.</p>
<h6>JDP : Vous êtes intervenu pendant plus de trois heures devant les stagiaires, tous des professionnels. Comment avez-vous structuré votre intervention et quel a été votre fil conducteur ?</h6>
<p>JEC : Tous ces professionnels connaissaient déjà parfaitement l’hypnose Ericksonienne. Ils savaient donc déjà induire un état hypnotique à proprement parler. Par contre, ils n’étaient pas forcément familiers avec les inductions instantanées et les phénomènes hypnotiques.<br />
Ma démarche a donc été de leur proposer d’apprendre des techniques utilisées en hypnose de rue, pour les adapter ensuite à leurs pratiques médicales respectives. Que ce soient des médecins urgentistes, des psychiatres, des infirmiers, mon objectif était de leur apporter des outils supplémentaires pour leur faciliter la vie. Quand on doit hypnotiser une personne dans l’urgence, il faut que ce soit rapide. Et cela tombe bien, les techniques d’hypnose de rue sont rapides, très rapides. Il faut aussi emmener la personne dans l’état d’hypnose le plus profond possible. Là encore, on peut s’appuyer sur les phénomènes hypnotiques pour tester la transe et l’approfondir davantage.</p>
<h6>JDP : Vous avez insisté sur le fait que la personne hypnotisée « joue le jeu ». Y compris en thérapie ?</h6>
<p>JEC : Une personne qui résiste peut délibérément empêcher tout phénomène hypnotique de se réaliser. Mais ce n’est ni dans son intérêt, ni dans le nôtre. En revanche, on ne demande absolument pas de « faire semblant ». On recherche plutôt la notion d’ouverture d’esprit, de lâcher prise. Quelque part, il faut qu’elle accepte d’être surprise. Et très souvent, à force de jouer le jeu, on finit par se laisser prendre en jeu ! Et c’est là que l’hypnose prend tout son sens.</p>
<h6>JDP : Olivier Perrot vous avait demandé de consacrer une partie de votre exposé au traitement de la douleur par l’hypnose. Vous avez, à cette occasion, raconté une anecdote que vous avez vécue. Pouvez-vous nous la relater ?</h6>
<p>JEC : Nous étions trois, en train de nous amuser tout près de la place du Capitole à Toulouse. Deux amis que j’avais déjà hypnotisés, et qui avaient vécu une panoplie de phénomènes hypnotiques très larges, dont l’anesthésie.</p>
<p>A un moment donné, ils chahutent entre eux, l’ongle de Cassandre se déchire et reste accroché à la bague de Tony. Elle ne s’en rend compte que quelques secondes plus tard, et manque de s’évanouir devant tout ce sang. Complètement paniquée, elle se tord littéralement de douleur. J’essaye donc de la calmer en lui demandant de fermer les yeux et de se concentrer sur sa respiration. Pendant ce temps, je lui ai demandé de faire remonter à la surface toutes les ressources lui permettant de mettre en veille temporairement ce signal de douleur, le temps de l’emmener se soigner. Je lui ai parlé comme à un petit enfant : « La douleur c’est comme un signal d’alarme pour te prévenir que quelque chose ne va pas. Comme on est au courant de ce qui ne va pas désormais, il est préférable que la douleur disparaisse le temps que l’on aille jusqu’à la pharmacie la plus proche pour te soigner cette plaie. ».</p>
<p>Et c’était tout. Elle n’avait plus mal. Et la pharmacienne a ainsi pu lui apporter les premiers soins en toute tranquillité. Elle n’en revenait pas. Elle avait l’impression que Cassandre dormait paisiblement alors qu’elle était en train de déposer du désinfectant sur sa plaie, chose qui aurait dû la faire crier de douleur.</p>
<p>J’aime raconter cette anecdote, parce qu’elle montre bien à quel point l’apprentissage de l’hypnose permettrait de gérer bien plus facilement toutes les situations de cas d’urgences liées à la douleur notamment.</p>
<h6><strong> JDP : Avec le recul, comment analysez-vous votre intervention lors de la formation avec Olivier Perrot, intervention qui était une première pour vous ?</strong></h6>
<p>JEC : Une expérience très enrichissante. J’ai reçu depuis plusieurs mails de remerciement. Des personnes qui se disaient « résistantes » et à qui j’ai fait découvrir des phénomènes hypnotiques, des personnes qui sont ravies de pouvoir utiliser les quelques techniques que j’ai présentées, des personnes qui souhaiteraient assister à l’une de nos démonstrations dans la rue, des personnes qui ont apprécié l’état d’esprit de ma présentation. Humainement parlant, cette intervention m’a apporté bien plus que ce que je ne pouvais espérer.</p>
