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	<title>Réalités Hypnotiques &#187; Articles</title>
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	<description>Le Magazine de l&#039;Hypnose et des Neurosciences</description>
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		<title>L&#8217;intelligence subconsciente</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Dec 2013 10:23:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Garnier]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[La Pratique de l'Hypnose]]></category>
		<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[bernheim]]></category>
		<category><![CDATA[inconscient]]></category>
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		<category><![CDATA[suggestion post-hypnotique]]></category>

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		<description><![CDATA[Aujourd&#8217;hui, l&#8217;hypnose fascine. Et beaucoup rêvent d&#8217;une manière fiable et scientifique de comprendre ce qu&#8217;elle est. Mais au XIXème siècle, les psychiatres qui se l&#8217;approprièrent poursuivaient un autre Graal : comprendre l&#8217;humain. L&#8217;hypnose n&#8217;était qu&#8217;un outil leur permettant de créer des conditions expérimentales en vue de faire émerger les mécanismes psychiques et nerveux. Et c&#8217;est ainsi [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;hypnose fascine. Et beaucoup rêvent d&rsquo;une manière fiable et scientifique de comprendre ce qu&rsquo;elle est. Mais au XIXème siècle, les psychiatres qui se l&rsquo;approprièrent poursuivaient un autre Graal : comprendre l&rsquo;humain. L&rsquo;hypnose n&rsquo;était qu&rsquo;un outil leur permettant de créer des conditions expérimentales en vue de faire émerger les mécanismes psychiques et nerveux.</p>
<p>Et c&rsquo;est ainsi par l&rsquo;expérimentation qu&rsquo;ils observèrent ce qui n&rsquo;était jusque là, pour Leibniz et les philosophes, qu&rsquo;un objet de spéculation : l&rsquo;inconscient.</p>
<h2>Suggestions hypnotique et post-hypnotique</h2>
<p>Une personne sous hypnose n&rsquo;est pas une condition expérimentale qui fournisse beaucoup d&rsquo;informations. En réalité, ce qui est tout à fait précieux pour l&rsquo;observation, ce sont les phénomènes de la conscience qu&rsquo;autorise cet état, et parmi eux, un en particulier qui est indissociable de la découverte de l&rsquo;inconscient : la suggestion post-hypnotique.</p>
<p>Pour rappel, la suggestion hypnotique consiste à demander à une personne sous hypnose de faire quelque chose (mentalement ou physiquement). Alors la personne le fait, non pas comme elle le ferait d&rsquo;habitude, par décision volontaire, mais exécute l&rsquo;action de façon automatique, sans besoin d&rsquo;y réfléchir, à condition qu&rsquo;elle n&rsquo;y oppose pas de résistance. <strong>La suggestion <i>post-</i>hypnotique, quant à elle, consiste à demander à une personne de faire quelque chose (mentalement ou physiquement) plus tard, lorsqu&rsquo;elle ne sera plus en hypnose, après son réveil</strong>.</p>
<p>Prenons un exemple : Raymond est dans une profonde hypnose. Son hypnotiseur lui commande alors : <i>« Dimanche prochain, quand vous irez au marché, vous achèterez un rutabaga !».</i></p>
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<div class="pullquote prociono"><b>La suggestion en hypnose est un mécanisme ; le subconscient est son lieu ; le langage est ce qui le détermine ; et la motivation est son carburant.</b></div>
</div>
<p>Si la suggestion post-hypnotique est menée de façon parfaite, Raymond ne se souviendra pas que l&rsquo;hypnotiseur le lui a demandé, et c&rsquo;est seulement devant le maraîcher du marché qu&rsquo;il aura une envie, ou un réflexe d&rsquo;acheter un rutabaga en question.</p>
<p>Il est possible qu&rsquo;il le fasse alors purement automatiquement et sans s&rsquo;en rendre compte, prêt à nier même avoir acheté un rutabaga. Il est également possible que Raymond trouve une bonne raison d&rsquo;acheter ce rutabaga afin de justifier son acte.</p>
<p>Cette suggestion post-hypnotique peut être ponctuelle, mais aussi répétitive. Exemple : <i>« Chaque dimanche, sur le marché, vous achèterez un rutabaga »</i>. Raymond pourra acheter son rutabaga pendant des années, ou bien cette suggestion s&rsquo;estompera plus ou moins rapidement, car elle manquera d&rsquo;un véritable mobile. En effet, la suggestion en hypnose est un mécanisme ; le subconscient est son lieu ; le langage est ce qui le détermine ; et la motivation est son carburant.</p>
<h2>Qui se souvient ? L&rsquo;hypothèse de l&rsquo;association</h2>
<p>Dans ces conditions, la suggestion post-hypnotique pose une question : si la personne a oublié le moment où l&rsquo;hypnotiseur lui a formulé la suggestion, et si la personne ne se souvient pas de ce qu&rsquo;on lui a demandé, qu&rsquo;est-ce qui s&rsquo;active en elle au moment venu ?</p>
<p>Si Raymond ne se souvient pas du contenu de la séance, qu&rsquo;est-ce qui, en lui, se souvient si bien qu&rsquo;il n&rsquo;oubliera même pas, le jour venu, d&rsquo;acheter un rutabaga sur le marché ?</p>
<p>Le docteur <a title="Charles Richet - Wikipedia" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Richet" target="_blank">Charles Richet</a>  conclut à un mécanisme d&rsquo;association d&rsquo;idées.</p>
<p>Pour reprendre notre exemple, une association d&rsquo;idée serait créée artificiellement entre le marché et le rutabaga, l&rsquo;une faisant surgir l&rsquo;autre aussi sûrement que la petite musique de la phrase « 2+2 » fait surgir instantanément un « 4 » dans votre tête.</p>
<p>Raymond n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;y penser chaque jour. Il va au marché et, d&rsquo;un coup, l&rsquo;idée d&rsquo;acheter un rutabaga surgit aussi naturellement que si elle était une vieille habitude. Durant tout la semaine, cette association restait en latence. Et le mécanisme s&rsquo;active quand le déclencheur (Dimanche + marché) se présente.</p>
<p>Mais le philosophe <a title="Wikipedia - Paul Janet" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Janet_(philosophe)" target="_blank">Paul Janet</a> émet une réserve que son neveu, <a title="Wikipedia - Pierre Janet" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Janet" target="_blank">Pierre Janet</a>  fait sienne, au point de démontrer la faiblesse de cette explication.</p>
<p>En effet, que se passe-t-il si l&rsquo;on donne à Raymond une suggestion post-hypnotique du type suivant : <i>« Dans vingt-sept jours, vous irez chez le marchand acheter un rutabaga » ?</i></p>
<p>Alors l&rsquo;achat du rutabaga n&rsquo;est pas lié à son activité hebdomadaire d&rsquo;aller au marché. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;association d&rsquo;idées possible, car il n&rsquo;y a pas de déclencheur qui puisse être perçu. Le déclencheur consiste à compter les jours, sans s&rsquo;y perdre. Mais s&rsquo;il a oublié la suggestion, il ne compte pas les jours. Il n&rsquo;a aucune raison de le faire puisqu&rsquo;il ne se souvient pas de ce qu&rsquo;on lui a demandé.</p>
<p>Alors par quel phénomène, au matin du vingt-septième jour, émerge naturellement et automatiquement en Raymond l&rsquo;idée ou l&rsquo;automatisme de se rendre au magasin et d&rsquo;acheter un rutabaga ?</p>
<h2>L&rsquo;hypothèse de l&rsquo;oubli.</h2>
<p>Pierre Janet reprend un problème similaire posé par <a title="Wikipedia - Hippolyte Bernheim" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hippolyte_Bernheim" target="_blank">Hippolyte Bernheim</a> avant lui. Lorsqu&rsquo;une personne s&rsquo;endort avec dans l&rsquo;idée de se réveiller à telle heure précise, comment se passe ce réveil programmé ? A l&rsquo;époque de ces auteurs, il était commun de se réveiller de cette façon, sans le secours d&rsquo;aucune machine, et ce phénomène était encore très familier.</p>
<p>Bernheim explique ces réveils programmés par une hypothèse étonnante : l&rsquo;oubli. Il prétend que la personne, qui doit se réveiller à six heures, se réveille en réalité souvent dans la nuit pour vérifier si c&rsquo;est l&rsquo;heure de se réveiller, mais n&rsquo;en garde aucun souvenir. Au bout d&rsquo;un certain temps, sa vérification tombe juste et la personne se réveille. Ne se souvenant pas de s&rsquo;être réveillée régulièrement dans la nuit, il lui semble avoir fait une nuit continue et s&rsquo;être réveillée « comme par magie » au bon moment.</p>
<p>Bernheim explique également par l&rsquo;oubli la sélectivité des perceptions. Je dors paisiblement sans être dérangé par les bruits alentours. Tout se passe comme si je ne les entendais pas, comme si je ne les percevais pas. Pourtant, j&rsquo;entend soudain au loin qu&rsquo;on prononce mon prénom, et aussitôt ma vigilance revient et je m&rsquo;extirpe du sommeil pour répondre à la personne qui m&rsquo;appelle.</p>
<p>Pour Bernheim, j&rsquo;ai entendu tous les sons, et tous consciemment perçus, mais tous ceux qui n&rsquo;avaient aucune importance pour moi, je les ai aussitôt effacés de ma mémoire. Alors, lorsque j&rsquo;ai entendu mon prénom, je n&rsquo;ai fait que réagir autrement, et, au lieu d&rsquo;oublier cette perception, j&rsquo;ai décidé de la garder en mémoire et de me réveiller.</p>
<p>Cette hypothèse signifierait que Raymond, à qui on a demandé sous hypnose d&rsquo;acheter un rutabaga après vingt-sept jours, aurait quotidiennement une idée du type «<i> Aujourd&rsquo;hui ça fait x jours, non, ça n&rsquo;est pas encore aujourd&rsquo;hui que je dois aller acheter le rutabaga »</i>, avant d&rsquo;oublier aussitôt complètement cette pensée et tout ce qui s&rsquo;y rapporte.</p>
<p>Puis un jour, il se dirait «<i> aujourd&rsquo;hui, ça fait vingt-sept jours, c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui que je dois aller acheter le rutabaga »</i>, alors il n&rsquo;aurait pas besoin de l&rsquo;oublier mais pourrait se rendre à l&rsquo;épicerie pour faire son achat. Il lui semblerait qu&rsquo;il avait complètement oublié cette suggestion depuis la séance, et qu&rsquo;il n&rsquo;y a jamais repensé avant ce jour. Toutes les fois où la personne réfléchit pour être bien sûre de faire ce qu&rsquo;on lui demande s&rsquo;effacerait pour donner l&rsquo;illusion que la suggestion se déclenche d&rsquo;elle-même au moment propice.</p>
<h2><i>Compter, penser, sans le savoir ?</i></h2>
<p>Que penser de cette explication ? Pierre Janet reprend l&rsquo;expérience de Bernheim, mais il n&rsquo;est pas encore satisfait par sa conclusion<strong>.</strong></p>
<p>Il arrive que des personnes qui doivent se réveiller à telle heure précise craignent tant de ne pas se réveiller qu&rsquo;elles s&rsquo;agitent, dorment à peine, et vérifient sans cesse l&rsquo;heure qu&rsquo;il est. Mais ça n&rsquo;est pas le cas le plus fréquent, sinon toutes les personnes qui se réveillent naturellement à la bonne heure serait relativement fatiguée par une nuit passée à guetter l&rsquo;horloge. En réalité, le plus souvent, la personne dort paisiblement et se réveille tout simplement aux alentours de l&rsquo;heure décidée, et parfois à l&rsquo;heure précise.</p>
<p>Si on surveille Raymond, on s’apercevra qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas un moment dans la journée où il prend le temps de compter les jours et de se demander s&rsquo;il doit acheter ou non son rutabaga. Ainsi, pour Janet, l&rsquo;oubli ne peut pas seul expliquer la suggestion post-hypnotique.</p>
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<div class="pullquote prociono">On peut inconsciemment calculer, résoudre un problème, prendre des décisions, élaborer un plan, composer un poème, créer une oeuvre d&rsquo;art, exprimer un désir, voir, entendre, sentir etc.</div>
</div>
<p>Selon lui, nous pouvons compter, sans pour autant être conscient que nous comptons. Ainsi nous pouvons compter des jours, des heures, des minutes, totalement inconsciemment, pour pouvoir, par exemple, exécuter une suggestion avec une grande ponctualité, même des années après une séance d&rsquo;hypnose.</p>
<p>Et cela n&rsquo;a rien d&rsquo;extraordinaire. On peut non seulement compter inconsciemment, mais encore calculer, résoudre un problème, prendre des décisions, élaborer un plan, composer un poème, créer une œuvre d&rsquo;art, exprimer un désir, voir, entendre, sentir, etc&#8230; Janet en veut pour preuve les rêves, mais encore diverses expériences de suggestion post-hypnotique et d&rsquo;écriture inconsciente.</p>
<p>Pierre Janet décrit plusieurs expériences édifiantes dont la suivante. Il propose à une femme en état de somnambulisme hypnotique la suggestion post-hypnotique suivante : <i>« Quand j&rsquo;aurais frappé dans mes mains, vous aller multiplier par écrit 739 par 42 »</i>. Puis il relate le déroulé :</p>
<p><i>« La main droite écrit régulièrement les chiffres, fait l&rsquo;opération et ne s&rsquo;arrête que lorsque tout est fini. Pendant tout ce temps, Lucie, bien éveillée, me racontait l&rsquo;emploi de sa journée et ne s&rsquo;était pas arrêtée une fois de parler pendant que sa main droite calculait correctement. Je voulais laisser plus d&rsquo;indépendance à cette intelligence singulière. « Vous écrirez une lettre quelconque. » Voici ce qu&rsquo;elle écrivit sans le savoir, une fois réveillée : « Madame, je ne puis venir dimanche, comme il était entendu ; je vous prie de m&rsquo;excuser. Je me ferais un plaisir de venir avec vous, mais je ne puis accepter pour ce jour. Votre amie, Lucie. &#8211; P.S. &#8211; Bien des choses aux enfants, s.v.p. » Cette lettre automatique est correcte et indique une certaine réflexion. Lucie parlait de tout autre chose et répondait à plusieurs personnes pendant qu&rsquo;elle l&rsquo;écrivait. D&rsquo;ailleurs, elle ne comprit rien à cette lettre quand je la lui montrai et soutint que j&rsquo;avais copié son écriture. Chose assez curieuse, quand je voulus recommencer cette expérience, Lucie écrivit une seconde fois la même lettre sans changer un mot. »</i></p>
<h2>Sous la conscience</h2>
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<div class="pullquote prociono">Nous réfléchissons, comprenons, jugeons, calculons, décidons, aussi bien sur la scène de notre conscience, que dans la coulisse de notre intelligence subconsciente.</div>
