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	<title>Réalités Hypnotiques</title>
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	<description>Le Magazine de l&#039;Hypnose et des Neurosciences</description>
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		<title>Messmer, Hypnose et Fascination &#8211; Interview</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Dec 2013 16:13:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Agathe Maire]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Interview]]></category>
		<category><![CDATA[Messmer]]></category>

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		<description><![CDATA[Questionner, démontrer, prouver, trois mots clés au cœur de la démarche de Messmer. Connu pour ses spectacles où s’entremêlent une hypnose très directive, magnétisme et fascination, nous souhaitons donner la parole à tous les courants d’hypnose. Son ancien spectacle a attiré 466 000 personnes, en ce moment son spectacle Le Fascinateur est en tournée dans [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><b>Questionner, démontrer, prouver, trois mots clés au cœur de la démarche de Messmer.</b></p>
<p align="JUSTIFY"><b>Connu pour ses spectacles où s’entremêlent une hypnose très directive, magnétisme et fascination, nous souhaitons donner la parole à tous les courants d’hypnose.</b></p>
<p align="JUSTIFY"><b>Son ancien spectacle a attiré 466 000 personnes, en ce moment son spectacle Le Fascinateur est en tournée dans toute la France jusqu’en avril 2014, quelle image ce spectacle donne-t-il à l’hypnose ? Quelles sont les limites qu’il se met ? Quelle vision du monde sous-tend ses expériences ?</b></p>
<p align="JUSTIFY"><b>Rencontre avec cet ancien thérapeute qui rêve d’enseigner un jour, la sophrologie dynamique. </b></p>
<h6><b>Vous êtes en tournée dans toute la France, à l’Olympia du 25 décembre au 4 janvier, quel est l’objectif de ce spectacle, que souhaitez vous transmettre ?</b></h6>
<p>Idéalement j’essaie de démocratiser toutes les techniques d’hypnose, de sophrologie, de programmation neurolinguistique et tout ça, parce que moi j’ai vécu l’époque où tout cela était encore ésotérique.</p>
<p>Quand j’ai commencé à 16 ans, c’était vraiment perçu de façon ésotérique on voyait ça dans des fêtes foraines et les gens n’y croyaient pas vraiment.</p>
<p>J’ai fait moi-même du cabinet et les gens venaient me voir mais n’y croyaient pas vraiment non plus, ils avaient déjà tout essayé et ils se disaient je vais voir un hypnotiseur pour voir si ça va marcher.</p>
<h6><b>Vous parlez de votre travail en cabinet, comment travailliez-vous, de quelle hypnose s’agissait-il ?</b></h6>
<p>C’était mon hypnose à moi. J’ai commencé à maitriser l’hypnotisme à sept ans, j’ai développé mes techniques, et par la suite j’ai suivi des cours en sophrologie dynamique.</p>
<p>Mes thérapies étaient beaucoup plus axées avec la sophrologie dynamique que l’hypnose ericksonienne ou ce genre d’hypnose.</p>
<p>Je faisais un mélange de plusieurs techniques, on doit être capable de s’adapter au patient qui est là. Ce n’est pas vrai que l’on doit rester dans une seule technique. La sophrologie dynamique me permettait de m’adapter avec des techniques d’hypnose, des techniques d’inductions, des techniques de visualisation.</p>
<p>Je ne veux pas être identifié à l’hypnose ericksonienne ou à une autre forme d’hypnose, ma technique c’est d’être guidé à l’instinct.</p>
<p>Et encore aujourd’hui sur scène je fonctionne comme cela, ma technique c’est que je me laisse guider par mon instinct et ça fonctionne.</p>
<h6><b>Vous avez fait combien d’années en cabinet ?</b></h6>
<p>J’en ai fait pendant au moins 7 ou 8 ans, mais je ne pouvais pas gagner ma vie à l’époque avec cela, ce n’était pas encore assez connu. Les gens venaient me voir en dernier recours alors je trouvais ça dommage.</p>
<p>J’ai décidé de monter un show à grande échelle pour aller convaincre le plus de gens possible que ca fonctionnait.</p>
<p>Sur scène, je le démontre à chaque soir. Vingt-cinq à quarante personnes vivent l’expérience chaque soir et ces gens là deviennent des ambassadeurs.</p>
<p>Imaginez, jusqu’à maintenant aujourd’hui j’ai hypnotisé 70 000 personnes dans ma vie, ces 70 000 personnes là en ont parlé, en parlent encore aujourd’hui et ça, ça en fait pour moi des ambassadeurs.</p>
<p>Par la suite les gens se questionnent, bon qu’est-ce que je peux faire avec ça, vers où je peux me tourner si je veux améliorer ma santé ?</p>
<p>Et la, mon point est gagné. Je suis sur scène pour passer un léger message.</p>
<p>Mon ancien spectacle a attiré 466 000 personnes, on n’attire pas une foule aussi grande avec une conférence sur l’hypnose, on attire une foule avec un show, un divertissement, et pendant que les gens sont dans la salle hop on passe le message.</p>
<p>Quand ils sortent de la salle ces gens se questionnent, ils appellent des hypnologues, des associations de sophrologues etc. alors mon point est gagné.</p>
<h6><b>Certains sortent peut-être de votre show avec l’idée que l&rsquo;hypnose est une perte de contrôle, un pouvoir que quelqu’un d’autre exerce sur soi. </b><b>Que répondez-vous à ceux qui ont cette idée, cette peur ? À ceux qui se disent est-ce que je veux me diriger vers la thérapie, est-ce que le thérapeute ne va pas avoir trop de pouvoir sur moi ?</b></h6>
<p>Sur scène justement, j’essaie de démontrer que si physiquement ou moralement c’est impossible à assumer ou à réaliser la personne va s’éveiller ou bloquer l’information.</p>
<p>J’essaie de démontrer aussi que ce n’est pas un pouvoir que l’on a sur une personne, mais une synergie qui se créée entre le sujet et l’hypnotiseur ou le fascinateur.</p>
<p>J’ai créé le terme de fascinateur pour me démarquer de tout ce qui se fait à la base et aussi enfin créer le fossé pour enfin avoir une ligne : les hypnologues font de l’hypnose de thérapie et les fascinateurs font du show.</p>
<h6><b>Justement, quand on sort de ce spectacle, que faut-il garder comme présupposés sur l’hypnose d’une part et comme présupposés sur ce que vous appelez l’art de la fascination, la mise en scène, le show d’autre part ? Cette ligne est-elle si claire à déceler ?</b></h6>
<p>J’essaie de garder cette aura de mystère autour du show, cette aura de questionnement. Je veux que les gens se questionnent, je veux qu’ils en parlent.</p>
<p>Du coup, les gens font leur propre constat du spectacle. Et honnêtement, personne ne sort d’ici sans se questionner.</p>
<h6><b>On a l’impression que tout peut arriver dans vos spectacles… Quelles limites est-ce que vous vous mettez ? Quelle éthique encadre vos pratiques ?</b></h6>
<p>La mise en scène est faite dans ce sens, la mise en scène est bienveillante pour les gens qui vivent l’expérience.</p>
<p>Même si on sait qu’une personne ne fait pas ce qu’elle ne veut pas faire dans la vie normale, on peut quand même la pousser à ses limites, l’amener à l’extrême.</p>
<p>On ne connaît pas les gens sur scène. Si je demande à une personne « allez déshabille-toi, fais nous une danse », je suis persuadé qu’il y a des gens qui vont le faire, alors je ne vais pas jusque là.</p>
<p>J’essaie d’avoir une mise en scène qui est bienveillante, pour que le public comprenne que l’on a tous des forces intérieures et que l’on peut faire de grandes choses.</p>
<p>Dans mes émissions de télé où j’ai la chance d’avoir un environnement un peu plus contrôlé, je fais des numéros à grand déploiement.</p>
<p>Comme Sylvie Fréchette, la médaillée d’or en nage synchronisée aux jeux de Barcelone. Je l’ai plongé dans un bain d’eau glacé à 2 degrés Celsius. Elle a plongé comme si elle était dans un bain d’eau chaude et elle prenait une pina colada s’imaginant être à la plage.</p>
<p>La télé me permet de faire ça dans un environnement contrôlé, les médecins étaient tout proches, des gens étaient la pour vérifier que tout se passe bien. Les émissions de télé me permettent d’aller plus loin.</p>
<p>Ou par exemple un joueur de hockey professionnel au Canada, Guillaume Latendresse. Je l’ai plongé sous hypnose, on a branché sur lui des électrocardiogrammes. Avant l’hypnose, son rythme cardiaque était à 62. Deux secondes plus tard, je l’hypnotise et son rythme cardiaque passe de 62 à 42. Par la suite, je l’ai fait rêvé. Je l’ai mis dans un scénario mental, « tu es sur la glace, maintenant tu as la rondelle, fonce vers le but, vas-y tu es en échappée » et son rythme cardiaque a commencé à accélérer, à remonter à 62, il réussit son but, son rythme cardiaque a monté encore, et après « détends-toi » et en deux secondes il est revenu à 42.</p>
<p>C’est incroyable, on a pu démontrer que le corps physique réagit à la suggestion. Ca c’est palpitant.</p>
<p>Ce sont des numéros comme cela, qui nous permettent de montrer cette force que nous avons en nous.</p>
<h6><b>Vos émissions télés sont très encadrées, mais est-ce également le cas de vos shows ? Il y a des médecins, des personnes qui prennent le temps de bien réveiller les sujets ou certains spectateurs qui dans la salle auraient réagi à vos suggestions ?</b></h6>
<p>C’est nous qui prenons le temps de voir que tout se passe bien. Les personnes oui s’endorment dans la salle, je les laisse dormir parce qu’ils en ont besoin.</p>
<p>J’ai déjà essayé de réveiller ces gens là, ils s’éveillent une fois et puis ils se rendorment. En parlant avec ces gens à la fin, je leur demande pourquoi n’êtes vous pas remonté au conscient ?, ils me répondent je t’entendais mais je m’en foutais, je me dis à l’intérieur de moi fous moi la paix, je suis bien, je dors.</p>
<p>Il y a quelques jours, une dame dormait dans l’assistance, son mari me dit Messmer elle dort, elle dort, qu’est-ce que je fais ?, je lui dis, laissez-là dormir je sais qu’elle m’entend et je sais qu’elle se dit fous moi la paix, je dors, et quand j’ai dit ca elle m’a fait un signe avec le pouce, elle se tourne sur le côté et s’endort.</p>
<p>Les gens ont une certaine crainte, une certaine peur mais j’essaie par le spectacle d’éliminer ces craintes, ces peurs. Je sais que ca peut faire peur à la base de voir son ami qui dort ou qui fait le french cancan à côté de nous ça peut être paniquant même.</p>
<p>Mais tout ca est fait de façon contrôlée dans la salle. Je suis là pour vérifier que tout se passe bien, j’ai un assistant sur scène aussi, j’ai des producteurs, tout le monde vérifie que tout se passe bien et s’il y a un problème ou quelque chose je suis appelé.</p>
<p>Je fais des mises en garde nécessaires aussi. Je dis aux gens que s’ils ont pris des antidépresseurs puissants, des alcools ou s’ils sont sous l’effet des drogues, qu’ils ne fassent pas le test, parce que eux vont extrapoler la suggestion. On essaie d’éviter cela.</p>
<h6><b>Les personnes vivent souvent des choses très fortes dans vos shows, j’imagine que ça peut autant apporter de choses très bénéfiques qu’ébranler, comment vivez-vous cette responsabilité ?</b></h6>
<p>Je le fais dans un environnement contrôlé justement, j’essaie de vérifier les réactions possibles. Si je fais cela comment elle peut réagir, ca peut aller vers là, ou vers là ou vers là.</p>
<p>Et on a des portes de sorties, on fait en sorte de maintenir cette mise en scène avec des portes de sorties.</p>
<p>On pourrait aller plus loin, mais sur scène mon but est de faire passer ce message et toujours être bienveillant. Je veux garder cette image d’homme qui fait un show bienveillant.</p>
<h6><b>Vous avez fait à la fois du show et du cabinet, comment ont évolué les questions que vous vous posez au fur et à mesure de votre pratique ?</b></h6>
<p>Depuis que j’ai commencé, j’ai vu la science évoluer. Maintenant on sait à l’aide d’IRM que l’hypnose existe. On commence à comprendre un peu mieux.</p>
<p>Mais depuis que j’ai sept ans, je gravite autour de cela, alors j’ai grandit avec cela, c’est une deuxième nature pour moi.</p>
<p>Des questions, je m’en pose plus quand je vois qu’une personne ne comprend pas ce que je fais.</p>
<h6><b>Au-delà des questions, vos propres réflexions, votre vision des choses a-t-elle évolué ?</b></h6>
<p>Oui, ma vision des choses a évolué quand j’ai suivi un cours de sophrologie dynamique, et ca m’a donné les réponses que je cherchais depuis que j’étais tout jeune.</p>
<p>Comment ca fonctionne quand on rentre dans un état d’hypnose ? Comment fonctionne le cerveau ?</p>
<p>Comprendre aussi qu’il existe dans l’impalpable, dans l’invisible, cette énergie là.</p>
<p>Les gens ont encore souvent des réactions mitigées autour de cela, même dans les années 1700 c’était comme ca avec le vrai Franz Anton Mesmer, et encore aujourd’hui il y a deux écoles de pensées.</p>
<p>Mais avec la sophrologie dynamique, j’ai pu toucher, j’ai pu sentir dans mes mains cette énergie.</p>
<p>Imaginez, être capable de se connecter à quelqu’un à distance sans même connaître son nom, sans même connaître sa vie et trouver que cette personne a une jambe de coupée ou un œil de crevé, on peut le sentir, on le touche.</p>
<p>Ce n’est pas parce qu’on pas encore les réponses complètes que ça n’existe pas, la science continue à évoluer.</p>
<p>Avec la sophrologie, j’ai compris aussi que nous avons des cycles de sommeil. Le conscient, l’alpha, le béta, le thêta, le delta. Le cerveau vibre à des niveaux différents, il vibre à 14 vibrations secondes, au niveau thêta  il vibre à 7 vibrations secondes et tout ca.</p>
<p>Avec la sophrologie dynamique ou l’auto hypnose, on descend dans ces sphères au niveau subconscient, on est capables et en mesure de le provoquer.</p>
<p>Mais la sophrologie dynamique j’aime mieux, parce qu’on apprend à bouger à vaquer à nos occupations dans un état sophronique.</p>
<p>On peut être conscient, même quand je suis sur scène je suis dans un état sophronique, on peut être conscient au niveau thêta. Et je me sers de ces techniques pour aider la personne à descendre à ces niveaux là.</p>
<p>Alors oui, j’ai évolué avec le temps dans mes techniques, dans mes pratiques, je comprends maintenant beaucoup mieux comment cela fonctionne qu’à l’époque quand je lisais le livre de mon grand-père daté de 1905. La science n’était pas très évoluée à ce moment là, mais les techniques d’induction étaient quand même présentes et bonnes.</p>
<h6><b>Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous intrigue, vous interpelle le plus ? </b></h6>
<p>L’influence d’une personne à distance.</p>
<p>J’ai réussi à le faire à plusieurs reprises sans même avoir une suggestion détournée.  Je suis capable d’hypnotiser quelqu’un qui n’est même pas dans la même pièce que moi, sans même que la personne puisse voir que j’essayais de travailler avec elle.</p>
<p>J’essaie de comprendre le mécanisme pour pouvoir le maitriser encore mieux et éventuellement le démontrer. Ca créé et ça va encore créer des discussions autour des tables, des hypnologues etc. mais c’est là et ça va faire avancer la science éventuellement.</p>
<p>Je parle beaucoup de magnétisme, parce qu’il n’y a pas d’autres termes en ce moment qui illustrent ce que l’on essaie d’expliquer. C’est une forme d’énergie, que l’on est tous en mesure de maitriser, d’amplifier, de diriger.</p>
<h6><b>Dans quel but ? Qu’est-ce que ça peut apporter d’important selon vous ?</b></h6>
<p>Je pense que l’être humain doit apprendre à se connaître, doit apprendre à connaître ses forces intérieures.</p>
<p>Je ne fais pas la promotion de l’hypnose sur scène, loin de là, je fais la promotion de nos forces intérieures, de notre capacité à s’auto guérir, à améliorer notre santé, à nous libérer d’addictions.</p>
<p>On a tous cette capacité de modeler notre cerveau comme on le veut. Et on n’a pas d’école qui nous enseigne ça aujourd’hui.</p>
<h6><b>Vous vous pratiquez l’auto hypnose, la sophrologie dynamique… Dans quelle direction, à quelles fins, vous en servez-vous personnellement ?</b></h6>
<p>C’est 80 % du temps dans ma journée, je descends dans mes niveaux au niveau du subconscient.</p>
<p>Pour améliorer ma santé, si je suis malade je guéris très rapidement. Si je suis fatigué après une tournée de promotion ou de spectacle, je prends 15 minutes, je rentre dans mes niveaux et je fais un cycle de sommeil complet, en 15 minutes je récupère trois heures de sommeil.</p>
<p>On apprend aussi à être plus près de notre instinct. C’est très bénéfique d’apprendre à maitriser tout cela.</p>
<h6><b>Et concrètement c’est ce vers quoi vous souhaiteriez diriger les spectateurs ?</b></h6>
<p>Premièrement, j’essaie de créer des questionnements, et deuxièmement, j’essaie de faire en sorte de trouver des réponses.</p>
<p>On reçoit 200-300 courriels de gens par semaine de gens qui veulent avoir de l’information. On essaie de les diriger le mieux possible au bon endroit.</p>
<p>J’ai tendance à penser que si l’on arrive à combiner la médecine traditionnelle avec la force de pensée, la force de l’esprit, on peut faire des miracles.</p>
<p>Mon but c’est cela, c’est faire en sorte que les deux sphères se rejoignent et éventuellement qu’on évolue en tant que peuple, en tant qu’être humain.</p>
<h6><b>Et pour terminer cette interview, un rapide quizz : qu’est-ce qui vous surprend le plus sur ce qu’il se dit de l’hypnose ?</b></h6>
<p>Que des gens sont encore sceptiques. Il y a toujours quelqu’un qui va dire « ah non c’est arrangé », « c’est une vedette, il voulait faire gonfler sa carrière », « un journaliste, il voulait faire montrer ses ventes de papiers ».</p>
<p>J’ai arrêté d’essayer de convaincre la planète.</p>
<h6><b>Qu’est-ce qui vous laisse le plus dubitatif ?</b></h6>
<p>On parlait du bain de glace, écoute ca ma scotché. Son rythme cardiaque n’a même pas changé, même pas un sourcillement, même pas un frisson. Ca m’a vraiment bluffé, c’est vraiment palpitant.</p>
<p>Ou hypnotiser quelqu’un à distance, ça, ça va plus loin que l’hypnose.</p>
<h6><b>Qu’est-ce qui vous réjouit le plus de ce qu’il se dit sur l’hypnose aujourd’hui ?</b></h6>
<p>Beaucoup de monde se dit ça fonctionne, ça peut m’aider à me libérer de phobies, à améliorer ma santé etc.</p>
<p>Je vois qu’il y a un cheminement qui continue. On est vraiment à la pointe de l’iceberg, on va découvrir de nouvelles choses très bientôt, la science s’y penche.</p>
<p>Des universités au Canada, en France peut-être aussi, traitent des grands brûlés sous hypnose. La récupération du corps physique est cinq fois plus rapide sous hypnose… Ca me réjouis.</p>
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		<title>L&#8217;intelligence subconsciente</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Dec 2013 10:23:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Garnier]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[La Pratique de l'Hypnose]]></category>
		<category><![CDATA[A la Une]]></category>
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		<category><![CDATA[suggestion post-hypnotique]]></category>

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		<description><![CDATA[Aujourd&#8217;hui, l&#8217;hypnose fascine. Et beaucoup rêvent d&#8217;une manière fiable et scientifique de comprendre ce qu&#8217;elle est. Mais au XIXème siècle, les psychiatres qui se l&#8217;approprièrent poursuivaient un autre Graal : comprendre l&#8217;humain. L&#8217;hypnose n&#8217;était qu&#8217;un outil leur permettant de créer des conditions expérimentales en vue de faire émerger les mécanismes psychiques et nerveux. Et c&#8217;est ainsi [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;hypnose fascine. Et beaucoup rêvent d&rsquo;une manière fiable et scientifique de comprendre ce qu&rsquo;elle est. Mais au XIXème siècle, les psychiatres qui se l&rsquo;approprièrent poursuivaient un autre Graal : comprendre l&rsquo;humain. L&rsquo;hypnose n&rsquo;était qu&rsquo;un outil leur permettant de créer des conditions expérimentales en vue de faire émerger les mécanismes psychiques et nerveux.</p>
<p>Et c&rsquo;est ainsi par l&rsquo;expérimentation qu&rsquo;ils observèrent ce qui n&rsquo;était jusque là, pour Leibniz et les philosophes, qu&rsquo;un objet de spéculation : l&rsquo;inconscient.</p>
<h2>Suggestions hypnotique et post-hypnotique</h2>
<p>Une personne sous hypnose n&rsquo;est pas une condition expérimentale qui fournisse beaucoup d&rsquo;informations. En réalité, ce qui est tout à fait précieux pour l&rsquo;observation, ce sont les phénomènes de la conscience qu&rsquo;autorise cet état, et parmi eux, un en particulier qui est indissociable de la découverte de l&rsquo;inconscient : la suggestion post-hypnotique.</p>
<p>Pour rappel, la suggestion hypnotique consiste à demander à une personne sous hypnose de faire quelque chose (mentalement ou physiquement). Alors la personne le fait, non pas comme elle le ferait d&rsquo;habitude, par décision volontaire, mais exécute l&rsquo;action de façon automatique, sans besoin d&rsquo;y réfléchir, à condition qu&rsquo;elle n&rsquo;y oppose pas de résistance. <strong>La suggestion <i>post-</i>hypnotique, quant à elle, consiste à demander à une personne de faire quelque chose (mentalement ou physiquement) plus tard, lorsqu&rsquo;elle ne sera plus en hypnose, après son réveil</strong>.</p>
<p>Prenons un exemple : Raymond est dans une profonde hypnose. Son hypnotiseur lui commande alors : <i>« Dimanche prochain, quand vous irez au marché, vous achèterez un rutabaga !».</i></p>
<div class="pullquote-wrapper right">
<div class="pullquote prociono"><b>La suggestion en hypnose est un mécanisme ; le subconscient est son lieu ; le langage est ce qui le détermine ; et la motivation est son carburant.</b></div>
</div>
<p>Si la suggestion post-hypnotique est menée de façon parfaite, Raymond ne se souviendra pas que l&rsquo;hypnotiseur le lui a demandé, et c&rsquo;est seulement devant le maraîcher du marché qu&rsquo;il aura une envie, ou un réflexe d&rsquo;acheter un rutabaga en question.</p>
<p>Il est possible qu&rsquo;il le fasse alors purement automatiquement et sans s&rsquo;en rendre compte, prêt à nier même avoir acheté un rutabaga. Il est également possible que Raymond trouve une bonne raison d&rsquo;acheter ce rutabaga afin de justifier son acte.</p>
<p>Cette suggestion post-hypnotique peut être ponctuelle, mais aussi répétitive. Exemple : <i>« Chaque dimanche, sur le marché, vous achèterez un rutabaga »</i>. Raymond pourra acheter son rutabaga pendant des années, ou bien cette suggestion s&rsquo;estompera plus ou moins rapidement, car elle manquera d&rsquo;un véritable mobile. En effet, la suggestion en hypnose est un mécanisme ; le subconscient est son lieu ; le langage est ce qui le détermine ; et la motivation est son carburant.</p>
<h2>Qui se souvient ? L&rsquo;hypothèse de l&rsquo;association</h2>
<p>Dans ces conditions, la suggestion post-hypnotique pose une question : si la personne a oublié le moment où l&rsquo;hypnotiseur lui a formulé la suggestion, et si la personne ne se souvient pas de ce qu&rsquo;on lui a demandé, qu&rsquo;est-ce qui s&rsquo;active en elle au moment venu ?</p>
<p>Si Raymond ne se souvient pas du contenu de la séance, qu&rsquo;est-ce qui, en lui, se souvient si bien qu&rsquo;il n&rsquo;oubliera même pas, le jour venu, d&rsquo;acheter un rutabaga sur le marché ?</p>
<p>Le docteur <a title="Charles Richet - Wikipedia" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Richet" target="_blank">Charles Richet</a>  conclut à un mécanisme d&rsquo;association d&rsquo;idées.</p>
<p>Pour reprendre notre exemple, une association d&rsquo;idée serait créée artificiellement entre le marché et le rutabaga, l&rsquo;une faisant surgir l&rsquo;autre aussi sûrement que la petite musique de la phrase « 2+2 » fait surgir instantanément un « 4 » dans votre tête.</p>
<p>Raymond n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;y penser chaque jour. Il va au marché et, d&rsquo;un coup, l&rsquo;idée d&rsquo;acheter un rutabaga surgit aussi naturellement que si elle était une vieille habitude. Durant tout la semaine, cette association restait en latence. Et le mécanisme s&rsquo;active quand le déclencheur (Dimanche + marché) se présente.</p>
<p>Mais le philosophe <a title="Wikipedia - Paul Janet" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Janet_(philosophe)" target="_blank">Paul Janet</a> émet une réserve que son neveu, <a title="Wikipedia - Pierre Janet" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Janet" target="_blank">Pierre Janet</a>  fait sienne, au point de démontrer la faiblesse de cette explication.</p>
<p>En effet, que se passe-t-il si l&rsquo;on donne à Raymond une suggestion post-hypnotique du type suivant : <i>« Dans vingt-sept jours, vous irez chez le marchand acheter un rutabaga » ?</i></p>
<p>Alors l&rsquo;achat du rutabaga n&rsquo;est pas lié à son activité hebdomadaire d&rsquo;aller au marché. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;association d&rsquo;idées possible, car il n&rsquo;y a pas de déclencheur qui puisse être perçu. Le déclencheur consiste à compter les jours, sans s&rsquo;y perdre. Mais s&rsquo;il a oublié la suggestion, il ne compte pas les jours. Il n&rsquo;a aucune raison de le faire puisqu&rsquo;il ne se souvient pas de ce qu&rsquo;on lui a demandé.</p>
<p>Alors par quel phénomène, au matin du vingt-septième jour, émerge naturellement et automatiquement en Raymond l&rsquo;idée ou l&rsquo;automatisme de se rendre au magasin et d&rsquo;acheter un rutabaga ?</p>
<h2>L&rsquo;hypothèse de l&rsquo;oubli.</h2>
<p>Pierre Janet reprend un problème similaire posé par <a title="Wikipedia - Hippolyte Bernheim" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hippolyte_Bernheim" target="_blank">Hippolyte Bernheim</a> avant lui. Lorsqu&rsquo;une personne s&rsquo;endort avec dans l&rsquo;idée de se réveiller à telle heure précise, comment se passe ce réveil programmé ? A l&rsquo;époque de ces auteurs, il était commun de se réveiller de cette façon, sans le secours d&rsquo;aucune machine, et ce phénomène était encore très familier.</p>
<p>Bernheim explique ces réveils programmés par une hypothèse étonnante : l&rsquo;oubli. Il prétend que la personne, qui doit se réveiller à six heures, se réveille en réalité souvent dans la nuit pour vérifier si c&rsquo;est l&rsquo;heure de se réveiller, mais n&rsquo;en garde aucun souvenir. Au bout d&rsquo;un certain temps, sa vérification tombe juste et la personne se réveille. Ne se souvenant pas de s&rsquo;être réveillée régulièrement dans la nuit, il lui semble avoir fait une nuit continue et s&rsquo;être réveillée « comme par magie » au bon moment.</p>