<h6>JDP : Vous avez dû remarquer avec quelle attention tous ces professionnels ont suivi vos explications et avec quelle chaleur ils vous ont applaudi à la fin. Un encouragement pour recommencer ?</h6>
<p>JEC : Oui, clairement !</p>
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		<title>Conscient / Inconscient, une réalité physiologique ?</title>
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		<pubDate>Tue, 12 Mar 2013 13:11:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Dominique Paoli]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Sur un chemin de campagne arrive un couple bizarre, désassorti, se déplaçant ensemble mais sans être au même pas. Au loin les ailes de quelques moulins. L’un des personnages, grand, maigre, chevauche un cheval efflanqué, l’autre, rondouillard se fait secouer sur l’échine d’un âne. A mesure qu’ils s’approchent, leurs voix se font entendre. Le grand [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Sur un chemin de campagne arrive un couple bizarre, désassorti, se déplaçant ensemble mais sans être au même pas. Au loin les ailes de quelques moulins. L’un des personnages, grand, maigre, chevauche un cheval efflanqué, l’autre, rondouillard se fait secouer sur l’échine d’un âne. A mesure qu’ils s’approchent, leurs voix se font entendre. Le grand a le verbe fort, on le devine hâbleur et bagarreur. Le petit gros s’exprime d’une voix aigüe, geignant, se plaignant d’avoir tout à gérer à tout moment, alors que le grand échalas n’en fait qu’à sa tête et n’écoute jamais ses conseils. D’ailleurs, celui-ci ne l’écoute même plus, il fonce au galop en direction des moulins.</p>
<p>Chacun aura reconnu Don Quichotte et Sancho Pança, les deux héros de Cervantès, que le psychiatre et hypnothérapeute Dominique Megglé (dans « Erickson, hypnose et psychothérapie »), utilise comme métaphore du conscient/inconscient. Un conscient qui décide, parfois par des décisions contraires aux intérêts de cette singulière équipe, un inconscient qui gère au mieux ces intérêts, veillant jour et nuit, mais qui n’a pas le pouvoir de décider.<br />
La notion conscient/inconscient est à la base de l’hypnose. La transe hypnotique se traduit par un « débranchement » des facultés conscientes du sujet au profit d’une connexion avec son inconscient. Même devant ce fait, la notion d’inconscient est restée longtemps comme une vue de l’esprit. Freud a toujours regretté de ne pouvoir prouver sa théorie de l’inconscient par des explications physiologiques, au point de refuser de publier certains de ses travaux sur le sujet. Il aura fallu attendre la toute fin du XXè siècle, et l’arrivée des moyens d’exploration du cerveau par l’imagerie médicale, pour que <a title="Wikipedia Antonio Damasio" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Antonio_Damasio" target="_blank">Antonio Damasio</a> valide scientifiquement la notion d’inconscient.</p>
<p>Nous avons choisi d’expliquer la réalité conscient/inconscient à travers trois auteurs marquants du début du 21è siècle, qui ont étudié cette dualité cérébrale.</p>
<p>Dans son ouvrage « Guérir le stress, l’anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse » (2003) <a title="Wikipedia David Servan Schreiber" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/David_Servan-Schreiber" target="_blank">David Servan-Schreiber</a> , psychiatre français qui a étudié et exercé aux Etats-Unis, propose une explication basée sur l’existence de deux cerveaux en un, reprenant ainsi la théorie développée par Damasio quelques années auparavant. A la même époque, <a title="Wikipedia Daniel Goleman" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Goleman" target="_blank">Daniel Goleman</a>, propose une analyse semblable pour introduire sa théorie de l’ « intelligence émotionnelle ». Quant à <a title="Wikipedia Joseph LeDoux" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_LeDoux" target="_blank">Joseph LeDoux</a>, s’il reprend le même schéma explicatif, c’est par la voie de l’étude physiologique et de l’architecture du cerveau, aidé en cela par les techniques d’investigation récentes, notamment les <a title="Wikipedia IRMf" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/IRMf" target="_blank">IRMf</a> .</p>