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<p>Pour Janet, cela ne fait aucun doute : l&rsquo;intelligence humaine n&rsquo;est pas seulement une activité consciente. Nous disposons d&rsquo;une intelligence inconsciente. Enfin plutôt « subconsciente ». En effet, le terme d&rsquo;inconscient signifierait qu&rsquo;il y a un pur automatisme sans pensée. Or, on nomme précisément « conscience », nous dit-il, ce type de pensée qui agrège et synthétise les percepts de façon complexe. Il s&rsquo;agirait donc d&rsquo;une « autre conscience ». Une pensée qui posséderait sa conscience propre mais qui nous échapperait à tout instant parce qu&rsquo;elle se situe « en dessous » de notre conscience. D&rsquo;où son choix du terme « subconscient ». <b>Nous réfléchissons, comprenons, jugeons, calculons, décidons, aussi bien sur la scène de notre conscience, que dans la coulisse</b>, nous dit-il,<b> de notre intelligence subconsciente.</b></p>
<h4>Les sens du subconscient</h4>
<p><b>La suggestion post-hypnotique se présente </b>donc<b> comme le phénomène qui met en évidence l&rsquo;intelligence subconsciente.</b> Janet poursuit ses investigations pour comprendre si ce personnage inconscient, « à l&rsquo;arrière de notre esprit » comme aimait à dire Milton Erickson, est capable de sensations et de perceptions.</p>
<p>Pour cela Janet expérimente un autre phénomène de l&rsquo;hypnose : l&rsquo;anesthésie. Il s&rsquo;agit du fait de ne pas percevoir quelque chose qui se présente pourtant à l&rsquo;un de nos sens.</p>
<div class="pullquote-wrapper left">
<div class="pullquote prociono">La suggestion post-hypnotique se présente donc comme le phénomène qui met en évidence l&rsquo;intelligence subconsciente.</div>
</div>
<p>L&rsquo;anesthésie peut être complète et concerner tout un sens. Par exemple, une anesthésie visuelle complète consisterait à ne rien voir, alors que les yeux sont ouverts et qu&rsquo;aucune lésion ne les empêche physiologiquement de voir. L&rsquo;anesthésie partielle, si on reste sur l&rsquo;exemple de la vision, consiste à ne pas voir, par exemple, tel ou tel objet qui est pourtant bien là dans notre champ de vision. Il est fréquent qu&rsquo;une personne cherche ce qui pourtant est en évidence devant elle sans arriver à le voir. Et en hypnose, il est possible de suggérer cette vision sélective.</p>
<p>L&rsquo;anesthésie partielle auditive nous est bien plus familière : mettez toute une liste de chanson en fond sonore pendant que vous êtes très occupé à lire ou à travailler sur quelque chose. A la fin, essayez de vous souvenir de toutes les chansons entendues. Il est tout à fait probable que vous n’ayez aucun souvenir d&rsquo;avoir entendu certaines chansons, même en cherchant bien, tellement vous étiez concentrés sur ce que vous faisiez. Et ça n&rsquo;est que vous les avez entendues puis oubliées, car même en relisant la liste des chansons, vous pouvez ne pas retrouver leur trace dans votre mémoire.</p>
<p>Bien sûr, l&rsquo;anesthésie qui vient immédiatement à l&rsquo;esprit quand on prononce ce mot, est celle du toucher, du « tact » comme on disait au XIXe siècle : si j&rsquo;éprouve une anesthésie du bras gauche, je ne saurais pas dire, les yeux fermés, si quelqu&rsquo;un touche mon bras, le pique ou le pince, car je ne le sentirai plus.</p>
<p>Pierre Janet impose le terme d&rsquo;anesthésie qu&rsquo;il trouve plus exact que l&rsquo;expression « hallucination négative ». Or, c&rsquo;est cet outil qui, tout comme la suggestion post-hypnotique, lui fournira un moyen d&rsquo;observer comment le subconscient ressent. Il cite une expérience menée par Charles Féré et Alfred Binet que l&rsquo;on peut synthétiser ainsi :</p>
<p>Prenons un sujet, plongeons-le dans un profond somnambulisme hypnotique. Devant lui, plaçons divers cartons. Ils diffèrent les uns des autres par de subtiles détails qui nécessitent un examen minutieux. Cependant, on lui en désigne un qu&rsquo;on lui suggère de ne pas voir à son réveil.</p>
<p>On réveille le sujet qui ne garde aucun souvenir de ce qu&rsquo;on lui a demandé. Les cartons sont mélangés et posés devant lui. On demande alors au sujet réveillé de prendre les cartons et de les poser dans une boîte. Il omet systématiquement celui qui lui a été désigné. Il semble sincèrement ne pas le voir. Il jure avoir donné tous les cartons. Et si on lui soutient qu&rsquo;il en reste un, il soutient le contraire, et peut se mettre à le chercher, toujours sans le voir.</p>
<p>La question posée est la suivante : est-ce que le sujet devient réellement aveugle de ce carton, développe-t-il une cécité partielle, ou s&rsquo;agit-il d&rsquo;un autre phénomène ? Binet et Féré nous disent :</p>
<p><i>« Il faut que le sujet reconnaisse cet objet pour ne pas le voir&#8230;la reconnaissance du carton, qui exige une opération délicate et très complexe, aboutit cependant à un phénomène d&rsquo;anesthésie ; il est donc probable que cet acte se passe tout entier dans l&rsquo;inconscient&#8230; </i><i><b>il y a un raisonnement inconscient qui précède, prépare et guide le phénomène d&rsquo;anesthésie. </b></i><i>»</i></p>
<p>C&rsquo;est tout le paradoxe : il faut voir le carton pour le reconnaître et ainsi savoir que c&rsquo;est celui-ci qu&rsquo;il ne faut pas voir consciemment. Non seulement il faut le voir, mais avec une acuité certaine puisqu&rsquo;il observer attentivement les détails par lesquels il diffère des autres.</p>
<p>Qu&rsquo;est-ce que cela montre ? Et bien que la seconde conscience qui échappe à la nôtre et pourtant se produit dedans nous peut aussi bien s&rsquo;approprier des fonctions cognitives que des l&rsquo;observations par les sens (sensations). Elle n&rsquo;est pas qu&rsquo;une force de calcul mais encore une conscience sensible.</p>
<p>Janet précise :</p>
<p><i>« Dans la suggestion d&rsquo;anesthésie systématisée, la sensation n&rsquo;est pas supprimée et ne peut pas l&rsquo;être, elle est simplement déplacée, elle est enlevée à la conscience normale, mais peut être retrouvée comme faisant partie d&rsquo;un autre groupe de phénomènes, d&rsquo;une sorte d&rsquo;autre conscience. »</i></p>
<h4>L&rsquo;écrivain subconscient</h4>
<p>Nous avons donc une capacité à compter, calculer, penser, et même sentir, voir et entendre, sans le savoir. Reste encore une étape importante, c&rsquo;est de comprendre si cette intelligence subconsciente est capable d&rsquo;autres caractères plus complexe de la personnalité comme le jugement, l&rsquo;émotion, etc&#8230; Et après la suggestion post-hypnotique et l&rsquo;anesthésie, c&rsquo;est un troisième outil qui fournit aux pionniers de la psychologie une observation riche et précieuse : l&rsquo;écriture automatique.</p>
<p>Ainsi, comme nous l&rsquo;avons vu, les expérimentateurs peuvent à loisir demander à un sujet bien entraîner de tenir une conversation tandis que son bras, qui lui est caché, écrit sur une feuille des réponses à des questions, le tout sans que la personne n&rsquo;entende consciemment les questions ni ne connaisse les réponses. Ainsi, la compréhension des questions, la réflexion menée, la réponse élaborée et l&rsquo;acte même d&rsquo;écrire la réponse se produisent sans que la personne n&rsquo;en ait conscience. Et pourtant, tout cela se produit bien en elle. L&rsquo;écriture automatique peut donc être menée par distraction comme dans l&rsquo;exemple cité plus haut.</p>
<p>Mais encore, sans qu&rsquo;on n&rsquo;ait besoin d&rsquo;occuper son attention, on peut obtenir d&rsquo;une personne en hypnose profonde et entraînée à cela qu&rsquo;elle écrive de façon parfaitement inconsciente, notamment grâce à l&rsquo;anesthésie hypnotique.</p>
<h4>Le stratège inconscient</h4>
<p>Je me souviens d&rsquo;avoir accompagné pendant une période un violoniste qui souhaitait faire un travail sur ses émotions, afin de les mettre au service de son interprétation et non pas de se laisser envahir par elles au détriment de son jeu.</p>
<p>Un jour, il m&rsquo;appelle pour avancer notre rendez-vous. <i>« Il s&rsquo;est passé quelque chose de bizarre et j&rsquo;aimerais qu&rsquo;on travaille dessus si c&rsquo;est possible ».</i> Je le reçois donc quelques jours plus tard. <i>« Voilà, je dois travailler un concerto de Chausson, mais c&rsquo;est très bizarre, à la première note, je suis saisi d&rsquo;un trac intense, et je me crispe tellement que je n&rsquo;arrive pas à sortir un son. Tous les autres morceaux, ça va. Mais déjà quand je pose la partition de ce concerto sur le pupitre je sens la tension monter. »</i></p>
<p>Nous voilà donc parti dans tout un travail qui n&rsquo;aboutit pas à grand chose de satisfaisant. Ce violoniste n&rsquo;était pas un sujet particulièrement doué pour l&rsquo;hypnose à la base, mais comme nous avions consacré la première séance à l&rsquo;y entraîner et que les autres séances avaient été l&rsquo;occasion de bien approfondir cet apprentissage, il était désormais tout-à-fait capable d&rsquo;entrer dans un état profond où il pouvait recevoir une suggestion post-hypnotique et ne pas s&rsquo;en rappeler au réveil.</p>
<p>Plongé dans cet état, je lui ai donc suggéré : <i>« Tout à l&rsquo;heure, juste après cette séance, je vous inviterai à vous lever, nous discuterons, je vous inviterai à vous asseoir à la table, alors vous prendrez un stylo, et sans y réfléchir du tout, vous écrirez de façon détaillée pourquoi vous vous sentez si mal face à ce morceau et ce qu&rsquo;il faut faire pour que vous vous sentiez mieux ». </i>C&rsquo;est en effet un recours bien précieux à notre disposition, de pouvoir, lorsqu&rsquo;on nous ne savons plus comment aider l&rsquo;autre, demander la solution à son propre inconscient.</p>
<p>Je craignais que, assis à la table, il ne se passât rien, car les suggestions post-hypnotiques n&rsquo;aboutissent pas toujours. Et en effet, quand après son réveil, je l&rsquo;ai invité à se lever du fauteuil et à s&rsquo;asseoir à la table, il s&rsquo;est assis et a continué de discuter comme si de rien n&rsquo;était.</p>
<p>Pour tenter de réveiller la suggestion, j&rsquo;ai pris le stylo et je lui ai tendu. Il aurait pu le regarder en disant <i>« Qu-&rsquo;est-ce que vous voulez que je fasse ? Que j&rsquo;écrive quelque chose ? », </i>alors j&rsquo;aurais compris que ma suggestion avait échouée. Mais au lieu de cela, il a fixé un long moment le stylo en silence, l&rsquo;a saisi, sa respiration était légèrement plus rapide, et, ne regardant pas directement la feuille mais légèrement à côté, a laissé sa main, quelque peu rigide écrire en grosses lettres enfantines sur le papier. Il n&rsquo;est pas entré dans les détails comme je l&rsquo;avais suggéré mais il a écrit : <i>« A la centiem mesur, tout ira mieu ».</i> Il n&rsquo;est pas rare que l&rsquo;écriture inconsciente soit plus efficace que correcte et truffée d&rsquo;abréviation.</p>
<p>Puis il a laissé tomber le stylo, inspiré profondément et m&rsquo;a regardé avec un regard à nouveau vif et réveillé. Il a regardé la feuille où étaient écrit les mots et a semblé comprendre ce qui venait de se passer.</p>
<p>Je lui ai demandé s&rsquo;il savait ce que ça voulait dire, et il m&rsquo;a répondu du tac au tac : <i>« Il faut que je me force »</i>. Quelques jours plus tard, il m&rsquo;envoyait un e-mail pour me dire qu&rsquo;il s&rsquo;était forcé à jouer le concerto de Chausson malgré son état et l&rsquo;horrible son qui sortait du violon sous ses mains crispées et tremblantes, et qu&rsquo;au bout d&rsquo;un moment il s&rsquo;était trouvé beaucoup mieux. Et depuis, d&rsquo;une manière générale, il ne subissait plus son émotion mais apprenait jours après jour à la mettre au service d&rsquo;une interprétation plus « humaine ».</p>
<p>Dans cet exemple, l&rsquo;écriture automatique met en évidence l&rsquo;existence, chez ce violoniste, d&rsquo;une pensée subconsciente capable de résoudre un problème, de lui apprendre à gérer ses émotions, de concevoir une épreuve d&rsquo;apprentissage, d&rsquo;exprimer de façon synthétique la consigne pour cette étape, etc&#8230; On serait même tenter de peut même attribuer à ce subconscient une pensée stratégique.</p>
<p>L&rsquo;écriture a cette avantage qu&rsquo;elle est un langage qui peut, aussi bien que la parole, témoigner de façon complexe, émettre un avis, décrire, discuter, disputer, argumenter, etc&#8230; Et grâce à cet outil, on peut montrer que toutes les capacités de la conscience sont accessibles au subconscient.</p>
<p>En outre, il est possible même que le subconscient décrive une émotion, qui pourtant n&rsquo;est pas ressentie par la personne. C&rsquo;est pour cela que la découverte collégiale de ces chercheurs, portée au niveau du génie par Pierre Janet, n&rsquo;est pas celle d&rsquo;une simple capacité inconsciente de calcul, d&rsquo;une intelligence ou d&rsquo;une automatisme complexe, mais d&rsquo;une conscience subconsciente capable d&rsquo;une véritable existence, de points de vue, d&rsquo;émotions</p>
<p>Et c&rsquo;est sur la base de ce constat que s&rsquo;est édifié par la suite toute la pratique de la communication à double-niveau dont nous sommes encore aujourd&rsquo;hui les héritiers. Et outre, c&rsquo;est précisément cette découverte qui a ouvert la voix à un usage thérapeutique de la suggestion.</p>
<h2>Dépoussiérer les classiques</h2>
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<div class="pullquote prociono">L&rsquo;Hypnose peut se présenter comme un outil de science beaucoup plus facilement que comme un objet de science</div>
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<p>C&rsquo;est à plusieurs égards qu&rsquo;il semblait fondamental de revenir sur ce passage de l&rsquo;histoire de la psychologie expérimentale. D&rsquo;abord, pour rappeler que <b>l&rsquo;hypnose</b>, tellement médiatisée de nos jours pour ses applications thérapeutiques, permet des observations précieuses du fonctionnement de la pensée humaine, et <b>peut se présenter comme un outil de science beaucoup plus facilement que comme un objet de science</b>. Mais encore, parce qu&rsquo;à l&rsquo;heure où certains voudraient attribuer la découverte de l&rsquo;inconscient au génie d&rsquo;un seul homme, il importe de se souvenir qu&rsquo;il n&rsquo;y a jamais un savant qui sorte de son chapeau une découverte aussi fondamentale, mais qu&rsquo;elle résulte de la contribution successive et collective de nombreux chercheurs dévoués à leur science. Cette découverte est certainement largement sous-estimée aujourd&rsquo;hui, et la méthode expérimentale reposant sur la suggestion est à tort considérée comme dépassée à l&rsquo;ère de la technologie. Désormais, la suggestion et l&rsquo;hypnose sont étudiés pour eux-mêmes et la question de la conscience est abandonnée aux neurosciences. Espérons que les tenants de l&rsquo;hypnose sauront à nouveau trouver leur place dans cette exploration. La découverte des niveaux de conscience, superbe coda d&rsquo;un siècle de génie, est la préface d&rsquo;un grand livre dont l&rsquo;humanité, près de cent vingt ans plus tard, tourne encore les pages du premier chapitre.</p>
<p><strong>Antoine Garnier</strong></p>
<p>Références :</p>
<p>Janet (Pierre), <i>L&rsquo;automatisme psychologique, </i>1889</p>
<p>Janet (Paul), <i>Revue littéraire</i>, 1884</p>