<p>Bernheim explique également par l&rsquo;oubli la sélectivité des perceptions. Je dors paisiblement sans être dérangé par les bruits alentours. Tout se passe comme si je ne les entendais pas, comme si je ne les percevais pas. Pourtant, j&rsquo;entend soudain au loin qu&rsquo;on prononce mon prénom, et aussitôt ma vigilance revient et je m&rsquo;extirpe du sommeil pour répondre à la personne qui m&rsquo;appelle.</p>
<p>Pour Bernheim, j&rsquo;ai entendu tous les sons, et tous consciemment perçus, mais tous ceux qui n&rsquo;avaient aucune importance pour moi, je les ai aussitôt effacés de ma mémoire. Alors, lorsque j&rsquo;ai entendu mon prénom, je n&rsquo;ai fait que réagir autrement, et, au lieu d&rsquo;oublier cette perception, j&rsquo;ai décidé de la garder en mémoire et de me réveiller.</p>
<p>Cette hypothèse signifierait que Raymond, à qui on a demandé sous hypnose d&rsquo;acheter un rutabaga après vingt-sept jours, aurait quotidiennement une idée du type «<i> Aujourd&rsquo;hui ça fait x jours, non, ça n&rsquo;est pas encore aujourd&rsquo;hui que je dois aller acheter le rutabaga »</i>, avant d&rsquo;oublier aussitôt complètement cette pensée et tout ce qui s&rsquo;y rapporte.</p>
<p>Puis un jour, il se dirait «<i> aujourd&rsquo;hui, ça fait vingt-sept jours, c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui que je dois aller acheter le rutabaga »</i>, alors il n&rsquo;aurait pas besoin de l&rsquo;oublier mais pourrait se rendre à l&rsquo;épicerie pour faire son achat. Il lui semblerait qu&rsquo;il avait complètement oublié cette suggestion depuis la séance, et qu&rsquo;il n&rsquo;y a jamais repensé avant ce jour. Toutes les fois où la personne réfléchit pour être bien sûre de faire ce qu&rsquo;on lui demande s&rsquo;effacerait pour donner l&rsquo;illusion que la suggestion se déclenche d&rsquo;elle-même au moment propice.</p>
<h2><i>Compter, penser, sans le savoir ?</i></h2>
<p>Que penser de cette explication ? Pierre Janet reprend l&rsquo;expérience de Bernheim, mais il n&rsquo;est pas encore satisfait par sa conclusion<strong>.</strong></p>
<p>Il arrive que des personnes qui doivent se réveiller à telle heure précise craignent tant de ne pas se réveiller qu&rsquo;elles s&rsquo;agitent, dorment à peine, et vérifient sans cesse l&rsquo;heure qu&rsquo;il est. Mais ça n&rsquo;est pas le cas le plus fréquent, sinon toutes les personnes qui se réveillent naturellement à la bonne heure serait relativement fatiguée par une nuit passée à guetter l&rsquo;horloge. En réalité, le plus souvent, la personne dort paisiblement et se réveille tout simplement aux alentours de l&rsquo;heure décidée, et parfois à l&rsquo;heure précise.</p>
<p>Si on surveille Raymond, on s’apercevra qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas un moment dans la journée où il prend le temps de compter les jours et de se demander s&rsquo;il doit acheter ou non son rutabaga. Ainsi, pour Janet, l&rsquo;oubli ne peut pas seul expliquer la suggestion post-hypnotique.</p>
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<div class="pullquote prociono">On peut inconsciemment calculer, résoudre un problème, prendre des décisions, élaborer un plan, composer un poème, créer une oeuvre d&rsquo;art, exprimer un désir, voir, entendre, sentir etc.</div>
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<p>Selon lui, nous pouvons compter, sans pour autant être conscient que nous comptons. Ainsi nous pouvons compter des jours, des heures, des minutes, totalement inconsciemment, pour pouvoir, par exemple, exécuter une suggestion avec une grande ponctualité, même des années après une séance d&rsquo;hypnose.</p>
<p>Et cela n&rsquo;a rien d&rsquo;extraordinaire. On peut non seulement compter inconsciemment, mais encore calculer, résoudre un problème, prendre des décisions, élaborer un plan, composer un poème, créer une œuvre d&rsquo;art, exprimer un désir, voir, entendre, sentir, etc&#8230; Janet en veut pour preuve les rêves, mais encore diverses expériences de suggestion post-hypnotique et d&rsquo;écriture inconsciente.</p>
<p>Pierre Janet décrit plusieurs expériences édifiantes dont la suivante. Il propose à une femme en état de somnambulisme hypnotique la suggestion post-hypnotique suivante : <i>« Quand j&rsquo;aurais frappé dans mes mains, vous aller multiplier par écrit 739 par 42 »</i>. Puis il relate le déroulé :</p>
<p><i>« La main droite écrit régulièrement les chiffres, fait l&rsquo;opération et ne s&rsquo;arrête que lorsque tout est fini. Pendant tout ce temps, Lucie, bien éveillée, me racontait l&rsquo;emploi de sa journée et ne s&rsquo;était pas arrêtée une fois de parler pendant que sa main droite calculait correctement. Je voulais laisser plus d&rsquo;indépendance à cette intelligence singulière. « Vous écrirez une lettre quelconque. » Voici ce qu&rsquo;elle écrivit sans le savoir, une fois réveillée : « Madame, je ne puis venir dimanche, comme il était entendu ; je vous prie de m&rsquo;excuser. Je me ferais un plaisir de venir avec vous, mais je ne puis accepter pour ce jour. Votre amie, Lucie. &#8211; P.S. &#8211; Bien des choses aux enfants, s.v.p. » Cette lettre automatique est correcte et indique une certaine réflexion. Lucie parlait de tout autre chose et répondait à plusieurs personnes pendant qu&rsquo;elle l&rsquo;écrivait. D&rsquo;ailleurs, elle ne comprit rien à cette lettre quand je la lui montrai et soutint que j&rsquo;avais copié son écriture. Chose assez curieuse, quand je voulus recommencer cette expérience, Lucie écrivit une seconde fois la même lettre sans changer un mot. »</i></p>
<h2>Sous la conscience</h2>
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<div class="pullquote prociono">Nous réfléchissons, comprenons, jugeons, calculons, décidons, aussi bien sur la scène de notre conscience, que dans la coulisse de notre intelligence subconsciente.</div>
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<p>Pour Janet, cela ne fait aucun doute : l&rsquo;intelligence humaine n&rsquo;est pas seulement une activité consciente. Nous disposons d&rsquo;une intelligence inconsciente. Enfin plutôt « subconsciente ». En effet, le terme d&rsquo;inconscient signifierait qu&rsquo;il y a un pur automatisme sans pensée. Or, on nomme précisément « conscience », nous dit-il, ce type de pensée qui agrège et synthétise les percepts de façon complexe. Il s&rsquo;agirait donc d&rsquo;une « autre conscience ». Une pensée qui posséderait sa conscience propre mais qui nous échapperait à tout instant parce qu&rsquo;elle se situe « en dessous » de notre conscience. D&rsquo;où son choix du terme « subconscient ». <b>Nous réfléchissons, comprenons, jugeons, calculons, décidons, aussi bien sur la scène de notre conscience, que dans la coulisse</b>, nous dit-il,<b> de notre intelligence subconsciente.</b></p>
<h4>Les sens du subconscient</h4>
<p><b>La suggestion post-hypnotique se présente </b>donc<b> comme le phénomène qui met en évidence l&rsquo;intelligence subconsciente.</b> Janet poursuit ses investigations pour comprendre si ce personnage inconscient, « à l&rsquo;arrière de notre esprit » comme aimait à dire Milton Erickson, est capable de sensations et de perceptions.</p>
<p>Pour cela Janet expérimente un autre phénomène de l&rsquo;hypnose : l&rsquo;anesthésie. Il s&rsquo;agit du fait de ne pas percevoir quelque chose qui se présente pourtant à l&rsquo;un de nos sens.</p>
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<div class="pullquote prociono">La suggestion post-hypnotique se présente donc comme le phénomène qui met en évidence l&rsquo;intelligence subconsciente.</div>
</div>
<p>L&rsquo;anesthésie peut être complète et concerner tout un sens. Par exemple, une anesthésie visuelle complète consisterait à ne rien voir, alors que les yeux sont ouverts et qu&rsquo;aucune lésion ne les empêche physiologiquement de voir. L&rsquo;anesthésie partielle, si on reste sur l&rsquo;exemple de la vision, consiste à ne pas voir, par exemple, tel ou tel objet qui est pourtant bien là dans notre champ de vision. Il est fréquent qu&rsquo;une personne cherche ce qui pourtant est en évidence devant elle sans arriver à le voir. Et en hypnose, il est possible de suggérer cette vision sélective.</p>
<p>L&rsquo;anesthésie partielle auditive nous est bien plus familière : mettez toute une liste de chanson en fond sonore pendant que vous êtes très occupé à lire ou à travailler sur quelque chose. A la fin, essayez de vous souvenir de toutes les chansons entendues. Il est tout à fait probable que vous n’ayez aucun souvenir d&rsquo;avoir entendu certaines chansons, même en cherchant bien, tellement vous étiez concentrés sur ce que vous faisiez. Et ça n&rsquo;est que vous les avez entendues puis oubliées, car même en relisant la liste des chansons, vous pouvez ne pas retrouver leur trace dans votre mémoire.</p>
<p>Bien sûr, l&rsquo;anesthésie qui vient immédiatement à l&rsquo;esprit quand on prononce ce mot, est celle du toucher, du « tact » comme on disait au XIXe siècle : si j&rsquo;éprouve une anesthésie du bras gauche, je ne saurais pas dire, les yeux fermés, si quelqu&rsquo;un touche mon bras, le pique ou le pince, car je ne le sentirai plus.</p>
<p>Pierre Janet impose le terme d&rsquo;anesthésie qu&rsquo;il trouve plus exact que l&rsquo;expression « hallucination négative ». Or, c&rsquo;est cet outil qui, tout comme la suggestion post-hypnotique, lui fournira un moyen d&rsquo;observer comment le subconscient ressent. Il cite une expérience menée par Charles Féré et Alfred Binet que l&rsquo;on peut synthétiser ainsi :</p>
<p>Prenons un sujet, plongeons-le dans un profond somnambulisme hypnotique. Devant lui, plaçons divers cartons. Ils diffèrent les uns des autres par de subtiles détails qui nécessitent un examen minutieux. Cependant, on lui en désigne un qu&rsquo;on lui suggère de ne pas voir à son réveil.</p>
<p>On réveille le sujet qui ne garde aucun souvenir de ce qu&rsquo;on lui a demandé. Les cartons sont mélangés et posés devant lui. On demande alors au sujet réveillé de prendre les cartons et de les poser dans une boîte. Il omet systématiquement celui qui lui a été désigné. Il semble sincèrement ne pas le voir. Il jure avoir donné tous les cartons. Et si on lui soutient qu&rsquo;il en reste un, il soutient le contraire, et peut se mettre à le chercher, toujours sans le voir.</p>
<p>La question posée est la suivante : est-ce que le sujet devient réellement aveugle de ce carton, développe-t-il une cécité partielle, ou s&rsquo;agit-il d&rsquo;un autre phénomène ? Binet et Féré nous disent :</p>
<p><i>« Il faut que le sujet reconnaisse cet objet pour ne pas le voir&#8230;la reconnaissance du carton, qui exige une opération délicate et très complexe, aboutit cependant à un phénomène d&rsquo;anesthésie ; il est donc probable que cet acte se passe tout entier dans l&rsquo;inconscient&#8230; </i><i><b>il y a un raisonnement inconscient qui précède, prépare et guide le phénomène d&rsquo;anesthésie. </b></i><i>»</i></p>
<p>C&rsquo;est tout le paradoxe : il faut voir le carton pour le reconnaître et ainsi savoir que c&rsquo;est celui-ci qu&rsquo;il ne faut pas voir consciemment. Non seulement il faut le voir, mais avec une acuité certaine puisqu&rsquo;il observer attentivement les détails par lesquels il diffère des autres.</p>
<p>Qu&rsquo;est-ce que cela montre ? Et bien que la seconde conscience qui échappe à la nôtre et pourtant se produit dedans nous peut aussi bien s&rsquo;approprier des fonctions cognitives que des l&rsquo;observations par les sens (sensations). Elle n&rsquo;est pas qu&rsquo;une force de calcul mais encore une conscience sensible.</p>
<p>Janet précise :</p>
<p><i>« Dans la suggestion d&rsquo;anesthésie systématisée, la sensation n&rsquo;est pas supprimée et ne peut pas l&rsquo;être, elle est simplement déplacée, elle est enlevée à la conscience normale, mais peut être retrouvée comme faisant partie d&rsquo;un autre groupe de phénomènes, d&rsquo;une sorte d&rsquo;autre conscience. »</i></p>
<h4>L&rsquo;écrivain subconscient</h4>
<p>Nous avons donc une capacité à compter, calculer, penser, et même sentir, voir et entendre, sans le savoir. Reste encore une étape importante, c&rsquo;est de comprendre si cette intelligence subconsciente est capable d&rsquo;autres caractères plus complexe de la personnalité comme le jugement, l&rsquo;émotion, etc&#8230; Et après la suggestion post-hypnotique et l&rsquo;anesthésie, c&rsquo;est un troisième outil qui fournit aux pionniers de la psychologie une observation riche et précieuse : l&rsquo;écriture automatique.</p>
<p>Ainsi, comme nous l&rsquo;avons vu, les expérimentateurs peuvent à loisir demander à un sujet bien entraîner de tenir une conversation tandis que son bras, qui lui est caché, écrit sur une feuille des réponses à des questions, le tout sans que la personne n&rsquo;entende consciemment les questions ni ne connaisse les réponses. Ainsi, la compréhension des questions, la réflexion menée, la réponse élaborée et l&rsquo;acte même d&rsquo;écrire la réponse se produisent sans que la personne n&rsquo;en ait conscience. Et pourtant, tout cela se produit bien en elle. L&rsquo;écriture automatique peut donc être menée par distraction comme dans l&rsquo;exemple cité plus haut.</p>
<p>Mais encore, sans qu&rsquo;on n&rsquo;ait besoin d&rsquo;occuper son attention, on peut obtenir d&rsquo;une personne en hypnose profonde et entraînée à cela qu&rsquo;elle écrive de façon parfaitement inconsciente, notamment grâce à l&rsquo;anesthésie hypnotique.</p>
<h4>Le stratège inconscient</h4>
<p>Je me souviens d&rsquo;avoir accompagné pendant une période un violoniste qui souhaitait faire un travail sur ses émotions, afin de les mettre au service de son interprétation et non pas de se laisser envahir par elles au détriment de son jeu.</p>
<p>Un jour, il m&rsquo;appelle pour avancer notre rendez-vous. <i>« Il s&rsquo;est passé quelque chose de bizarre et j&rsquo;aimerais qu&rsquo;on travaille dessus si c&rsquo;est possible ».</i> Je le reçois donc quelques jours plus tard. <i>« Voilà, je dois travailler un concerto de Chausson, mais c&rsquo;est très bizarre, à la première note, je suis saisi d&rsquo;un trac intense, et je me crispe tellement que je n&rsquo;arrive pas à sortir un son. Tous les autres morceaux, ça va. Mais déjà quand je pose la partition de ce concerto sur le pupitre je sens la tension monter. »</i></p>
<p>Nous voilà donc parti dans tout un travail qui n&rsquo;aboutit pas à grand chose de satisfaisant. Ce violoniste n&rsquo;était pas un sujet particulièrement doué pour l&rsquo;hypnose à la base, mais comme nous avions consacré la première séance à l&rsquo;y entraîner et que les autres séances avaient été l&rsquo;occasion de bien approfondir cet apprentissage, il était désormais tout-à-fait capable d&rsquo;entrer dans un état profond où il pouvait recevoir une suggestion post-hypnotique et ne pas s&rsquo;en rappeler au réveil.</p>
<p>Plongé dans cet état, je lui ai donc suggéré : <i>« Tout à l&rsquo;heure, juste après cette séance, je vous inviterai à vous lever, nous discuterons, je vous inviterai à vous asseoir à la table, alors vous prendrez un stylo, et sans y réfléchir du tout, vous écrirez de façon détaillée pourquoi vous vous sentez si mal face à ce morceau et ce qu&rsquo;il faut faire pour que vous vous sentiez mieux ». </i>C&rsquo;est en effet un recours bien précieux à notre disposition, de pouvoir, lorsqu&rsquo;on nous ne savons plus comment aider l&rsquo;autre, demander la solution à son propre inconscient.</p>
<p>Je craignais que, assis à la table, il ne se passât rien, car les suggestions post-hypnotiques n&rsquo;aboutissent pas toujours. Et en effet, quand après son réveil, je l&rsquo;ai invité à se lever du fauteuil et à s&rsquo;asseoir à la table, il s&rsquo;est assis et a continué de discuter comme si de rien n&rsquo;était.</p>
<p>Pour tenter de réveiller la suggestion, j&rsquo;ai pris le stylo et je lui ai tendu. Il aurait pu le regarder en disant <i>« Qu-&rsquo;est-ce que vous voulez que je fasse ? Que j&rsquo;écrive quelque chose ? », </i>alors j&rsquo;aurais compris que ma suggestion avait échouée. Mais au lieu de cela, il a fixé un long moment le stylo en silence, l&rsquo;a saisi, sa respiration était légèrement plus rapide, et, ne regardant pas directement la feuille mais légèrement à côté, a laissé sa main, quelque peu rigide écrire en grosses lettres enfantines sur le papier. Il n&rsquo;est pas entré dans les détails comme je l&rsquo;avais suggéré mais il a écrit : <i>« A la centiem mesur, tout ira mieu ».</i> Il n&rsquo;est pas rare que l&rsquo;écriture inconsciente soit plus efficace que correcte et truffée d&rsquo;abréviation.</p>
<p>Puis il a laissé tomber le stylo, inspiré profondément et m&rsquo;a regardé avec un regard à nouveau vif et réveillé. Il a regardé la feuille où étaient écrit les mots et a semblé comprendre ce qui venait de se passer.</p>
<p>Je lui ai demandé s&rsquo;il savait ce que ça voulait dire, et il m&rsquo;a répondu du tac au tac : <i>« Il faut que je me force »</i>. Quelques jours plus tard, il m&rsquo;envoyait un e-mail pour me dire qu&rsquo;il s&rsquo;était forcé à jouer le concerto de Chausson malgré son état et l&rsquo;horrible son qui sortait du violon sous ses mains crispées et tremblantes, et qu&rsquo;au bout d&rsquo;un moment il s&rsquo;était trouvé beaucoup mieux. Et depuis, d&rsquo;une manière générale, il ne subissait plus son émotion mais apprenait jours après jour à la mettre au service d&rsquo;une interprétation plus « humaine ».</p>
<p>Dans cet exemple, l&rsquo;écriture automatique met en évidence l&rsquo;existence, chez ce violoniste, d&rsquo;une pensée subconsciente capable de résoudre un problème, de lui apprendre à gérer ses émotions, de concevoir une épreuve d&rsquo;apprentissage, d&rsquo;exprimer de façon synthétique la consigne pour cette étape, etc&#8230; On serait même tenter de peut même attribuer à ce subconscient une pensée stratégique.</p>
<p>L&rsquo;écriture a cette avantage qu&rsquo;elle est un langage qui peut, aussi bien que la parole, témoigner de façon complexe, émettre un avis, décrire, discuter, disputer, argumenter, etc&#8230; Et grâce à cet outil, on peut montrer que toutes les capacités de la conscience sont accessibles au subconscient.</p>
<p>En outre, il est possible même que le subconscient décrive une émotion, qui pourtant n&rsquo;est pas ressentie par la personne. C&rsquo;est pour cela que la découverte collégiale de ces chercheurs, portée au niveau du génie par Pierre Janet, n&rsquo;est pas celle d&rsquo;une simple capacité inconsciente de calcul, d&rsquo;une intelligence ou d&rsquo;une automatisme complexe, mais d&rsquo;une conscience subconsciente capable d&rsquo;une véritable existence, de points de vue, d&rsquo;émotions</p>
<p>Et c&rsquo;est sur la base de ce constat que s&rsquo;est édifié par la suite toute la pratique de la communication à double-niveau dont nous sommes encore aujourd&rsquo;hui les héritiers. Et outre, c&rsquo;est précisément cette découverte qui a ouvert la voix à un usage thérapeutique de la suggestion.</p>
<h2>Dépoussiérer les classiques</h2>
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<div class="pullquote prociono">L&rsquo;Hypnose peut se présenter comme un outil de science beaucoup plus facilement que comme un objet de science</div>
</div>
<p>C&rsquo;est à plusieurs égards qu&rsquo;il semblait fondamental de revenir sur ce passage de l&rsquo;histoire de la psychologie expérimentale. D&rsquo;abord, pour rappeler que <b>l&rsquo;hypnose</b>, tellement médiatisée de nos jours pour ses applications thérapeutiques, permet des observations précieuses du fonctionnement de la pensée humaine, et <b>peut se présenter comme un outil de science beaucoup plus facilement que comme un objet de science</b>. Mais encore, parce qu&rsquo;à l&rsquo;heure où certains voudraient attribuer la découverte de l&rsquo;inconscient au génie d&rsquo;un seul homme, il importe de se souvenir qu&rsquo;il n&rsquo;y a jamais un savant qui sorte de son chapeau une découverte aussi fondamentale, mais qu&rsquo;elle résulte de la contribution successive et collective de nombreux chercheurs dévoués à leur science. Cette découverte est certainement largement sous-estimée aujourd&rsquo;hui, et la méthode expérimentale reposant sur la suggestion est à tort considérée comme dépassée à l&rsquo;ère de la technologie. Désormais, la suggestion et l&rsquo;hypnose sont étudiés pour eux-mêmes et la question de la conscience est abandonnée aux neurosciences. Espérons que les tenants de l&rsquo;hypnose sauront à nouveau trouver leur place dans cette exploration. La découverte des niveaux de conscience, superbe coda d&rsquo;un siècle de génie, est la préface d&rsquo;un grand livre dont l&rsquo;humanité, près de cent vingt ans plus tard, tourne encore les pages du premier chapitre.</p>
<p><strong>Antoine Garnier</strong></p>
<p>Références :</p>
<p>Janet (Pierre), <i>L&rsquo;automatisme psychologique, </i>1889</p>
<p>Janet (Paul), <i>Revue littéraire</i>, 1884</p>
<p>Richet, <i>Revue littéraire, </i>1884</p>
<p>Bernheim, <i>De la suggestion, </i>1886 ; <i>Revue philosophique</i>, 1885</p>
<p>Liébault , <i>Du sommeil</i> <i>et des états analogues, </i>1866</p>
<p>Binet et Féré, <i>Archives de Physiologie,</i> 1887<i>, Revue Philosophique, </i>1885</p>
<p>Leibniz, <i>Principes de la nature et de la grâce, </i>1714</p>
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		<title>Mémoire et Hypnose</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Nov 2013 09:51:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Dominique Paoli]]></dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsqu’il pousse la porte d’un cabinet d’hypnothérapeute, un client vient la plupart du temps parce qu’il est poursuivi par sa mémoire qui, en boucle, le ramène à des souvenirs douloureux et  lui fait adopter des comportements  sous forme de routines  auxquelles il ne parvient pas à échapper. Le tableau des problèmes traités par l’hypnose est parlant : phobies,  dépendances diverses, stress post-traumatique, douleurs chroniques, comportements répétitifs et inadéquats, etc…</p>
<p>Tous ces problèmes sont inscrits dans la mémoire des personnes et perturbent leur vie actuelle. Or, d’une part la mémoire est gérée en grande partie par l’inconscient, d’autre part l’hypnose permet un accès privilégié et une relation avec cet inconscient. Hypnose et mémoire, c’est la réunion d’une faculté, la mémoire, avec une technique, l’hypnose,  qui peuvent alors interagir, se compléter, s’enrichir l’une l’autre.</p>
<p>Lorsqu’un thérapeute utilise une transe hypnotique dans le but de faire retrouver à son client des souvenirs enfouis, causes de troubles actuels, il met l’hypnose au service de la mémoire. Lorsque ce même praticien utilise des images mentales pour modifier la perception des éléments négatifs que son client a d’un événement traumatisant, il profite des caractéristiques du fonctionnement de la mémoire.</p>
<p>Adapter la thérapie aux caractéristiques de la mémoire peut permettre de mieux gérer les problématiques récurrentes qui se posent aux personnes. Utiliser l’état modifié de conscience que permet l’hypnose est un levier puissant de mémorisation, particulièrement dans le domaine des apprentissages.</p>
<p>En outre il est important d’établir aujourd’hui un état des relations entre l’hypnose et la mémoire dans la mesure où elles ont connu une évolution parallèle et riche en progrès au cours des dernières décennies.</p>
<p>L’hypnose a bénéficié de l’héritage d’une grande richesse qu’a laissé, à la fin du XXè siècle, l’hypnothérapeute  américain Milton Erickson, héritage que ses anciens collaborateurs et ses disciples ont mis et mettent encore en valeur, tout en l’enrichissant, le modélisant. L’hypnose est ainsi sortie de la confidentialité et s’édifie sur des bases solides et pertinentes. De l’hypnose dite classique, à caractère autoritaire, on est passé à l’hypnose ericksonienne, dite moderne, plus subtile et surtout non dirigiste, qui permet des thérapies plus efficaces.</p>
<p>La mémoire a quant à elle profité des avancées techniques de l’imagerie médicale et de la biologie. Depuis une vingtaine d’années, le fonctionnement du cerveau est de mieux en mieux expliqué d’où une meilleure connaissance des mécanismes mnésiques. De nombreuses équipes de chercheurs sont à l’œuvre sur la planète, notamment aux Etats-Unis où le chef de file est Erik Kandel qui a obtenu en 2000 le prix Nobel de médecine pour ses travaux sur la mémoire. Pendant de nombreuses années Kandel a lancé de nombreuses équipes de recherche sur les divers aspects du fonctionnement de la mémoire. Avec Larry Squire, autre chercheur en pointe dans ce domaine, ils ont réalisé la synthèse des nouvelles connaissances dans leur ouvrage « La mémoire, de l’esprit aux molécules » où ils analysent les processus mnésiques à tous les stades allant de la psychologie cognitive à la biologie moléculaire.</p>
<p>Longtemps domaine réservé des philosophes, la mémoire est devenue au siècle dernier un sujet d’étude des psychologues, avant de devenir récemment celui des neurosciences puis de la biologie moléculaire. Ces champs d’étude forment aujourd’hui une science unique qui regroupe les approches de la psychologie cognitive, des neurosciences, de la biologie cellulaire et moléculaire. Il est désormais possible d’étudier l’aspect biologique des processus mentaux, en d’autres termes de savoir pour telle émotion par exemple, quel gène est activé, voire modifié, quelle protéine il exprime, etc…</p>
<p>Ainsi, pour la mémoire, c’est en « termes de mécanismes cellulaires et moléculaires que des concepts tels l’association, l’apprentissage, le stockage, le rappel et l’oubli, qui étaient autrefois seulement psychologiques, peuvent être appréhendés » (Kandel et Squire).</p>
<p>Il en est de même pour l’hypnose où, sous l’impulsion de l’un des derniers collaborateurs de Milton Erickson, Ernest Rossi, l’étude des phénomènes hypnotiques s’étend au champ moléculaire de notre cerveau.</p>
<p>Nous nous proposons donc  de présenter l’interaction de l’hypnose et de la mémoire. Nous le ferons sous forme de plusieurs articles qui seront autant de volets, autant d’approches de la relation entre l’hypnose et la mémoire.</p>
<p>Nous commencerons par faire l’état des lieux de ces deux notions : comment fonctionne notre mémoire et ce que peut apporter l’hypnose à ce fonctionnement.</p>