<h2>Deux cerveaux en un</h2>
<div class="pullquote-wrapper left">
<div class="pullquote prociono"><strong>A l’intérieur de l’enveloppe cervicale se trouve le « cerveau dans le cerveau »</strong></div>
</div>
<p>D. Servan-Schreiber explique qu’ à l’intérieur de l’enveloppe cervicale se trouve le « cerveau dans le cerveau ». C’est à dire le cerveau d’origine de l’espèce humaine, qui gère les fonctions vitales de notre organisme, et donc notre survie, ainsi que nos émotions. Il s’agit du cerveau « limbique », (qui intègre le cerveau reptilien), profond, qui n’avait à gérer au début de l’humanité que la survie et les émotions, notamment la peur face aux dangers de toutes sortes. D. Servan-Schreiber l’appelle <em>cerveau émotionnel</em>.</p>
<p>L’autre partie du cerveau s’est développée avec les besoins de l’espèce humaine, le langage et la pensée. Des couches supplémentaires ont entouré le cerveau limbique pour créer le néocortex, la « nouvelle écorce ». Il s’agit du <em>cerveau cognitif</em>, ou rationnel.</p>
<p>Le cerveau émotionnel existait bien avant le cerveau rationnel. Ce dernier s’est développé à partir de l’émotionnel, d’où une relation très particulière entre la pensée et l’émotion.</p>
<h2>Le cerveau émotionnel</h2>
<p>Le cerveau émotionnel fonctionne indépendamment du cerveau cognitif. Son rôle est essentiel dans l’équilibre des fonctions vitales qui nous maintiennent en vie : respiration, rythme cardiaque, pression artérielle, sommeil, etc… Il est le siège de toutes nos émotions, peur, colère, anxiété&#8230;, qui sont des mécanismes d’urgence de protection de notre intégrité.<br />
Langage et cognition n’ont sur lui qu’une influence limitée : on ne peut commander à une émotion d’augmenter ou de disparaître de la même façon que l’on peut demander à son esprit de parler ou de se taire.<br />
La structure du cerveau émotionnel est plus simple que celle du néocortex. Le langage direct et logique semble lui être étranger, mais il réagit au langage symbolique (métaphores). En revanche il est plus rapide et adapté à des réactions nécessaires à la survie. Par exemple, en présence d’un danger, il déclenche la réaction de survie qui lui semble la plus adaptée, mais pas forcément pertinente, avant que le cerveau cognitif ait pu évaluer complètement la situation et peut-être proposer une réaction plus rationnelle.</p>
<p><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/03/serpent.jpg"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-3266" alt="serpent 150x150 Conscient / Inconscient, une réalité physiologique ?" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/03/serpent-150x150.jpg" width="150" height="150" title="Conscient / Inconscient, une réalité physiologique ?" /></a>Vous marchez dans la campagne, une forme noire, allongée, attire votre attention dans l’herbe. Avant que le cerveau cognitif ait eu le temps d‘analyser cette forme, votre cerveau émotionnel, à partir d’informations partielles et dans le but de vous protéger, a figé votre geste de marche, envoyé des instructions pour que le cœur augmente son débit, envoyant ainsi plus de sang dans vos jambes, ce qui vous permet de fuir au plus vite si nécessaire. Vos pupilles se dilatent, vos poils se dressent…C’est seulement alors que vous parvient l’analyse du cerveau cognitif, est-ce ou non un serpent, qui vous permet de prendre une décision.</p>
<p>Le cerveau émotionnel est plus en phase avec le corps que le cerveau cognitif. Pour cette raison il est plus facile d’accéder aux émotions par le corps et les sens (gestes, toucher, sons, saveurs, senteurs) que par la parole. Ces voies d’accès corporelles au cerveau émotionnel sont souvent plus puissantes que le langage.</p>
<h2>Le cerveau cognitif</h2>
<p>Il contrôle la cognition, le langage et le raisonnement. Réflexion, abstraction, planification, décision sont son domaine. Sa réaction fait intervenir un grand nombre de circuits neuronaux, elle est donc plus lente. Il évalue d’abord la situation, la réaction vient ensuite, les jugements sont a priori plus judicieux.</p>