<p>Richet, <i>Revue littéraire, </i>1884</p>
<p>Bernheim, <i>De la suggestion, </i>1886 ; <i>Revue philosophique</i>, 1885</p>
<p>Liébault , <i>Du sommeil</i> <i>et des états analogues, </i>1866</p>
<p>Binet et Féré, <i>Archives de Physiologie,</i> 1887<i>, Revue Philosophique, </i>1885</p>
<p>Leibniz, <i>Principes de la nature et de la grâce, </i>1714</p>
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		<title>Mémoire et Hypnose</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Nov 2013 09:51:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Dominique Paoli]]></dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsqu’il pousse la porte d’un cabinet d’hypnothérapeute, un client vient la plupart du temps parce qu’il est poursuivi par sa mémoire qui, en boucle, le ramène à des souvenirs douloureux et  lui fait adopter des comportements  sous forme de routines  auxquelles il ne parvient pas à échapper. Le tableau des problèmes traités par l’hypnose est parlant : phobies,  dépendances diverses, stress post-traumatique, douleurs chroniques, comportements répétitifs et inadéquats, etc…</p>
<p>Tous ces problèmes sont inscrits dans la mémoire des personnes et perturbent leur vie actuelle. Or, d’une part la mémoire est gérée en grande partie par l’inconscient, d’autre part l’hypnose permet un accès privilégié et une relation avec cet inconscient. Hypnose et mémoire, c’est la réunion d’une faculté, la mémoire, avec une technique, l’hypnose,  qui peuvent alors interagir, se compléter, s’enrichir l’une l’autre.</p>
<p>Lorsqu’un thérapeute utilise une transe hypnotique dans le but de faire retrouver à son client des souvenirs enfouis, causes de troubles actuels, il met l’hypnose au service de la mémoire. Lorsque ce même praticien utilise des images mentales pour modifier la perception des éléments négatifs que son client a d’un événement traumatisant, il profite des caractéristiques du fonctionnement de la mémoire.</p>
<p>Adapter la thérapie aux caractéristiques de la mémoire peut permettre de mieux gérer les problématiques récurrentes qui se posent aux personnes. Utiliser l’état modifié de conscience que permet l’hypnose est un levier puissant de mémorisation, particulièrement dans le domaine des apprentissages.</p>
<p>En outre il est important d’établir aujourd’hui un état des relations entre l’hypnose et la mémoire dans la mesure où elles ont connu une évolution parallèle et riche en progrès au cours des dernières décennies.</p>
<p>L’hypnose a bénéficié de l’héritage d’une grande richesse qu’a laissé, à la fin du XXè siècle, l’hypnothérapeute  américain Milton Erickson, héritage que ses anciens collaborateurs et ses disciples ont mis et mettent encore en valeur, tout en l’enrichissant, le modélisant. L’hypnose est ainsi sortie de la confidentialité et s’édifie sur des bases solides et pertinentes. De l’hypnose dite classique, à caractère autoritaire, on est passé à l’hypnose ericksonienne, dite moderne, plus subtile et surtout non dirigiste, qui permet des thérapies plus efficaces.</p>
<p>La mémoire a quant à elle profité des avancées techniques de l’imagerie médicale et de la biologie. Depuis une vingtaine d’années, le fonctionnement du cerveau est de mieux en mieux expliqué d’où une meilleure connaissance des mécanismes mnésiques. De nombreuses équipes de chercheurs sont à l’œuvre sur la planète, notamment aux Etats-Unis où le chef de file est Erik Kandel qui a obtenu en 2000 le prix Nobel de médecine pour ses travaux sur la mémoire. Pendant de nombreuses années Kandel a lancé de nombreuses équipes de recherche sur les divers aspects du fonctionnement de la mémoire. Avec Larry Squire, autre chercheur en pointe dans ce domaine, ils ont réalisé la synthèse des nouvelles connaissances dans leur ouvrage « La mémoire, de l’esprit aux molécules » où ils analysent les processus mnésiques à tous les stades allant de la psychologie cognitive à la biologie moléculaire.</p>
<p>Longtemps domaine réservé des philosophes, la mémoire est devenue au siècle dernier un sujet d’étude des psychologues, avant de devenir récemment celui des neurosciences puis de la biologie moléculaire. Ces champs d’étude forment aujourd’hui une science unique qui regroupe les approches de la psychologie cognitive, des neurosciences, de la biologie cellulaire et moléculaire. Il est désormais possible d’étudier l’aspect biologique des processus mentaux, en d’autres termes de savoir pour telle émotion par exemple, quel gène est activé, voire modifié, quelle protéine il exprime, etc…</p>
<p>Ainsi, pour la mémoire, c’est en « termes de mécanismes cellulaires et moléculaires que des concepts tels l’association, l’apprentissage, le stockage, le rappel et l’oubli, qui étaient autrefois seulement psychologiques, peuvent être appréhendés » (Kandel et Squire).</p>
<p>Il en est de même pour l’hypnose où, sous l’impulsion de l’un des derniers collaborateurs de Milton Erickson, Ernest Rossi, l’étude des phénomènes hypnotiques s’étend au champ moléculaire de notre cerveau.</p>
<p>Nous nous proposons donc  de présenter l’interaction de l’hypnose et de la mémoire. Nous le ferons sous forme de plusieurs articles qui seront autant de volets, autant d’approches de la relation entre l’hypnose et la mémoire.</p>
<p>Nous commencerons par faire l’état des lieux de ces deux notions : comment fonctionne notre mémoire et ce que peut apporter l’hypnose à ce fonctionnement.</p>
<p>Puis nous nous intéresserons à la conjugaison de l’hypnose et de la mémoire dans les stratégies  thérapeutiques pour traiter les événements du passé. Quelles techniques utilisant les caractéristiques à la fois de l’hypnose et de la mémoire, par exemple par une perception modifiée des événements du passé ou par la mise en œuvre d’une mémoire du futur.</p>
<p>Cela nous amènera ensuite à étudier les limites (notamment la pertinence de faire appel à la mémoire pour remuer le passé ) et les biais de l’utilisation de l’hypnose pour renforcer la mémoire du passé. Avant de mettre en exergue les dérives liées à l’idée qu’une mémoire boostée par l’hypnose constitue un sérum de vérité servant de carburant à une machine à remonter le temps.</p>
<p>Enfin, nous tenterons de répondre à la question « peut-on améliorer notre mémoire grâce à l’hypnose ? ». L’idée peut être celle d’une thérapie par l’hypnose pour améliorer une mémoire défaillante, mais d’une manière plus générale nous nous intéresserons à l’apport des techniques d’hypnose aux apprentissages : dans le cadre d’un accompagnement peut-on améliorer, renforcer, faciliter les apprentissages en utilisant les nouvelles connaissances du fonctionnement de la mémoire associées aux techniques de l’hypnose, notamment par la gestion des émotions.</p>
<h2>Volet 1 : fonctionnement de la mémoire, intérêt d’une action conjointe avec l’hypnose</h2>
<p>L’état hypnotique s’est souvent traduit dans les cabinets d’hypnose par des manifestations spectaculaires liées à la mémoire des personnes : régressions, souvenirs enfouis soudain réapparus, acuité mnésique, etc… On a donc pu croire que l’hypnose permettait de doper la mémoire, de mieux cerner la vérité des faits passés. Cette croyance a été à l’origine, dans les pays anglo-saxons, du syndrome des « faux souvenirs » qui a brisé de nombreuses familles et envoyé en prison des innocents. Nous traiterons de ces dérives dans un volet ultérieur , mais l’on peut affirmer que ces dérives ont été dues à la confiance aveugle des professionnels, de l’hypnose et de la justice, dans les techniques d’hypnose,  et surtout à l’ignorance de la manière dont fonctionne la mémoire.</p>
<p>Avant de voir en quoi l’hypnose peut apporter une stimulation à la mémoire, et dans l’autre sens, en quoi la connaissance des mécanismes de la mémoire peut permettre à l’hypnose d’être plus efficace, il est donc nécessaire de bien connaître quelle mémoire est concernée, comment elle fonctionne et quelles  informations nous récupérons à la suite de la mémorisation.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Quel type de mémoire est concerné</span> :</p>
<p>Différentes classifications, différents types de mémoire  existent. Notre propos n’est pas d’en dresser la liste, mais de présenter celles qui sont concernées par la relation mémoire/hypnose.</p>
<p>Une première distinction est essentielle chez Squire et Kandel : <i>mémoire à court terme</i> et mémoire à <i>long terme</i>. Chacun comprend intuitivement que dès lors qu’il est question de « mémorisation », il s’agit d’une mémorisation à long terme, de plusieurs heures  à plusieurs années. Les problèmes récurrents vécus par les clients en hypnothérapie se retrouvent dans cette catégorie. De même les processus d’apprentissage.</p>
<p>On pourrait penser qu’il ne s’agit là que d’une classification formelle, théorique. Or Kandel, Squire et leurs équipes ont fait une découverte importante : le passage d’une mémorisation à court terme à une mémorisation à long terme se fait par le déclenchement d’un commutateur biologique supposant des modifications structurelles au niveau des gênes et de l’expression (=émission) de protéines spécifiques. Nous reviendrons sur ce commutateur dans le dernier volet de cette étude, consacré aux apprentissages.</p>
<p>Autre distinction essentielle pour Squire et Kandel : <i>mémoire déclarative</i> et mémoire <i>non déclarative</i>. La mémoire déclarative est celle qui peut s’exprimer par des mots : raconter un épisode de sa vie, exposer des connaissances. A l’intérieur de la mémoire déclarative, on trouve la mémoire <i>épisodique</i>, celle des événements de notre vie, ainsi que la mémoire <i>sémantique</i>, celle de tout ce que nous avons appris et apprenons encore au cours de notre existence.</p>
<p>Ces deux catégories sont souvent associées : quand je parle de mon voyage à Rome, ville éternelle, le récit de mon voyage relève de la mémoire épisodique et lorsque je complète par « ville éternelle » je mets en œuvre le mémoire sémantique.</p>
<p>La mémoire épisodique est concernée  par l’utilisation de l’hypnose, tant les événements passés sont la source des problèmes pour les clients en thérapie. La mémoire sémantique sera plutôt concernée par l’hypnose dans le cadre des apprentissages.</p>
<p>La mémoire non déclarative est celle des gestes automatiques, des procédures (on la nomme aussi « mémoire procédurale » ou encore « mémoire implicite »), des habiletés que notre corps a apprises. Elle ne s’explique pas en mots mais par la manière d’effectuer quelque chose : attacher ses lacets, faire du vélo, nager, etc… Elle relève de notre inconscient.</p>
<p>Par exemple, quand on a appris à marcher, les gestes se sont stockés sous forme de mémoire non déclarative. Il n’est pas nécessaire de se rappeler qu’il faut faire un pas avec le pied droit puis avec le gauche. D’ailleurs si l’on veut consciemment prêter attention au processus de la marche tout en l’expliquant en même temps, c’est une démarche bizarre qui en résulte. Pour peu que l’expérience ait lieu dans la rue, le risque est grand de se retrouver au poste de police pour ivresse sur la voie publique…</p>
<p>Un accident, une maladie peuvent entraîner la perte de mémoire de ces gestes acquis. Couplée avec une rééducation psychomotrice, l’hypnose peut permettre de retrouver certains automatismes perdus.</p>
<h3><span style="text-decoration: underline;">Comment fonctionne la mémoire </span></h3>
<p>Pour expliquer ce fonctionnement, nous prendrons l’hypothèse la plus courante en thérapie, celle de la mémoire des événements ou mémoire épisodique.</p>
<p>A priori, nos sens captent tout notre environnement. Mais est-ce que tout ce qui transite par nos organes sensitifs est enregistré et gardé à long terme ? La réponse passe par la distinction entre mémoire à court ou long terme.</p>
<h4><i>Mémoire à long terme, mémoire à court terme</i> :</h4>
<p>Tout ce qui nous entoure, bruits, environnement visuel, odeurs, saveurs, etc… est capté par nos sens et transmis au cerveau, plus précisément dans la mémoire à court terme. Ce court terme va de quelques secondes à quelques minutes.  C’est <span style="text-decoration: underline;">la mémoire à court terme</span> qui nous permet de lire un numéro sur un annuaire et de le taper sur le clavier du téléphone. Aussitôt tapé, le numéro est oublié.  C’est elle encore qui nous permet de mémoriser le début d’une phrase que nous lisons ou entendons, de manière à en comprendre la fin. A peine mise en œuvre, aussitôt  tombée dans l’oubli, la mémorisation à CT <span style="text-decoration: underline;">évite</span> ainsi <span style="text-decoration: underline;">une surcharge de notre cerveau</span>.</p>
<p>La mémoire à CT a donc une fonction essentielle, celle de faire le tri (c’est pourquoi on l’appelle aussi « mémoire de travail ») dans les informations reçues, d’éliminer celles qui a priori ne présentent pas d’intérêt. Vous parcourez une rue, vous croisez ainsi de nombreuses personnes, entendez le brouhaha d’une ville, captez des parfums, des odeurs. Arrivés au bout de la rue, vous seriez bien en peine, sauf événement précis survenu, de vous souvenir de toutes ces informations : vous les avez captées mais pas mémorisées. Cela s’est fait en dehors du conscient.</p>
<p>Ainsi tout ce que nous apportent nos sens passe par le filtre de la mémoire à court terme. Notre inconscient y fait un travail permanent de tri et d’élimination d’informations qu’il juge sans importance ou déjà connues. S’il nous fallait nous souvenir de tout ce que nous voyons, entendons, ressentons, goûtons, sentons à chaque minute de notre vie, nous aurions continuellement à chercher les quelques souvenirs utiles dans un énorme fatras d’informations sans intérêt.  Même avec 100 milliards de neurones, si nous voulions tout retenir, nous serions submergés, noyés sous les informations.</p>
<p>Et ce, sans parler d’une capacité largement insuffisante de stockage dans le cerveau.</p>
<p>Certes, l’oubli peut être dû à un refoulement lié à des émotions pénibles, mais il est surtout nécessaire au bon fonctionnement de notre mémoire : continuellement, nous sélectionnons de manière inconsciente mais aussi, plus rarement, consciente,  ce que nous garderons d’une part  et ce qui est destiné à l’oubli d’autre part. Nous n’acheminons vers notre mémoire à long terme qu’une minorité des informations qui nous parviennent de notre monde,  la grande majorité  étant oubliée aussitôt qu’identifiée.</p>
<p>Si l’on sait depuis longtemps que l’oubli  est une dilution avec le temps de ce qui est mémorisé, il est donc aussi et surtout une non-mémorisation initiale dans les quelques secondes qui suivent la captation de l’information. <span style="text-decoration: underline;">L’oubli est une des fonctions essentielles de la mémoire</span>, il lui permet de fonctionner de manière optimale : <span style="text-decoration: underline;">pouvoir ignorer est une faculté importante du cerveau</span>.</p>