<p>Puis nous nous intéresserons à la conjugaison de l’hypnose et de la mémoire dans les stratégies  thérapeutiques pour traiter les événements du passé. Quelles techniques utilisant les caractéristiques à la fois de l’hypnose et de la mémoire, par exemple par une perception modifiée des événements du passé ou par la mise en œuvre d’une mémoire du futur.</p>
<p>Cela nous amènera ensuite à étudier les limites (notamment la pertinence de faire appel à la mémoire pour remuer le passé ) et les biais de l’utilisation de l’hypnose pour renforcer la mémoire du passé. Avant de mettre en exergue les dérives liées à l’idée qu’une mémoire boostée par l’hypnose constitue un sérum de vérité servant de carburant à une machine à remonter le temps.</p>
<p>Enfin, nous tenterons de répondre à la question « peut-on améliorer notre mémoire grâce à l’hypnose ? ». L’idée peut être celle d’une thérapie par l’hypnose pour améliorer une mémoire défaillante, mais d’une manière plus générale nous nous intéresserons à l’apport des techniques d’hypnose aux apprentissages : dans le cadre d’un accompagnement peut-on améliorer, renforcer, faciliter les apprentissages en utilisant les nouvelles connaissances du fonctionnement de la mémoire associées aux techniques de l’hypnose, notamment par la gestion des émotions.</p>
<h2>Volet 1 : fonctionnement de la mémoire, intérêt d’une action conjointe avec l’hypnose</h2>
<p>L’état hypnotique s’est souvent traduit dans les cabinets d’hypnose par des manifestations spectaculaires liées à la mémoire des personnes : régressions, souvenirs enfouis soudain réapparus, acuité mnésique, etc… On a donc pu croire que l’hypnose permettait de doper la mémoire, de mieux cerner la vérité des faits passés. Cette croyance a été à l’origine, dans les pays anglo-saxons, du syndrome des « faux souvenirs » qui a brisé de nombreuses familles et envoyé en prison des innocents. Nous traiterons de ces dérives dans un volet ultérieur , mais l’on peut affirmer que ces dérives ont été dues à la confiance aveugle des professionnels, de l’hypnose et de la justice, dans les techniques d’hypnose,  et surtout à l’ignorance de la manière dont fonctionne la mémoire.</p>
<p>Avant de voir en quoi l’hypnose peut apporter une stimulation à la mémoire, et dans l’autre sens, en quoi la connaissance des mécanismes de la mémoire peut permettre à l’hypnose d’être plus efficace, il est donc nécessaire de bien connaître quelle mémoire est concernée, comment elle fonctionne et quelles  informations nous récupérons à la suite de la mémorisation.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Quel type de mémoire est concerné</span> :</p>
<p>Différentes classifications, différents types de mémoire  existent. Notre propos n’est pas d’en dresser la liste, mais de présenter celles qui sont concernées par la relation mémoire/hypnose.</p>
<p>Une première distinction est essentielle chez Squire et Kandel : <i>mémoire à court terme</i> et mémoire à <i>long terme</i>. Chacun comprend intuitivement que dès lors qu’il est question de « mémorisation », il s’agit d’une mémorisation à long terme, de plusieurs heures  à plusieurs années. Les problèmes récurrents vécus par les clients en hypnothérapie se retrouvent dans cette catégorie. De même les processus d’apprentissage.</p>
<p>On pourrait penser qu’il ne s’agit là que d’une classification formelle, théorique. Or Kandel, Squire et leurs équipes ont fait une découverte importante : le passage d’une mémorisation à court terme à une mémorisation à long terme se fait par le déclenchement d’un commutateur biologique supposant des modifications structurelles au niveau des gênes et de l’expression (=émission) de protéines spécifiques. Nous reviendrons sur ce commutateur dans le dernier volet de cette étude, consacré aux apprentissages.</p>
<p>Autre distinction essentielle pour Squire et Kandel : <i>mémoire déclarative</i> et mémoire <i>non déclarative</i>. La mémoire déclarative est celle qui peut s’exprimer par des mots : raconter un épisode de sa vie, exposer des connaissances. A l’intérieur de la mémoire déclarative, on trouve la mémoire <i>épisodique</i>, celle des événements de notre vie, ainsi que la mémoire <i>sémantique</i>, celle de tout ce que nous avons appris et apprenons encore au cours de notre existence.</p>
<p>Ces deux catégories sont souvent associées : quand je parle de mon voyage à Rome, ville éternelle, le récit de mon voyage relève de la mémoire épisodique et lorsque je complète par « ville éternelle » je mets en œuvre le mémoire sémantique.</p>
<p>La mémoire épisodique est concernée  par l’utilisation de l’hypnose, tant les événements passés sont la source des problèmes pour les clients en thérapie. La mémoire sémantique sera plutôt concernée par l’hypnose dans le cadre des apprentissages.</p>
<p>La mémoire non déclarative est celle des gestes automatiques, des procédures (on la nomme aussi « mémoire procédurale » ou encore « mémoire implicite »), des habiletés que notre corps a apprises. Elle ne s’explique pas en mots mais par la manière d’effectuer quelque chose : attacher ses lacets, faire du vélo, nager, etc… Elle relève de notre inconscient.</p>
<p>Par exemple, quand on a appris à marcher, les gestes se sont stockés sous forme de mémoire non déclarative. Il n’est pas nécessaire de se rappeler qu’il faut faire un pas avec le pied droit puis avec le gauche. D’ailleurs si l’on veut consciemment prêter attention au processus de la marche tout en l’expliquant en même temps, c’est une démarche bizarre qui en résulte. Pour peu que l’expérience ait lieu dans la rue, le risque est grand de se retrouver au poste de police pour ivresse sur la voie publique…</p>
<p>Un accident, une maladie peuvent entraîner la perte de mémoire de ces gestes acquis. Couplée avec une rééducation psychomotrice, l’hypnose peut permettre de retrouver certains automatismes perdus.</p>
<h3><span style="text-decoration: underline;">Comment fonctionne la mémoire </span></h3>
<p>Pour expliquer ce fonctionnement, nous prendrons l’hypothèse la plus courante en thérapie, celle de la mémoire des événements ou mémoire épisodique.</p>
<p>A priori, nos sens captent tout notre environnement. Mais est-ce que tout ce qui transite par nos organes sensitifs est enregistré et gardé à long terme ? La réponse passe par la distinction entre mémoire à court ou long terme.</p>
<h4><i>Mémoire à long terme, mémoire à court terme</i> :</h4>
<p>Tout ce qui nous entoure, bruits, environnement visuel, odeurs, saveurs, etc… est capté par nos sens et transmis au cerveau, plus précisément dans la mémoire à court terme. Ce court terme va de quelques secondes à quelques minutes.  C’est <span style="text-decoration: underline;">la mémoire à court terme</span> qui nous permet de lire un numéro sur un annuaire et de le taper sur le clavier du téléphone. Aussitôt tapé, le numéro est oublié.  C’est elle encore qui nous permet de mémoriser le début d’une phrase que nous lisons ou entendons, de manière à en comprendre la fin. A peine mise en œuvre, aussitôt  tombée dans l’oubli, la mémorisation à CT <span style="text-decoration: underline;">évite</span> ainsi <span style="text-decoration: underline;">une surcharge de notre cerveau</span>.</p>
<p>La mémoire à CT a donc une fonction essentielle, celle de faire le tri (c’est pourquoi on l’appelle aussi « mémoire de travail ») dans les informations reçues, d’éliminer celles qui a priori ne présentent pas d’intérêt. Vous parcourez une rue, vous croisez ainsi de nombreuses personnes, entendez le brouhaha d’une ville, captez des parfums, des odeurs. Arrivés au bout de la rue, vous seriez bien en peine, sauf événement précis survenu, de vous souvenir de toutes ces informations : vous les avez captées mais pas mémorisées. Cela s’est fait en dehors du conscient.</p>
<p>Ainsi tout ce que nous apportent nos sens passe par le filtre de la mémoire à court terme. Notre inconscient y fait un travail permanent de tri et d’élimination d’informations qu’il juge sans importance ou déjà connues. S’il nous fallait nous souvenir de tout ce que nous voyons, entendons, ressentons, goûtons, sentons à chaque minute de notre vie, nous aurions continuellement à chercher les quelques souvenirs utiles dans un énorme fatras d’informations sans intérêt.  Même avec 100 milliards de neurones, si nous voulions tout retenir, nous serions submergés, noyés sous les informations.</p>
<p>Et ce, sans parler d’une capacité largement insuffisante de stockage dans le cerveau.</p>
<p>Certes, l’oubli peut être dû à un refoulement lié à des émotions pénibles, mais il est surtout nécessaire au bon fonctionnement de notre mémoire : continuellement, nous sélectionnons de manière inconsciente mais aussi, plus rarement, consciente,  ce que nous garderons d’une part  et ce qui est destiné à l’oubli d’autre part. Nous n’acheminons vers notre mémoire à long terme qu’une minorité des informations qui nous parviennent de notre monde,  la grande majorité  étant oubliée aussitôt qu’identifiée.</p>
<p>Si l’on sait depuis longtemps que l’oubli  est une dilution avec le temps de ce qui est mémorisé, il est donc aussi et surtout une non-mémorisation initiale dans les quelques secondes qui suivent la captation de l’information. <span style="text-decoration: underline;">L’oubli est une des fonctions essentielles de la mémoire</span>, il lui permet de fonctionner de manière optimale : <span style="text-decoration: underline;">pouvoir ignorer est une faculté importante du cerveau</span>.</p>
<p>Puisque nous serons amenés à parler de thérapie à de nombreuses reprises, cette notion de l’oubli nécessaire nous amène à dire quelques mots de la thérapie dominante, la psychanalyse, en ce qui concerne la mémorisation de ce que nous vivons au fil des minutes, heures, années… Aux yeux des tenants de la psychanalyse, notre mémoire enregistre tout ce que notre cerveau capte de notre environnement. Si nous ne nous souvenons pas de tous ces enregistrements, cela serait dû à un phénomène de refoulement : nous ne voulons pas nous souvenir de faits qui nous traumatisent mais qui restent présents quelque part dans notre mémoire. Comme ces faits refoulés entraînent des conséquences psychologiques récurrentes, la démarche de la psychanalyse a pour objectif de remonter à la source de ces troubles actuels, de les revivre et de les expurger par une décharge émotionnelle, la catharsis.</p>
<p>Au regard de ce que nous savons aujourd’hui du fonctionnement de la mémoire, ce principe d’une mémorisation de tout ce que nous vivons qui constitue le fondement de la psychanalyse,  n’est donc plus défendable. C’est la raison pour laquelle les thérapies modernes se sont de plus en plus affranchies du passé et du recours à la mémoire des traumatismes.</p>
<p>Revenons au tri des informations dans la mémoire à CT : comment se fait le passage dans la mémoire à LT, celle qui va conserver les informations ?</p>
<h4><i>La mémorisation à long terme</i></h4>
<p>Les spécialistes de la mémoire parlent d’<i>encodage</i> pour évoquer le transfert des informations dans la mémoire à LT, ce qu’en langage courant nous appelons mémorisation. Puis de <i>stockage</i> pour expliquer comment les informations sont conservées. Enfin de <i>récupération</i> pour décrire quelles informations notre cerveau est capable de retrouver dans les innombrables casiers de notre mémoire.</p>
<h4><i>L’encodage</i></h4>
<p>Kandel et Squire ont mis en évidence l’existence d’un commutateur qui déclenche <i>l’encodage </i>à LT. Ce commutateur est soit conscient soit inconscient.</p>
<p>Il est conscient quand nous décidons de mémoriser telle ou telle information. C’est la situation de tous les apprentissages. Les informations sont alors encodées par une glande du cerveau l’hippocampe, qui joue un rôle de bibliothécaire, « étiquetant » et rangeant les informations destinées à être conservées.</p>
<p>L’encodage à LT est inconscient quand  la mémoire épisodique, celle des événements de notre vie, est concernée : cet événement, nous le vivons, nous n’avons pas ensuite à « l’apprendre » comme nous le faisons pour un cours d’histoire par exemple.</p>
<p>Proust n’avait pas formellement mémorisé les moments où il rendait visite à sa tante dans son village lorsqu’il était enfant, cela s’était fait à son insu. C’est en dégustant une madeleine, comme celles que lui servait sa tante,  que  les souvenirs  affluent,  souvenirs qui ne lui venaient plus consciemment à l’esprit.</p>
<h4><i>Le rôle de l’amygdale</i></h4>
<p>Comment fonctionne cet encodage inconscient ? Nous l’avons vu, un tri est fait au moment de la perception des informations, nous ne conservons en mémoire que ce qui présente un intérêt, ce qui est important pour nous. Le processus est inconscient,  c’est une glande du cerveau, de la grosseur d’une amande, l’<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Amygdale_%28cerveau%29">amygdale</a>, qui indique à l’hippocampe que tel ou tel événement doit être mémorisé. Elle le fait lorsqu’une émotion particulière est générée par l’événement.</p>
<p>A l’origine de l’espèce humaine, le rôle de l’amygdale était de gérer la survie dans un environnement hostile à l’être humain. Non seulement elle mémorisait les dangers, mais aussi elle déclenchait des procédures d’urgence, notamment l’augmentation du rythme cardiaque et l’envoi de sang dans les jambes pour permettre la fuite, la peur étant l’émotion qui déclenche cette protection.</p>
<p>Avec l’évolution de l’espèce, le cerveau humain s’est développé. Autour du cerveau d’origine, s’est enroulée une écorce nouvelle, le néocortex, adaptée aux besoins nouveaux de l’espèce, le langage et la pensée. De ce fait, l’amygdale s’est trouvée en charge de nouvelles réactions, face à de nouvelles peurs  autres  que celles du danger imminent, face à de nouvelles émotions, notamment celles liées aux comportements  sociaux .</p>
<p>Ce sont autant de causes de réactions diverses de protection. Or l’amygdale réagit dans l’urgence, une réponse consciente n’a pas le temps de se mettre en place, d’où souvent une réaction mal adaptée, mal mesurée. C’est ainsi qu’au lieu de mettre en œuvre une fuite de protection, elle peut déclencher une fuite panique plus nocive qu’efficace. Le problème est que ces réactions approximatives sont enregistrées en même temps que l’événement, car l’amygdale mémorise tous les événements à caractère émotionnel de manière à ce que l’individu se constitue une expérience de gestion des moments vitaux.</p>
<p>Et ainsi notre mémoire épisodique se trouve sollicitée par l’amygdale pour enregistrer bon nombre d’événements à caractère émotionnel, l’événement étant mémorisé sans intervention consciente et de surcroît accompagné de la réaction générée par l’amygdale.</p>
<p>Il suffit que les conditions de l’événement soient à nouveau réunies pour que la mémoire déclenche la réaction passée. Cette protection inconsciente n’est pas toujours  pertinente, adaptée, d’où, pour des situations de la vie courante, anxiété, jalousie, colère, etc…, des réactions qui nous échappent et prospèrent en boucle.</p>
<p>Sur ce fonctionnement de l’amygdale, on pourra lire avec profit des explications plus complètes dans le livre de Kandel et Squire précité, ainsi que dans une suite de quatre articles de <a href="http://hypnoscient.fr/tag/amygdale/">Laurent Bertin</a>.</p>
<p>L’ encodage  généré par une émotion est puissant, il s’inscrit dans la mémoire sans avoir besoin d’être appris, de faire l’objet d’un apprentissage conscient. L’exemple qui est souvent utilisé est celui des attentats du 11 septembre à New-York. Chacun se souvient de ce qu’il faisait ce jour-là au moment où il a pris connaissance des attentats, du fait de la grande émotion suscitée.</p>
<p>Mais souvent les émotions n’ont pas besoin d’être aussi fortes pour être mémorisées. Il suffit que l’émotion représente quelque chose d’important pour la personne. « <span style="text-decoration: underline;">Ce qui touche le cœur se grave dans la mémoire </span>» a écrit <span style="text-decoration: underline;">Voltaire…</span></p>
<p>Les recherches récentes sur la mémoire ont permis d’élargir cette notion de mémoire des émotions automatiquement enregistrées. L’amygdale, donc la mémoire à long terme, est sollicitée certes lorsqu’un événement s’accompagne d’émotions classiques, la peur, la joie, le dégoût, la tristesse, l’envie, etc…, mais aussi, et peut-être plus encore, dans une perception qui n’est pas forcément négative, l’attente, l’impatience, l’insolite, l’humour, la nouveauté, l’étonnement ou la surprise.</p>
<p>Nous verrons dans un volet ultérieur consacré aux apprentissages, qu’il peut être très intéressant dans une situation d’apprentissage de déclencher par une démarche hypnotique  l’un ou l’autre de ces types « d’émotions » pour éveiller l’amygdale, la pousser à intervenir  et ainsi renforcer la mémorisation.</p>
<p>Une autre particularité de l’encodage par l’amygdale est que non seulement l’événement et son environnement sont  enregistrés mais aussi notre état d’esprit, notre réaction à ce moment précis. Or notre état d’esprit influe sur notre perception de l’événement. Nous ne mémorisons donc pas l’événement objectif, comme le ferait une photocopieuse ou une caméra vidéo. La plupart du temps nous ne conservons que certains éléments de l’événement vécu et de plus nous les simplifions ou amplifions, en fonction de notre évaluation de ce qui se passe. <span style="text-decoration: underline;">Ce que l’amygdale</span> <span style="text-decoration: underline;">encode dépend</span> donc <span style="text-decoration: underline;">fortement de l’individu que nous sommes</span>, avec sa culture, ses expériences, ses références sociales, ses émotions et ses motivations.</p>
<p>C’est pourquoi le souvenir d’un même événement vécu par deux personnes comportera des différences. Nous avons tous vécu le récit par un couple d’un épisode précis de sa vie : il ne faut guère qu’une poignée de secondes avant que les deux récits ne se mettent à diverger… et que la dispute naisse !</p>
<p>A ce stade des explications sur le fonctionnement de la mémoire, celui de l’encodage, nous voyons déjà se dessiner les contours  limités d’un recours à la mémoire pour reconstituer un fait passé :</p>
<p>-        Bon nombre d’informations  ne franchissent pas le filtre de la mémoire à court terme, elles ne sont pas mémorisées.</p>
<p>-        Celles qui sont mémorisées dans la mémoire à long terme le sont soit par une décision consciente d’apprentissage, soit par un processus inconscient géré par l’amygdale, glande puissante qui est éveillée par une émotion particulière.</p>
<p>-        Ce qui est mémorisé d’un événement dépend de la personne qui le vit.</p>
<h3>Récupération de ce qui a été mémorisé</h3>
<p>D’abord quelques mots du stockage des informations, élément déterminant du processus de récupération. On a longtemps cru que les souvenirs étaient stockés d’un seul tenant : un événement, un stockage en un seul endroit.  On sait maintenant que ce n’est pas le cas : non seulement il n’y a pas de centre spécialisé de la mémoire mais de plus un même événement est ventilé en plusieurs éléments et dispersé dans diverses régions cérébrales. Ces régions cérébrales sont spécialisées dans des aspects spécifiques de la perception.</p>
<p>Cela a pour conséquence que la récupération mnésique est la somme des éléments éclatés un peu partout dans le cerveau et qui forment l’enregistrement de l’événement : cette somme est appelée « engramme ».</p>
<h4>Se souvenir, c’est reconstruire</h4>
<p>L’on peut  se dire alors que la récupération du souvenir consiste simplement en une réactivation et un regroupement des divers fragments de l’engramme, reconstituant tel quel ce qui a été enregistré. En fait, ce n’est pas si simple. En effet on ne récupère pas les fragments disséminés tels qu’ils ont été enregistrés.</p>
<p>Tout d’abord, ces fragments ne reviennent pas avec une force égale. Certains sont récupérés avec plus de force que d’autres : on peut par exemple se souvenir visuellement de l’événement mais avoir quelque peu oublié le son ou un autre composant. Du coup, le souvenir n’est déjà plus qu’une approximation de ce qui s’est réellement passé.</p>
<p>Ensuite, nous l’avons vu, la mémorisation s’est faite avec un certain état d’esprit. Or, c’est un état d’esprit différent qui risque d’être présent au moment de la récupération, d’où une évaluation différente de chaque partie de l’engramme par la personne. Si <span style="text-decoration: underline;">la mémorisation est subjective, la remémoration l’est tout autant.</span></p>
<p>Et puis le temps passe. Avec le temps, notre souvenir peut devenir imprécis, l’oubli jouant  son rôle. Quand nous tentons de nous souvenir d’un événement, nous faisons des erreurs involontaires, par défaillance de la mémoire sur tel ou tel fragment de l’engramme, ou volontaires, afin de rendre notre récit plus cohérent ou plus intéressant. A la longue ces modifications sorties de notre imagination finissent par prendre place dans la mémoire aux côtés des éléments réellement perçus, sans que nous puissions démêler le vrai de l’imaginaire. Nous ne sommes alors plus en mesure de faire la différence entre le souvenir réel d’un vécu et l’évocation ultérieure de ce vécu.</p>
<p>Ainsi, <span style="text-decoration: underline;">nous reconstruisons le passé : se souvenir, c’est reconstruire</span>. Les souvenirs sont très souvent des reconstitutions déformées par le souci de rendre cohérents les faits ou de combler les trous, mais aussi modifiées par l’influence d’informations ultérieures, y compris, dans le cas d’une thérapie, par le contexte thérapeutique lui-même : le cadre de la consultation, les suggestions, etc…</p>
<p>Chacun reconstruit sa réalité. Il s’agit là du fondement du « constructivisme », concept qui est à la base de la réflexion sur les thérapies brèves (que nous verrons dans le volet 2).</p>
<p>Au regard de l’exactitude, de la véracité  des faits, ces modifications apportées par la mémoire  constituent un inconvénient. Mais l’éclatement en fragments est intéressant, dans la mesure où l’on peut reconstruire l’événement en jouant volontairement sur l’équilibre entre les diverses parties de l’engramme, par exemple en diminuant les ressentis négatifs et amplifiant les positifs. C’est la technique dite des « sous-modalités » que nous décrirons dans un autre volet de cette étude.</p>
<h4>La mémoire est-elle fiable ?</h4>
<p>Au vu des paragraphes qui précèdent, il est tentant de conclure que la mémoire n’est guère digne de confiance.</p>
<p>Car enfin, une mémoire qui sélectionne des fragments d’un événement en fonction d’une grille de lecture liée à l’individu, qui  lors de la récupération lit ces fragments avec une grille qui a évolué, une mémoire qui subit l’influence de l’environnement, qui bouche des trous dans le souvenir au moyen de l’imagination, bref une mémoire subjective et qui reconstruit en permanence, ne peut être un modèle de vérité de ce qui s’est effectivement passé.</p>
<p>En fait, dans la réalité la mémoire est raisonnablement fiable. Certes, nous oublions les détails mais l’oubli joue ainsi son rôle qui nous permet de résumer, synthétiser et ainsi de ne retenir que les éléments principaux. Nous tirons des leçons générales débarrassées des détails, leçons qui peuvent s’additionner au fur et à mesure de nos expériences et constituer notre bibliothèque de connaissances.</p>
<p>En revanche, il ne peut pas être question de faire confiance à la mémoire pour retrouver des détails précis de faits, par exemple dans le cas de procédures pénales mettant en cause des personnes, et encore moins d’y associer l’hypnose comme un adjuvant de vérité. Nous étudierons cet aspect dans un volet ultérieur consacré aux dérives de l’utilisation de l’hypnose associée à la mémoire.</p>
<p>Pour l‘heure, intéressons-nous aux effets que peut apporter l’hypnose à  la mémoire et aux souvenirs.</p>
<h3>L’hypnose au service de la mémoire ?</h3>
<p>Dans les explications précédentes sur le fonctionnement de la mémoire, nous avons constaté que notre inconscient joue un grand rôle dans ce fonctionnement, notamment dans le tri initial des informations reçues de notre environnement et aussi dans le renforcement de la mémorisation en présence d’émotions. Or l’hypnose est le moyen privilégié d’accès à cet inconscient. C’est pourquoi il est intéressant de chercher ce que l’hypnose peut apporter à la mémoire.</p>
<p>Dans le manuel « <a href="http://www.parutions.com/index.php?pid=1&amp;rid=85&amp;srid=427&amp;ida=8658">Soigner par l’hypnose </a>», qu’il a écrit avec G Salem, E Bonvin met en avant des similitudes entre l’hypnose et la mémoire, comme une nature commune, au point d’avoir parfois l’impression d’observer le même objet. Ce qui suit est inspiré de ses observations  et réflexions.</p>
<p>Lors de l’induction de la transe hypnotique, l’attention est focalisée, prolongée, sélective. Or, c’est ainsi que fonctionne la mémorisation : ce qui est mémorisé est ce que nous avons perçu avec une attention particulière car cela est significatif pour nous. <span style="text-decoration: underline;">L’induction hypnotique apporte </span>donc<span style="text-decoration: underline;"> à la mémoire un renforcement d’attention.</span></p>
<p>Par ailleurs, notre perception des événements est faite d’associations avec des souvenirs/images liés à notre histoire personnelle. La restitution de ces événements sera constituée de réassociations, de réorganisation. Or, l’état hypnotique est un état particulier où justement l’inconscient réassocie, réorganise des comportements, remet des souvenirs en perspective.</p>
<p>La confusion qui  intervient au moment de l’induction amène un relâchement du conscient. L’inconscient a alors des possibilités d’associations, de perceptions, de représentations, de souvenirs  que l’état de conscience cohérent et logique ne pourrait atteindre.</p>
<p>Or, les associations d’images et de perceptions sont le moteur du processus mnésique qui se trouve ainsi renforcé par l’hypnose. Nous avons vu l’importance de l’amygdale qui mémorise sans  en avertir quiconque,  en réaction à un stimulus émotionnel. La personne a vécu un épisode de sa vie, a ressenti une émotion qui peut être très ténue, mais n’a pas conscience d’avoir mémorisé. Il se peut que l’occasion ne se présente jamais de se remémorer l’événement, pas de parfum, de lieu, de situation, de madeleine… qui déclenche le souvenir. Mais  dans un état hypnotique où les associations d’images sont stimulées, où l’imagination est active, ce souvenir peut remonter en surface de la conscience.</p>