<p>Remarque : à ce stade de l’explication, la similitude émotionnel/inconscient et cognitif/conscient est patente, au sens où on l’entend en hypnose. Pour la suite du développement, cette similitude devra rester présente à l’esprit.</p>
<h2>Conflit entre les deux cerveaux</h2>
<div class="pullquote-wrapper left">
<div class="pullquote prociono">Le cerveau émotionnel est doté d’une puissance lui permettant d’inhiber, de « débrancher » le cerveau cognitif.</div>
</div>
<p>En présence d’une information extérieure, les deux cerveaux peuvent se disputer le contrôle du comportement, ce qui peut donner lieu à un court-circuit émotionnel.<br />
Le cerveau émotionnel est doté d’une puissance lui permettant d’inhiber, de « débrancher » le cerveau cognitif. Cette capacité est liée au fait qu’il veille en permanence sur notre survie, surveille l’environnement en arrière-plan et prend des décisions de protection. Qu’un danger survienne, ou au contraire une opportunité d’augmenter la survie (partenaire possible, bien matériel utile), il interrompt en quelques millisecondes l’activité du cerveau cognitif. Ce sont alors les actions instinctives qui prennent le dessus.</p>
<p><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/03/terrassecafe.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-3269" alt="terrassecafe 150x150 Conscient / Inconscient, une réalité physiologique ?" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/03/terrassecafe-150x150.jpg" width="150" height="150" title="Conscient / Inconscient, une réalité physiologique ?" /></a>Avec humour, D. Servan-Schreiber prend l’exemple de deux hommes en train de discuter à une terrasse de café. Passe alors une jolie paire de gambettes féminines…partenaire éventuelle de perpétuation de l’espèce… la conversation se fige, les regards se focalisent, la gorge est sèche… le cerveau émotionnel s’est imposé…</p>
<p>L’évolution de l’espèce donne la priorité au cerveau émotionnel quand il y a urgence, quand la survie est en jeu. Ce processus qui date de centaines de milliers d’années nous est encore utile dans la vie quotidienne. En tout cas aux terrasses de café…<br />
La domination par le cerveau émotionnel présente cependant le risque que nous perdions le contrôle du flux de nos pensées, que nous soyons conduits à des actes irréfléchis (impulsions, violence, …) si nos réactions ne sont pas bien calibrées. Les émotions peuvent échapper à tout contrôle rationnel d’où une incapacité à nous maîtriser (colère, peur, jalousie), ce qui est la plupart du temps contraire à nos intérêts personnels et relationnels. Le cerveau cognitif a beau se rendre compte alors que cet afflux d’émotion n’a pas de sens, il est débranché et n’est pas en mesure de proposer une réponse rationnelle à la situation. Il en est ainsi, par exemple, du rougissement incontrôlable ou du blocage au moment de prendre la parole en public.</p>
<h2>L’explication physiologique de nos réactions émotionnelles</h2>
<p><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/03/cerveauvinci.gif"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-3302" alt="cerveauvinci 150x150 Conscient / Inconscient, une réalité physiologique ?" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/03/cerveauvinci-150x150.gif" width="150" height="150" title="Conscient / Inconscient, une réalité physiologique ?" /></a>L’explication physiologique de ce phénomène a été donnée en premier par Joseph LeDoux, neurologue américain. Tout ce que nous mémorisons passe par l’hippocampe, sorte de bibliothécaire qui étiquette et range les informations reçues. Si cette information se double d’une émotion, l’amygdale, glande du cerveau limbique par laquelle transitent toutes nos émotions, entre en jeu.</p>
<p><strong> Chaque type d’émotion est</strong> doté d’un marqueur biologique propre reconnu par l’amygdale et qui active celle-ci. Elle booste alors l’hippocampe afin qu’une mémorisation particulière soit réservée à l’information concernée. C’est la raison pour laquelle nous nous souvenons bien d’évènements qui ont donné lieu à une émotion.</p>
<p>La mémorisation est automatique, sans intervention du cerveau conscient. Dans les réserves de notre cerveau le couple amygdale/hippocampe range soigneusement ce qui nous a émus.