<p>Puisque nous serons amenés à parler de thérapie à de nombreuses reprises, cette notion de l’oubli nécessaire nous amène à dire quelques mots de la thérapie dominante, la psychanalyse, en ce qui concerne la mémorisation de ce que nous vivons au fil des minutes, heures, années… Aux yeux des tenants de la psychanalyse, notre mémoire enregistre tout ce que notre cerveau capte de notre environnement. Si nous ne nous souvenons pas de tous ces enregistrements, cela serait dû à un phénomène de refoulement : nous ne voulons pas nous souvenir de faits qui nous traumatisent mais qui restent présents quelque part dans notre mémoire. Comme ces faits refoulés entraînent des conséquences psychologiques récurrentes, la démarche de la psychanalyse a pour objectif de remonter à la source de ces troubles actuels, de les revivre et de les expurger par une décharge émotionnelle, la catharsis.</p>
<p>Au regard de ce que nous savons aujourd’hui du fonctionnement de la mémoire, ce principe d’une mémorisation de tout ce que nous vivons qui constitue le fondement de la psychanalyse,  n’est donc plus défendable. C’est la raison pour laquelle les thérapies modernes se sont de plus en plus affranchies du passé et du recours à la mémoire des traumatismes.</p>
<p>Revenons au tri des informations dans la mémoire à CT : comment se fait le passage dans la mémoire à LT, celle qui va conserver les informations ?</p>
<h4><i>La mémorisation à long terme</i></h4>
<p>Les spécialistes de la mémoire parlent d’<i>encodage</i> pour évoquer le transfert des informations dans la mémoire à LT, ce qu’en langage courant nous appelons mémorisation. Puis de <i>stockage</i> pour expliquer comment les informations sont conservées. Enfin de <i>récupération</i> pour décrire quelles informations notre cerveau est capable de retrouver dans les innombrables casiers de notre mémoire.</p>
<h4><i>L’encodage</i></h4>
<p>Kandel et Squire ont mis en évidence l’existence d’un commutateur qui déclenche <i>l’encodage </i>à LT. Ce commutateur est soit conscient soit inconscient.</p>
<p>Il est conscient quand nous décidons de mémoriser telle ou telle information. C’est la situation de tous les apprentissages. Les informations sont alors encodées par une glande du cerveau l’hippocampe, qui joue un rôle de bibliothécaire, « étiquetant » et rangeant les informations destinées à être conservées.</p>
<p>L’encodage à LT est inconscient quand  la mémoire épisodique, celle des événements de notre vie, est concernée : cet événement, nous le vivons, nous n’avons pas ensuite à « l’apprendre » comme nous le faisons pour un cours d’histoire par exemple.</p>
<p>Proust n’avait pas formellement mémorisé les moments où il rendait visite à sa tante dans son village lorsqu’il était enfant, cela s’était fait à son insu. C’est en dégustant une madeleine, comme celles que lui servait sa tante,  que  les souvenirs  affluent,  souvenirs qui ne lui venaient plus consciemment à l’esprit.</p>
<h4><i>Le rôle de l’amygdale</i></h4>
<p>Comment fonctionne cet encodage inconscient ? Nous l’avons vu, un tri est fait au moment de la perception des informations, nous ne conservons en mémoire que ce qui présente un intérêt, ce qui est important pour nous. Le processus est inconscient,  c’est une glande du cerveau, de la grosseur d’une amande, l’<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Amygdale_%28cerveau%29">amygdale</a>, qui indique à l’hippocampe que tel ou tel événement doit être mémorisé. Elle le fait lorsqu’une émotion particulière est générée par l’événement.</p>
<p>A l’origine de l’espèce humaine, le rôle de l’amygdale était de gérer la survie dans un environnement hostile à l’être humain. Non seulement elle mémorisait les dangers, mais aussi elle déclenchait des procédures d’urgence, notamment l’augmentation du rythme cardiaque et l’envoi de sang dans les jambes pour permettre la fuite, la peur étant l’émotion qui déclenche cette protection.</p>
<p>Avec l’évolution de l’espèce, le cerveau humain s’est développé. Autour du cerveau d’origine, s’est enroulée une écorce nouvelle, le néocortex, adaptée aux besoins nouveaux de l’espèce, le langage et la pensée. De ce fait, l’amygdale s’est trouvée en charge de nouvelles réactions, face à de nouvelles peurs  autres  que celles du danger imminent, face à de nouvelles émotions, notamment celles liées aux comportements  sociaux .</p>
<p>Ce sont autant de causes de réactions diverses de protection. Or l’amygdale réagit dans l’urgence, une réponse consciente n’a pas le temps de se mettre en place, d’où souvent une réaction mal adaptée, mal mesurée. C’est ainsi qu’au lieu de mettre en œuvre une fuite de protection, elle peut déclencher une fuite panique plus nocive qu’efficace. Le problème est que ces réactions approximatives sont enregistrées en même temps que l’événement, car l’amygdale mémorise tous les événements à caractère émotionnel de manière à ce que l’individu se constitue une expérience de gestion des moments vitaux.</p>
<p>Et ainsi notre mémoire épisodique se trouve sollicitée par l’amygdale pour enregistrer bon nombre d’événements à caractère émotionnel, l’événement étant mémorisé sans intervention consciente et de surcroît accompagné de la réaction générée par l’amygdale.</p>
<p>Il suffit que les conditions de l’événement soient à nouveau réunies pour que la mémoire déclenche la réaction passée. Cette protection inconsciente n’est pas toujours  pertinente, adaptée, d’où, pour des situations de la vie courante, anxiété, jalousie, colère, etc…, des réactions qui nous échappent et prospèrent en boucle.</p>
<p>Sur ce fonctionnement de l’amygdale, on pourra lire avec profit des explications plus complètes dans le livre de Kandel et Squire précité, ainsi que dans une suite de quatre articles de <a href="http://hypnoscient.fr/tag/amygdale/">Laurent Bertin</a>.</p>
<p>L’ encodage  généré par une émotion est puissant, il s’inscrit dans la mémoire sans avoir besoin d’être appris, de faire l’objet d’un apprentissage conscient. L’exemple qui est souvent utilisé est celui des attentats du 11 septembre à New-York. Chacun se souvient de ce qu’il faisait ce jour-là au moment où il a pris connaissance des attentats, du fait de la grande émotion suscitée.</p>
<p>Mais souvent les émotions n’ont pas besoin d’être aussi fortes pour être mémorisées. Il suffit que l’émotion représente quelque chose d’important pour la personne. « <span style="text-decoration: underline;">Ce qui touche le cœur se grave dans la mémoire </span>» a écrit <span style="text-decoration: underline;">Voltaire…</span></p>
<p>Les recherches récentes sur la mémoire ont permis d’élargir cette notion de mémoire des émotions automatiquement enregistrées. L’amygdale, donc la mémoire à long terme, est sollicitée certes lorsqu’un événement s’accompagne d’émotions classiques, la peur, la joie, le dégoût, la tristesse, l’envie, etc…, mais aussi, et peut-être plus encore, dans une perception qui n’est pas forcément négative, l’attente, l’impatience, l’insolite, l’humour, la nouveauté, l’étonnement ou la surprise.</p>
<p>Nous verrons dans un volet ultérieur consacré aux apprentissages, qu’il peut être très intéressant dans une situation d’apprentissage de déclencher par une démarche hypnotique  l’un ou l’autre de ces types « d’émotions » pour éveiller l’amygdale, la pousser à intervenir  et ainsi renforcer la mémorisation.</p>
<p>Une autre particularité de l’encodage par l’amygdale est que non seulement l’événement et son environnement sont  enregistrés mais aussi notre état d’esprit, notre réaction à ce moment précis. Or notre état d’esprit influe sur notre perception de l’événement. Nous ne mémorisons donc pas l’événement objectif, comme le ferait une photocopieuse ou une caméra vidéo. La plupart du temps nous ne conservons que certains éléments de l’événement vécu et de plus nous les simplifions ou amplifions, en fonction de notre évaluation de ce qui se passe. <span style="text-decoration: underline;">Ce que l’amygdale</span> <span style="text-decoration: underline;">encode dépend</span> donc <span style="text-decoration: underline;">fortement de l’individu que nous sommes</span>, avec sa culture, ses expériences, ses références sociales, ses émotions et ses motivations.</p>
<p>C’est pourquoi le souvenir d’un même événement vécu par deux personnes comportera des différences. Nous avons tous vécu le récit par un couple d’un épisode précis de sa vie : il ne faut guère qu’une poignée de secondes avant que les deux récits ne se mettent à diverger… et que la dispute naisse !</p>
<p>A ce stade des explications sur le fonctionnement de la mémoire, celui de l’encodage, nous voyons déjà se dessiner les contours  limités d’un recours à la mémoire pour reconstituer un fait passé :</p>
<p>-        Bon nombre d’informations  ne franchissent pas le filtre de la mémoire à court terme, elles ne sont pas mémorisées.</p>
<p>-        Celles qui sont mémorisées dans la mémoire à long terme le sont soit par une décision consciente d’apprentissage, soit par un processus inconscient géré par l’amygdale, glande puissante qui est éveillée par une émotion particulière.</p>
<p>-        Ce qui est mémorisé d’un événement dépend de la personne qui le vit.</p>
<h3>Récupération de ce qui a été mémorisé</h3>
<p>D’abord quelques mots du stockage des informations, élément déterminant du processus de récupération. On a longtemps cru que les souvenirs étaient stockés d’un seul tenant : un événement, un stockage en un seul endroit.  On sait maintenant que ce n’est pas le cas : non seulement il n’y a pas de centre spécialisé de la mémoire mais de plus un même événement est ventilé en plusieurs éléments et dispersé dans diverses régions cérébrales. Ces régions cérébrales sont spécialisées dans des aspects spécifiques de la perception.</p>
<p>Cela a pour conséquence que la récupération mnésique est la somme des éléments éclatés un peu partout dans le cerveau et qui forment l’enregistrement de l’événement : cette somme est appelée « engramme ».</p>
<h4>Se souvenir, c’est reconstruire</h4>
<p>L’on peut  se dire alors que la récupération du souvenir consiste simplement en une réactivation et un regroupement des divers fragments de l’engramme, reconstituant tel quel ce qui a été enregistré. En fait, ce n’est pas si simple. En effet on ne récupère pas les fragments disséminés tels qu’ils ont été enregistrés.</p>
<p>Tout d’abord, ces fragments ne reviennent pas avec une force égale. Certains sont récupérés avec plus de force que d’autres : on peut par exemple se souvenir visuellement de l’événement mais avoir quelque peu oublié le son ou un autre composant. Du coup, le souvenir n’est déjà plus qu’une approximation de ce qui s’est réellement passé.</p>
<p>Ensuite, nous l’avons vu, la mémorisation s’est faite avec un certain état d’esprit. Or, c’est un état d’esprit différent qui risque d’être présent au moment de la récupération, d’où une évaluation différente de chaque partie de l’engramme par la personne. Si <span style="text-decoration: underline;">la mémorisation est subjective, la remémoration l’est tout autant.</span></p>
<p>Et puis le temps passe. Avec le temps, notre souvenir peut devenir imprécis, l’oubli jouant  son rôle. Quand nous tentons de nous souvenir d’un événement, nous faisons des erreurs involontaires, par défaillance de la mémoire sur tel ou tel fragment de l’engramme, ou volontaires, afin de rendre notre récit plus cohérent ou plus intéressant. A la longue ces modifications sorties de notre imagination finissent par prendre place dans la mémoire aux côtés des éléments réellement perçus, sans que nous puissions démêler le vrai de l’imaginaire. Nous ne sommes alors plus en mesure de faire la différence entre le souvenir réel d’un vécu et l’évocation ultérieure de ce vécu.</p>
<p>Ainsi, <span style="text-decoration: underline;">nous reconstruisons le passé : se souvenir, c’est reconstruire</span>. Les souvenirs sont très souvent des reconstitutions déformées par le souci de rendre cohérents les faits ou de combler les trous, mais aussi modifiées par l’influence d’informations ultérieures, y compris, dans le cas d’une thérapie, par le contexte thérapeutique lui-même : le cadre de la consultation, les suggestions, etc…</p>
<p>Chacun reconstruit sa réalité. Il s’agit là du fondement du « constructivisme », concept qui est à la base de la réflexion sur les thérapies brèves (que nous verrons dans le volet 2).</p>
<p>Au regard de l’exactitude, de la véracité  des faits, ces modifications apportées par la mémoire  constituent un inconvénient. Mais l’éclatement en fragments est intéressant, dans la mesure où l’on peut reconstruire l’événement en jouant volontairement sur l’équilibre entre les diverses parties de l’engramme, par exemple en diminuant les ressentis négatifs et amplifiant les positifs. C’est la technique dite des « sous-modalités » que nous décrirons dans un autre volet de cette étude.</p>
<h4>La mémoire est-elle fiable ?</h4>
<p>Au vu des paragraphes qui précèdent, il est tentant de conclure que la mémoire n’est guère digne de confiance.</p>
<p>Car enfin, une mémoire qui sélectionne des fragments d’un événement en fonction d’une grille de lecture liée à l’individu, qui  lors de la récupération lit ces fragments avec une grille qui a évolué, une mémoire qui subit l’influence de l’environnement, qui bouche des trous dans le souvenir au moyen de l’imagination, bref une mémoire subjective et qui reconstruit en permanence, ne peut être un modèle de vérité de ce qui s’est effectivement passé.</p>
<p>En fait, dans la réalité la mémoire est raisonnablement fiable. Certes, nous oublions les détails mais l’oubli joue ainsi son rôle qui nous permet de résumer, synthétiser et ainsi de ne retenir que les éléments principaux. Nous tirons des leçons générales débarrassées des détails, leçons qui peuvent s’additionner au fur et à mesure de nos expériences et constituer notre bibliothèque de connaissances.</p>
<p>En revanche, il ne peut pas être question de faire confiance à la mémoire pour retrouver des détails précis de faits, par exemple dans le cas de procédures pénales mettant en cause des personnes, et encore moins d’y associer l’hypnose comme un adjuvant de vérité. Nous étudierons cet aspect dans un volet ultérieur consacré aux dérives de l’utilisation de l’hypnose associée à la mémoire.</p>
<p>Pour l‘heure, intéressons-nous aux effets que peut apporter l’hypnose à  la mémoire et aux souvenirs.</p>
<h3>L’hypnose au service de la mémoire ?</h3>