<p>E Boivin termine son explication en évoquant la place du corps en catalepsie dans la dynamique de la mémoire. Un certain nombre d’études sur la mémoire kinesthésique ont montré que l’adjonction de gestes au processus de mémorisation renforce celle-ci. On retrouve cette alliance du geste et de la mémoire dans certaines pratiques thérapeutiques  notamment par catalepsie et lévitation des bras. Or, le corps en catalepsie est libéré du conscient, il peut se laisser aller à ses propres mouvements et ainsi renforcer la mémoire.</p>
<h3>En conclusion</h3>
<p>L’hypnose peut permettre à la mémoire d’être plus attentive, plus concentrée, plus accessible, mais elle ne lui permettra pas d’être ce qu’elle n’est pas, à savoir un enregistreur fidèle des événements de notre vie.</p>
<p>Nous mémorisons nos expériences, faites de sensations subjectives, de pensées, d’émotions, de comportements, notre mémoire est vivante, elle présente diverses facettes au gré de nos états d’âme, elle est évolutive.</p>
<p>S’il est possible de parler de mémoire fidèle, c’est surtout en tant qu’accumulateur de connaissances générales  et dans le sens où « elle est un enregistreur de significations générales et d’éléments essentiels » (Kandel)</p>
<p><i>Le prochain volet de « Mémoire et hypnose » sera consacré à la manière dont les thérapies utilisent la mémoire ou plus exactement comment les thérapeutes se positionnent par rapport au passé.</i></p>
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		<title>Colloque Hypnoses 2013 &#8211; Compte-Rendu d&#8217;une Journée</title>
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		<pubDate>Tue, 22 Oct 2013 13:39:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Séverine Duhau-Le Hung]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Témoignages des Lecteurs]]></category>
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		<category><![CDATA[colloque]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><em>Il y a deux manières d’assister à un Colloque (terme qui désigne un ensemble de conférences de spécialistes) : le mode « consommateur », qui vient chercher dans un supermarché d’idées quelques informations précises sur les thèmes qui l’intéressent, et le mode « explorateur », qui aborde chaque sujet avec curiosité et profite de l’expérience pour découvrir de nouveaux territoires.</em></p>
<p><em>Sans surprise connaissant l’Arche, c’est surtout aux Marco Polo de la pratique hypnotique que s’adressait Hypnoses 2013 : conçue comme une succession de rencontres avec des praticiens de tous horizons, la journée abordait les principaux domaines dans lesquels l’hypnose est aujourd’hui de plus en plus présente : thérapie et coaching bien sûr, mais aussi éducation, milieu médical, sport, art, et d’autres encore.</em></p>
<p><em>Sur un principe de formats courts privilégiant le vécu, les « acteurs » du Colloque (l’évènement était organisé dans un théâtre magnifique au cœur de Paris) ont su donner à cette journée riche et dense une fluidité étonnante, grâce aux moments d’émotions qui ont agrémenté leurs présentations minutieusement préparées. De ces plus de 13 heures de Colloque, mon filtre personnel a retenu quelques idées clés, distillées tout au long des 15 interventions.</em></p>
<h2>L’hypnose, une pratique en devenir</h2>
<p>L’expression « Révolution du Mental » est introduite dans le Colloque par <strong>Philippe Gabilliet</strong> (Directeur Académique de la Division Corporate de l’ESCP, Grande Ecole de Management parisienne), lors de la Table Ronde consacrée à l’éducation. Il explique en effet que dans les entreprises aujourd’hui, <strong>la notion de Mental devient essentielle</strong>, car le monde du travail est violent, et nécessite de savoir prendre en compte les réactions des hommes soumis à de fortes pressions (gestion du stress, des émotions, etc.…).</p>
<p>C’est pourquoi une école de Management doit apprendre à ses élèves à « entrainer leur cerveau », pour être préparés au niveau mental à faire face à toutes les situations, par la connaissance d’eux-mêmes et la connaissance des autres. Les apports de l’hypnose dans ce rôle de « mental trainer » que doit embrasser le manager de demain, sont nombreux.</p>
<p>Cette rencontre entre l’hypnose et la pédagogie est l’un des exemples qui ont été déroulés pendant le Colloque : chaque jour, d<strong>ans des domaines aussi variés que la santé, la thérapie ou l’entreprise, entre autres, des professionnels s’intéressent à la manière dont les techniques hypnotiques peuvent faire avancer leur propre pratique.</strong></p>
<p>Ainsi, <strong>Anne Chervet</strong> (psychologue et neuropsychologue spécialisée dans les problématiques du vieillissement) s’est elle aussi formée à l’<strong>hypnose Ericksonienne, dont elle mesure régulièrement les bienfaits, dans son approche des malades d’Alzheimer notamment</strong>. Les capacités d’attention, d’écoute et de communication verbale et non verbale qu’elle a développées au travers de sa pratique de l’hypnose lui sont utiles pour une meilleure prise en charge des malades. Elle nous relate son quotidien au travers d’anecdotes pleines d’émotions retenues et de respect pour ces personnes qu’elle accompagne – histoires qui, souvent, mettent en avant l’intérêt de sensibiliser le personnel soignant à des techniques qui leur permettent une meilleure gestion des malades, mais aussi de leurs proches.</p>
<p>Autre domaine, autres synergies : dans le monde de l’entreprise, <strong>Françoise Beigbeder</strong> (Consultante pour la Mobilisation des Ressources) utilise elle aussi l’<strong>hypnose Ericksonienne comme révélateur et accélérateur de changements</strong>. Elle module son utilisation des techniques hypnotiques en fonction de l’ouverture de ses interlocuteurs : séances d’hypnose « officielle » pour développer la créativité de groupes de managers, ou simple intégration de ses capacités d’écoute et de communication à son rôle de consultante pour faciliter la gestion de conflits par exemple.</p>
<p>Car toute l’ambiguïté est là : l’<strong>hypnose est aujourd’hui de plus en plus médiatisée</strong> (articles dans la presse même généraliste), et reconnue (utilisée dans de nombreux hôpitaux pour des anesthésies, par des urgentistes, ou des dentistes…) – <strong>mais elle reste méconnue et porteuse d’idées reçues qui freinent encore son utilisation officielle dans de nombreux domaines</strong>.</p>
<p>C’est donc au fur et à mesure des rencontres, des applications, et surtout des résultats, que l’intégration de l’hypnose va pouvoir se développer. <strong>Hypnoses 2013 a ainsi concrétisé une idée que Kevin Finel insuffle dans toutes les formations de l’Arche : tout reste à faire, et il appartient à chaque praticien de pouvoir être acteur de ce développement.</strong></p>
<h2>La créativité au cœur de la pratique de l’hypnose</h2>
<p>Pour participer ainsi à l’évolution de l’hypnose, les hypno-logues/ -tiseurs/ -praticiens/ -thérapeutes (etc.) doivent faire appel à <strong>cette capacité si indispensable dans leur pratique : la créativité.</strong> C’est elle qui permet d’intégrer l’hypnose à de nouveaux environnements, d’en imaginer de nouvelles applications, ou encore de développer de nouveaux styles de pratique.</p>
<p>En la matière, chaque intervenant du Colloque a, d’une manière ou d’une autre, souligné ou démontré l’importance de la créativité dans sa manière d’aborder l’hypnose.</p>
<p><strong>Yves Wauthier</strong> (Psychothérapeute, spécialisé en thérapie brève et traitement du stress post-traumatique) présente notamment <strong>son approche du traitement des traumatismes par la thérapie provocatrice</strong> – où la créativité joue un rôle clé. Face à des personnes dont le fonctionnement est brutalement «stoppé» par un évènement de la vie, il explique l’importance d’utiliser toutes les techniques possibles pour faire réagir – et la provocation, par son caractère inattendu et souvent en rupture par rapport à d’autres discours d’accompagnement plus conventionnels, peut provoquer ce sursaut.</p>
<p>Dans un autre domaine, <strong>Martine Tual</strong> elle aussi, innove et créé au quotidien. Kinésithérapeute, podologue et ostéopathe, elle travaille en centre spécialisé dans le traitement des polytraumatisés. Depuis sa formation à l’Arche en 2009, elle p<strong>ratique l&rsquo;hypnose avec des patients du centre qui affichent des pathologies lourdes et dont la vie est bien souvent &laquo;&nbsp;démolie&nbsp;&raquo;</strong> : c’est donc un travail de reconstruction qu’elle entreprend avec chacun. Convaincue que l’une des clés de la guérison réside dans la compréhension du mal, <strong>elle utilise des explications souvent imagées</strong> pour que chaque patient puisse se représenter ce qu&rsquo;il a de manière très factuelle – <strong>et s’émerveille de la créativité qu’elle sait susciter en retour chez ces personnes, qui trouvent elles-mêmes les meilleurs moyens et les ressources pour réparer leurs traumatismes.</strong></p>
<p>C’est d’ailleurs à la créativité que <strong>Jean Dupré</strong> (maître-praticien en hypnose et en PNL, formateur en Hypnose Conversationnelle) consacre son intervention. Il <strong>développe l’idée que “la non-créativité est une incompétence apprise”</strong> : une conclusion à laquelle George Land (éducateur et auteur américain), est parvenu à l’issue d’une expérience menée entre 1968 et les années 80.</p>
<p>En partant d’un test de la créativité mis au point par la NASA pour identifier les ingénieurs et scientifiques les plus inventifs, il a fait passer ce test à 1600 enfants de 5 ans – et les a suivis pour leur faire repasser le test tous les 5 ans. De tous les jeunes de cinq ans ayant fait le test, 98% ont été identifiés comme « très créatifs ». Cinq ans plus tard, ces mêmes enfants âgés de 10 ans repassent le test : ils ne sont plus que 30% à être identifiés comme très créatifs. Et cela diminue encore à 12% lorsque 5 ans plus tard, il re-teste les sujets, âgés de 15ans. Ce même test donné à un groupe d&rsquo;adultes affiche seulement … 2% d’individus « très créatifs » !</p>
<p><strong>Jean Dupré explique alors que « la plupart des techniques d’hypnose ont comme vocation à mettre en panne notre fonction sachante », car c’est lorsque l’on ne sait pas que l’on peut apprendre</strong>.</p>
<p>Utilisée en hypnose, la créativité peut donc également être stimulée par celle-ci, car l’un des rôles de l’hypnose eet de nous permettre de retrouver notre part créative.</p>
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<div class="quote">C’est ce que nous croyons savoir qui nous empêche le plus d’apprendre &#8211; Claude Bernard</div>
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<h2>Le rôle de celui qui « fait » de l’hypnose</h2>
<p>La formule est de <strong>Thierry Janssen</strong> (psychothérapeute spécialisé dans l’accompagnement des patients atteints de maladies physiques), <strong>qui distingue en cela ce que nous sommes de ce que nous faisons</strong>. « Pour quoi » fait-on de l’hypnose en effet ? Chaque intervenant a, dans son intervention, répondu à cette question essentielle.</p>
<p><strong> Jean-François Hirsch</strong> (maître praticien en Hypnose Ericksonienne et Formateur en hypnose et en analyse comportementale), qui ouvrait le Colloque avec une conférence sur la Scénarisation d’une séance d’hypnose, <strong>a mis en avant le rôle de « questionneur » du praticien en hypnose,</strong> en soulignant l’intérêt de savoir poser les bonnes questions pour créer des failles dans l’argumentation, et <strong>mettre en avant les incohérences dans le discours</strong>.</p>
<p>Une idée également développée par<strong> Yves Wauthier</strong>, pour qui <strong>le rôle de l’hypnose est de permettre à la personne de réaliser qu’elle est dans un système de croyances</strong>, et de l’amener à retrouver ses vraies valeurs par des techniques diverses (l’interrogation et la provocation, dans son cas).</p>
<p>C’est<strong> Frédéric Vincent</strong> (formateur en hypnose, auto-hypnose, PNL et PNL-H, auteur du livre Zéro Mental) qui définit l’hypnotiseur comme un « spécialiste du changement », comme « celui qui va arriver à capter où sont les nœuds et mettre en place les leviers qui garantissent l’évolution ». Pour ce spécialiste de l’hypnose rapide en thérapie, <strong>le rôle de l’hypnose</strong> (et donc de celui ou celle qui la pratique) <strong>est de croire, d’être convaincu de la possibilité du changement chez l’autre – il est donc nécessaire que celui qui « fait » de l’hypnose incarne cette conviction.</strong></p>
<p>Plusieurs intervenants ont repris le même postulat, selon lequel « on ne peut pas résoudre un problème dans le même état de conscience dans lequel on a créé ce problème ». L’hypnose, en créant les conditions d’un état mental différent, créé donc les conditions d’une possibilité de changement. Celui qui « fait » de l’hypnose doit donc créer, pour l’autre, les meilleures conditions d’un état mental différent.</p>
<h2>La présence et l’intention : s’il ne devait y avoir qu’un message…</h2>
<p>Dès son entrée sur la scène du théâtre Adyar, Thierry Janssen créé une atmosphère particulière. En prenant son temps, il se place face à nous, ajuste sa position, s’installe dans sa concentration. Plus tard dans son intervention, il utilisera plusieurs fois les termes de « centrage », et d’ « alignement » : c’est en effet un orateur parfaitement centré et aligné qui prend la parole, et nous parle de l’importance de la présence et de l’intention dans la relation d’accompagnement.</p>
<p>Il est alors 20h, et depuis le matin, ces 2 notions sont au cœur de toutes les interventions…</p>
<p><strong>L’intention</strong> (ce « mouvement de l’âme par lequel on tend à quelque fin »), est r<strong>égulièrement mise en avant, expliquée, montrée et incarnée par Kevin Finel</strong>.<br />
<strong>C’est cette idée d’une hypnose « tournée vers ».</strong><br />
<strong> C’est cette idée de la « position basse du thérapeute », qui sait écouter et se mettre en retrait pour placer la personne au cœur de la séance.</strong></p>
<p>Et pendant le Colloque, c’est <strong>Jean-François Hirsch qui mentionne « l’importance de l’attention que l’on porte à la personne pour que la séance d’hypnose sonne juste »</strong>.</p>
<p>C’est <strong>Yves Wauthier qui souligne que la thérapie provocatrice ne peut fonctionner qu’à condition de faire preuve « d’attention et de bienveillance »</strong>.</p>
<p>C’est encore<strong> Anne Chervet ou Martine Tual, qui témoignent de l’importance de l’attention qu’elles doivent porter à leurs patients</strong> fragilisés, du respect dont il faut faire preuve en contexte médical ou para-médical, et de l’intérêt de transmettre ces notions à un personnel soignant souvent très efficaces dans la gestion des maux, mais peu formé à l’accompagnement par les mots.</p>
<p>Mais c’est aussi <strong>l’intervention émouvante de Pierre-Alain Perez</strong> (Maître-praticien en hypnose Ericksonienne, spécialisé dans l’accompagnement des traumatismes lourds et traumatismes de guerre), qui, <strong>en nous plongeant au cœur de son parcours personnel en pleine guerre du Liban, nous explique comment il a découvert la force de cette intention, qui peut passer au-delà de la barrière du langage &#8211; et son pouvoir hypnotique</strong>.</p>
<p>La notion de présence est plus complexe à décrire – mais elle prend tout son sens lorsque <strong>Jean Barney</strong> (acteur français qui intervient régulièrement dans les formations de l’Arche) monte sur scène. Un tabouret, un texte – A qui la faute ? (Victor Hugo), une voix… et cette capacité à investir la scène, la salle, à nous suspendre à chacun de ses mots, à mettre dans ses silences autant de contenu que dans ses phrases… Jean Barney <strong>est présent, hypnotique, et chacun, dans la salle, comprend que son incursion dans le Colloque est destinée à bien plus qu’à offrir un magnifique préambule</strong> à la table Ronde sur « l’Hypnose, une autre réponse à l’éducation ? ».</p>
<p>Plus tard, et dans un tout autre style, c’est <strong>Daniel Goldschmidt</strong> (Psychologue clinicien formé à l’hypnose) qui, par sa présence tranquille, toute en finesse et en humour, <strong>maintient notre attention sur son exposé pourtant complexe</strong> sur « l’hypnose, l’approche cognitive et comportementale ». Il <strong>questionne l’existence d’un état d’hypnose en évoquant les avis divergents des 2 approches</strong> – mais surtout, il multiplie les digressions qui pimentent son récit, et nous offre un exemple réjouissant de présence sympathique, et très efficace.</p>
<p>La présence et l’intention peuvent prendre différentes formes – mais elles sont essentielles à la pratique de l’hypnose. C’est par l’exigence et le travail, l’ouverture à soi et aux autres, que l’on peut les développer.</p>
<h2>Pour conclure</h2>
<p>15 conférences, autant de pratiques, de praticiens, d’univers et d’expériences différents : il est bien sûr impossible de mentionner ici toutes les idées qui ont foisonné au cours de ce Colloque.</p>
<p>Ainsi, l’intervention de<strong> Jan Kounen</strong> (réalisateur, producteur et scénariste), en point d’orgue de cette journée, <strong>a permis d’ouvrir nos consciences à d’autres « états modifiés de conscience » que ceux que nous expérimentons avec l’hypnose</strong>.</p>
<p><strong>Eclectisme, ouverture, mais aussi exigence : par leur professionnalisme, les intervenants comme les organisateurs de cette journée ont également montré que la recherche de l’excellence, en hypnose comme dans tous les domaines, est la meilleure preuve de respect que l’on peut offrir à ses clients.</strong></p>
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		<title>Regards croisés avec Michel Onfray</title>
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		<pubDate>Tue, 22 Oct 2013 12:06:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Réalités Hypnotiques]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[hypnose]]></category>
		<category><![CDATA[kevin finel]]></category>
		<category><![CDATA[michel onfray]]></category>

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		<description><![CDATA[Très vite, le ton est posé, &#171;&#160;quand j’ai travaillé sur Freud, on a cru que j’étais contre toute psychanalyse, contre tout inconscient. Mais je ne suis pas contre l’inconscient, je suis contre l’inconscient freudien&#160;&#187;. Plus tard, nous apprendrons que le philosophe a pensé, à un moment de sa vie, devenir psychanalyste. Dans cette conversation à [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Très vite, le ton est posé, &laquo;&nbsp;quand j’ai travaillé sur Freud, on a cru que j’étais contre toute psychanalyse, contre tout inconscient. Mais je ne suis pas contre l’inconscient, je suis contre l’inconscient freudien&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Plus tard, nous apprendrons que le philosophe a pensé, à un moment de sa vie, devenir psychanalyste.</p>
<p>Dans cette conversation à bâtons rompus, il partage avec nous ses ressentis, ses réflexions et ses questionnements sur le métier de philosophe, de thérapeute et sur l’être humain.</p>
<p>De la manipulation à l’exercice de la volonté en passant par l’acceptation du plaisir, nous vous proposons une rencontre sur le fil où questions soulevées par l’hypnose et la philosophie s’entremêlent.</p>
<h2>Partie 1 Introduction à l’hypnose</h2>
<p>Autobiographie à l’hypnose de la fascination exercée par l’hypnose de spectacle à la question de l’inconscient et de la psychanalyse. Brève histoire de l’hypnothérapie de Charcot à Erickson.</p>
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<h2>Partie 2 Manipulation, séduction, dénégation</h2>
<p>Quelles expériences d’états modifiés de conscience en tant qu’enseignant à l’Université Populaire ? Quels éléments hypnotiques mobilisables ? Quel pouvoir conféré ? Quelles questions déontologiques cela soulève-t-il ?</p>
<p>Don Quichotte, une vision postfreudienne de la dénégation ? Comment travailler le déni d’un point de vue thérapeutique ?</p>
<p><iframe width="100%" height="166" scrolling="no" frameborder="no" src="http://w.soundcloud.com/player?url=https%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Ftracks%2F115902324"></iframe></p>
<h2>Partie 3 Une démarche thérapeutique</h2>
<p>Etre philosophe et thérapeute, un même combat ? Que nous apporte le chamanisme ?</p>
<p><iframe width="100%" height="166" scrolling="no" frameborder="no" src="http://w.soundcloud.com/player?url=https%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Ftracks%2F115901659"></iframe></p>
<h2>Partie 4 Construction d’une liberté</h2>
<p>La thérapie comme la philosophie, des voies vers la construction d’une liberté ? Quel est le véritable levier de cette construction ? A quel prix ouvrir les possibles ?</p>
<p><iframe width="100%" height="166" scrolling="no" frameborder="no" src="http://w.soundcloud.com/player?url=https%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Ftracks%2F115900668"></iframe></p>
<h2>Partie 5 Le placebo et l’exercice de la volonté</h2>
<p>Que penser du placebo ? Quelles possibilités peut-il offrir ? En quoi cela questionne-t-il l’exercice de la volonté ? Que nous dit la philosophie à ce sujet ? Quel est l’état de l’exercice de la volonté aujourd’hui ?</p>
<p><iframe width="100%" height="166" scrolling="no" frameborder="no" src="http://w.soundcloud.com/player?url=https%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Ftracks%2F115900404"></iframe></p>
<h2>Partie 6 La conscience, l’inconscient et l’acceptation du plaisir</h2>
<p>Quelle négociation est possible entre la conscience et l’inconscient ? Quelles sont leurs faiblesses respectives ? Pourquoi acceptons-nous plus facilement le désir au plaisir ?  Quelle est la place de la culture judéo-chrétienne aujourd’hui ?</p>
<p><iframe width="100%" height="166" scrolling="no" frameborder="no" src="http://w.soundcloud.com/player?url=https%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Ftracks%2F115900841"></iframe></p>
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		<title>Olivier PERROT et la réhabilitation de l’hypnose classique</title>
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		<pubDate>Fri, 31 May 2013 12:48:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Dominique Paoli]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[AFHN]]></category>
		<category><![CDATA[Hypnose Classique]]></category>
		<category><![CDATA[Olivier Perrot]]></category>

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		<description><![CDATA[Olivier Perrot, président de l’Association Française de Nouvelle Hypnose a récemment donné une conférence à l’ARCHE sur le lien qu’il fait entre l’hypnose thérapeutique d’aujourd’hui et l’hypnose classique. Dans le cadre de l’AFNH il a aussi organisé une formation « hypnose classique, suggestions directes et transes profondes » où il a invité un hypnotiseur de spectacle, Hervé [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Olivier Perrot</strong>,<strong> président de l’Association Française de Nouvelle Hypnose</strong> a récemment donné une conférence à l’ARCHE sur le lien qu’il fait entre l’hypnose thérapeutique d’aujourd’hui et l’hypnose classique.</p>
<p>Dans le cadre de l’AFNH il a aussi organisé une formation « hypnose classique, suggestions directes et transes profondes » où il a invité un hypnotiseur de spectacle, Hervé Barbereau, ainsi que le créateur et animateur du site d’hypnose de rue « Street Hypnose », Jean-Emmanuel Combe. L’un de nos auteurs, JD Paoli était présent lors de cette formation. Il nous livre l’entretien qu’il a eu avec Olivier Perrot à cette occasion.</p>
<h6>JD Paoli : Olivier Perrot, vous êtes président de l’AFNH, vous avez été l’assistant, pendant les dix dernières années de sa vie, de Jean Godin qui a créé dans les années 80 le premier Institut Milton Erickson en France, et vous êtes considéré comme son successeur.<br />
Cela vous a valu de rencontrer les plus grands ericksoniens, Rossi, Haley, Watzlawick, Zeig, etc…<br />
Avec cette formation à l’hypnose classique, vous réhabilitez certaines techniques d’hypnose directe. Vous aimez jouer du paradoxe ?</h6>
<p><strong>Olivier Perrot</strong> : Votre question revient à me demander si je trahis l’héritage de Jean Godin en particulier, ainsi que l’héritage des ericksoniens en général ! En fait, ma vie est tournée vers l’ouverture, je me considère comme un voyageur qui sort de ses frontières d’origine pour rencontrer d’autres cultures. Pour cette raison, je conduis l’AFNH comme une association ouverte à des idées différentes. Je propose régulièrement des échanges avec les autres associations d’hypnose et de thérapie. J’essaie de faire bouger les lignes.</p>
<p>En ce qui concerne Jean Godin, son héritage est aussi celui d’un homme qui a fait déplacer les murs des chapelles. Quand, au début des années cinquante, il présente sa thèse de médecine qui a pour thème « La relaxation », il n’est pas loin de se faire chasser de la Faculté. Il fallait oser à l’époque.</p>
<p>Quand, plus tard, il introduit les méthodes thérapeutiques originales d’un médecin hypnotiseur américain inconnu en France, Milton Erickson, il fait preuve d’une sacrée ouverture d’esprit !</p>
<p>Par ailleurs, bien que transmetteur en France de la pratique ericksonienne, Jean Godin reconnaissait des vertus aux suggestions directes, notamment dans le domaine de la douleur. Et s’il n’a pratiqué que l’hypnose ericksonienne, c’est certes par adhésion totale à cette méthode, mais c’est aussi parce que l’hypnose avait besoin de respectabilité face à l’hypnose pratiquée sur les scènes de spectacles.</p>
<h6>JDP : la suggestion directe, c’est le diable ?</h6>
<p>OP : Aux yeux d’une partie des tenants du dogme ericksonien, certainement. Or, on n’a retenu de la pratique d’Erickson essentiellement les suggestions indirectes et encore plus les suggestions ouvertes ou activatrices comme la métaphore. C’est oublier que pendant longtemps il a pratiqué une hypnose directe, et qu’il ne s’en est jamais totalement détaché. Il était très directif, par exemple avec ses prescriptions de tâches thérapeutiques. Quand il utilise la lévitation du bras, c’est une technique directive, pratiquée en pleine période de l’hypnose directe par Bernheim et Liébault.</p>