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<div class="pullquote prociono">Chaque type d’émotion est reconnu par l’amygdale et active celle-ci afin qu’une mémorisation particulière soit réservée à l’information concernée.</div>
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<p>Nous ignorons tout ce qui est ainsi mémorisé. Pour que le souvenir revienne, une situation analogue devra se présenter, sinon il ne sera jamais réactivé :<br />
<em>« Ces souvenirs abandonnés depuis si longtemps hors de la mémoire, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience… Mais quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, nos émotions restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir… »</em><br />
Marcel Proust « Du côté de chez Swann ».</p>
<p>Dommage qu’un texte aussi sublime, et aussi visionnaire sur le fonctionnement du cerveau émotionnel, ait été réduit à l’expression « madeleine de Proust »&#8230;</p>
<p>En retrouvant par hasard le goût d’une madeleine, Proust voit resurgir le souvenir de sa tante, du village où elle vivait, des voix de ses copains d’enfance. L’amygdale s’est souvenue et a réactivé « la gouttelette presque impalpable du souvenir ».</p>
<p>En l’espèce un souvenir heureux. Mais la mémoire des émotions ne fait pas le tri.</p>
<p>Si vous avez eu un jour un accident sur une route, lorsque vous repassez par le même endroit l’hippocampe vous rappelle le fait brut, l’accident, et l’amygdale ajoute sa dose d’émotion sous forme d’une poussée d’anxiété qui se manifeste par des mains moites, une accélération du rythme cardiaque&#8230;</p>
<p>L’amygdale/hippocampe enregistre, entretient ainsi tout un registre de souvenirs + émotion sans que nous en soyons conscients. Et cela peut remonter à loin, car cette glande est très vite opérationnelle chez l’enfant, ce qui explique que des routines nées parfois dans la prime enfance sont fortement ancrées dans la mémoire inconsciente.</p>
<p>La mémorisation porte aussi sur la réaction proposée au moment des évènements par le cerveau émotionnel. Si bien que, face à une nouvelle situation émotionnelle, l’amygdale prévenue très rapidement et directement par un réseau spécial de neurones, comme une sorte de « ligne directe », va passer en revue tout son répertoire de souvenirs et de réactions afin de trouver une réponse qu’elle juge adaptée.<br />
L’inconvénient est qu’elle ne sait pas faire d’analyse, elle procède par association, par analogie, entre des évènements passés et actuels d’où une réaction souvent inadaptée, basée sur des routines qui se sont créées et se répètent alors qu’elles sont souvent obsolètes.</p>
<p>Pour reprendre l’exemple de l’accident, il n’est pas utile que de l’anxiété se produise lorsque l’on repasse sur les lieux, mais l’amygdale l’associe automatiquement.</p>
<p>Vous avez rougi à l’école et ressenti de la confusion en passant au tableau. A l’époque, l’amygdale avait jugé utile de provoquer cet afflux sanguin, approximativement dosé, la rapidité d’exécution l‘emportant sur la précision, afin de dynamiser votre cerveau. De nombreuses années plus tard, au moment où vous allez prendre la parole dans une réunion de travail, l’amygdale retrouve cette situation passée, l’associe au présent et à nouveau vous fait rougir, vous rend confus. L’adulte que vous êtes devenu sera surpris de cette réaction où il ne se reconnait pas.</p>
<p>En cas de thérapie, le thérapeute aura pour tâche de faire « déprogrammer » ces solutions répétitives et inadaptées.</p>
<h2>Quand le cerveau cognitif prend le dessus</h2>
<p>A l’inverse, il arrive parfois que le cerveau cognitif parvienne à réguler le flux des émotions avant qu’elles ne soient trop envahissantes. On peut parler dans ce cas d’harmonie interne. Situation idéale où nos actions sont en phase avec nos valeurs, où l’émotionnel donne la direction et le cognitif se charge de l’exécution. Goleman en fait la base de sa théorie sur l’ « intelligence émotionnelle ». Cependant un problème peut survenir : à trop museler son cerveau émotionnel, l’individu peut se trouver en déficit de sensibilité et risque de ne pas entendre les avertissements de l’inconscient. Un mariage raté, une profession mal supportée, par exemple, peuvent s’opposer aux valeurs les plus profondes d’un individu. Si le cognitif refuse de voir les choses en face et du fait que le corps est très lié au cerveau émotionnel, des problèmes physiques peuvent se produire : hypertension, infections à répétition, troubles du système digestif, problèmes de peau…</p>