<p>Dans les explications précédentes sur le fonctionnement de la mémoire, nous avons constaté que notre inconscient joue un grand rôle dans ce fonctionnement, notamment dans le tri initial des informations reçues de notre environnement et aussi dans le renforcement de la mémorisation en présence d’émotions. Or l’hypnose est le moyen privilégié d’accès à cet inconscient. C’est pourquoi il est intéressant de chercher ce que l’hypnose peut apporter à la mémoire.</p>
<p>Dans le manuel « <a href="http://www.parutions.com/index.php?pid=1&amp;rid=85&amp;srid=427&amp;ida=8658">Soigner par l’hypnose </a>», qu’il a écrit avec G Salem, E Bonvin met en avant des similitudes entre l’hypnose et la mémoire, comme une nature commune, au point d’avoir parfois l’impression d’observer le même objet. Ce qui suit est inspiré de ses observations  et réflexions.</p>
<p>Lors de l’induction de la transe hypnotique, l’attention est focalisée, prolongée, sélective. Or, c’est ainsi que fonctionne la mémorisation : ce qui est mémorisé est ce que nous avons perçu avec une attention particulière car cela est significatif pour nous. <span style="text-decoration: underline;">L’induction hypnotique apporte </span>donc<span style="text-decoration: underline;"> à la mémoire un renforcement d’attention.</span></p>
<p>Par ailleurs, notre perception des événements est faite d’associations avec des souvenirs/images liés à notre histoire personnelle. La restitution de ces événements sera constituée de réassociations, de réorganisation. Or, l’état hypnotique est un état particulier où justement l’inconscient réassocie, réorganise des comportements, remet des souvenirs en perspective.</p>
<p>La confusion qui  intervient au moment de l’induction amène un relâchement du conscient. L’inconscient a alors des possibilités d’associations, de perceptions, de représentations, de souvenirs  que l’état de conscience cohérent et logique ne pourrait atteindre.</p>
<p>Or, les associations d’images et de perceptions sont le moteur du processus mnésique qui se trouve ainsi renforcé par l’hypnose. Nous avons vu l’importance de l’amygdale qui mémorise sans  en avertir quiconque,  en réaction à un stimulus émotionnel. La personne a vécu un épisode de sa vie, a ressenti une émotion qui peut être très ténue, mais n’a pas conscience d’avoir mémorisé. Il se peut que l’occasion ne se présente jamais de se remémorer l’événement, pas de parfum, de lieu, de situation, de madeleine… qui déclenche le souvenir. Mais  dans un état hypnotique où les associations d’images sont stimulées, où l’imagination est active, ce souvenir peut remonter en surface de la conscience.</p>
<p>E Boivin termine son explication en évoquant la place du corps en catalepsie dans la dynamique de la mémoire. Un certain nombre d’études sur la mémoire kinesthésique ont montré que l’adjonction de gestes au processus de mémorisation renforce celle-ci. On retrouve cette alliance du geste et de la mémoire dans certaines pratiques thérapeutiques  notamment par catalepsie et lévitation des bras. Or, le corps en catalepsie est libéré du conscient, il peut se laisser aller à ses propres mouvements et ainsi renforcer la mémoire.</p>
<h3>En conclusion</h3>
<p>L’hypnose peut permettre à la mémoire d’être plus attentive, plus concentrée, plus accessible, mais elle ne lui permettra pas d’être ce qu’elle n’est pas, à savoir un enregistreur fidèle des événements de notre vie.</p>
<p>Nous mémorisons nos expériences, faites de sensations subjectives, de pensées, d’émotions, de comportements, notre mémoire est vivante, elle présente diverses facettes au gré de nos états d’âme, elle est évolutive.</p>
<p>S’il est possible de parler de mémoire fidèle, c’est surtout en tant qu’accumulateur de connaissances générales  et dans le sens où « elle est un enregistreur de significations générales et d’éléments essentiels » (Kandel)</p>
<p><i>Le prochain volet de « Mémoire et hypnose » sera consacré à la manière dont les thérapies utilisent la mémoire ou plus exactement comment les thérapeutes se positionnent par rapport au passé.</i></p>
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		<title>Olivier PERROT et la réhabilitation de l’hypnose classique</title>
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		<pubDate>Fri, 31 May 2013 12:48:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Dominique Paoli]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[AFHN]]></category>
		<category><![CDATA[Hypnose Classique]]></category>
		<category><![CDATA[Olivier Perrot]]></category>

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		<description><![CDATA[Olivier Perrot, président de l’Association Française de Nouvelle Hypnose a récemment donné une conférence à l’ARCHE sur le lien qu’il fait entre l’hypnose thérapeutique d’aujourd’hui et l’hypnose classique. Dans le cadre de l’AFNH il a aussi organisé une formation « hypnose classique, suggestions directes et transes profondes » où il a invité un hypnotiseur de spectacle, Hervé [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Olivier Perrot</strong>,<strong> président de l’Association Française de Nouvelle Hypnose</strong> a récemment donné une conférence à l’ARCHE sur le lien qu’il fait entre l’hypnose thérapeutique d’aujourd’hui et l’hypnose classique.</p>
<p>Dans le cadre de l’AFNH il a aussi organisé une formation « hypnose classique, suggestions directes et transes profondes » où il a invité un hypnotiseur de spectacle, Hervé Barbereau, ainsi que le créateur et animateur du site d’hypnose de rue « Street Hypnose », Jean-Emmanuel Combe. L’un de nos auteurs, JD Paoli était présent lors de cette formation. Il nous livre l’entretien qu’il a eu avec Olivier Perrot à cette occasion.</p>
<h6>JD Paoli : Olivier Perrot, vous êtes président de l’AFNH, vous avez été l’assistant, pendant les dix dernières années de sa vie, de Jean Godin qui a créé dans les années 80 le premier Institut Milton Erickson en France, et vous êtes considéré comme son successeur.<br />
Cela vous a valu de rencontrer les plus grands ericksoniens, Rossi, Haley, Watzlawick, Zeig, etc…<br />
Avec cette formation à l’hypnose classique, vous réhabilitez certaines techniques d’hypnose directe. Vous aimez jouer du paradoxe ?</h6>
<p><strong>Olivier Perrot</strong> : Votre question revient à me demander si je trahis l’héritage de Jean Godin en particulier, ainsi que l’héritage des ericksoniens en général ! En fait, ma vie est tournée vers l’ouverture, je me considère comme un voyageur qui sort de ses frontières d’origine pour rencontrer d’autres cultures. Pour cette raison, je conduis l’AFNH comme une association ouverte à des idées différentes. Je propose régulièrement des échanges avec les autres associations d’hypnose et de thérapie. J’essaie de faire bouger les lignes.</p>
<p>En ce qui concerne Jean Godin, son héritage est aussi celui d’un homme qui a fait déplacer les murs des chapelles. Quand, au début des années cinquante, il présente sa thèse de médecine qui a pour thème « La relaxation », il n’est pas loin de se faire chasser de la Faculté. Il fallait oser à l’époque.</p>
<p>Quand, plus tard, il introduit les méthodes thérapeutiques originales d’un médecin hypnotiseur américain inconnu en France, Milton Erickson, il fait preuve d’une sacrée ouverture d’esprit !</p>
<p>Par ailleurs, bien que transmetteur en France de la pratique ericksonienne, Jean Godin reconnaissait des vertus aux suggestions directes, notamment dans le domaine de la douleur. Et s’il n’a pratiqué que l’hypnose ericksonienne, c’est certes par adhésion totale à cette méthode, mais c’est aussi parce que l’hypnose avait besoin de respectabilité face à l’hypnose pratiquée sur les scènes de spectacles.</p>
<h6>JDP : la suggestion directe, c’est le diable ?</h6>
<p>OP : Aux yeux d’une partie des tenants du dogme ericksonien, certainement. Or, on n’a retenu de la pratique d’Erickson essentiellement les suggestions indirectes et encore plus les suggestions ouvertes ou activatrices comme la métaphore. C’est oublier que pendant longtemps il a pratiqué une hypnose directe, et qu’il ne s’en est jamais totalement détaché. Il était très directif, par exemple avec ses prescriptions de tâches thérapeutiques. Quand il utilise la lévitation du bras, c’est une technique directive, pratiquée en pleine période de l’hypnose directe par Bernheim et Liébault.</p>
<p>Lors d’une formation à Toulouse, des étudiants en DU d’hypnose m’ont dit que l’utilisation de la suggestion directe y est fortement découragée. Malheur à l’étudiant qui s’en prévaut le jour de l’examen ! En refusant ainsi ce type de suggestion directe, on se prive d’une part essentielle des ressources du langage hypnotique.</p>
<p>Ce n’est pas parce que les hypnotiseurs de spectacle l’utilisent qu’elle doit être bannie. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain : si les hypnotiseurs de spectacle, qui ont une obligation de résultat immédiate, pratiquent la suggestion directe, c’est qu’elle est très puissante.</p>
<p>J’ai pris l’habitude de dire qu’il existe une moitié du temps où Erickson est très directif, une seconde moitié du temps où il est dans les subtilités de langage, et comme c’est Erickson il existe une troisième moitié du temps où il nous reste encore à comprendre comment il s’y prend.</p>
<h6>JDP : A vous entendre, on a l’impression que vous êtes à l’étroit dans les habits ericksoniens.</h6>
<p>OP : Détrompez-vous, je reste fidèle à la pratique ericksonienne. Je pense seulement que la lecture que nous en avons doit se montrer plus souple, s’adapter. D’autre part, le bourlingueur des pratiques thérapeutiques que je suis a fait des constatations peu agréables : certaines pratiques sont loin d’aller dans le sens du client/patient.</p>
<h6>JDP : Est-ce à propos de ces pratiques que vous utilisez le mot « calinothérapie » ?</h6>
<p>OP : Oui, j’ai employé sciemment ce mot. Qu’ai-je souvent constaté ?</p>
<p>Que des stagiaires, pourtant thérapeutes installés, manquent de confiance en eux, osent peu, sont timorés par crainte de mal faire. Or le seul moyen de ne pas faire d’erreur, c’est de ne rien faire…</p>
<p>Que bon nombre de thérapeutes pratiquent une hypnose très très douce, se réfugient derrière la métaphore et la relaxation, se rassurent en disant pratiquer « l’hypnose conversationnelle ».</p>
<p>Qu’alors qu’ils sont dans des annuaires d’hypnose, au bout de 10 rencontres, le patient n’a pas encore eu le droit à la moindre séance d’hypnose. C’est la pizzeria où on ne peut pas commander de pizza…</p>
<p>Que certains praticiens n’ont jamais touché à un patient ! Lors d’une formation en Suisse, j’ai pu constater que la moitié des professionnels présents n’utilisaient pas la catalepsie du bras alors que c’est un effet très utile qui démontre au patient sa capacité à fonctionner sous hypnose.</p>
<h6>JDP : Si je comprends bien, vous reprochez aux hypnothérapeutes un…manque d’hypnose ?</h6>
<p>OP : Tout à fait. Cela conduit à des patients frustrés qui ressortent du cabinet avec l’impression de ne rien avoir vécu du tout, qui ont le sentiment de ne pas avoir bénéficié d’une « vraie » hypnose.</p>
<h6>JDP : Une vraie hypnose ?</h6>
<p>OP : Relaxation + métaphore, ce n’est pas de l’hypnose. Les patients d’aujourd’hui ont une idée de ce qu’est l’hypnose, idée d’autant plus précise que l’hypnose est présente de plus en plus fréquemment à la télévision, sur internet, dans les médias en général. Quand ils poussent la porte d’un immeuble au fronton duquel figure le mot hypnose, ils savent où ils vont. Quand un patient se présente dans mon cabinet, je me dis qu’il vient pour avoir de l’hypnose…et je vais faire en sorte qu’il en ait sauf s’il présente une contre-indication type psychose ou si une autre approche me semble plus profitable pour lui ! Assumons, prononçons le mot, ne nous privons pas du mot « hypnose » en thérapie ! Des études récemment relayées par Antoine Bioy ont d’ailleurs montré qu’on perd de l’efficacité si on remplace le mot hypnose par le mot relaxation.</p>
<h6>JDP : Voulez-vous dire que les patients veulent avant tout que leur traitement commence par un état hypnotique, une transe bien visible ?</h6>
<p>OP : Ou tout du moins qu’ils aient au moins l’impression d’avoir vécu quelque chose. Tout comme au théâtre où à chaque représentation il doit se passer quelque chose, il est important qu’à chaque séance de thérapie le patient ait vécu quelque chose. Bien évidemment une anamnèse sérieuse est souvent nécessaire, mais si elle s’étale sur 10 séances, ce n’est plus une hypnothérapie. C’est bien l’hypnose sans transe apparente, voire même l’hypnose sans hypnose, mais l’hypnose avec transe ne doit pas être oubliée.</p>
<h6>JDP : La formation que vous venez de dispenser concerne aussi les transes profondes. Sont-elles nécessaires en thérapie ?</h6>
<p>OP : De manière générale, l’hypnose ericksonienne ne s’intéresse pas vraiment à la profondeur de la transe. Alors les thérapeutes travaillent avec des états hypnotiques très légers, ce qui est suffisant dans un certain nombre de cas mais qui risque de ne pas l’être dans d’autres. Des états légers ne permettent pas de tout traiter en hypnothérapie, notamment dans le domaine de la douleur.</p>
<h6>JDP : Ces critiques que vous formulez ne remettent-elles pas en cause le contenu de bon nombre de formations ?</h6>
<p>OP : Nous nous sommes lancés avec un certain nombre de collègues directeurs d’écoles, dont Kevin FINEL dans cette réflexion : qu’est ce qui nous semble faire la qualité d’une formation à l’hypnose. Je ne critique pas les formations existantes, je propose des compléments, des approfondissements…</p>
<h6>JDP : Revenons à votre formation à l’hypnose classique qui vient de se terminer. Après avoir invité l’hypnotiseur de spectacle Hervé Barbereau l’an passé, ce qui avait donné lieu à une polémique, vous l’avez à nouveau sollicité cette année. De plus, vous avez demandé à Jean-Emmanuel Combe, chantre de l’hypnose de rue, créateur et animateur du blog « Street Hypnose », de venir dispenser son savoir-faire. Ne risquez-vous pas à nouveau de subir les foudres de ceux qui vous avaient critiqué l’an passé ?</h6>
<p>OP : Je suis en accord avec mes objectifs de formation qui sont d’une part de donner aux thérapeutes les moyens d’avoir confiance en eux, tout en les munissant d’outils rapides et efficaces et d’autre part de permettre aux patients de vivre l’hypnose, tout en gagnant du temps et un nombre moindre de séances.<br />
Barbereau ne vient pas nous apprendre des effets de music-hall, mais nous montrer combien ses techniques sont rapides et puissantes.</p>
<h6>JDP : Mais Barbereau ne cache pas qu’il choisit ses sujets</h6>