<p>Lors d’une formation à Toulouse, des étudiants en DU d’hypnose m’ont dit que l’utilisation de la suggestion directe y est fortement découragée. Malheur à l’étudiant qui s’en prévaut le jour de l’examen ! En refusant ainsi ce type de suggestion directe, on se prive d’une part essentielle des ressources du langage hypnotique.</p>
<p>Ce n’est pas parce que les hypnotiseurs de spectacle l’utilisent qu’elle doit être bannie. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain : si les hypnotiseurs de spectacle, qui ont une obligation de résultat immédiate, pratiquent la suggestion directe, c’est qu’elle est très puissante.</p>
<p>J’ai pris l’habitude de dire qu’il existe une moitié du temps où Erickson est très directif, une seconde moitié du temps où il est dans les subtilités de langage, et comme c’est Erickson il existe une troisième moitié du temps où il nous reste encore à comprendre comment il s’y prend.</p>
<h6>JDP : A vous entendre, on a l’impression que vous êtes à l’étroit dans les habits ericksoniens.</h6>
<p>OP : Détrompez-vous, je reste fidèle à la pratique ericksonienne. Je pense seulement que la lecture que nous en avons doit se montrer plus souple, s’adapter. D’autre part, le bourlingueur des pratiques thérapeutiques que je suis a fait des constatations peu agréables : certaines pratiques sont loin d’aller dans le sens du client/patient.</p>
<h6>JDP : Est-ce à propos de ces pratiques que vous utilisez le mot « calinothérapie » ?</h6>
<p>OP : Oui, j’ai employé sciemment ce mot. Qu’ai-je souvent constaté ?</p>
<p>Que des stagiaires, pourtant thérapeutes installés, manquent de confiance en eux, osent peu, sont timorés par crainte de mal faire. Or le seul moyen de ne pas faire d’erreur, c’est de ne rien faire…</p>
<p>Que bon nombre de thérapeutes pratiquent une hypnose très très douce, se réfugient derrière la métaphore et la relaxation, se rassurent en disant pratiquer « l’hypnose conversationnelle ».</p>
<p>Qu’alors qu’ils sont dans des annuaires d’hypnose, au bout de 10 rencontres, le patient n’a pas encore eu le droit à la moindre séance d’hypnose. C’est la pizzeria où on ne peut pas commander de pizza…</p>
<p>Que certains praticiens n’ont jamais touché à un patient ! Lors d’une formation en Suisse, j’ai pu constater que la moitié des professionnels présents n’utilisaient pas la catalepsie du bras alors que c’est un effet très utile qui démontre au patient sa capacité à fonctionner sous hypnose.</p>
<h6>JDP : Si je comprends bien, vous reprochez aux hypnothérapeutes un…manque d’hypnose ?</h6>
<p>OP : Tout à fait. Cela conduit à des patients frustrés qui ressortent du cabinet avec l’impression de ne rien avoir vécu du tout, qui ont le sentiment de ne pas avoir bénéficié d’une « vraie » hypnose.</p>
<h6>JDP : Une vraie hypnose ?</h6>
<p>OP : Relaxation + métaphore, ce n’est pas de l’hypnose. Les patients d’aujourd’hui ont une idée de ce qu’est l’hypnose, idée d’autant plus précise que l’hypnose est présente de plus en plus fréquemment à la télévision, sur internet, dans les médias en général. Quand ils poussent la porte d’un immeuble au fronton duquel figure le mot hypnose, ils savent où ils vont. Quand un patient se présente dans mon cabinet, je me dis qu’il vient pour avoir de l’hypnose…et je vais faire en sorte qu’il en ait sauf s’il présente une contre-indication type psychose ou si une autre approche me semble plus profitable pour lui ! Assumons, prononçons le mot, ne nous privons pas du mot « hypnose » en thérapie ! Des études récemment relayées par Antoine Bioy ont d’ailleurs montré qu’on perd de l’efficacité si on remplace le mot hypnose par le mot relaxation.</p>
<h6>JDP : Voulez-vous dire que les patients veulent avant tout que leur traitement commence par un état hypnotique, une transe bien visible ?</h6>
<p>OP : Ou tout du moins qu’ils aient au moins l’impression d’avoir vécu quelque chose. Tout comme au théâtre où à chaque représentation il doit se passer quelque chose, il est important qu’à chaque séance de thérapie le patient ait vécu quelque chose. Bien évidemment une anamnèse sérieuse est souvent nécessaire, mais si elle s’étale sur 10 séances, ce n’est plus une hypnothérapie. C’est bien l’hypnose sans transe apparente, voire même l’hypnose sans hypnose, mais l’hypnose avec transe ne doit pas être oubliée.</p>
<h6>JDP : La formation que vous venez de dispenser concerne aussi les transes profondes. Sont-elles nécessaires en thérapie ?</h6>
<p>OP : De manière générale, l’hypnose ericksonienne ne s’intéresse pas vraiment à la profondeur de la transe. Alors les thérapeutes travaillent avec des états hypnotiques très légers, ce qui est suffisant dans un certain nombre de cas mais qui risque de ne pas l’être dans d’autres. Des états légers ne permettent pas de tout traiter en hypnothérapie, notamment dans le domaine de la douleur.</p>
<h6>JDP : Ces critiques que vous formulez ne remettent-elles pas en cause le contenu de bon nombre de formations ?</h6>
<p>OP : Nous nous sommes lancés avec un certain nombre de collègues directeurs d’écoles, dont Kevin FINEL dans cette réflexion : qu’est ce qui nous semble faire la qualité d’une formation à l’hypnose. Je ne critique pas les formations existantes, je propose des compléments, des approfondissements…</p>
<h6>JDP : Revenons à votre formation à l’hypnose classique qui vient de se terminer. Après avoir invité l’hypnotiseur de spectacle Hervé Barbereau l’an passé, ce qui avait donné lieu à une polémique, vous l’avez à nouveau sollicité cette année. De plus, vous avez demandé à Jean-Emmanuel Combe, chantre de l’hypnose de rue, créateur et animateur du blog « Street Hypnose », de venir dispenser son savoir-faire. Ne risquez-vous pas à nouveau de subir les foudres de ceux qui vous avaient critiqué l’an passé ?</h6>
<p>OP : Je suis en accord avec mes objectifs de formation qui sont d’une part de donner aux thérapeutes les moyens d’avoir confiance en eux, tout en les munissant d’outils rapides et efficaces et d’autre part de permettre aux patients de vivre l’hypnose, tout en gagnant du temps et un nombre moindre de séances.<br />
Barbereau ne vient pas nous apprendre des effets de music-hall, mais nous montrer combien ses techniques sont rapides et puissantes.</p>
<h6>JDP : Mais Barbereau ne cache pas qu’il choisit ses sujets</h6>
<p>OP : Certes. Mais avez-vous remarqué que près de 30 % des participants au stage étaient très réceptifs ? Dans une clientèle, le pourcentage est peu ou prou le même. Pourquoi passer une demi-heure à mettre ces personnes là en transe alors que ça peut être fait en quelques secondes ? Alors si nous pouvons aider durablement, en suggestion directe et en quelques minutes une personne à changer, faisons-le. Prendre 4 séances là où une suffit, est-ce réellement éthique ?<br />
J’entends bien que l’on me parle d’éthique. Mais l’éthique, n’est-ce pas le souci du bien du patient ? Deux, trois séances où le patient vit vraiment une transe hypnotique, n’est-ce pas mieux qu’une dizaine, de surplus ennuyeuses ?</p>
<h6>JDP : Soit, mais il reste 70% de patients qui ne sont pas éligibles à ces méthodes directes ?</h6>
<p>OP : C’est la raison pour laquelle j’ai aussi invité Jean-Emmanuel Combe. Je ne le connaissais qu’à travers la qualité de son blog. Je savais qu’avec ses copains toulousains ils partent dans les rues, proposant à qui le veut bien de vivre une expérience hypnotique. Pour eux, la rue est un vrai laboratoire d’hypnose. De leurs expériences, ils ont tiré une pratique que J-E est venu nous exposer. Une pratique qui permet, puisque vous parlez des 70% de patients moins suggestibles, de contourner les résistances tout en favorisant un apprentissage progressif des différents phénomènes hypnotiques. Et tout en sachant être ericksoniens lorsque c’est nécessaire.</p>
<p>Pendant plus de trois heures, il nous a expliqué et démontré cette pratique. Il l’a fait avec talent et pédagogie : vous avez pu remarquer avec quelle attention les participants, tous professionnels de santé, ont suivi cet exposé et avec quelle chaleur ils l’ont applaudi ensuite.</p>
<p>Et l’on voudrait qu’au nom d’un dogme, d’ancrages négatifs sur le mot « direct », ou encore parce qu’il n’est pas professionnel de santé on laisse sur la touche un jeune homme de cette qualité, lui et son savoir-faire ? Ce serait absurde.</p>
<h6>JDP : Une induction rapide ne risque-t-elle pas d’entraîner des résistances ?</h6>
<p>OP : Bien au contraire, l’induction rapide va permettre de contourner des résistances. C’est pour un certain nombre la meilleure clé pour enfin lâcher prise. Maintenant c’est justement à nous cliniciens d’avoir une boite à outils bien remplie afin de pouvoir s’adapter à chaque patient. Indubitablement cet outil est celui qui manque à bon nombre de praticiens…</p>
<h6>JDP : Vous ne craignez pas que l’on vous qualifie d’hérétique ?</h6>
<p>OP : Si l’on s’en tient à tout ce que je viens de vous dire, et seulement à ça, bien sûr je ne me fais pas que des amis. Mais je n’ai fait que montrer un manque d’ouverture, pointer des dérives. Je reste bien clairement fidèle à l’héritage de Milton Erickson. Et je cherche aussi à rapprocher les écoles, à profiter des recherches et innovations des autres courants de pensée de l’hypnose.</p>
<p>Je vous l’ai prouvé à la fin de cette formation. J’ai fait découvrir l’état hypnotique à bon nombre de participants, y compris des plus résistants, à travers un effet d’hypnose de scène, la catalepsie entre deux tables, au moyen d’une méthode des plus ericksoniennes !</p>
<p>Vous avez pu voir les visages rayonnants de ceux et celles qui avaient ainsi constaté que leur corps peut tenir horizontalement entre deux supports, tout en restant souple, et tout en ayant une respiration ventrale complètement détendue.</p>
<p>Et puis n’oublions pas qu’Erickson fut qualifié d’hérétique bien avant moi, tout comme Freud ou Galilée… et pourtant elle tourne.</p>
<h6>JDP : quels sont les enjeux de l’hypnose aujourd’hui ?</h6>
<p>OP : Les choses ont très rapidement évolué ces dernières années. La France est le pays qui a abrité les deux premiers âges d’or de l’hypnose, avec Mesmer d’abord au XVIII, puis Charcot et Bernheim au XIX. Par contre au XX nous avons totalement raté la troisième révolution celle d’Erickson. Probablement à cause de l’importance de la psychanalyse chez nous, l’hypnose a été victime d’un rejet important de la part des scientifiques. Lorsqu’enfin Jean Godin propose les premières formations à l’hypnose éricksonienne, Milton est décédé depuis 3 ans, et il a vécu jusque 80 ans…Aujourd’hui l’hypnose explose, elle est très à la mode et nous rattrapons le retard à marche forcée. Mais n’importe qui peut se former. Et avec l’hypnose de rue justement, elle devient vraiment à la portée du premier venu. Est-ce une bonne chose ? Je suis loin d’en être persuadé. D’un autre côté faut-il réserver la formation aux seuls professionnels de santé ? Encadrer les formations voilà qui me semble être l’enjeu principal de l’hypnose.</p>
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		<title>Catherine Contour : la danse augmentée de l’outil hypnotique</title>
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		<pubDate>Sat, 18 May 2013 08:47:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Agathe Maire]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[catherine contour]]></category>
		<category><![CDATA[danse]]></category>

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		<description><![CDATA[Danseuse, chorégraphe, enseignante, Catherine Contour fait intervenir l’hypnose à chaque étape de la création artistique. Le spectateur devient « baigneur », immergé dans des pièces parfois immatérielles. Les performances deviennent des « plages », des « plongées ». Après une série de performances, tables-rondes, conférences sur l’hypnose avec Catherine Contour, la Gaîté Lyrique de Paris renouvelle son invitation pour un [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><b>Danseuse, chorégraphe, enseignante, Catherine Contour fait intervenir l’hypnose à chaque étape de la création artistique. Le spectateur devient « baigneur », immergé dans des pièces parfois immatérielles. Les performances deviennent des « plages », des « plongées ».</b></p>
<p><b>Après une série de performances, tables-rondes, conférences sur l’hypnose avec Catherine Contour, la Gaîté Lyrique de Paris renouvelle son invitation pour un cycle de « Danses augmentées » dans le cadre de sa saison 2013-2014.</b></p>
<p><b><a href="http://www.maisoncontour.org/">http://www.maisoncontour.org/</a></b></p>
<h6>D’une façon peut-être un peu générale, que voulez-vous profondément dire à travers l’art et tout particulièrement à travers la danse, votre domaine de prédilection ?</h6>
<p>J’ai une double formation en danse contemporaine et en scénographie aux Arts-Décoratifs de Paris. Les relations entre le corps et l’espace, habiter le corps, habiter l’espace, habiter le monde, sont les fondements sur lesquels je travaille.</p>
<h6>Habiter le corps, habiter l’espace, qu’est-ce que cela représente pour vous?</h6>
<p>C’est prendre conscience que l’on a un corps et que ce corps peut beaucoup. C’est prendre conscience que l’on est vivant, que la vie c’est avant tout du mouvement et que ce mouvement peut se transmettre et se partager à travers une expérience artistique.</p>
<p>Le « baigneur » est inclus énergétiquement dans la proposition tout en restant libre de la vivre en choisissant, comme sur la plage, sa position et son régime d’activité.</p>
<h6>En tant qu’artiste, vous avez développé l’outil hypnotique d’une manière bien spécifique, intervenant aussi bien dans le processus de création que dans l’expérience esthétique offerte au public. Comment l’hypnose et votre démarche artistique se sont-elles entremêlées ?</h6>
<p>J’ai rencontré il y a une quinzaine d’années le Dr Jean Becchio (ndlr : président de l’Association Française d’Hypnose Médicale). Dans le cadre d’un stage de Qi Gong qu’il organisait avec Zhou Jing Hong, j’ai assisté à une conférence qu’il donnait sur l’hypnose ericksonienne. Pas à pas, j’ai découvert l’hypnose à partir de l’auto-hypnose où j’ai reconnu quelque chose que je connaissais en fait déjà très bien en « M. Jourdain de l’hypnose ». A chaque fois que l’on danse, que l’on crée, le processus hypnotique se développe.</p>
<h6>Ce lien entre pratiques énergétiques, et notamment entre Qi Gong et hypnose, s’impose-t-il de lui-même ?</h6>
<p>Dans l’approche de l’hypnose énergétique à laquelle je me suis formée, toutes les modifications, les transformations du corps, sa mise en mouvement, relèvent d’un travail énergétique. Des visualisations particulières déclenchent dans le corps des modifications d’intensité, de tonicité, de température, des mouvements.</p>
<h6>Et concrètement, comment articulez-vous par exemple Qi Gong, hypnose et danse ?</h6>
<p>Dans le cadre de la création chorégraphique, je propose par exemple un accompagnement hypnotique par la parole et le mouvement, associé aux mouvements du Qi Gong, mais aussi à une forme de sieste courte ou au tracé de mandala. Le mouvement nait et se développe pendant et à partir de ce travail d’induction. Selon les personnes, l’entrée dans la pratique se fait plus facilement par telle ou telle porte.</p>
<h6>Pour vous, il est important d’ouvrir, de relier cela à tout ce qui existe par ailleurs ?</h6>
<p>Oui, et ce que j’apprécie beaucoup dans l’hypnose, telle que Milton Erickson l’a transmise c’est qu’il ait pris position sur le fait qu’on ne pouvait la transmettre sous une forme   dogmatique, figée. Il n’a pas écrit de méthode. D’autres ont observé et témoigné de sa pratique. Nous sommes tous, praticiens, en permanence en train de réinventer, d’actualiser cette technique. Chacun prend appui sur sa propre expérience, s’enrichit de celle des autres et devient créateur.</p>
<h6>L’une des dimensions de votre démarche consiste à convier le public à une expérience esthétique basée sur l’hypnose, en quoi cela consiste-t-il ?</h6>
<p>L’hypnose peut s’envisager comme un « médium artistique ». Je propose entre autre ce que j’appelle des « pièces d’hypnose ». Ce sont des œuvres « immatérielles ». Début 2012, à la Gaité Lyrique, j’ai invité les gens du public à mettre leur imaginaire en mouvement à l’aide de suggestions hypnotiques. Je les ai accompagnés avec un « scénario » spécialement conçu pour qu’ils vivent une danse, depuis la place du spectateur, du danseur et du chorégraphe. Chacun a collaboré à sa manière à l’écriture de cette danse, à la fois individuelle et collective.</p>
<h6>Vous utilisez également l’hypnose avec des danseurs bien réels…</h6>
<p>Oui, je travaille avec les danseurs en hétéro-hypnose pour qu’ensuite ils puissent danser en auto-hypnose. J’ai pu expérimenter ce processus dans différents contextes de création et de transmission : au Centre chorégraphique national de Grenoble, à Royaumont dans le cadre du programme Transforme, alors dirigé par Myriam Gourfink. Nous sommes en train d’inventer toutes sortes de protocoles.</p>
<p>En tant que chorégraphe, je crée pour les danseurs un accompagnement spécifique en hétéro-hypnose. Ensuite nous passons par différentes étapes comme l’écriture automatique et d’autres formes d’écritures qui constituent les strates à partir desquelles se déploiera la danse en auto-hypnose. J’intitule ces pièces des « danses <i>avec</i> hypnose », en soulignant l’utilisation de l’hypnose d’aujourd’hui et la distinction très nette d’avec les « danses sous hypnose » du début du XXe s. !</p>
<h6>Est-ce un défi particulier pour les danseurs de passer de l’accompagnement hypnotique au « dansé autonome » ?</h6>
<p>La parole génère des images, des sensations, des mouvements. En hétéro-hypnose, j’induis le fait que ces « pré-mouvements »vont se développer et s’amplifier jusqu’à leur expression dansée comme peut s’induire le phénomène de lévitation de la main. Avec de l’entrainement ce passage devient de plus en plus simple et évident.</p>
<p>Parfois, j’accentue tel ou tel aspect pour faciliter cette mise en mouvement. Si un danseur est plus kinesthésique, je vais utiliser des accompagnements qui font appel à la sensation du corps dans l’espace, à la relation à des objets. Si un danseur est plus visuel, je lui suggère des images. Et ces images génèrent du mouvement.</p>
<h6>Quelles sont les nouvelles pistes de réflexions que vous menez aujourd’hui ?</h6>
<p>Je poursuis ce travail sur les danses avec hypnose et sur des pièces d’hypnose pour <i>espaces de projection</i> telles que des petites salles de cinéma.</p>
<p>Je me penche sur la réception et sur les dispositifs appropriés à l’accueil des « baigneurs ». A la Gaité Lyrique, chaque rendez-vous public aura la forme d’une « Plongée ». Au rythme d’une par mois à partir d’octobre, seront proposés des formes hybridant performance, atelier, conférence, table rondes… Des expériences aux formats variés.</p>
<h6>Qu’observez-vous de l’a priori du public, de sa curiosité ?</h6>
<p>Ce que j’observe m’a amené à faire deux types de propositions. Les propositions où j’annonce l’hypnose -peuvent remplir la salle !- Les propositions où je ne l’annonce pas.</p>
<p>Dans un cas, partir des attendus par rapport à l’hypnose, des fantasmes, de la fascination, jouer de cet effet d’annonce puis réajuster les choses de façon très simple et pédagogique. Dans l’autre cas, l’hypnose, présente en filigrane, peut se livrer (ou ne pas) à travers de nombreux indices à qui sait les lire ou à qui interroge.</p>
<h6>En 2011, vous avez reçu une bourse du Centre National de la Danse pour votre recherche sur l’outil hypnotique pour la création, la transmission et l’enseignement en danse. Avez-vous le sentiment que l’hypnose commence à être pris en compte au niveau institutionnel et même qu’il y aurait une attente de la part des institutions?</h6>
<p>On rencontre une grande méfiance de la part des institutions, mais il y a aussi une grande curiosité. C’est tout un travail d’expliquer, de rassurer, parfois de proposer quelques jours d’initiation. A la suite de quoi les gens ont, pour la plupart, envie d’aller plus loin.<b> </b></p>
<h6>Des choses bougent en ce moment dans ce sens là ?</h6>
<p>Oui. Pour les institutions ce n’est pas encore tout à fait mûr, mais ca évolue. A Genève nous sommes en train de mettre en place la transmission de cet outil. Les étudiants en arts s’en emparent tellement vite, ça essaime. Les deux mouvements ont besoin de cohabiter pour qu’il y ait une reconnaissance : que les lieux institutionnels se rassurent et comprennent l’intérêt de cette démarche, que les étudiants s’emparent de cet outil et développent des projets, montrant ainsi son importance et son utilité.</p>
<h6>Vous enseignez dans l’enseignement supérieur en arts, à l’école d&rsquo;arts de Grenoble, d’Aix-en-Provence, de Mulhouse, de Genève, au CNDC (Centre national de danse ccontemporaine d&rsquo;Angers), à Transforme à la Fondation Royaumont, à l&rsquo;ENSAD (Ecole nationale supérieure des arts décoratifs de Paris), au CMLO (Centre méditerranéen de Littérature Orale). Concrètement comment abordez-vous la question de la création, à travers votre outil hypnotique, avec les étudiants ?</h6>
<p>D’abord, l’approche théorique resitue l’hypnose. Qu’est-elle aujourd’hui ? Quelle est l’approche des neurosciences ? Quelles utilisations en a-t-on dans d’autres secteurs que la création ? Par quoi, historiquement, cette discipline est-elle passée ? Il est utile de relier tout cela, de ne pas renier l’imagerie à laquelle elle nous renvoie. Aujourd’hui, on n’est plus à l’époque de Messmer ou de Charcot mais ils font parti de l’histoire de l’hypnose.</p>
<p>Et puis, très vite, on se plonge dans des exercices : du travail graphique au mouvement dans l’espace. J’ai construit cet outil en prenant appui sur des exercices issus de la danse contemporaine qui, pour moi, ont un lien avec le développement du processus hypnotique. Les étudiants reconnaissent très rapidement des choses qu’ils connaissent déjà et découvrent des possibilités nouvelles. Entre eux, cela circule beaucoup, des liens forts se créent, ils vivent une expérience de groupe qui les amène à évoluer.</p>
<p><b><i>A partir d’octobre 2013, retrouvez Catherine Contour dans le cadre des rendez-vous Danses augmentées à la Gaîté Lyrique de Paris.  </i></b></p>
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		<title>Erickson: Technique et Ethique</title>
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		<pubDate>Tue, 14 May 2013 17:47:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Garnier]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[La Pratique de l'Hypnose]]></category>
		<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[erickson]]></category>
		<category><![CDATA[ethique]]></category>
		<category><![CDATA[technique]]></category>

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		<description><![CDATA[Le Monarque de l&#8217;Océan &#8211; 2ème Partie Dans le précédent article, nous avons découvert comment le psychiatre américain Milton Erickson (1901-1980), à l&#8217;occasion d&#8217;une conférence qu&#8217;il donna lors d&#8217;un colloque médical sur le bateau de croisière Ocean Monarch, exposa une méthode redoutable afin de résoudre et d&#8217;éviter les résistances des sujets envers l&#8217;hypnothérapie, notamment à [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h2>Le Monarque de l&rsquo;Océan &#8211; 2ème Partie</h2>
<p>Dans le <a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/resistance-erickson/" target="_blank">précédent article</a>, nous avons découvert comment le psychiatre américain <a title="Wikipedia - Milton Erickson" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Milton_Erickson" target="_blank">Milton Erickson</a> (1901-1980), à l&rsquo;occasion d&rsquo;une conférence qu&rsquo;il donna lors d&rsquo;un colloque médical sur le bateau de croisière Ocean Monarch, exposa une méthode redoutable afin de résoudre et d&rsquo;éviter les résistances des sujets envers l&rsquo;hypnothérapie, notamment à travers une approche essentiellement « utilisationniste ».</p>
<p>Dans cette seconde partie, je vous propose de nous pencher sur les deux développements fondamentaux de l&rsquo;hypnothérapie dans l&rsquo;approche d&rsquo;Erickson : le double niveau de suggestion conscient/inconscient ; et la permissivité. Or dans cette conférence, apparaît clairement le lien essentiel entre les différentes techniques de suggestion et les principes fondamentaux de l&rsquo;attitude du psychothérapeute. Les techniques découlent de l&rsquo;éthique. L&rsquo;éthique s&rsquo;exprime dans la moindre technique. La communication d&rsquo;Erickson traduit un engagement profond. Et ses valeurs se reflètent jusque dans les tournures de ses phrases.</p>
<h2>Esprit, es-tu là ?</h2>
<p>Dés le début de sa conférence, Erickson annonce très clairement la couleur :<i></i></p>
<p><i>« J&rsquo;aime considérer mes patients comme ayant un esprit conscient et un esprit inconscient ou subconscient. J&rsquo;attends de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre d&rsquo;être présents ensemble dans la même personne et j&rsquo;attends de l&rsquo;un comme de l&rsquo;autre qu&rsquo;ils soient présents dans le bureau avec moi. »</i></p>
<p>Evidemment, toutes les composantes du patient l&rsquo;accompagnent dans le cabinet du Dr Erickson, comme dans tout autre lieu. Il est inconcevable qu&rsquo;une personne ait « oublié son esprit inconscient à la maison ». Son cerveau est aux aguets, et à tous ses niveaux de perception. Il s&rsquo;agit donc presque une boutade de la part du rigoureux psychiatre. Mais en disant cela, Erickson donne un conseil pratique à ses collègues : le psychothérapeute ne doit jamais oublier qu&rsquo;il n&rsquo;est pas seulement en face d&rsquo;une personne qui l&rsquo;écoute consciemment, mais encore d&rsquo;une personne qui l&rsquo;écoute à un niveau bien plus inconscient. Le patient reçoit sans en prendre conscience une grande quantité d&rsquo;informations en provenance du thérapeute, de son ton de voix, de ses gestes, de son apparence, de la tournure de ses phrases, mais aussi de la décoration du cabinet, de la position des fauteuils et de n&rsquo;importe quel autre détail, qui sont toutes susceptibles d&rsquo;influencer son expérience. <b></b></p>
<div class="pullquote-wrapper left">
<div class="pullquote prociono">Erickson nous invite à ne jamais oublier que nous communiquons en permanence beaucoup plus d&rsquo;informations que nous pensons en communiquer.</div>
</div>