<h2>Utilité de la distinction inconscient/émotionnel avec le conscient/cognitif</h2>
<p>Les pratiquants de l’hypnose connaissent bien cette distinction puisqu’un certain nombre de techniques leur permettent de « débrancher » le cerveau conscient au profit d’un contact direct avec l’inconscient, au sein de la transe hypnotique. Les hypnotiseurs ont élaboré un ensemble de gestes, un langage spécifique, des métaphores qui leur ouvrent un « dialogue » avec le cerveau émotionnel. Hommage doit être rendu à cet égard à Milton Erickson, le père de l’hypnose moderne, dont le génie a pu comprendre en son temps ce que les IRMf ou autres techniques (<a title="Wikipedia Pet Scan" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pet_scan" target="_blank">Pet Scan</a> , <a title="Wikipedia TEP" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Tomographie_%C3%A0_%C3%A9mission_de_positons" target="_blank">TEP</a>) nous montrent aujourd’hui.</p>
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<div class="pullquote prociono">Une médecine des émotions sans psychanalyse ni Prozac</div>
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<p>Bien que médecin psychiatre, Servan-Schreiber fait déboucher sa théorie sur des pratiques hors médecine traditionnelle, avec comme credo « une médecine des émotions sans psychanalyse ni Prozac »…Il a beaucoup utilisé <a title="Wikipedia EMDR" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/EMDR" target="_blank">l’EMDR </a>dont il fut la figure de proue en France. Il a aussi pratiqué l’hypnose.</p>
<p>La sophrologie fait aussi appel à la distinction conscient/inconscient, dans la mesure où, par ses techniques de relaxation et le lâcher prise, elle permet l’accès à l’inconscient.</p>
<p>Nous l’avons vu, Goleman développe son concept d’intelligence émotionnelle à partir de la distinction entre émotionnel et cognitif. En miroir au QI, il crée le QE, quotient émotionnel, qui inclut la maîtrise de soi, la motivation, le respect d’autrui. Il en fait un instrument d’harmonie personnelle, d’éducation, de relations humaines et de management d’entreprise. La maîtrise du QE serait un meilleur atout dans la vie que le QI.</p>
<p>C’est aussi dans le domaine de la thérapie que la distinction prend tout son sens. Comment se débarrasser de ces comportements qui se répètent malgré nous, échappant à notre volonté, si ce n’est en pénétrant dans le cerveau émotionnel, en y recherchant la source du bogue et en proposant un nouvel apprentissage de comportement plus rationnel.</p>
<h2>En conclusion</h2>
<p>Ce que l’intuition avait apporté depuis longtemps à ceux qui s’intéressaient aux mystères du fonctionnement du cerveau se trouve aujourd’hui confirmé par les techniques d’imagerie médicale. Il existe bien un conscient et un inconscient, physiologiques, structurels.</p>
<p>La cohabitation n’est pas toujours aisée, du fait de la prééminence en ancienneté de l’inconscient et donc en moyens d’intervention qu’il s’est réservés. L’inconscient nous est indispensable pour gérer notre vie courante, mais il n’est guère mesuré, nuancé lorsqu’il veut nous protéger, d’où des réactions émotionnelles parfois mal dosées.</p>
<p>Mais au fond, l’inconscient est de bonne composition. Il ne s’opposera pas à ce que l’on aille, en sa compagnie, éliminer au fin fond de la mémoire les mauvais réglages et les routines obsolètes qu’il a mis en place, parfois très tôt dans la vie d’un individu. Et il acceptera même d’apporter son aide au changement sous la forme d’un processus mieux adapté.<br />
Les techniques modernes d’investigation permettent aujourd’hui de comprendre un grand nombre de processus électrochimiques qui sont à l’origine des phénomènes que nous avons décrits.</p>
<p>La part de merveilleux s’éloigne, la froide rigueur des expérimentations s’impose. On parle désormais en termes de psychobiologie et non plus de « gouttelette presque impalpable qui porte l’édifice du souvenir »…</p>
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