<p>OP : Certes. Mais avez-vous remarqué que près de 30 % des participants au stage étaient très réceptifs ? Dans une clientèle, le pourcentage est peu ou prou le même. Pourquoi passer une demi-heure à mettre ces personnes là en transe alors que ça peut être fait en quelques secondes ? Alors si nous pouvons aider durablement, en suggestion directe et en quelques minutes une personne à changer, faisons-le. Prendre 4 séances là où une suffit, est-ce réellement éthique ?<br />
J’entends bien que l’on me parle d’éthique. Mais l’éthique, n’est-ce pas le souci du bien du patient ? Deux, trois séances où le patient vit vraiment une transe hypnotique, n’est-ce pas mieux qu’une dizaine, de surplus ennuyeuses ?</p>
<h6>JDP : Soit, mais il reste 70% de patients qui ne sont pas éligibles à ces méthodes directes ?</h6>
<p>OP : C’est la raison pour laquelle j’ai aussi invité Jean-Emmanuel Combe. Je ne le connaissais qu’à travers la qualité de son blog. Je savais qu’avec ses copains toulousains ils partent dans les rues, proposant à qui le veut bien de vivre une expérience hypnotique. Pour eux, la rue est un vrai laboratoire d’hypnose. De leurs expériences, ils ont tiré une pratique que J-E est venu nous exposer. Une pratique qui permet, puisque vous parlez des 70% de patients moins suggestibles, de contourner les résistances tout en favorisant un apprentissage progressif des différents phénomènes hypnotiques. Et tout en sachant être ericksoniens lorsque c’est nécessaire.</p>
<p>Pendant plus de trois heures, il nous a expliqué et démontré cette pratique. Il l’a fait avec talent et pédagogie : vous avez pu remarquer avec quelle attention les participants, tous professionnels de santé, ont suivi cet exposé et avec quelle chaleur ils l’ont applaudi ensuite.</p>
<p>Et l’on voudrait qu’au nom d’un dogme, d’ancrages négatifs sur le mot « direct », ou encore parce qu’il n’est pas professionnel de santé on laisse sur la touche un jeune homme de cette qualité, lui et son savoir-faire ? Ce serait absurde.</p>
<h6>JDP : Une induction rapide ne risque-t-elle pas d’entraîner des résistances ?</h6>
<p>OP : Bien au contraire, l’induction rapide va permettre de contourner des résistances. C’est pour un certain nombre la meilleure clé pour enfin lâcher prise. Maintenant c’est justement à nous cliniciens d’avoir une boite à outils bien remplie afin de pouvoir s’adapter à chaque patient. Indubitablement cet outil est celui qui manque à bon nombre de praticiens…</p>
<h6>JDP : Vous ne craignez pas que l’on vous qualifie d’hérétique ?</h6>
<p>OP : Si l’on s’en tient à tout ce que je viens de vous dire, et seulement à ça, bien sûr je ne me fais pas que des amis. Mais je n’ai fait que montrer un manque d’ouverture, pointer des dérives. Je reste bien clairement fidèle à l’héritage de Milton Erickson. Et je cherche aussi à rapprocher les écoles, à profiter des recherches et innovations des autres courants de pensée de l’hypnose.</p>
<p>Je vous l’ai prouvé à la fin de cette formation. J’ai fait découvrir l’état hypnotique à bon nombre de participants, y compris des plus résistants, à travers un effet d’hypnose de scène, la catalepsie entre deux tables, au moyen d’une méthode des plus ericksoniennes !</p>
<p>Vous avez pu voir les visages rayonnants de ceux et celles qui avaient ainsi constaté que leur corps peut tenir horizontalement entre deux supports, tout en restant souple, et tout en ayant une respiration ventrale complètement détendue.</p>
<p>Et puis n’oublions pas qu’Erickson fut qualifié d’hérétique bien avant moi, tout comme Freud ou Galilée… et pourtant elle tourne.</p>
<h6>JDP : quels sont les enjeux de l’hypnose aujourd’hui ?</h6>
<p>OP : Les choses ont très rapidement évolué ces dernières années. La France est le pays qui a abrité les deux premiers âges d’or de l’hypnose, avec Mesmer d’abord au XVIII, puis Charcot et Bernheim au XIX. Par contre au XX nous avons totalement raté la troisième révolution celle d’Erickson. Probablement à cause de l’importance de la psychanalyse chez nous, l’hypnose a été victime d’un rejet important de la part des scientifiques. Lorsqu’enfin Jean Godin propose les premières formations à l’hypnose éricksonienne, Milton est décédé depuis 3 ans, et il a vécu jusque 80 ans…Aujourd’hui l’hypnose explose, elle est très à la mode et nous rattrapons le retard à marche forcée. Mais n’importe qui peut se former. Et avec l’hypnose de rue justement, elle devient vraiment à la portée du premier venu. Est-ce une bonne chose ? Je suis loin d’en être persuadé. D’un autre côté faut-il réserver la formation aux seuls professionnels de santé ? Encadrer les formations voilà qui me semble être l’enjeu principal de l’hypnose.</p>
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		<title>Catherine Contour : la danse augmentée de l’outil hypnotique</title>
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		<pubDate>Sat, 18 May 2013 08:47:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Agathe Maire]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[catherine contour]]></category>
		<category><![CDATA[danse]]></category>

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		<description><![CDATA[Danseuse, chorégraphe, enseignante, Catherine Contour fait intervenir l’hypnose à chaque étape de la création artistique. Le spectateur devient « baigneur », immergé dans des pièces parfois immatérielles. Les performances deviennent des « plages », des « plongées ». Après une série de performances, tables-rondes, conférences sur l’hypnose avec Catherine Contour, la Gaîté Lyrique de Paris renouvelle son invitation pour un [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><b>Danseuse, chorégraphe, enseignante, Catherine Contour fait intervenir l’hypnose à chaque étape de la création artistique. Le spectateur devient « baigneur », immergé dans des pièces parfois immatérielles. Les performances deviennent des « plages », des « plongées ».</b></p>
<p><b>Après une série de performances, tables-rondes, conférences sur l’hypnose avec Catherine Contour, la Gaîté Lyrique de Paris renouvelle son invitation pour un cycle de « Danses augmentées » dans le cadre de sa saison 2013-2014.</b></p>
<p><b><a href="http://www.maisoncontour.org/">http://www.maisoncontour.org/</a></b></p>
<h6>D’une façon peut-être un peu générale, que voulez-vous profondément dire à travers l’art et tout particulièrement à travers la danse, votre domaine de prédilection ?</h6>
<p>J’ai une double formation en danse contemporaine et en scénographie aux Arts-Décoratifs de Paris. Les relations entre le corps et l’espace, habiter le corps, habiter l’espace, habiter le monde, sont les fondements sur lesquels je travaille.</p>
<h6>Habiter le corps, habiter l’espace, qu’est-ce que cela représente pour vous?</h6>
<p>C’est prendre conscience que l’on a un corps et que ce corps peut beaucoup. C’est prendre conscience que l’on est vivant, que la vie c’est avant tout du mouvement et que ce mouvement peut se transmettre et se partager à travers une expérience artistique.</p>
<p>Le « baigneur » est inclus énergétiquement dans la proposition tout en restant libre de la vivre en choisissant, comme sur la plage, sa position et son régime d’activité.</p>
<h6>En tant qu’artiste, vous avez développé l’outil hypnotique d’une manière bien spécifique, intervenant aussi bien dans le processus de création que dans l’expérience esthétique offerte au public. Comment l’hypnose et votre démarche artistique se sont-elles entremêlées ?</h6>
<p>J’ai rencontré il y a une quinzaine d’années le Dr Jean Becchio (ndlr : président de l’Association Française d’Hypnose Médicale). Dans le cadre d’un stage de Qi Gong qu’il organisait avec Zhou Jing Hong, j’ai assisté à une conférence qu’il donnait sur l’hypnose ericksonienne. Pas à pas, j’ai découvert l’hypnose à partir de l’auto-hypnose où j’ai reconnu quelque chose que je connaissais en fait déjà très bien en « M. Jourdain de l’hypnose ». A chaque fois que l’on danse, que l’on crée, le processus hypnotique se développe.</p>
<h6>Ce lien entre pratiques énergétiques, et notamment entre Qi Gong et hypnose, s’impose-t-il de lui-même ?</h6>
<p>Dans l’approche de l’hypnose énergétique à laquelle je me suis formée, toutes les modifications, les transformations du corps, sa mise en mouvement, relèvent d’un travail énergétique. Des visualisations particulières déclenchent dans le corps des modifications d’intensité, de tonicité, de température, des mouvements.</p>
<h6>Et concrètement, comment articulez-vous par exemple Qi Gong, hypnose et danse ?</h6>
<p>Dans le cadre de la création chorégraphique, je propose par exemple un accompagnement hypnotique par la parole et le mouvement, associé aux mouvements du Qi Gong, mais aussi à une forme de sieste courte ou au tracé de mandala. Le mouvement nait et se développe pendant et à partir de ce travail d’induction. Selon les personnes, l’entrée dans la pratique se fait plus facilement par telle ou telle porte.</p>
<h6>Pour vous, il est important d’ouvrir, de relier cela à tout ce qui existe par ailleurs ?</h6>
<p>Oui, et ce que j’apprécie beaucoup dans l’hypnose, telle que Milton Erickson l’a transmise c’est qu’il ait pris position sur le fait qu’on ne pouvait la transmettre sous une forme   dogmatique, figée. Il n’a pas écrit de méthode. D’autres ont observé et témoigné de sa pratique. Nous sommes tous, praticiens, en permanence en train de réinventer, d’actualiser cette technique. Chacun prend appui sur sa propre expérience, s’enrichit de celle des autres et devient créateur.</p>
<h6>L’une des dimensions de votre démarche consiste à convier le public à une expérience esthétique basée sur l’hypnose, en quoi cela consiste-t-il ?</h6>
<p>L’hypnose peut s’envisager comme un « médium artistique ». Je propose entre autre ce que j’appelle des « pièces d’hypnose ». Ce sont des œuvres « immatérielles ». Début 2012, à la Gaité Lyrique, j’ai invité les gens du public à mettre leur imaginaire en mouvement à l’aide de suggestions hypnotiques. Je les ai accompagnés avec un « scénario » spécialement conçu pour qu’ils vivent une danse, depuis la place du spectateur, du danseur et du chorégraphe. Chacun a collaboré à sa manière à l’écriture de cette danse, à la fois individuelle et collective.</p>
<h6>Vous utilisez également l’hypnose avec des danseurs bien réels…</h6>
<p>Oui, je travaille avec les danseurs en hétéro-hypnose pour qu’ensuite ils puissent danser en auto-hypnose. J’ai pu expérimenter ce processus dans différents contextes de création et de transmission : au Centre chorégraphique national de Grenoble, à Royaumont dans le cadre du programme Transforme, alors dirigé par Myriam Gourfink. Nous sommes en train d’inventer toutes sortes de protocoles.</p>
<p>En tant que chorégraphe, je crée pour les danseurs un accompagnement spécifique en hétéro-hypnose. Ensuite nous passons par différentes étapes comme l’écriture automatique et d’autres formes d’écritures qui constituent les strates à partir desquelles se déploiera la danse en auto-hypnose. J’intitule ces pièces des « danses <i>avec</i> hypnose », en soulignant l’utilisation de l’hypnose d’aujourd’hui et la distinction très nette d’avec les « danses sous hypnose » du début du XXe s. !</p>
<h6>Est-ce un défi particulier pour les danseurs de passer de l’accompagnement hypnotique au « dansé autonome » ?</h6>
<p>La parole génère des images, des sensations, des mouvements. En hétéro-hypnose, j’induis le fait que ces « pré-mouvements »vont se développer et s’amplifier jusqu’à leur expression dansée comme peut s’induire le phénomène de lévitation de la main. Avec de l’entrainement ce passage devient de plus en plus simple et évident.</p>
<p>Parfois, j’accentue tel ou tel aspect pour faciliter cette mise en mouvement. Si un danseur est plus kinesthésique, je vais utiliser des accompagnements qui font appel à la sensation du corps dans l’espace, à la relation à des objets. Si un danseur est plus visuel, je lui suggère des images. Et ces images génèrent du mouvement.</p>
<h6>Quelles sont les nouvelles pistes de réflexions que vous menez aujourd’hui ?</h6>
<p>Je poursuis ce travail sur les danses avec hypnose et sur des pièces d’hypnose pour <i>espaces de projection</i> telles que des petites salles de cinéma.</p>
<p>Je me penche sur la réception et sur les dispositifs appropriés à l’accueil des « baigneurs ». A la Gaité Lyrique, chaque rendez-vous public aura la forme d’une « Plongée ». Au rythme d’une par mois à partir d’octobre, seront proposés des formes hybridant performance, atelier, conférence, table rondes… Des expériences aux formats variés.</p>
<h6>Qu’observez-vous de l’a priori du public, de sa curiosité ?</h6>
<p>Ce que j’observe m’a amené à faire deux types de propositions. Les propositions où j’annonce l’hypnose -peuvent remplir la salle !- Les propositions où je ne l’annonce pas.</p>
<p>Dans un cas, partir des attendus par rapport à l’hypnose, des fantasmes, de la fascination, jouer de cet effet d’annonce puis réajuster les choses de façon très simple et pédagogique. Dans l’autre cas, l’hypnose, présente en filigrane, peut se livrer (ou ne pas) à travers de nombreux indices à qui sait les lire ou à qui interroge.</p>
<h6>En 2011, vous avez reçu une bourse du Centre National de la Danse pour votre recherche sur l’outil hypnotique pour la création, la transmission et l’enseignement en danse. Avez-vous le sentiment que l’hypnose commence à être pris en compte au niveau institutionnel et même qu’il y aurait une attente de la part des institutions?</h6>
<p>On rencontre une grande méfiance de la part des institutions, mais il y a aussi une grande curiosité. C’est tout un travail d’expliquer, de rassurer, parfois de proposer quelques jours d’initiation. A la suite de quoi les gens ont, pour la plupart, envie d’aller plus loin.<b> </b></p>
<h6>Des choses bougent en ce moment dans ce sens là ?</h6>
<p>Oui. Pour les institutions ce n’est pas encore tout à fait mûr, mais ca évolue. A Genève nous sommes en train de mettre en place la transmission de cet outil. Les étudiants en arts s’en emparent tellement vite, ça essaime. Les deux mouvements ont besoin de cohabiter pour qu’il y ait une reconnaissance : que les lieux institutionnels se rassurent et comprennent l’intérêt de cette démarche, que les étudiants s’emparent de cet outil et développent des projets, montrant ainsi son importance et son utilité.</p>
<h6>Vous enseignez dans l’enseignement supérieur en arts, à l’école d&rsquo;arts de Grenoble, d’Aix-en-Provence, de Mulhouse, de Genève, au CNDC (Centre national de danse ccontemporaine d&rsquo;Angers), à Transforme à la Fondation Royaumont, à l&rsquo;ENSAD (Ecole nationale supérieure des arts décoratifs de Paris), au CMLO (Centre méditerranéen de Littérature Orale). Concrètement comment abordez-vous la question de la création, à travers votre outil hypnotique, avec les étudiants ?</h6>