<p>Erickson nous invite à ne jamais oublier que nous communiquons en permanence beaucoup plus d&rsquo;informations que nous pensons en communiquer. Dans une communication ordinaire, on peut se satisfaire de rester à la surface des choses et d&rsquo;ignorer ce puissant dialogue inconscient qui se joue secrètement malgré nous. Mais un psychothérapeute se doit d&rsquo;être toujours conscient de ce double jeu, et consciencieux dans son art de manier le dialogue.</p>
<p>Erickson résume ainsi : <i>« Lorsque que je parle à quelqu&rsquo;un à un niveau conscient, j&rsquo;attends de lui qu&rsquo;il m&rsquo;écoute à un niveau inconscient, aussi bien que conscient. »</i></p>
<h2>Le primat de la suggestion sur l&rsquo;état</h2>
<p>Ainsi en apprenant le « langage de l&rsquo;inconscient » qui permet de tenir au patient un double discours, maîtrisé et stratégique, on peut lui suggérer une idée non seulement intellectuellement mais encore au niveau plus profond où l&rsquo;information a un réel impact et génère un réel changement.</p>
<p>Auparavant, dans la tradition médicale de la fin XIXème siècle et du début du XXème sicèle, on considérait que pour avoir un tel impact sur une personne ne souffrant pas d&rsquo;hystérie, il était nécessaire d&rsquo;induire un état particulier nommé hypnose, ou transe hypnotique, souvent obtenue par la fixation de l&rsquo;attention, et la suggestion du sommeil. Avec le somnambulisme hypnotique, on croyait s&rsquo;adresser directement à cette part de l&rsquo;individu qui gère ses automatismes, ses réflexes, ses apprentissages archaïques, ses émotions, et les fondations de sa personnalité. Dans son état ordinaire, on pensait s&rsquo;adresser à son intellect et à sa capacité de comprendre. En changeant l&rsquo;état du patient de l&rsquo;un à l&rsquo;autre, on changeait, pour ainsi dire, d&rsquo;interlocuteur.</p>
<p>Désormais, grâce au double sens de la suggestion indirecte, on adresse à l&rsquo;intellect un certain message, tout en transmettant à la partie plus « profonde » un autre message. Il est possible d&rsquo;obtenir les mêmes résultats thérapeutiques profonds sans altérer l&rsquo;état de réceptivité de la personne.</p>
<div class="pullquote-wrapper right">
<div class="pullquote prociono">Le travail d&rsquo;un psychothérapeute consiste à parler d&rsquo;une certaine façon qui soit &laquo;&nbsp;thérapeutique&nbsp;&raquo;</div>
</div>
<p>Erickson n&rsquo;abandonne pas pour autant, comme l&rsquo;avait proposé Bernheim, la transe hypnotique, et bien au contraire, lui donne une place de choix dans sa thérapeutique. Cependant, comme Bernheim, il reconnaît que ça n&rsquo;est pas la transe qui fait la psychothérapie, mais bien la communication, la suggestion, l&rsquo;information. Le travail d&rsquo;un psychothérapeute consiste à parler. Pas nécessairement beaucoup. Et pas nécessairement pour dire des choses brillantes. Mais parler d&rsquo;une certaine façon qui soit « thérapeutique ».</p>
<p><i>« Je n&rsquo;accorde pas tellement d&rsquo;importance à la profondeur de la transe dans laquelle le patient se trouve parce que je trouve qu&rsquo;on peut accomplir une psychothérapie complète et profonde dans une transe légère aussi bien que dans une transe moyenne plus profonde. Il suffit juste de savoir comment parler au patient de façon à s&rsquo;assurer des résultats thérapeutiques ».</i></p>
<p>Mais justement, comment faire ? Quelle est cette « façon de parler » ?</p>
<h2>Le primat de la forme sur le message</h2>
<p>Ce qui compte plus que tout, nous apprend Erickson, ce n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;on dit, mais la façon dont on le dit. Le patient sera souvent très attentif au contenu de ce qu&rsquo;on lui raconte, mais oubliera de faire attention à la façon dont on lui présente les choses. Et c&rsquo;est pourtant là, dans les nuances de la formulation, que réside l&rsquo;essentiel d&rsquo;une « façon de pensée » nouvelle qu&rsquo;on lui présente et qu&rsquo;il peut expérimenter.</p>
<p>Par exemple, si je souhaite qu&rsquo;une personne se détende physiquement, je peux lui dire « Détendez vos épaules ! ». Ou bien je peux lui dire « Laissez vos épaules se détendre ! ». En apparence, ces deux phrases disent sensiblement la même chose. Pourtant, à bien y réfléchir, elles impliquent deux façons complètement différentes de faire les choses. Avec la première, le sujet doit faire quelque chose, c&rsquo;est à lui d&rsquo;être compétent pour cela et de faire cet effort. Avec la seconde, il n&rsquo;a rien à faire, si ce n&rsquo;est de ne pas empêcher ses épaules de se détendre toutes seules. La détente est alors le résultat de son accord, de son autorisation, mais pas de sa volonté, de sa compétence et de son effort. Il ne fait pas, il laisse les choses se faire.</p>
<p>Se détendre ou non, ça n&rsquo;est pas cela qui fait l&rsquo;hypnose (l&rsquo;hypnose n&rsquo;a pas de rapport avec la détente si on ne la suggère pas). Ce qui fait l&rsquo;hypnose, c&rsquo;est cette attitude particulière où on laisse notre propre automatisme se développer en tout facilité et en tout liberté. C&rsquo;est un certain laisser faire, qu&rsquo;on nomme « dissociation ». C&rsquo;est donc bien la façon de présenter les choses qui permet d&rsquo;atteindre cette dissociation, et d&rsquo;atteindre l&rsquo;hypnose.</p>
<p>Je me souviens d&rsquo;un jeune homme d&rsquo;une trentaine d&rsquo;année, Mickaël, venu me voir pour un problème intime. Je passai vingt bonnes minutes d&rsquo;induction pour lui faire développer une hypnose. Au lieu de cela, il se réfugiait derrière une forme de relaxation molle dans laquelle il simulait théâtralement ce qu&rsquo;il croyait devoir être un comportement hypnotique. C&rsquo;est une forme de résistance assez courante et qui peut tromper les hypnotiseurs débutants. Finalement, je lui ai posé une simple question : « Qu&rsquo;est-ce que Mickaël voudrait vraiment ? ». J&rsquo;ai tenté cette formulation à la troisième personne à tout hasard. Et à ma grande surprise, l&rsquo;homme est devenu soudain rigide, cataleptique, ses yeux grand ouverts, le regard dans le vague, les pupilles dilatées. Il m&rsquo;a répondu d&rsquo;une voix presque mécanique « Mickaël voudrait être un vrai homme ! ». S&rsquo;en est suivi un petit entretien sur le même registre. Puis très naturellement, je lui ai expliqué comment entrer dans une transe plus profonde. La simple formulation de ma question, à la troisième personne, et en citant son prénom, présupposait toute une dissociation, une dépersonnalisation, qui a suffit à lui faire développer une transe somnambulique d&rsquo;excellente qualité.</p>
<h2>L&rsquo;effleurement suggestif</h2>
<p>La suggestion réside principalement dans la forme, dans la formulation, dans la nuance. Erickson insiste sur ce point en donnant l&rsquo;exemple d&rsquo;une suggestion non verbale très ordinaire en hypnothérapie : la lévitation du bras. L&rsquo;objectif est de saisir la main d&rsquo;une personne, de lui imprimer un mouvement ascendant (tout en la distrayant, par exemple, par la conversation), et de constater que le bras continue de monter par lui-même lorsqu&rsquo;on le lâche, sans aucun effort conscient de la part du sujet. Alors, on peut lui faire remarquer ce mouvement automatique et involontaire, ce qui a pour effet une dissociation qui s&rsquo;accompagne bien souvent d&rsquo;un léger état d&rsquo;hypnose. Cet état léger peut ensuite facilement être approfondi. Et cela avec peu de mots prononcés, voire aucun.</p>
<p>Une erreur fréquente, explique Erickson, consiste à saisir le bras de la personne avec force. Au moment de le lâcher, il est fort probable que le bras cède à la loi de gravité et tombe de tout son poids. En effet c&rsquo;est ma force qui le soutenait, et lorsque je lui retire ce soutien, le bras, très relâché, tombe. <i></i></p>
<p><i>« Lorsque je soulève la main d&rsquo;une personne, je le fais volontairement d&rsquo;une façon très très gentille, de telle sorte que mon mouvement de soulever sa main ne soit que suggéré, et que mon mouvement pour qu&rsquo;elle aille dans telle ou telle direction ne soit que suggéré. Et plus vous pouvez être doux en touchant le bras, quand vous le soulevez et induisez une catalepsie, et plus vous êtes efficaces. »</i></p>
<p>Et Erickson précise ce qu&rsquo;il faut comprendre de cet exemple : <i>« L&rsquo;hypnose est d&rsquo;abord un état dans lequel il y a une réactivité (</i>responsiveness<i>) à des idées de toutes sortes. Et vous devez employer cette réactivité non pas en essayant de forcer, mais en essayant d&rsquo;obtenir une réponse immédiate, et de l&rsquo;obtenir par une participation du patient. »</i></p>
<h2>Ne pas exiger : autoriser !</h2>
<p>Pour rapporter ce sens de la nuance au domaine de la suggestion verbale, il ajoute : <i>« De la même façon, je n&rsquo;aime pas cette manière de dire à un patient : « je veux que vous soyez fatigué et que vous ayez sommeil, de plus en plus. » C&rsquo;est un effort pour imposer vos désirs au patient. C&rsquo;est un effort pour le dominer. Il est bien préférable de suggérer qu&rsquo;il « peut » se sentir fatiguer, et qu&rsquo;il « peut » avoir sommeil, et qu&rsquo;il « peut » entrer dans une transe hypnotique. Car il s&rsquo;agit toujours de </i>lui offrir la possibilité de réagir à une idée. »</p>
<div class="pullquote-wrapper left">
<div class="pullquote prociono">Le patient fait les choses non pas parce qu&rsquo;il &laquo;&nbsp;doit&nbsp;&raquo; mais parce qu&rsquo;il &laquo;&nbsp;veut&nbsp;&raquo;. C&rsquo;est la condition première de l&rsquo;engagement thérapeutique</div>
</div>
<p>Dans un contexte de communication thérapeutique, le patient est souvent bien disposé à faire ce que le thérapeute semble attendre de lui. Le thérapeute peut lui donner des ordres, il obéira bien souvent. Mais si, au lieu de cela, il lui donne des autorisations, le patient pourra librement se demander de quoi il a envie, et exercer son désir. Il pourra développer un désir d&rsquo;entrer dans le jeu, un désir de partager, etc&#8230; Or, il est fondamental pour le thérapeute de capitaliser sur les désirs et les envies du patient. Le patient fait les choses non pas parce qu&rsquo;il « doit » mais parce qu&rsquo;il « veut ». C&rsquo;est la condition première de l&rsquo;engagement thérapeutique.</p>
<h2>La confiance sans danger</h2>
<p><i>            « Dire à un patient « Maintenant, dites moi tout ! » est un ordre plutôt menaçant et même dangereux à donner. Vous voudrez plutôt que votre patient ait envie de vous dire ceci, envie de vous confier cela, de telle façon que lorsqu&rsquo;il commence à vous raconter ceci et cela, il développe également un certain sens de la confiance ».</i></p>
<p>En anglais, confiance se dit «<i> confidence </i>». Au lieu de vous obéir, votre patient vous accepte comme son « confident », celui en qui il a assez confiance pour se sentir libre de raconter ceci ou cela.</p>
<p>Pensez à la manière polie de demander une chose : au lieu de dire « Asseyez-vous ! », on est habitué à dire « Vous pouvez vous asseoir ! ». Le simple verbe « pouvoir » présuppose, que ça soit réellement le cas ou non, que vous aviez le désir de vous asseoir mais que vous ne vous l&rsquo;autorisiez pas. Et en vous disant « vous pouvez vous asseoir ! », je viens vous <i>délivrer</i> en vous autorisant à céder (enfin!) à votre envie. Bien sûr, vous pouvez vous y opposer. Mais il y a fort à parier que vous y serez moins enclin que si je vous ordonne tout bonnement de vous asseoir. Du reste, si vous me dites « Non, je préfère rester debout », je garderai la face : en effet, je n&rsquo;ai pas été désobéi, mais simplement, je vous ai offert une possibilité de vous asseoir ou bien de rester debout et vous avez fait librement le choix de rester debout. Ainsi notre relation reste intacte et non affectée par ce refus. C&rsquo;est pourquoi Erickson dit qu&rsquo;un ordre est « dangereux ». Dangereux pour la relation dans la communication : le moindre refus devient une insubordination et rompt tout la confiance future. Une simplement permission est « sans danger ». La relation reste sauve quoi qu&rsquo;il arrive.</p>
<p>Voilà toute l&rsquo;essence de l&rsquo;approche permissive d&rsquo;Erickson : je n&rsquo;ordonne pas à l&rsquo;autre de faire, je l&rsquo;autorise à faire. Et ceci à grand renfort de « vous pouvez&#8230; ». C&rsquo;est la nuance la plus fondamentale et à la fois la plus simple à appliquer.</p>
<h2>Une fausse permissivité ?</h2>
<p>En réalité, cette permissivité est surtout adressée à la compréhension consciente du sujet. En effet, c&rsquo;est consciemment qu&rsquo;on a besoin de reconnaître notre liberté. Mais le fonctionnement de notre esprit à un niveau inconscient procède par associations et par orientation : il a besoin d&rsquo;être guidé, dirigé. Et derrière ces choix libres se cachent en général des directions très fermes pour l&rsquo;inconscient. Milton Erickson est permissif, mais d&rsquo;une façon tout en même temps absolument directive. On pourrait bien penser que l&rsquo;un est le contraire de l&rsquo;autre et qu&rsquo;être permissif et directif en même temps est une chose impossible, un paradoxe, un oxymore. Certes, si l&rsquo;on pense la communication à un seul niveau : soit on dirige, soit on autorise. Mais si on comprend la communication à deux niveaux, il s&rsquo;agit d&rsquo;autoriser le conscient, et de diriger l&rsquo;inconscient.</p>
<p>Par exemple, si j&rsquo;écris : « Vous pouvez vous souvenir de la maison de votre enfance ! ». Je vous autorise, je vous y invite, mais rien ne vous y oblige. Vous pouvez bien me répondre « Non merci, je ne le souhaite pas ». tout cela se passe au niveau de la raison, de la réflexion consciente. Mais à un niveau inconscient, que s&rsquo;est-il passé ? Au moment où vous avez lu « la maison de votre enfance », cette expression est venue réveiller en vous une synthèse de souvenirs, de sens, de sensations, et a orienté tant soit peu votre esprit vers cette pensée, vers la maison de votre enfance.</p>
<p>Que vous ayez ensuite refusé ou accepté consciemment cette orientation, elle a déjà commencé inconsciemment au moment où vous l&rsquo;avez lue. Derrière le choix libre se trouve une information destinée à votre inconscient.</p>
<h2>Une carte Joker pour inciter à jouer</h2>
<p>Voici un exemple dans cette conférence de cette manipulation subtile :  <i>« Je suggère au patient qu&rsquo;il ne me dise jamais rien de plus que ce qu&rsquo;il veut vraiment me dire. Je lui dit en général qu&rsquo;il peut</i> garder pour lui ce qu&rsquo;il souhaite garder pour lui<i>, et de bien s&rsquo;assurer de le garder pour lui ».</i></p>
<p>Là encore, en apparence, Erickson se montre bien gentil en autorisant son patient à lui cacher des choses. Mais qu&rsquo;est-ce que cela présuppose ? Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;Erickson lui dit en réalité ? Il lui dit  « Il est possible qu&rsquo;il y ait une chose que vous n&rsquo;aurez pas envie de me dire », ce qui signifie également « La plupart des choses, vous aurez volontiers envie de me les raconter ». Il lui dit « Vous pouvez garder une chose pour vous si vous le souhaitez », ce qui signifie également « Vous avez un joker, alors réfléchissez bien à ce que vous voudrez me cacher, parce que tout le reste, vous me le direz bien volontiers ». Evidemment, dit comme cela, ce serait un peu gros, et pourtant, c&rsquo;est bien l&rsquo;idée qui est subtilement communiquée par d&rsquo;Erickson à travers cette suggestion en apparence anodine et bienveillante. Il rassure la personne en lui offrant une liberté, mais l&rsquo;incite par là-même à s&rsquo;ouvrir.</p>
<h2>Le dilemme</h2>
<p>Il existe beaucoup de formes de cette permissivité directive, mais il n&rsquo;est pas nécessaire de les distinguer de façon scientifique. Notons une des plus étudiées : celle qu&rsquo;Alfred Binet appelait « le dilemme <i>» </i>(<i>« double-bind », </i>en anglais).</p>
<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;offrir le choix entre deux (ou plus) façons de faire la même chose. Par exemple, si je dis à un enfant « Est-ce que tu veux prendre une aspirine ? », il va réfléchir à tout ce que signifie « prendre une aspirine », et à tout ce que signifie « ne pas prendre une aspirine », avec sa compréhension d&rsquo;enfant. Et il y a des chances qu&rsquo;il me réponde « Non, je ne veux pas ! ».</p>
<p>J&rsquo;aurais bien mérité une telle réponse puisqu&rsquo;elle découle légitimement de ma question.</p>
<p>Mais si je lui dis « Est-ce que tu préfères prendre ton aspirine dans un verre d&rsquo;eau ou avaler un comprimé ? » alors il réfléchira à ce que signifie pour lui « prendre l&rsquo;aspirine dans un verre d&rsquo;eau », et à ce que signifie pour lui « avaler un comprimé ». Et il optera pour la moins désagréable des solutions.</p>
<p>Et dans un cas comme dans l&rsquo;autre, j&rsquo;aurai obtenu de lui qu&rsquo;il prenne son aspirine. Bien sûr, il peut me dire « Ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre ! », mais j&rsquo;aurais tout de même largement augmenté mes chances de le diriger dans la bonne direction.</p>
<p>A un niveau conscient, je dis à l&rsquo;enfant : « Choisis librement la façon de prendre ton aspirine ». A un niveau inconscient, je lui dis « Tu prends ton aspirine ».</p>
<h2>L&rsquo;importance d&rsquo;être Conscient</h2>
<p>Cette communication à deux niveaux est devenue la marque de fabrique de Milton Erickson. Il dit lui-même que dés la petite école, il jouait sur les niveaux de communication et semblait dire quelque chose à quelqu&rsquo;un qui pouvait signifier autre chose pour une autre personne présente, et recouvrir encore un autre sens selon un autre angle. Et les exemples abondent dans ses travaux, de sorte qu&rsquo;il est devenu un poncif d&rsquo;expliquer le travail d&rsquo;Erickson à travers cette « communication avec l&rsquo;inconscient ». Et ce poncif éculé est distordu jusqu&rsquo;à des formes parfois inexactes.</p>
<p>Il n&rsquo;est pas rare de voir cette méthode d&rsquo;Erickson résumée à l&rsquo;idée que ce qui compte vraiment, c&rsquo;est ce qui se passe à un niveau inconscient. Or il est malheureusement trop rare de voir les commentateurs se référer directement aux travaux d&rsquo;Erickson et découvrir ainsi qu&rsquo;il insiste en permanence sur l&rsquo;importance au moins aussi grande, dans la psychothérapie, de l&rsquo;apprentissage conscient.</p>
<p>En bref, les choses ne se passent pas seulement dans un fond de notre cerveau, malgré nous et sans aucune participation de notre part. Mais bien au contraire, la thérapie est un processus par lequel on pense les choses, on prend des décisions, on comprend. On découvre de nouvelles façons de penser les choses et de les comprendre. On se positionne. Et tout cela en nos pures et entières âmes et consciences.</p>
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<div class="pullquote prociono">L&rsquo;hypnothérapie, est un processus qui part d&rsquo;une volonté consciente, qui se nourrit d&rsquo;une motivation consciente, et qui aboutit à une satisfaction consciente</div>
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<p>L&rsquo;hypnose est une technique intimement liée à l&rsquo;involontaire. Mais la psychothérapie, elle, sous ses diverses formes dont l&rsquo;hypnothérapie, est un processus qui part d&rsquo;une volonté consciente, qui se nourrit d&rsquo;une motivation consciente, et qui aboutit à une satisfaction consciente<b>. </b>Sans parler de la réflexion, de la compréhension, du vécu, du souvenir, etc&#8230; Or il est fondamental, pour Erickson, de provoquer cette intégration consciente.</p>
<h2>C&rsquo;est une belle journée de Mars !</h2>
<p>Le Dr Erickson cite le cas d&rsquo;Harvey qui souffre de ne pas arriver à écrire d&rsquo;une façon claire et lisible. Le psychiatre l&rsquo;entraîne à l&rsquo;hypnose profonde pour un premier travail sur les traumatismes de son enfance*, puis décide d&rsquo;utiliser cette capacité à la transe afin de l&rsquo;aider à « débloquer » son écriture. Comment s&rsquo;y prend-il ? Certains supposeront qu&rsquo;il le plonge en transe hypnotique profonde et que, directement entendu par son inconscient, il demande à celui-ci de débloquer totalement et définitivement son écriture et de faire que Harvey écrive désormais à la perfection. Mais s&rsquo;il faisait une chose pareille, le pauvre homme pourrait avoir le sentiment que sa main écrit parfaitement, grâce à son thérapeute, et que lui n&rsquo;y est pour rien. Or son problème, derrière l&rsquo;écriture, est celui de la confiance dans sa capacité.</p>
<p>Alors Erickson, en transe profonde, ne lui demande qu&rsquo;une chose : une fois réveillé, Harvey devra écrire clairement la phrase « C&rsquo;est une belle journée de Mars ».</p>
<p>Après avoir écrit cette simple phrase, Harvey saute de joie, crie sa fierté d&rsquo;être capable d&rsquo;écrire clairement. Il jubile. Cette jubilation, elle n&rsquo;est pas « inconsciente », mais une émotion vive, très forte, et très nouvelle, un sens de l&rsquo;accomplissement personnel, qu&rsquo;il éprouve très consciemment. Et cette simple expérience lui est un petit apprentissage de rien du tout qui entraîne de nombreux changements.</p>
<p>Harvey cessa de se faire marcher sur les pieds par tous ses collègues. Son caractère s&rsquo;affirma, il demanda une augmentation, un meilleur bureau, prit ses habitudes dans un restaurant moins modeste que celui qu&rsquo;il fréquentait auparavant. Il arriva enfin à impressionner son collègue qui garait toujours sa voiture de sorte de bloquer celle d&rsquo;Harvey qui n&rsquo;osait rien lui dire. Les choses avaient changé, et plus jamais sa voiture ne fut bloquée. Erickson commente :<i> </i></p>
<p><i>«  Je pense qu&rsquo;il aurait été une erreur de ma part de lui ordonner d&rsquo;aller demander une augmentation ou de dire sa façon de pensée à ce type qui garait sa voiture d&rsquo;une mauvaise façon – parce que Harvey n&rsquo;avait pas besoin qu&rsquo;on lui dise quoi faire. En réalité, il avait besoin d&rsquo;une motivation. Et c&rsquo;est une chose très importante en psychothérapie et dans l&rsquo;usage de l&rsquo;hypnose : la motivation du patient à faire les choses. Non pas les choses que vous pensez qu&rsquo;ils devraient faire, mais les choses que eux, comme personnes uniques, ont le sentiment qu&rsquo;ils doivent vraiment faire. »</i></p>
<p>Le sens, pour Erickson, d&rsquo;utiliser l&rsquo;hypnose n&rsquo;est pas d&rsquo;aller « programmer à un niveau inconscient » une personne à accomplir tel ou tel comportement approprié. Cela consisterait à restreindre sa liberté et à en faire une machine docile. Non, chez Erickson, l&rsquo;hypnose sert avant tout à programmer inconsciemment une expérience, un apprentissage, qui se produise à un niveau conscient, et qui libère un sentiment de pouvoir agir et une véritable <i>motivation</i> pour agir.</p>
<p>Tout ce que Harvey a accomplit, il peut être fier de l&rsquo;avoir accompli lui-même et non pas parce qu&rsquo;il aurait été « programmé » pour le faire.</p>
<h2>Ne pas faire pour l&rsquo;autre : lui montrer qu&rsquo;il sait faire</h2>
<p>Récemment, une personne est venue me consulter à mon cabinet pour une phobie de l&rsquo;avion. Sa phobie l’empêchait même de consulter le site internet pour acheter les billets, car elle se plongeait alors dans l&rsquo;anticipation du vol, ce qui provoquait une panique immédiate chez elle. Comme la moindre évocation du mot « avion » provoquait des réactions très négatives, je décidai de ne pas mentionner l&rsquo;avion et d&rsquo;utiliser cette panique si facilement mobilisable chez elle. Très sensible émotionnellement, je ne fus pas surpris de la voir entrer dans une transe hypnotique très profonde sur une simple suggestion. Alors qu&rsquo;elle se trouvait dans cet état, je lui dis : « Je vais vous apprendre un tour, très facile et très intéressant. Vous allez apprendre à tromper votre propre cerveau et vous créer sur commande des peurs et des phobies. Vous n&rsquo;aurez même plus besoin de regarder des films d&rsquo;épouvante pour <i>vous amuser à avoir peur. »</i></p>
<p>J&rsquo;ajoutai : « Il vous suffit de regarder vos mains, comme ça, de les faire trembler légèrement en répétant trois fois « j&rsquo;ai peur de ceci&#8230; » ».</p>
<p>Evidemment, cette technique n&rsquo;était qu&rsquo;une suggestion post-hypnotique et n&rsquo;a aucune valeur en elle-même. Mais après l&rsquo;avoir réveillée, je l&rsquo;ai invitée à jouer à se créer des peurs, des phobies, sur des choses absurdes, comme une peur des stylos rouges, une peur des pieds de chaise métalliques, etc&#8230; Bien entendu, je lui ai également appris comment annuler ces peurs. Et ses réactions phobiques, bien que moins violentes que lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;avion, était parfaitement sincère, quelque soit l&rsquo;absurdité de leur objet.</p>
<p>La séance s&rsquo;est déroulée comme cela et je l&rsquo;ai renvoyée chez elle avec comme consigne de <i>s&rsquo;amuser</i> une fois par jour à se créer une phobie <i>ridicule</i> pour se l&rsquo;enlever ensuite. A la deuxième séance elle m&rsquo;a dit en substance: « Désolée, je ne l&rsquo;ai pas fait tous les jours. Par contre, le troisième jour, je me suis créé une phobie des voitures vert-pomme, et en l&rsquo;enlevant, j&rsquo;en ai profité pour enlever la phobie des avions. Du coup, j&rsquo;ai pu prendre mon billet. J&rsquo;ai peut-être un peu anticipé sur le travail d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, non ? ».</p>
<p>S&rsquo;en est suivie une longue discussion sur le thème du transport aérien, dans les conditions les plus détendues possibles. Sa phobie n&rsquo;avait pas disparue d&rsquo;elle-même : elle avait réussi à la supprimer. Et c&rsquo;est une différence majeure en psychothérapie.</p>
<p>En gardant à l&rsquo;esprit les exemples d&rsquo;Erickson, j&rsquo;ai donc pris ici le parti, non pas de la « guérir » de sa phobie (surtout pas !), mais de lui apprendre quelque chose. De lui apprendre à manipuler sa propre peur. Une fois cette leçon apprise et intégrée, c&rsquo;est consciemment, volontairement, qu&rsquo;elle a pris l’initiative d&rsquo;appliquer cet apprentissage à son problème et de se débarrasser de sa phobie de l&rsquo;avion.</p>
<h2>Eloge de la simplicité</h2>
<p>Si je lui ai appris à <i>jouer</i> avec sa peur, c&rsquo;est que, plutôt que d&rsquo;accabler une personne avec une « mission » qui la dépasse, il convient de lui enseigner une chose facile et accessible. Erickson précise : <i></i></p>
<p><i>« Vous devez commencer en général par des choses plutôt simples. Parce que les êtres humains sont essentiellement et fondamentalement des créatures simples. En conséquence, vous devez commencer simplement et laisser vos patients élaborer en accord avec les propres besoins de leur personnalité, et non en accord avec vos conceptions de ce qui est utile pour eux. »</i></p>
<h2>La non-ingérence</h2>
<p>Il ajoute immédiatement : « <i>Vous n&rsquo;interférez que lorsqu&rsquo;ils essaient de se détruire eux-mêmes ».</i></p>
<p>Et voici le point central de la philosophie, si tant est qu&rsquo;il y en ait une, d&rsquo;Erickson : la « non-ingérence » thérapeutique. Le thérapeute ne guide pas le patient dans ce qu&rsquo;il pense être bon pour lui. Le patient arrive avec tout le matériau et les plans du chantier : le thérapeute se contente de lui transmettre quelques outils et techniques qui lui permettront de construire lui-même sa propre existence.</p>
<p>À aucun moment le thérapeute ne donne de conseils personnels ou n&rsquo;émet de jugements de valeurs. Sauf si la vie de la personne est en danger – fin qui, dans l&rsquo;engagement d&rsquo;un médecin, justifie tous les moyens.</p>
<p>Désormais, cette neutralité bienveillante est devenue une posture fondamentale en psychothérapie. Mais à l&rsquo;époque de Milton Erickson, les médecins bénéficiaient d&rsquo;une autorité morale qui leur permettait sans encombre de faire intervenir leurs valeurs personnelles dans l&rsquo;orientation de la thérapie. Cette neutralité était donc une forme de tolérance particulièrement audacieuse qui lui valut d&rsquo;être admiré par des générations de thérapeutes à sa suite.</p>
<h2>Une vraie permissivité ?</h2>
<p>C&rsquo;est par la vertu de cette non-ingérence qu&rsquo;on peut dire que la méthode d&rsquo;Erickson, qu&rsquo;on a tout-à-l&rsquo;heure pu désigner comme une forme de fausse liberté, de fausse permissivité en réalité très directive, est bel et bien une vraie permissivité. En effet, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;enrayer un comportement négatif, mais d&rsquo;ajouter une option. Si je fume pour me détendre, un hypnotiseur peut me dire « Tu ne fumeras plus !». Mais alors comment me détendrai-je ? Un hypnotiseur plus malin, dans la lignée du Dr Erickson m&rsquo;enseignera une autre option, une autre façon de me détendre, bien plus efficace que celle qui consiste à fumer. Ainsi, j&rsquo;aurai désormais le choix et pourrai par moi-même arrêter de fumer, librement, et en retirer tout le sentiment conscient d&rsquo;un accomplissement personnel – la fierté.</p>
<h2>Laisser le temps au temps</h2>
<p>Cette façon de ne pas forcer la personne dans ses projets, Erickson l&rsquo;accompagne d&rsquo;un conseil primordial : ne pas forcer la personne dans le temps de sa thérapie. <b>Rien ne sert de courir, nous dit le psychiatre </b>: <i></i></p>
<p><i>«  Il existe une tendance trop fréquente pour l&rsquo;opérateur à penser qu&rsquo;il doit corriger le comportement immédiat du patient. On ne doit pas avoir une telle attitude. Votre attitude doit exprimer que le patient finira par tirer bénéfice de cela « un beau jour », un jour ou l&rsquo;autre. Peut-être dans un jour, une semaine, un mois, six mois, en tout cas dans un délai raisonnable, mais pas maintenant. La tendance à corriger le comportement immédiat du patient doit vraiment être évitée parce que la patient a vraiment besoin de vous montrer ce comportement particulier. »</i></p>
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<div class="pullquote prociono">Si les choses sont trop faciles ou trop rapides, trop passives ou trop « inconscientes », l&rsquo;expérience montre que ces changements ne sont pas « digérés » par le patient et ne trouvent pas une place stable et définitive dans sa personnalité. Ils sont comme une joyeuse parenthèse aussi vite refermée qu&rsquo;on l&rsquo;avait ouverte.</div>
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<p>Cela va toujours dans le sens de ne pas négliger l&rsquo;intégration consciente du changement. La thérapie n&rsquo;est pas une réparation magique qui se fait à l&rsquo;insu du patient dans ses propres profondeurs. C&rsquo;est un processus de transformation dont il est à l&rsquo;origine, auquel il assiste, auquel il participe, et qui dépend entièrement de sa bonne volonté et de sa motivation. Ainsi les changements obtenus sont mérités par le patient, il peut en retirer de la fierté, et se les approprier en leur donnant une vraie valeur, c&rsquo;est-à-dire aussi en se battant pour ne pas les perdre. Si les choses sont trop faciles ou trop rapides, trop passives ou trop « inconscientes », l&rsquo;expérience montre que ces changements ne sont pas « digérés » par le patient et ne trouvent pas une place stable et définitive dans sa personnalité. Ils sont comme une joyeuse parenthèse aussi vite refermée qu&rsquo;on l&rsquo;avait ouverte.</p>
<h2>Une pédagogie de la fierté</h2>
<p>Erickson revient à de nombreuses reprises durant cette conférence sur l&rsquo;importance d&rsquo;enseigner, en le donnant à vivre, le « sentiment d&rsquo;accomplissement personnel » (<i>self accomplis</i>h<i>ment</i>). Et c&rsquo;est ainsi sûrement qu&rsquo;on pourrait résumer la démarche du psychiatre américain : l&rsquo;hypnothérapie autorise le patient à s&rsquo;accomplir et à s&rsquo;en féliciter.</p>
<p>Il est difficile aujourd&rsquo;hui de mesurer à quel point ce modèle de psychothérapie qui prône le fait d&rsquo;acquérir une motivation à faire les choses à travers l&rsquo;expérience concrète de son propre pouvoir de faire, contrastait radicalement avec la tendance, à la même époque, à une psychothérapie visant à résoudre un trouble passé par une recherche intellectuelle sur les racines du mal. Erickson nous éclaire sur cette question avec sa limpidité : <i></i></p>
<p><i>« En psychothérapie, on met trop l&rsquo;accent sur le passé, et on néglige le fait que le patient doit vivre aujourd&rsquo;hui et probablement anticiper demain ».</i></p>
<p>La communication d&rsquo;Erickson n&rsquo;est pas une façon de tromper le conscient pour s&rsquo;adresser à l&rsquo;inconscient, mais de mettre l&rsquo;un et l&rsquo;autre dans une relation dynamique qui constitue l&rsquo;essence de l&rsquo;apprentissage, l&rsquo;essence de la thérapie, l&rsquo;essence de l&rsquo;harmonie personnelle. Durant cette courte conférence, Erickson a livré encore bien des cas, bien des conseils, bien des explications parfaitement éclairants et d&rsquo;une intelligence rare, qu&rsquo;il nous est malheureusement impossible de tous citer et étudier ici.</p>
<p>A l&rsquo;heure ou le nom de Milton Erickson est bien souvent détourné pour légitimer les commerces les plus divers, il est plus que jamais précieux de se plonger dans ses nombreuses contributions. Il est unique dans l&rsquo;histoire de la psychothérapie de disposer d&rsquo;un corpus aussi riche et novateur en ce qui concerne les techniques de l&rsquo;hypnose et de la suggestion. Et quiconque s&rsquo;intéresse de près ou de loin à la question de l&rsquo;hypnose et de la psychothérapie ne saurait faire l&rsquo;économie d&rsquo;une rencontre à la source avec les travaux du Dr Erickson.</p>
<p>* voire article précédent « <a title="La Résistance chez Erickson" href="http://www.realites-hypnotiques.fr/resistance-erickson/" target="_blank">La résistance chez Erickson, Le Monarque de l&rsquo;Océan, 1ère partie </a>»</p>
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		<title>Coaching de l&#8217;équipe de France d&#8217;Escalade sur Glace</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Apr 2013 15:56:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jonathan Bel Legroux]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[La Pratique de l'Hypnose]]></category>
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		<category><![CDATA[Escalade]]></category>

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				<content:encoded><![CDATA[<h2>Retour d&rsquo;expérience de coaching hypnose en Escalade sur Glace</h2>
<p>Nous sommes en novembre 2012, en Isère. Le froid s’installe progressivement sur les montagnes et on discute déjà des différentes réalisations que l’on s’imagine faire les uns les autres durant l’hiver. Grenoble est une petite ville, même si c&rsquo;est la capitale du sport en France, les informations y circulent vite.</p>
<p>De mon côté, je n’envisage pas forcement de grands projets sportifs, puisque je débute mon activité d’hypnologue de province. Il se trouve que rapidement, certains résultats avec des sportifs amateurs ont commencé à attirer l’attention.</p>
<p>Un jour, Jehan Rolland Guillot, guide de haute montagne, m’a annoncé qu’il venait d’être nommé Sélectionneur et Entraîneur de la première équipe de France Jeune d’Escalade sur Glace. Comme il avait entendu parler de certains résultats avec l’hypnose, et que nous nous connaissons bien, il m’a proposé de me joindre à lui. J’ai accepté.</p>
<p>Avant cela, il fallait expliquer mon travail et ses bénéfices possibles à une Fédération Française: délicat. La mise en place de cette équipe avait plusieurs raisons :</p>
<p>•          Une présence française aux premiers Championnats du Monde Jeune au mois de janvier 2013.<br />
•          Une première sélection médiatisée pour faire connaître la discipline.<br />
•          Les futurs Jeux Olympiques d’hiver.</p>
<p>En effet, l&rsquo;Escalade sur Glace a été retenue pour être en présentation aux J.O et la Fédération Française a bien l’intention d’avoir une équipe prête pour cet événement.</p>
<p>Voilà un aperçu de la systémique dans laquelle le mot « hypnose » est apparu.</p>
<h2>Le positionnement de l’hypnologue.</h2>
<p>Au milieu de tout cela, j’ai dû découvrir un positionnement différent de celui que nous connaissons dans notre métier de thérapeute. L’objectif reste celui de l’athlète, mais le cadre est différent.</p>
<p>Celui ci est créé par le contexte de sport de haut niveau puisqu’il implique, en plus des attentes de l’athlète, celles des institutions nationales.</p>
<p>Comment le praticien se place-t-il entre ces deux interlocuteurs ? D’autant plus que mon cadre, au sens large, et les objectifs, m’ont été donnés par les dirigeants d’une fédération nationale : préparer les athlètes mentalement, en 3 semaines et avec peu de moyens spatiaux.</p>
<p>En me définissant comme hypno coach, j’ai réussi à trouver un positionnement entre la pratique de l’hypnose thérapeutique et les objectifs que j’ai acceptés en tant qu’entraîneur. Il fallait trouver un équilibre et un centrage en réponse aux questions suivantes: « Quelle est ma place dans tout ça ? Comment accompagner une personne dans une direction imposée ? » Le côté coach suit les objectifs sportifs d’un entraînement mental avec une vision compétition, alors que le côté hypno considère que l&rsquo;objectif est celui de la personne qui arrive avec ses solutions.</p>
<h2>Premiers pas.</h2>
<p>La journée de sélection a été un moment charnière de cette expérience. Les athlètes avaient deux épreuves, une le matin et une seconde dans le courant de l’après-midi.</p>
<div id="attachment_3404" style="width: 193px" class="wp-caption alignleft"><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux2.png"><img class="size-medium wp-image-3404" alt="belgroux2 183x300 Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux2-183x300.png" width="183" height="300" title="Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" /></a>
<p class="wp-caption-text">Equipe de France d&rsquo;Escalade sur Glace &#8211; En plein effort</p>
</div>
<p>A la pause déjeuner, après avoir observé chaque athlète dans sa préparation, dans son échauffement et en isolement, je suis allé les voir individuellement. Certains étaient dépités de leur prestation précédente, et anticipaient la suivante avec une pression mentale supplémentaire. Quelques rapides suggestions associées à des techniques hypnotiques m’ont été utiles pour créer un premier contact.</p>
<p>Puis les sélections ont repris. A la fin de la journée, la différence entre les performances du matin et celles de l’après-midi a été tellement grande, que les représentants de la fédération nous ont demandé de nous expliquer. Jehan Rolland, sélectionneur et entraîneur n’a pas su quoi répondre. C’est à moi que les nombreuses questions ont été posées, sur ma présence d&rsquo;abord, et sur les techniques utilisées.</p>
<p>C’est ainsi que j’ai pu présenter l’hypnose et avoir « carte blanche ». J’ai demandé que l’on parle d’hypnose au sein de cette équipe, et que la communication autour de l&rsquo;équipe en fasse aussi état.</p>
<h2>Les applications et les techniques utilisées.</h2>
<p>Imaginez six jeunes montagnards et deux entraîneurs ayant deux week-ends prévus pour aller aux championnats du monde. Imaginez une température de -10° à -15° pour faire de la visualisation en associé/dissocié au pied d’une tour de glace de 30m de haut. Imaginez des séances d’hypnose dans un foyer de ski de fond non chauffé, dans lequel une vingtaine de touristes et des écoles de ski de fond déjeunent et font du bruit, et devant moi, un athlète frigorifié, des crampons aux pieds, des gants en gore tex et un casque sur la tête… Imaginez tout cela, et vous êtes encore loin de la réalité…</p>
<p>Et pourtant, c’est là que, tout juste sorti de formation, j’ai compris l’utilité de la détermination d’objectif , qui permet de définir un but précis et les moyens pour l’atteindre. Les athlètes avaient entre 17 et 21 ans. Ils ne venaient pas trouver un hypnotiseur, on le leur imposait parce qu’ils voulaient être dans cette équipe. Comment orienter le travail en les impliquant individuellement dans cette démarche « étrange »?</p>
<h2>La présentation logique de l&rsquo;hypnose: implication du sportif dans la démarche hypnotique.</h2>
<p>Il a fallu sortir du « en quoi l’hypnose peut t’être utile ? », et présenter un cadre « logique » qui rendait l’utilisation de l’hypnose évidente.</p>
<p>On ne peut plus nier aujourd’hui l’implication du mental dans la performance sportive. Or, il arrive que consciemment il ne soit pas facile de gérer ce mental qui peut s’emballer avant/pendant et après la performance. Involontairement, il arrive que certaines émotions, sensations, pensées entraînent l’athlète vers une spirale négative. Si d’ordinaire, il peut difficilement avoir accès à cette partie involontaire qui lui échappe, en utilisant les états modifiés, il a une prise sur cette partie inconsciente de lui. L’hypnose, parce qu’elle permet une plus grande présence de l’inconscient, permet de créer d’autres réactions plus intéressantes. La motivation de l’athlète se trouve alors grandit et le rapport se crée entre son implication et la préparation mentale.</p>
<p>Il a fallu chercher des objectifs individuels réalistes mais dans un cadre temporel court (3 semaines). Par rapport aux championnats du monde approchant, comment se sentaient-ils? Que voulaient-ils? Comment imaginaient-ils les conditions idéales pour le jour J? Avaient-ils déjà vécu ça? De quoi avaient-ils besoin? Et d&rsquo;un autre côté, croiser ces questions avec les stratégies mentales déjà en places, les conditionnements individuels, les valeurs et les motivations de chacun. A partir de ces questions de base l’implication des jeunes était déjà très différente: par exemple, entre celui qui connaît la compétition et celui qui la découvre. Le premier a déjà un système efficace de conditionnement mental, qui veut l&rsquo;optimiser, et le second  n&rsquo;a pas encore de vécu de compétition.</p>
<div id="attachment_3405" style="width: 235px" class="wp-caption alignright"><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux3.png"><img class="size-medium wp-image-3405" alt="belgroux3 225x300 Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux3-225x300.png" width="225" height="300" title="Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" /></a>
<p class="wp-caption-text">Escalade sur Glace &#8211; Realites Hypnotiques</p>
</div>
<p>Dans un cadre de préparateur mental, je me suis aussi retrouvé à repréciser et recadrer certaines idées. Par exemple, pour un des athlètes l’état idéal en compétition était celui de l’amusement et du plaisir comme il les ressent en montagne :<i> </i><i>« Dans trois semaines, imagine que tu es dans le même état d’esprit que lorsque tu es en montagne, tu sais que tu vas t’amuser, …et là, d’un coup, imagine qu’il y a autour de toi 3000 spectateurs, l’hymne national, et que tu es aux championnats du monde… …Heu…c&rsquo;est pas trop ça, en fait…»</i> Le simple fait de les mettre en face de la réalité les a amenés à redéfinir eux-mêmes leurs objectifs, et à les préciser.</p>
<p>Nous avons réfléchi, nous entraîneurs, à nos propres valeurs et à celles de la Fédération Française. Pour nous questionner sur notre implication, et surtout sur les moyens qu&rsquo;on a d&rsquo;imaginer la suite. Un athlète en équipe de France, lorsque l&rsquo;épreuve est passée, que devient-il? Il reste un amoureux de la montagne, un passionné, un étudiant&#8230;Qu&rsquo;est-ce que nous leur apportons en plus d&rsquo;un souvenir du haut niveau?</p>
<p>J’ai aussi impliqué tout le staff (vidéo, arbitre, dirigeants, kiné), les initiant à certaines techniques de langage comme l’utilisation de la négation : « Ne stresse pas, n&rsquo;ayez pas peur, les championnats du monde ce n’est pas impossible comme épreuve, il suffit de ne pas faire attention aux autres… »</p>
<h2>Les techniques d’ancrages et de désactivation d’ancre:</h2>
<p>Le sportif est plein de routines dont certaines, sous formes d&rsquo;images, de pensées, de sons, de gestes&#8230;lui permettent de déclencher un état désiré. Les ancrages positifs et négatifs font partie intégrante de la vie du sportif. Ils lui donnent un repère précis, ritualisé, durant lequel la motivation, la confiance viennent s&rsquo;insérer. Un simple geste qui sort de la routine et tout peut partir en déséquilibre. Prendre conscience de certains de ces ancrages permet de les améliorer, de les renforcer et de les lier. Il y a aussi d&rsquo;autres ancrages, négatifs, que l&rsquo;on peut être amené à désactiver, comme le regard de l&rsquo;adversaire à l&rsquo;échauffement qui fait ressentir des nœuds dans le ventre, ou le fait de voir un autre compétiteur « grimper sans difficulté » qui fait naître un doute, voire une peur. Tout cela se repère assez rapidement lors de l&rsquo;entretient individuel. Une prise de conscience des ancrages positifs et une désactivation d&rsquo;ancre donnent déjà au sportif plusieurs moyens de tester l&rsquo;efficacité de ces techniques, de se les approprier et s&rsquo;il le faut de les retravailler avec le coach.</p>
<p>Concrètement, chaque athlète a associé le serrage du piolet dans la main comme étant un déclencheur d&rsquo;effet désiré. Il en est de même pour le geste d&rsquo;échauffement avec une balle en mousse, le « clic » de la fermeture du casque qui provoque la combativité, la niak&#8230;</p>
<h2>L&rsquo;imagerie mentale de l&rsquo;athlète: pour devenir son propre coach.</h2>
<p>Dans l’activité d’escalade sur glace, les athlètes équipés de piolets traction et de crampons mono pointe, évoluent d’abord sur un mur de glace avant de poursuivre leur ascension sur du rocher ou un pan de mur en bois incliné (45°, puis très souvent horizontal)</p>
<p>Différents volumes sur la structure les amènent à se retourner et à réaliser des mouvements de grande amplitude, tout en étant ultra techniques dans la gestion de leur effort entre les phases de repos et les phases d’accélération…Toute cette stratégie est mise en place lors d’un temps de « lecture de voie » avant les épreuves.</p>
<p>Les athlètes, regroupés le matin, ont 10 minutes pour repérer les passages, imaginer les enchaînements, les pièges, en se projetant « dans la voie ». Etonnamment, dans toutes les disciplines verticales avec temps de repérage préalable, il est courant de les voir bouger au pied de la voie tel qu’ils s’ imaginent la grimper. Ils sont en train d&rsquo;utiliser une capacité de notre cerveau, celle de la projection d&rsquo;image de soi-même. Lorsque l&rsquo;imagerie est bien réalisée, elle permet de ressentir ce que vit « le double » de cette image. Concrètement, ils font des allers retours entre l’image d’eux-même vue du pied du mur (image dissociée) et ce qu’ils s’imaginent ressentir en train de grimper (image associée)</p>
<p>De cette façon, en amplifiant le phénomène, ils sont devenus eux-mêmes leur propre coach durant la lecture de la voie. Je les ai accompagnés pour qu&rsquo;ils prennent conscience des deux positions: associé et dissocié :</p>
<p>•          Celle du grimpeur qui évolue selon ce qui est anticipé.</p>
<p>•          Celle du « coach » en bas de la voie, qui valide ou rectifie.</p>
<p>De cette manière, ils sont très vite arrivés à faire plusieurs allers-retours, ce qui leur permettait de « se donner des conseils à eux-mêmes »,</p>
<h2>Amélioration et automatisation du geste sportif.</h2>
<p>Certains membres de cette équipe devaient très rapidement intégrer de nouvelles techniques. L&rsquo;apprentissage d&rsquo;un geste passe en général par la répétition de celui ci jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;il devienne complètement automatique et inconscient. En utilisant l&rsquo;état d&rsquo;hypnose, on accélère ce processus d&rsquo;apprentissage du mouvement en impliquant la partie qui gère les automatismes.</p>
<p><i>HypnoCoach : « Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il se passe avec ton mouvement de traction de bras? </i><i> (Athlète) </i><i>Je sais pas, j&rsquo;arrive pas à y penser mais je sais qu&rsquo;involontairement c&rsquo;est pas le bon. (HC) C&rsquo;est quoi le bon?  (A)C&rsquo;est « épaule au piolet » je sais le faire, mais dès que je grimpe, j&rsquo;ai mille choses à penser et j&rsquo;arrive pas à tout contrôler. Du coup, mon coude se lève, le piolet sort de son ancrage, et je tombe. (HC) Si je te dis « épaule au piolet »,c&rsquo;est quoi pour toi? (A)C est ce que je devrais faire, ce que je sais faire, mais pas tout le temps…</i></p>
<p>Ainsi, le geste particulier « d&rsquo;amener l&rsquo;épaule au piolet », lorsqu&rsquo;il est mal réalisé, provoque quasi systématiquement la chute du grimpeur. Or, après une séance, cet athlète que la gravité punissait souvent a tout simplement cessé de tomber.</p>
<p>De la même manière, l’automatisation de certaines sensations a été travaillée.</p>
<p>Le manche du piolet traction (engin utilisé pour grimper en escalade sur glace) lorsqu’il est ancré de manière optimale sur la préhension durant l’ascension, s’allonge de 1.5mm.C&rsquo;est une sensation très fine à ressentir, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;ils ont des gants, et que l&rsquo;objet semble immobile. Les athlètes prennent conscience de cela, mais c’est sous hypnose que l’inconscient automatise et associe cette perception comme étant le début d’une stratégie efficace pour mettre en place la suite de l’effort.</p>
<div id="attachment_3406" style="width: 955px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux4.png"><img class="size-full wp-image-3406" alt="belgroux4 Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux4.png" width="945" height="323" title="Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" /></a>
<p class="wp-caption-text">Escalade sur Glace, après l&rsquo;effort &#8211; Réalités Hypnotiques</p>
</div>
<p>En deux week-ends, répartis sur trois semaines, bien sûr, ils devaient s’entraîner. J’ai eu l’occasion de voir chaque athlète 1 heure le premier week-end et 30’ le deuxième, plus quelques tests en action par -10°&#8230;</p>
<h2>Le feed-back post championnats du monde</h2>
<p>Les retours ont été très positifs. Seul le manque de temps ne m’a pas permis d’approfondir mon travail. Les premiers championnats du monde jeunes ont eu lieu le 28/29 janvier 2013 à Saas Fee, Suisse. L’équipe de France termine troisième meilleure nation au classement général et parmi ses membres, elle comporte O.Garolino, 2<sup>ème</sup> place de Vice Champion du Monde. Les 5ème, 6ème et 8ème place étaient également occupées par des jeunes français. Sur l&rsquo;épreuve de vitesse, 3 athlètes français ont été en finale.</p>
<p><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux5.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-3407" alt="belgroux5 Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux5.png" title="Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" /></a></p>
<p>Le sportif, haut niveau ou amateur, est avant tout une personne. Un manque de confiance, une difficulté émotionnelle ou d’autres problèmes de la vie du sportif montrent assez bien que derrière certaines failles, c’est la personne toute entière qui pourrait profiter d’un travail thérapeutique même en « sous-marin ».</p>
<p>Le travail d’un coach sportif ericksonnien pourrait alors permettre au sportif de mieux être, de progresser, hors des stades, hors des bassins, hors des murs d’escalade… dans sa vie. L’auto hypnose est un levier pour permettre cette action-là. Parce qu’au-delà de la pratique sportive, ce qui reste consciemment et inconsciemment, c’est une personne unique. Il nous faut alors prendre conscience de cela dans notre accompagnement. Ce qui est assez peu le cas en France en préparation mentale, où le système du « modèle » et de l&rsquo;imitation du champion est encore appliqué voire imposé.</p>
<p><i>Photos d’E. Maury et de J.R.Guillot. Un film réalisé par E.Maury est en cours de réalisation, présentant l’ensemble de cette aventure.</i></p>
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		<title>Jean-Emmanuel COMBE : de l’hypnose de rue à la formation de professionnels</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Apr 2013 06:45:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Dominique Paoli]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Hypnose de Rue]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Emmanuel Combre]]></category>
		<category><![CDATA[Street Hypnose]]></category>

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		<description><![CDATA[Jean-Emmanuel COMBE, créateur du blog « Street-Hypnose.fr » et figure de proue de l’hypnose de rue en France, a été convié par Olivier Perrot, dans le cadre de l’AFNH, à assurer une formation à l’hypnose classique, et notamment au traitement de la douleur, auprès de professionnels de la santé. JD Paoli l’a rencontré à cette occasion. JD [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em>Jean-Emmanuel COMBE, créateur du blog « <a title="Street Hypnose" href="http://street-hypnose.fr" target="_blank">Street-Hypnose.fr</a> » et figure de proue de l’hypnose de rue en France, a été convié par Olivier Perrot, dans le cadre de l’AFNH, à assurer une formation à l’hypnose classique, et notamment au traitement de la douleur, auprès de professionnels de la santé. </em><br />