<p>D’abord, l’approche théorique resitue l’hypnose. Qu’est-elle aujourd’hui ? Quelle est l’approche des neurosciences ? Quelles utilisations en a-t-on dans d’autres secteurs que la création ? Par quoi, historiquement, cette discipline est-elle passée ? Il est utile de relier tout cela, de ne pas renier l’imagerie à laquelle elle nous renvoie. Aujourd’hui, on n’est plus à l’époque de Messmer ou de Charcot mais ils font parti de l’histoire de l’hypnose.</p>
<p>Et puis, très vite, on se plonge dans des exercices : du travail graphique au mouvement dans l’espace. J’ai construit cet outil en prenant appui sur des exercices issus de la danse contemporaine qui, pour moi, ont un lien avec le développement du processus hypnotique. Les étudiants reconnaissent très rapidement des choses qu’ils connaissent déjà et découvrent des possibilités nouvelles. Entre eux, cela circule beaucoup, des liens forts se créent, ils vivent une expérience de groupe qui les amène à évoluer.</p>
<p><b><i>A partir d’octobre 2013, retrouvez Catherine Contour dans le cadre des rendez-vous Danses augmentées à la Gaîté Lyrique de Paris.  </i></b></p>
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		<title>Jean-Emmanuel COMBE : de l’hypnose de rue à la formation de professionnels</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Apr 2013 06:45:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Dominique Paoli]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Hypnose de Rue]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Emmanuel Combre]]></category>
		<category><![CDATA[Street Hypnose]]></category>

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		<description><![CDATA[Jean-Emmanuel COMBE, créateur du blog « Street-Hypnose.fr » et figure de proue de l’hypnose de rue en France, a été convié par Olivier Perrot, dans le cadre de l’AFNH, à assurer une formation à l’hypnose classique, et notamment au traitement de la douleur, auprès de professionnels de la santé. JD Paoli l’a rencontré à cette occasion. JD [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em>Jean-Emmanuel COMBE, créateur du blog « <a title="Street Hypnose" href="http://street-hypnose.fr" target="_blank">Street-Hypnose.fr</a> » et figure de proue de l’hypnose de rue en France, a été convié par Olivier Perrot, dans le cadre de l’AFNH, à assurer une formation à l’hypnose classique, et notamment au traitement de la douleur, auprès de professionnels de la santé. </em><br />
<em>JD Paoli l’a rencontré à cette occasion.</em></p>
<h6><em></em>JD Paoli : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?</h6>
<div id="attachment_3385" style="width: 210px" class="wp-caption alignright"><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/IGP7315-Copie.jpg"><img class="size-full wp-image-3385" alt="IGP7315 Copie Jean Emmanuel COMBE : de l’hypnose de rue à la formation de professionnels" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/IGP7315-Copie.jpg" width="200" height="300" title="Jean Emmanuel COMBE : de l’hypnose de rue à la formation de professionnels" /></a>
<p class="wp-caption-text">Jean-Emmanuel Combe &#8211; Street Hypnose</p>
</div>
<p>J-E Combe : Je m’appelle Jean-Emmanuel, j’ai 26 ans, et je suis Chef de Projet Informatique dans un centre de lutte contre le cancer. A côté, je pratique régulièrement l’hypnose depuis 2008 et plus spécifiquement l’hypnose de rue.</p>
<h6>JDP : Comment êtes-vous venu à l’hypnose ? Quels hypnotiseurs ont nourri votre passion ?</h6>
<p>JEC : Mon envie de découvrir les coulisses de l’hypnose s’est faite au hasard d’une émission télévisée consacrée à Derren Brown. Je le savais illusionniste, mentaliste, mais pas hypnotiseur. Je croyais qu’il y avait un « truc », jusqu’à ce que je comprenne que le truc en question était lié à la suggestion. Je me suis donc plongé dans de nombreuses lectures pour mieux comprendre…</p>
<p>Je dois donc avouer que Derren Brown a été le déclencheur chez moi de cette passion pour l’hypnose. Anthony Jacquin a été lui à l’origine de ma passion pour l’hypnose de rue. Son premier livre « Reality is Plastic » a été pour moi une bible pendant très longtemps et une réelle inspiration.</p>
<h6>JDP : Pourquoi êtes-vous allé dans la rue pour pratiquer l’hypnose ?<strong></strong></h6>
<p>JEC : Une fois qu’on a fait le tour de ses proches, on s’ennuie très rapidement. Une personne déjà hypnotisée n’est plus un challenge. Un simple claquement de doigts peut la faire replonger dans un état très profond. Il fallait donc trouver un moyen de renouveler constamment mes volontaires, afin de toujours conserver ce côté magique de la « première fois ».</p>
<h6>JDP : Comment se sont passées vos premières expériences ?<strong></strong></h6>
<p>JEC : La toute première, sur un ami, fut un échec. J’étais tout tremblant, peu convaincu ni convaincant. J’osais à peine, de peur de paraître stupide. Et puis je suis allé proposer l’hypnose à des étudiants dans un parc tout près de mon université en prétendant être déjà très expérimenté. Un vrai coup de bluff, qui s’est révélé une expérience incroyable. Ils se sont laissé aller et ils ont réussi à lâcher prise complètement. Ce fut une expérience inoubliable pour moi.</p>
<h6>JDP : A partir de quel moment avez-vous ressenti le besoin de créer un blog et quel est l’objectif de ce blog ?</h6>
<p>JEC : Assez tardivement en fait. Pendant près de quatre ans, j’ai hypnotisé dans mon coin, rencontrant sporadiquement quelques magiciens intéressés par l’hypnose. Notamment par le bouche-à-oreilles. J’avais jusqu’alors une activité beaucoup plus irrégulière. Et puis j’ai voulu me plonger complètement dans cette passion pour l’hypnose. Sans retenue. J’avais envie de transmettre mon expérience et de la partager. J’ai donc eu l’idée de créer un blog pour parler de moi, de ce que je fais, afin de présenter l’hypnose de rue qui était à cette époque une pratique très rare en France, pour ne pas dire inexistante. C’était au début une démarche totalement égoïste. Et puis petit à petit, le blog a évolué pour apporter également une aide à l’apprentissage de l’hypnose.</p>
<h6>JDP : Le blog a-t-il rencontré un public ?</h6>
<p>JEC : Le blog a mis du temps à décoller. Au début, c’était essentiellement des hypnotiseurs, curieux, qui suivaient mes péripéties. Forcément, le public visé était assez mince. Et lorsque petit à petit le blog a commencé à toucher un public plus large, souhaitant mieux comprendre l’hypnose, et même pourquoi pas l’apprendre, le trafic a fait un bond en avant considérable. Aujourd’hui, c’est entre 400 et 800 visiteurs qui viennent quotidiennement piocher des renseignements sur le site.<br />
J’ai aussi mis à disposition un eBook, gratuit, expliquant (illustrations comprises) toutes les techniques que j’utilise dans la rue. En 8 mois, il a été téléchargé plus de 6000 fois. Devant autant de succès, j’ai décidé d’en écrire une version plus complète et détaillée. Celle-ci sera payante et comportera plus de 200 pages, contre une cinquantaine pour la version gratuite (sortie vers la mi-mai).</p>
<h6>JDP : Contrairement à bon nombre de blogs sur la toile, le vôtre témoigne d’une convivialité respectueuse ainsi que d’un respect de la langue française. Comment faites-vous ?</h6>
<p>JEC : En ce qui concerne le blog, j’essaie tout simplement de faire en sorte qu’il me ressemble. J’aime écrire, j’aime communiquer. Et pas qu’à l’oral. A partir de là, il est pour moi essentiel que chaque article soit travaillé, corrigé de ses fautes (il doit en rester encore quelques unes), et qu’il transmette ma vision de l’hypnose. Mon approche se veut conviviale, respectueuse et bienveillante et j’essaye de toujours encourager les apprentis-hypnotiseurs à respecter l’éthique que je m’impose.<br />
En ce qui concerne le forum maintenant, je suis tout aussi étonné que vous. J’ai entendu cette réflexion des dizaines de fois, et je ne me l’explique toujours pas. Bon, j’ai bien une petite idée. Je dirai que les piliers du forum, les membres les plus actifs, sont des personnes pour qui l’humain prime sur tout le reste. Les parcours sont variés mais nous formons tous une vraie communauté, et poursuivons le même objectif : démystifier l’hypnose et encourager sa pratique dans tout le pays. Certains membres sont davantage orientés spectacles, d’autres vers la thérapie, sans oublier tous nos Street-Hypnotiseurs. Mais personne ne se tire dans les pattes, pour la simple et bonne raison que nous sommes tous animés par la même passion.</p>
<h6>JDP : Vous proposez un e-book gratuit qui donne un accès relativement simple aux techniques de base de l’hypnose. De nombreux jeunes, voire très jeunes, pratiquent maintenant l’hypnose de rue. Vous les encouragez à respecter une éthique. Quelle est cette éthique ?</h6>
<p>JEC : Pour le bien-être de leurs volontaires et surtout leur sécurité, je les encourage, j’essaie de leur démontrer qu’ils ont tout intérêt à suivre cette éthique.</p>
<p>Mon éthique peut se résumer en deux mots : respect, et sécurité. L’hypnose en tant que telle n’est absolument pas dangereuse. C’est ce qu’on en fait qui peut amener un danger. J’insiste donc énormément sur toutes les consignes de sécurité, qui peuvent paraître évidentes pour beaucoup d’entre nous, mais qui par expérience ne le sont pas pour tout le monde. Quelquefois, on peut aussi juste oublier, ou ne pas faire attention. Un exemple tout simple : lorsque l’on va hypnotiser des personnes dans la rue, on va suggérer avant l’induction que la personne restera debout, bien droite sur ses appuis. Ainsi, elle ne tombera pas au sol comme on peut le voir dans les spectacles.</p>
<p>Et puis le respect. Nous abordons de parfaits inconnus, qui acceptent généreusement de se prêter au jeu. Il est donc normal de leur montrer qu’on les respecte. On ne va pas être trop tactile dans notre approche, on va faire attention à ce qu’ils se sentent toujours bien, et surtout qu’ils repartent avec le sourire jusqu’aux oreilles et cette sensation inoubliable d’avoir appris à mieux se connaître grâce à l’hypnose. Il est hors de question de laisser repartir une personne après une séance d’hypnose de rue avec un mal de tête par exemple. Encore une fois, c’est peut-être évident pour tous ceux qui nous lisent, mais croyez-moi il n’est jamais inutile de le répéter.</p>
<h6>JDP : Il semble quand même qu’un certain nombre de jeunes n’ont pas pris le temps de lire vos recommandations éthiques. Au vu de certaines vidéos, beaucoup de vos membres s’en sont émus sur le forum. N’avez-vous pas ouvert l’hypnose à des personnes immatures et/ou irresponsables ?</h6>
<p>JEC : Certainement… Et à chaque fois, je me repose l’éternelle question : « dois-je continuer ? »</p>
<p>J’ai failli tout arrêter à plusieurs reprises. Parce que j’ai vu des personnes véhiculer une très mauvaise image de l’hypnose « à cause de moi ». Bien souvent, ils font très attention aux consignes de sécurité, mais oublient que le spectateur lambda qui va venir voir leur vidéo sur Youtube risque de ne pas interpréter les images de la bonne façon. Par exemple, s’il voit une jeune fille imiter une poule, il va tout de suite penser que cette malheureuse a été forcée pour réaliser une telle horreur devant la caméra. Or, il n’en est rien. Mais sorti de son contexte, l’hypnotiseur va une nouvelle fois véhiculer une image faussée et mal interprétée de l’hypnose. Inévitablement, cela contribue à la pérennité de tous les clichés et préjugés sur l’hypnose en France et ailleurs.</p>
<p>Et puis, j’en suis arrivé à une conclusion. Plutôt que de vouloir interdire ou empêcher les personnes immatures ou irresponsables d’apprendre l’hypnose – et puis, qui suis-je pour juger qui est apte ou non ? -, j’ai compris qu’il fallait au contraire informer encore plus. Si tout le monde savait que cette jeune fille avait juste envie de jouer le jeu, et que dans le cas contraire la suggestion ne serait pas passée, nous pourrions tous rire (ou non selon les goûts) sans retenue devant la vidéo, comme lorsque l’on voit des personnes faire la poule dans d’autres vidéos sans hypnose. Et cela ne nous empêcherait pas de continuer à demander une anesthésie sous hypnose pour notre prochaine opération, ou de nous faire hypnotiser pour le fun en toute confiance. Comprendre comment fonctionnent les suggestions permet de se libérer une bonne fois pour toutes de la peur de l’hypnose. Et c’est ce que je souhaite pour tous, plus que jamais.</p>
<div id="attachment_3384" style="width: 310px" class="wp-caption alignleft"><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/pancarte.png"><img class="size-full wp-image-3384" alt="pancarte Jean Emmanuel COMBE : de l’hypnose de rue à la formation de professionnels" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/pancarte.png" width="300" height="203" title="Jean Emmanuel COMBE : de l’hypnose de rue à la formation de professionnels" /></a>
<p class="wp-caption-text">Street Hypnose &#8211; Pancarte</p>
</div>
<h6>JDP : Venons-en à la pratique de l’hypnose de rue. Comment gérez-vous le premier contact avec des inconnus, comment amenez-vous des personnes lambda à accepter de se faire hypnotiser en pleine rue ?</h6>
<p>JEC : Dans la rue, nous avons deux méthodes qui prédominent. La première consiste à aller aborder des petits groupes de personnes pour leur proposer de vivre une belle expérience d’hypnose. Certains refusent, évidemment. Soit parce qu’ils sont pressés, soit parce qu’ils ont peur. Mais fort heureusement, de nombreuses personnes acceptent, curieuses, de jouer le jeu et de tester la puissance de leur imagination.</p>
<p>L’autre méthode, plus radicale mais plus simple aussi, consiste à sortir une pancarte « Séance d’hypnose gratuite » et attendre que des volontaires viennent à nous. L’inconvénient de cette méthode, c’est que l’on crée en général très vite un attroupement de personnes qui souhaitent elles aussi absolument essayer. C’est incroyable de constater à quel point il suffit pour une personne de voir quelqu’un se faire hypnotiser, pour tout à coup déclencher en elle cette urgence d’essayer elle aussi ; comme si elle avait peur de passer à côté de l’expérience de sa vie (et elle a sûrement raison !). Cette ferveur me dépasse quelquefois, et je préfère ainsi généralement prendre le temps d’aborder les gens, en leur expliquant calmement ma démarche, ma motivation, etc.</p>
<h6>JDP : Que se passe-t-il une fois que la personne a accepté de se faire hypnotiser ?</h6>
<p>JEC : Tout s’enchaîne très rapidement. Et j’insiste sur le « très ». En une minute, peut-être deux, la personne se retrouve debout, tête tombée vers l’avant, les yeux fermés, dans un profond état d’hypnose.</p>