<em>JD Paoli l’a rencontré à cette occasion.</em></p>
<h6><em></em>JD Paoli : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?</h6>
<div id="attachment_3385" style="width: 210px" class="wp-caption alignright"><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/IGP7315-Copie.jpg"><img class="size-full wp-image-3385" alt="IGP7315 Copie Jean Emmanuel COMBE : de l’hypnose de rue à la formation de professionnels" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/IGP7315-Copie.jpg" width="200" height="300" title="Jean Emmanuel COMBE : de l’hypnose de rue à la formation de professionnels" /></a>
<p class="wp-caption-text">Jean-Emmanuel Combe &#8211; Street Hypnose</p>
</div>
<p>J-E Combe : Je m’appelle Jean-Emmanuel, j’ai 26 ans, et je suis Chef de Projet Informatique dans un centre de lutte contre le cancer. A côté, je pratique régulièrement l’hypnose depuis 2008 et plus spécifiquement l’hypnose de rue.</p>
<h6>JDP : Comment êtes-vous venu à l’hypnose ? Quels hypnotiseurs ont nourri votre passion ?</h6>
<p>JEC : Mon envie de découvrir les coulisses de l’hypnose s’est faite au hasard d’une émission télévisée consacrée à Derren Brown. Je le savais illusionniste, mentaliste, mais pas hypnotiseur. Je croyais qu’il y avait un « truc », jusqu’à ce que je comprenne que le truc en question était lié à la suggestion. Je me suis donc plongé dans de nombreuses lectures pour mieux comprendre…</p>
<p>Je dois donc avouer que Derren Brown a été le déclencheur chez moi de cette passion pour l’hypnose. Anthony Jacquin a été lui à l’origine de ma passion pour l’hypnose de rue. Son premier livre « Reality is Plastic » a été pour moi une bible pendant très longtemps et une réelle inspiration.</p>
<h6>JDP : Pourquoi êtes-vous allé dans la rue pour pratiquer l’hypnose ?<strong></strong></h6>
<p>JEC : Une fois qu’on a fait le tour de ses proches, on s’ennuie très rapidement. Une personne déjà hypnotisée n’est plus un challenge. Un simple claquement de doigts peut la faire replonger dans un état très profond. Il fallait donc trouver un moyen de renouveler constamment mes volontaires, afin de toujours conserver ce côté magique de la « première fois ».</p>
<h6>JDP : Comment se sont passées vos premières expériences ?<strong></strong></h6>
<p>JEC : La toute première, sur un ami, fut un échec. J’étais tout tremblant, peu convaincu ni convaincant. J’osais à peine, de peur de paraître stupide. Et puis je suis allé proposer l’hypnose à des étudiants dans un parc tout près de mon université en prétendant être déjà très expérimenté. Un vrai coup de bluff, qui s’est révélé une expérience incroyable. Ils se sont laissé aller et ils ont réussi à lâcher prise complètement. Ce fut une expérience inoubliable pour moi.</p>
<h6>JDP : A partir de quel moment avez-vous ressenti le besoin de créer un blog et quel est l’objectif de ce blog ?</h6>
<p>JEC : Assez tardivement en fait. Pendant près de quatre ans, j’ai hypnotisé dans mon coin, rencontrant sporadiquement quelques magiciens intéressés par l’hypnose. Notamment par le bouche-à-oreilles. J’avais jusqu’alors une activité beaucoup plus irrégulière. Et puis j’ai voulu me plonger complètement dans cette passion pour l’hypnose. Sans retenue. J’avais envie de transmettre mon expérience et de la partager. J’ai donc eu l’idée de créer un blog pour parler de moi, de ce que je fais, afin de présenter l’hypnose de rue qui était à cette époque une pratique très rare en France, pour ne pas dire inexistante. C’était au début une démarche totalement égoïste. Et puis petit à petit, le blog a évolué pour apporter également une aide à l’apprentissage de l’hypnose.</p>
<h6>JDP : Le blog a-t-il rencontré un public ?</h6>
<p>JEC : Le blog a mis du temps à décoller. Au début, c’était essentiellement des hypnotiseurs, curieux, qui suivaient mes péripéties. Forcément, le public visé était assez mince. Et lorsque petit à petit le blog a commencé à toucher un public plus large, souhaitant mieux comprendre l’hypnose, et même pourquoi pas l’apprendre, le trafic a fait un bond en avant considérable. Aujourd’hui, c’est entre 400 et 800 visiteurs qui viennent quotidiennement piocher des renseignements sur le site.<br />
J’ai aussi mis à disposition un eBook, gratuit, expliquant (illustrations comprises) toutes les techniques que j’utilise dans la rue. En 8 mois, il a été téléchargé plus de 6000 fois. Devant autant de succès, j’ai décidé d’en écrire une version plus complète et détaillée. Celle-ci sera payante et comportera plus de 200 pages, contre une cinquantaine pour la version gratuite (sortie vers la mi-mai).</p>
<h6>JDP : Contrairement à bon nombre de blogs sur la toile, le vôtre témoigne d’une convivialité respectueuse ainsi que d’un respect de la langue française. Comment faites-vous ?</h6>
<p>JEC : En ce qui concerne le blog, j’essaie tout simplement de faire en sorte qu’il me ressemble. J’aime écrire, j’aime communiquer. Et pas qu’à l’oral. A partir de là, il est pour moi essentiel que chaque article soit travaillé, corrigé de ses fautes (il doit en rester encore quelques unes), et qu’il transmette ma vision de l’hypnose. Mon approche se veut conviviale, respectueuse et bienveillante et j’essaye de toujours encourager les apprentis-hypnotiseurs à respecter l’éthique que je m’impose.<br />
En ce qui concerne le forum maintenant, je suis tout aussi étonné que vous. J’ai entendu cette réflexion des dizaines de fois, et je ne me l’explique toujours pas. Bon, j’ai bien une petite idée. Je dirai que les piliers du forum, les membres les plus actifs, sont des personnes pour qui l’humain prime sur tout le reste. Les parcours sont variés mais nous formons tous une vraie communauté, et poursuivons le même objectif : démystifier l’hypnose et encourager sa pratique dans tout le pays. Certains membres sont davantage orientés spectacles, d’autres vers la thérapie, sans oublier tous nos Street-Hypnotiseurs. Mais personne ne se tire dans les pattes, pour la simple et bonne raison que nous sommes tous animés par la même passion.</p>
<h6>JDP : Vous proposez un e-book gratuit qui donne un accès relativement simple aux techniques de base de l’hypnose. De nombreux jeunes, voire très jeunes, pratiquent maintenant l’hypnose de rue. Vous les encouragez à respecter une éthique. Quelle est cette éthique ?</h6>
<p>JEC : Pour le bien-être de leurs volontaires et surtout leur sécurité, je les encourage, j’essaie de leur démontrer qu’ils ont tout intérêt à suivre cette éthique.</p>
<p>Mon éthique peut se résumer en deux mots : respect, et sécurité. L’hypnose en tant que telle n’est absolument pas dangereuse. C’est ce qu’on en fait qui peut amener un danger. J’insiste donc énormément sur toutes les consignes de sécurité, qui peuvent paraître évidentes pour beaucoup d’entre nous, mais qui par expérience ne le sont pas pour tout le monde. Quelquefois, on peut aussi juste oublier, ou ne pas faire attention. Un exemple tout simple : lorsque l’on va hypnotiser des personnes dans la rue, on va suggérer avant l’induction que la personne restera debout, bien droite sur ses appuis. Ainsi, elle ne tombera pas au sol comme on peut le voir dans les spectacles.</p>
<p>Et puis le respect. Nous abordons de parfaits inconnus, qui acceptent généreusement de se prêter au jeu. Il est donc normal de leur montrer qu’on les respecte. On ne va pas être trop tactile dans notre approche, on va faire attention à ce qu’ils se sentent toujours bien, et surtout qu’ils repartent avec le sourire jusqu’aux oreilles et cette sensation inoubliable d’avoir appris à mieux se connaître grâce à l’hypnose. Il est hors de question de laisser repartir une personne après une séance d’hypnose de rue avec un mal de tête par exemple. Encore une fois, c’est peut-être évident pour tous ceux qui nous lisent, mais croyez-moi il n’est jamais inutile de le répéter.</p>
<h6>JDP : Il semble quand même qu’un certain nombre de jeunes n’ont pas pris le temps de lire vos recommandations éthiques. Au vu de certaines vidéos, beaucoup de vos membres s’en sont émus sur le forum. N’avez-vous pas ouvert l’hypnose à des personnes immatures et/ou irresponsables ?</h6>
<p>JEC : Certainement… Et à chaque fois, je me repose l’éternelle question : « dois-je continuer ? »</p>
<p>J’ai failli tout arrêter à plusieurs reprises. Parce que j’ai vu des personnes véhiculer une très mauvaise image de l’hypnose « à cause de moi ». Bien souvent, ils font très attention aux consignes de sécurité, mais oublient que le spectateur lambda qui va venir voir leur vidéo sur Youtube risque de ne pas interpréter les images de la bonne façon. Par exemple, s’il voit une jeune fille imiter une poule, il va tout de suite penser que cette malheureuse a été forcée pour réaliser une telle horreur devant la caméra. Or, il n’en est rien. Mais sorti de son contexte, l’hypnotiseur va une nouvelle fois véhiculer une image faussée et mal interprétée de l’hypnose. Inévitablement, cela contribue à la pérennité de tous les clichés et préjugés sur l’hypnose en France et ailleurs.</p>
<p>Et puis, j’en suis arrivé à une conclusion. Plutôt que de vouloir interdire ou empêcher les personnes immatures ou irresponsables d’apprendre l’hypnose – et puis, qui suis-je pour juger qui est apte ou non ? -, j’ai compris qu’il fallait au contraire informer encore plus. Si tout le monde savait que cette jeune fille avait juste envie de jouer le jeu, et que dans le cas contraire la suggestion ne serait pas passée, nous pourrions tous rire (ou non selon les goûts) sans retenue devant la vidéo, comme lorsque l’on voit des personnes faire la poule dans d’autres vidéos sans hypnose. Et cela ne nous empêcherait pas de continuer à demander une anesthésie sous hypnose pour notre prochaine opération, ou de nous faire hypnotiser pour le fun en toute confiance. Comprendre comment fonctionnent les suggestions permet de se libérer une bonne fois pour toutes de la peur de l’hypnose. Et c’est ce que je souhaite pour tous, plus que jamais.</p>
<div id="attachment_3384" style="width: 310px" class="wp-caption alignleft"><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/pancarte.png"><img class="size-full wp-image-3384" alt="pancarte Jean Emmanuel COMBE : de l’hypnose de rue à la formation de professionnels" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/pancarte.png" width="300" height="203" title="Jean Emmanuel COMBE : de l’hypnose de rue à la formation de professionnels" /></a>
<p class="wp-caption-text">Street Hypnose &#8211; Pancarte</p>
</div>
<h6>JDP : Venons-en à la pratique de l’hypnose de rue. Comment gérez-vous le premier contact avec des inconnus, comment amenez-vous des personnes lambda à accepter de se faire hypnotiser en pleine rue ?</h6>
<p>JEC : Dans la rue, nous avons deux méthodes qui prédominent. La première consiste à aller aborder des petits groupes de personnes pour leur proposer de vivre une belle expérience d’hypnose. Certains refusent, évidemment. Soit parce qu’ils sont pressés, soit parce qu’ils ont peur. Mais fort heureusement, de nombreuses personnes acceptent, curieuses, de jouer le jeu et de tester la puissance de leur imagination.</p>
<p>L’autre méthode, plus radicale mais plus simple aussi, consiste à sortir une pancarte « Séance d’hypnose gratuite » et attendre que des volontaires viennent à nous. L’inconvénient de cette méthode, c’est que l’on crée en général très vite un attroupement de personnes qui souhaitent elles aussi absolument essayer. C’est incroyable de constater à quel point il suffit pour une personne de voir quelqu’un se faire hypnotiser, pour tout à coup déclencher en elle cette urgence d’essayer elle aussi ; comme si elle avait peur de passer à côté de l’expérience de sa vie (et elle a sûrement raison !). Cette ferveur me dépasse quelquefois, et je préfère ainsi généralement prendre le temps d’aborder les gens, en leur expliquant calmement ma démarche, ma motivation, etc.</p>
<h6>JDP : Que se passe-t-il une fois que la personne a accepté de se faire hypnotiser ?</h6>
<p>JEC : Tout s’enchaîne très rapidement. Et j’insiste sur le « très ». En une minute, peut-être deux, la personne se retrouve debout, tête tombée vers l’avant, les yeux fermés, dans un profond état d’hypnose.</p>
<h6>JDP : Une fois la transe hypnotique obtenue, qu’apportez-vous au volontaire ? Quel intérêt en retire-t-il ?</h6>
<p>JEC : La séance d’hypnose de rue est orientée sur les phénomènes hypnotiques simplement parce que ce sont des évènements palpables, involontaires, concrets. Après l’induction, la personne est prête à enchaîner des phénomènes hypnotiques de plus en plus complexes. Bras qui se lève tout seul, main collée sur le front, oubli de son propre prénom, anesthésie d’une main, l’hypnotiseur qui devient invisible… La seule limite étant l’imagination de l’hypnotiseur et celle de son volontaire.<br />
Une personne qui vit un phénomène hypnotique SAIT qu’elle a été hypnotisée. Si elle a simplement eu l’impression d’être détendue et relâchée, elle va se poser mille questions et douter de l’efficacité de l’hypnose.</p>
<p>Néanmoins, il nous tient particulièrement à cœur de proposer une relaxation agréable, accompagnée d’une multitude de suggestions positives. Ainsi, nos suggestions sont souvent accompagnées de « courants de bien être » ou de « vagues de chaleur positives » pour leur plus grand plaisir.</p>
<p>Aussi, le réveil final leur apporte un bien être considérable. Cette impression d’être complètement requinqué, vidé de toutes les angoisses, en étant parfaitement relâché et détendu comme après un succulent massage de deux heures, laisse à nos volontaires une image clairement positive de leur expérience.</p>
<p>La découverte de l’hypnose est aussi un moyen d’apprendre à se découvrir soi même. On insiste lourdement sur le fait que ce sont EUX qui sont les acteurs de tous ces phénomènes, et nous de simples guides. Nous n’encourageons absolument pas la passivité. Ainsi, ils en ressortent avec cette fierté d’être capable de reproduire eux-mêmes tout ce que nous leur avons appris au cours de la séance. Ils peuvent retourner ensuite tout seuls dans ce profond état de relaxation à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.</p>
<h6>JDP : Pouvez-vous nous décrire votre pratique, les différents états hypnotiques auxquels vous parvenez ?</h6>
<p>JEC : Ma pratique étant tournée vers les phénomènes hypnotiques, je dirai qu’il y a très clairement différentes intensités, ou en tout cas différentes perceptions d’un même phénomène hypnotique selon la profondeur de l’expérience vécue. Ainsi, certaines personnes vont réellement oublier leur prénom et être persuadées de s’appeler Jean-René, faisant alors preuve d’un vrai lâcher prise. D’autres, plus résistantes, vont simplement avoir l’impression de ne plus pouvoir prononcer leur prénom, comme si l’information était disponible dans leur esprit mais refusait de sortir. Comme si elles avaient le mot sur le bout de la langue.</p>
<p>Le plus étonnant, c’est qu’il est possible – et c’est même là ce qui fait la force d’un bon hypnotiseur de rue – d’accompagner une personne pour l’aider à mieux appréhender un phénomène, à lâcher prise, jusqu’à vivre le même phénomène hypnotique avec une intensité supérieure.</p>
<p>Lors de la conférence « Hypnose Classique » organisée par Olivier Perrot (AFNH), j’ai réalisé une analgésie (aucune douleur perçue, tout en conservant une sensation de toucher) sur une personne, malgré avoir suggéré une anesthésie (aucune sensation perçue). Qu’à cela ne tienne, j’ai joué le rôle du guide et j’ai reformulé, approfondi l’expérience, jusqu’à que la personne lâche prise un peu plus et lève ses dernières résistances. Quelques secondes plus tard, elle vivait une totale anesthésie, comme si sa main anesthésiée ne lui appartenait plus.</p>
<h6>JDP : C’est comme une situation d’apprentissage pour la personne hypnotisée ?</h6>
<p>JEC : Exactement. L’hypnose est un apprentissage par levée d’obstacles. Et chaque fois que l’on passe une résistance, l’obstacle saute et est immédiatement remplacé par une porte dont seul le volontaire détient la clé. Ainsi, il est libre ensuite de vous ouvrir la porte de son inconscient pour revivre le même phénomène hypnotique à volonté. Etre hypnotisé, ça s’apprend !</p>
<h6>JDP : Comment gérez-vous les résistances ?</h6>
<p>JEC : Ma méthode principale pour gérer les résistances est la ruse. J’utilise les croyances de la personne pour lui démontrer qu’il est possible, même pour elle, de dépasser ses résistances.</p>
<p>Lorsqu’une personne me dit par exemple qu’elle ne visualise pas bien ce que je lui demande, je vais par exemple reformuler ma suggestion en présentant une métaphore complètement différente « qui marche 99% du temps sur les personnes kinesthésiques comme toi ». Et là, peu importe son canal sensoriel principal, la suggestion VA passer. J’ai menti, oui, et alors ?</p>
<p>Tant que la suggestion passe, c’est le principal ! Et une fois que la personne a vécu au moins une fois le phénomène hypnotique, on peut même lui avouer notre petite ruse. Cela ne changera rien</p>
<h6>JDP : Est-il question parfois de thérapie ?</h6>
<p>JEC : Non. Et j’y tiens. Cela fait partie de l’éthique que je m’impose et que je recommande à tous mes lecteurs.</p>
<p>Par contre, il est évident qu’une personne, qui vient de prendre une photo et parler avec sa star favorite qui vit en réalité de l’autre côté de l’atlantique, peut vous demander s’il est possible d’arrêter de fumer. En soi, on pourrait la faire arrêter de fumer en une seule suggestion : « et maintenant, tu n’as même plus envie de fumer ». Le problème, c’est que la thérapie ne fonctionne pas comme ça. Cette suggestion disparaîtrait au bout de quelques heures. Nos suggestions sont éphémères, là où la thérapie provoque des changements durables, quelquefois pour toute une vie.</p>
<p>J’ai créé des partenariats avec des hypnothérapeutes sur Toulouse. Lorsque j’ai une demande thérapeutique dans la rue, je renvoie vers les professionnels. En plus, les personnes arrivent dans le cabinet avec un conditionnement idéal, et l’outil hypnose devient alors d’autant plus performant.</p>
<h6>JDP : A la longue, puisque vous ne faites pas de thérapie, ne ressentez-vous pas un manque d’intérêt, une lassitude à hypnotiser des inconnus ?</h6>
<p>JEC : Aucune lassitude. J’aime l’hypnose de rue et toutes les rencontres que cette pratique m’apporte. Récemment, j’aidais une nouvelle recrue (féminine qui plus est, c’est tellement rare qu’il faut le signaler !) à aborder des inconnus pour qu’elle prenne confiance en elle et se jette à l’eau. J’ai alors hypnotisé une volontaire qui semblait un peu réticente. Vous auriez vu son visage lorsque j’arrivais au chiffre « 5 » pour l’inviter à ouvrir les yeux et se reconnecter à la réalité ! Un sourire éblouissant alors qu’elle s’étirait de bonheur, invitant ses collègues à ne surtout pas passer à côté d’une telle expérience. Elle se sentait envahie par ce fameux « courant de bien être » que l’on aime tant suggérer. Ce « merci » qu’elle nous a donné ensuite venait du fond du cœur. Et même si je sais que je ne reverrai probablement jamais ces personnes, je m’en moque. Je n’attends rien de plus. C’est comme si j’avais posé ma petite pierre sur un édifice qui me transcende complètement.<br />
Je vais tout de même nuancer : mon goût prononcé pour la communication et l’envie d’aider les autres me poussent quelquefois à me remettre en question. J’aimerais, si je le pouvais, étendre ma pratique à la thérapie. Or, n’ayant suivi aucune formation médicale, et ne disposant pas de moyens suffisants pour me former complètement, je préfère laisser la thérapie aux personnes plus compétentes.</p>
<h6>JDP : Vous ne parlez pas de thérapie sur le blog. Pourtant, on découvre au fil des sujets, que des thérapeutes s’y expriment. Que viennent-ils chercher ?</h6>
<p>JDP : Je pense que vous faites plutôt allusion au forum. Je serais ravi que certains thérapeutes viennent s’exprimer sur le blog à travers des articles relatant leurs expériences ou leurs apprentissages provenant de l’hypnose de rue, mais ce n’est pas le cas pour l’instant.</p>
<p>Sur le forum donc, je pense que ces personnes cherchent simplement une palette d’outils plus grande pour s’adapter à toutes les personnes qui vont venir dans leur cabinet. Certains patients, évidemment, ont besoin que l’induction soit lente, progressive… Mais d’autres auraient clairement besoin d’une induction rapide, voire instantanée, pour lâcher prise plus facilement. Et puis, sur une séance d’1h30 par exemple, si l’induction ne prend que quelques dizaines de secondes, c’est autant plus de temps épargné pour la thérapie ensuite.<br />
Enfin, même si ce n’est pas obligatoire, prouver à la personne qu’elle est bien sous hypnose à travers un phénomène hypnotique très simple (main collée sur la cuisse par exemple) peut l’aider à mieux assimiler toutes les suggestions thérapeutiques, plutôt que de se poser l’éternelle remise en question : « ai-je vraiment été hypnotisé ? Je me sentais normal pourtant… »</p>
<h6>JDP : Olivier Perrot, président de l’Association Française de Nouvelle Hypnose, vous a demandé d’intervenir dans une de ses formations dont le thème était l’hypnose classique. Avez-vous été surpris de cette proposition ?</h6>
<p>JEC : Complètement ! C’était la première fois qu’une personne qui forme des professionnels du monde médical s’intéressait à ma pratique d’hypnose de rue. J’ai été très agréablement surpris, et j’ai évidemment saisi l’occasion de faire connaître ma pratique.</p>
<h6>JDP : Vous êtes intervenu pendant plus de trois heures devant les stagiaires, tous des professionnels. Comment avez-vous structuré votre intervention et quel a été votre fil conducteur ?</h6>
<p>JEC : Tous ces professionnels connaissaient déjà parfaitement l’hypnose Ericksonienne. Ils savaient donc déjà induire un état hypnotique à proprement parler. Par contre, ils n’étaient pas forcément familiers avec les inductions instantanées et les phénomènes hypnotiques.<br />
Ma démarche a donc été de leur proposer d’apprendre des techniques utilisées en hypnose de rue, pour les adapter ensuite à leurs pratiques médicales respectives. Que ce soient des médecins urgentistes, des psychiatres, des infirmiers, mon objectif était de leur apporter des outils supplémentaires pour leur faciliter la vie. Quand on doit hypnotiser une personne dans l’urgence, il faut que ce soit rapide. Et cela tombe bien, les techniques d’hypnose de rue sont rapides, très rapides. Il faut aussi emmener la personne dans l’état d’hypnose le plus profond possible. Là encore, on peut s’appuyer sur les phénomènes hypnotiques pour tester la transe et l’approfondir davantage.</p>
<h6>JDP : Vous avez insisté sur le fait que la personne hypnotisée « joue le jeu ». Y compris en thérapie ?</h6>
<p>JEC : Une personne qui résiste peut délibérément empêcher tout phénomène hypnotique de se réaliser. Mais ce n’est ni dans son intérêt, ni dans le nôtre. En revanche, on ne demande absolument pas de « faire semblant ». On recherche plutôt la notion d’ouverture d’esprit, de lâcher prise. Quelque part, il faut qu’elle accepte d’être surprise. Et très souvent, à force de jouer le jeu, on finit par se laisser prendre en jeu ! Et c’est là que l’hypnose prend tout son sens.</p>
<h6>JDP : Olivier Perrot vous avait demandé de consacrer une partie de votre exposé au traitement de la douleur par l’hypnose. Vous avez, à cette occasion, raconté une anecdote que vous avez vécue. Pouvez-vous nous la relater ?</h6>
<p>JEC : Nous étions trois, en train de nous amuser tout près de la place du Capitole à Toulouse. Deux amis que j’avais déjà hypnotisés, et qui avaient vécu une panoplie de phénomènes hypnotiques très larges, dont l’anesthésie.</p>
<p>A un moment donné, ils chahutent entre eux, l’ongle de Cassandre se déchire et reste accroché à la bague de Tony. Elle ne s’en rend compte que quelques secondes plus tard, et manque de s’évanouir devant tout ce sang. Complètement paniquée, elle se tord littéralement de douleur. J’essaye donc de la calmer en lui demandant de fermer les yeux et de se concentrer sur sa respiration. Pendant ce temps, je lui ai demandé de faire remonter à la surface toutes les ressources lui permettant de mettre en veille temporairement ce signal de douleur, le temps de l’emmener se soigner. Je lui ai parlé comme à un petit enfant : « La douleur c’est comme un signal d’alarme pour te prévenir que quelque chose ne va pas. Comme on est au courant de ce qui ne va pas désormais, il est préférable que la douleur disparaisse le temps que l’on aille jusqu’à la pharmacie la plus proche pour te soigner cette plaie. ».</p>
<p>Et c’était tout. Elle n’avait plus mal. Et la pharmacienne a ainsi pu lui apporter les premiers soins en toute tranquillité. Elle n’en revenait pas. Elle avait l’impression que Cassandre dormait paisiblement alors qu’elle était en train de déposer du désinfectant sur sa plaie, chose qui aurait dû la faire crier de douleur.</p>
<p>J’aime raconter cette anecdote, parce qu’elle montre bien à quel point l’apprentissage de l’hypnose permettrait de gérer bien plus facilement toutes les situations de cas d’urgences liées à la douleur notamment.</p>
<h6><strong> JDP : Avec le recul, comment analysez-vous votre intervention lors de la formation avec Olivier Perrot, intervention qui était une première pour vous ?</strong></h6>
<p>JEC : Une expérience très enrichissante. J’ai reçu depuis plusieurs mails de remerciement. Des personnes qui se disaient « résistantes » et à qui j’ai fait découvrir des phénomènes hypnotiques, des personnes qui sont ravies de pouvoir utiliser les quelques techniques que j’ai présentées, des personnes qui souhaiteraient assister à l’une de nos démonstrations dans la rue, des personnes qui ont apprécié l’état d’esprit de ma présentation. Humainement parlant, cette intervention m’a apporté bien plus que ce que je ne pouvais espérer.</p>
<h6>JDP : Vous avez dû remarquer avec quelle attention tous ces professionnels ont suivi vos explications et avec quelle chaleur ils vous ont applaudi à la fin. Un encouragement pour recommencer ?</h6>
<p>JEC : Oui, clairement !</p>
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