<h6>JDP : Une fois la transe hypnotique obtenue, qu’apportez-vous au volontaire ? Quel intérêt en retire-t-il ?</h6>
<p>JEC : La séance d’hypnose de rue est orientée sur les phénomènes hypnotiques simplement parce que ce sont des évènements palpables, involontaires, concrets. Après l’induction, la personne est prête à enchaîner des phénomènes hypnotiques de plus en plus complexes. Bras qui se lève tout seul, main collée sur le front, oubli de son propre prénom, anesthésie d’une main, l’hypnotiseur qui devient invisible… La seule limite étant l’imagination de l’hypnotiseur et celle de son volontaire.<br />
Une personne qui vit un phénomène hypnotique SAIT qu’elle a été hypnotisée. Si elle a simplement eu l’impression d’être détendue et relâchée, elle va se poser mille questions et douter de l’efficacité de l’hypnose.</p>
<p>Néanmoins, il nous tient particulièrement à cœur de proposer une relaxation agréable, accompagnée d’une multitude de suggestions positives. Ainsi, nos suggestions sont souvent accompagnées de « courants de bien être » ou de « vagues de chaleur positives » pour leur plus grand plaisir.</p>
<p>Aussi, le réveil final leur apporte un bien être considérable. Cette impression d’être complètement requinqué, vidé de toutes les angoisses, en étant parfaitement relâché et détendu comme après un succulent massage de deux heures, laisse à nos volontaires une image clairement positive de leur expérience.</p>
<p>La découverte de l’hypnose est aussi un moyen d’apprendre à se découvrir soi même. On insiste lourdement sur le fait que ce sont EUX qui sont les acteurs de tous ces phénomènes, et nous de simples guides. Nous n’encourageons absolument pas la passivité. Ainsi, ils en ressortent avec cette fierté d’être capable de reproduire eux-mêmes tout ce que nous leur avons appris au cours de la séance. Ils peuvent retourner ensuite tout seuls dans ce profond état de relaxation à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.</p>
<h6>JDP : Pouvez-vous nous décrire votre pratique, les différents états hypnotiques auxquels vous parvenez ?</h6>
<p>JEC : Ma pratique étant tournée vers les phénomènes hypnotiques, je dirai qu’il y a très clairement différentes intensités, ou en tout cas différentes perceptions d’un même phénomène hypnotique selon la profondeur de l’expérience vécue. Ainsi, certaines personnes vont réellement oublier leur prénom et être persuadées de s’appeler Jean-René, faisant alors preuve d’un vrai lâcher prise. D’autres, plus résistantes, vont simplement avoir l’impression de ne plus pouvoir prononcer leur prénom, comme si l’information était disponible dans leur esprit mais refusait de sortir. Comme si elles avaient le mot sur le bout de la langue.</p>
<p>Le plus étonnant, c’est qu’il est possible – et c’est même là ce qui fait la force d’un bon hypnotiseur de rue – d’accompagner une personne pour l’aider à mieux appréhender un phénomène, à lâcher prise, jusqu’à vivre le même phénomène hypnotique avec une intensité supérieure.</p>
<p>Lors de la conférence « Hypnose Classique » organisée par Olivier Perrot (AFNH), j’ai réalisé une analgésie (aucune douleur perçue, tout en conservant une sensation de toucher) sur une personne, malgré avoir suggéré une anesthésie (aucune sensation perçue). Qu’à cela ne tienne, j’ai joué le rôle du guide et j’ai reformulé, approfondi l’expérience, jusqu’à que la personne lâche prise un peu plus et lève ses dernières résistances. Quelques secondes plus tard, elle vivait une totale anesthésie, comme si sa main anesthésiée ne lui appartenait plus.</p>
<h6>JDP : C’est comme une situation d’apprentissage pour la personne hypnotisée ?</h6>
<p>JEC : Exactement. L’hypnose est un apprentissage par levée d’obstacles. Et chaque fois que l’on passe une résistance, l’obstacle saute et est immédiatement remplacé par une porte dont seul le volontaire détient la clé. Ainsi, il est libre ensuite de vous ouvrir la porte de son inconscient pour revivre le même phénomène hypnotique à volonté. Etre hypnotisé, ça s’apprend !</p>
<h6>JDP : Comment gérez-vous les résistances ?</h6>
<p>JEC : Ma méthode principale pour gérer les résistances est la ruse. J’utilise les croyances de la personne pour lui démontrer qu’il est possible, même pour elle, de dépasser ses résistances.</p>
<p>Lorsqu’une personne me dit par exemple qu’elle ne visualise pas bien ce que je lui demande, je vais par exemple reformuler ma suggestion en présentant une métaphore complètement différente « qui marche 99% du temps sur les personnes kinesthésiques comme toi ». Et là, peu importe son canal sensoriel principal, la suggestion VA passer. J’ai menti, oui, et alors ?</p>
<p>Tant que la suggestion passe, c’est le principal ! Et une fois que la personne a vécu au moins une fois le phénomène hypnotique, on peut même lui avouer notre petite ruse. Cela ne changera rien</p>
<h6>JDP : Est-il question parfois de thérapie ?</h6>
<p>JEC : Non. Et j’y tiens. Cela fait partie de l’éthique que je m’impose et que je recommande à tous mes lecteurs.</p>
<p>Par contre, il est évident qu’une personne, qui vient de prendre une photo et parler avec sa star favorite qui vit en réalité de l’autre côté de l’atlantique, peut vous demander s’il est possible d’arrêter de fumer. En soi, on pourrait la faire arrêter de fumer en une seule suggestion : « et maintenant, tu n’as même plus envie de fumer ». Le problème, c’est que la thérapie ne fonctionne pas comme ça. Cette suggestion disparaîtrait au bout de quelques heures. Nos suggestions sont éphémères, là où la thérapie provoque des changements durables, quelquefois pour toute une vie.</p>
<p>J’ai créé des partenariats avec des hypnothérapeutes sur Toulouse. Lorsque j’ai une demande thérapeutique dans la rue, je renvoie vers les professionnels. En plus, les personnes arrivent dans le cabinet avec un conditionnement idéal, et l’outil hypnose devient alors d’autant plus performant.</p>
<h6>JDP : A la longue, puisque vous ne faites pas de thérapie, ne ressentez-vous pas un manque d’intérêt, une lassitude à hypnotiser des inconnus ?</h6>
<p>JEC : Aucune lassitude. J’aime l’hypnose de rue et toutes les rencontres que cette pratique m’apporte. Récemment, j’aidais une nouvelle recrue (féminine qui plus est, c’est tellement rare qu’il faut le signaler !) à aborder des inconnus pour qu’elle prenne confiance en elle et se jette à l’eau. J’ai alors hypnotisé une volontaire qui semblait un peu réticente. Vous auriez vu son visage lorsque j’arrivais au chiffre « 5 » pour l’inviter à ouvrir les yeux et se reconnecter à la réalité ! Un sourire éblouissant alors qu’elle s’étirait de bonheur, invitant ses collègues à ne surtout pas passer à côté d’une telle expérience. Elle se sentait envahie par ce fameux « courant de bien être » que l’on aime tant suggérer. Ce « merci » qu’elle nous a donné ensuite venait du fond du cœur. Et même si je sais que je ne reverrai probablement jamais ces personnes, je m’en moque. Je n’attends rien de plus. C’est comme si j’avais posé ma petite pierre sur un édifice qui me transcende complètement.<br />
Je vais tout de même nuancer : mon goût prononcé pour la communication et l’envie d’aider les autres me poussent quelquefois à me remettre en question. J’aimerais, si je le pouvais, étendre ma pratique à la thérapie. Or, n’ayant suivi aucune formation médicale, et ne disposant pas de moyens suffisants pour me former complètement, je préfère laisser la thérapie aux personnes plus compétentes.</p>
<h6>JDP : Vous ne parlez pas de thérapie sur le blog. Pourtant, on découvre au fil des sujets, que des thérapeutes s’y expriment. Que viennent-ils chercher ?</h6>
<p>JDP : Je pense que vous faites plutôt allusion au forum. Je serais ravi que certains thérapeutes viennent s’exprimer sur le blog à travers des articles relatant leurs expériences ou leurs apprentissages provenant de l’hypnose de rue, mais ce n’est pas le cas pour l’instant.</p>
<p>Sur le forum donc, je pense que ces personnes cherchent simplement une palette d’outils plus grande pour s’adapter à toutes les personnes qui vont venir dans leur cabinet. Certains patients, évidemment, ont besoin que l’induction soit lente, progressive… Mais d’autres auraient clairement besoin d’une induction rapide, voire instantanée, pour lâcher prise plus facilement. Et puis, sur une séance d’1h30 par exemple, si l’induction ne prend que quelques dizaines de secondes, c’est autant plus de temps épargné pour la thérapie ensuite.<br />
Enfin, même si ce n’est pas obligatoire, prouver à la personne qu’elle est bien sous hypnose à travers un phénomène hypnotique très simple (main collée sur la cuisse par exemple) peut l’aider à mieux assimiler toutes les suggestions thérapeutiques, plutôt que de se poser l’éternelle remise en question : « ai-je vraiment été hypnotisé ? Je me sentais normal pourtant… »</p>
<h6>JDP : Olivier Perrot, président de l’Association Française de Nouvelle Hypnose, vous a demandé d’intervenir dans une de ses formations dont le thème était l’hypnose classique. Avez-vous été surpris de cette proposition ?</h6>
<p>JEC : Complètement ! C’était la première fois qu’une personne qui forme des professionnels du monde médical s’intéressait à ma pratique d’hypnose de rue. J’ai été très agréablement surpris, et j’ai évidemment saisi l’occasion de faire connaître ma pratique.</p>
<h6>JDP : Vous êtes intervenu pendant plus de trois heures devant les stagiaires, tous des professionnels. Comment avez-vous structuré votre intervention et quel a été votre fil conducteur ?</h6>
<p>JEC : Tous ces professionnels connaissaient déjà parfaitement l’hypnose Ericksonienne. Ils savaient donc déjà induire un état hypnotique à proprement parler. Par contre, ils n’étaient pas forcément familiers avec les inductions instantanées et les phénomènes hypnotiques.<br />
Ma démarche a donc été de leur proposer d’apprendre des techniques utilisées en hypnose de rue, pour les adapter ensuite à leurs pratiques médicales respectives. Que ce soient des médecins urgentistes, des psychiatres, des infirmiers, mon objectif était de leur apporter des outils supplémentaires pour leur faciliter la vie. Quand on doit hypnotiser une personne dans l’urgence, il faut que ce soit rapide. Et cela tombe bien, les techniques d’hypnose de rue sont rapides, très rapides. Il faut aussi emmener la personne dans l’état d’hypnose le plus profond possible. Là encore, on peut s’appuyer sur les phénomènes hypnotiques pour tester la transe et l’approfondir davantage.</p>
<h6>JDP : Vous avez insisté sur le fait que la personne hypnotisée « joue le jeu ». Y compris en thérapie ?</h6>
<p>JEC : Une personne qui résiste peut délibérément empêcher tout phénomène hypnotique de se réaliser. Mais ce n’est ni dans son intérêt, ni dans le nôtre. En revanche, on ne demande absolument pas de « faire semblant ». On recherche plutôt la notion d’ouverture d’esprit, de lâcher prise. Quelque part, il faut qu’elle accepte d’être surprise. Et très souvent, à force de jouer le jeu, on finit par se laisser prendre en jeu ! Et c’est là que l’hypnose prend tout son sens.</p>
<h6>JDP : Olivier Perrot vous avait demandé de consacrer une partie de votre exposé au traitement de la douleur par l’hypnose. Vous avez, à cette occasion, raconté une anecdote que vous avez vécue. Pouvez-vous nous la relater ?</h6>
<p>JEC : Nous étions trois, en train de nous amuser tout près de la place du Capitole à Toulouse. Deux amis que j’avais déjà hypnotisés, et qui avaient vécu une panoplie de phénomènes hypnotiques très larges, dont l’anesthésie.</p>
<p>A un moment donné, ils chahutent entre eux, l’ongle de Cassandre se déchire et reste accroché à la bague de Tony. Elle ne s’en rend compte que quelques secondes plus tard, et manque de s’évanouir devant tout ce sang. Complètement paniquée, elle se tord littéralement de douleur. J’essaye donc de la calmer en lui demandant de fermer les yeux et de se concentrer sur sa respiration. Pendant ce temps, je lui ai demandé de faire remonter à la surface toutes les ressources lui permettant de mettre en veille temporairement ce signal de douleur, le temps de l’emmener se soigner. Je lui ai parlé comme à un petit enfant : « La douleur c’est comme un signal d’alarme pour te prévenir que quelque chose ne va pas. Comme on est au courant de ce qui ne va pas désormais, il est préférable que la douleur disparaisse le temps que l’on aille jusqu’à la pharmacie la plus proche pour te soigner cette plaie. ».</p>
<p>Et c’était tout. Elle n’avait plus mal. Et la pharmacienne a ainsi pu lui apporter les premiers soins en toute tranquillité. Elle n’en revenait pas. Elle avait l’impression que Cassandre dormait paisiblement alors qu’elle était en train de déposer du désinfectant sur sa plaie, chose qui aurait dû la faire crier de douleur.</p>
<p>J’aime raconter cette anecdote, parce qu’elle montre bien à quel point l’apprentissage de l’hypnose permettrait de gérer bien plus facilement toutes les situations de cas d’urgences liées à la douleur notamment.</p>
<h6><strong> JDP : Avec le recul, comment analysez-vous votre intervention lors de la formation avec Olivier Perrot, intervention qui était une première pour vous ?</strong></h6>
<p>JEC : Une expérience très enrichissante. J’ai reçu depuis plusieurs mails de remerciement. Des personnes qui se disaient « résistantes » et à qui j’ai fait découvrir des phénomènes hypnotiques, des personnes qui sont ravies de pouvoir utiliser les quelques techniques que j’ai présentées, des personnes qui souhaiteraient assister à l’une de nos démonstrations dans la rue, des personnes qui ont apprécié l’état d’esprit de ma présentation. Humainement parlant, cette intervention m’a apporté bien plus que ce que je ne pouvais espérer.</p>
<h6>JDP : Vous avez dû remarquer avec quelle attention tous ces professionnels ont suivi vos explications et avec quelle chaleur ils vous ont applaudi à la fin. Un encouragement pour recommencer ?</h6>
<p>JEC : Oui, clairement !</p>
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		<title>Rassurer l’enfant intérieur</title>
		<link>https://www.realites-hypnotiques.fr/rassurer-enfant-interieur/</link>
		<comments>https://www.realites-hypnotiques.fr/rassurer-enfant-interieur/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 12 Apr 2013 10:16:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jean Dupré]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Accompagnement et Thérapie]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[enfant intérieur]]></category>

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		<description><![CDATA[Quel est exactement le rôle d’un hypnotiseur ? Hypnotiser la personne venue le consulter ? Ou bien plutôt, lui montrer comment se dés-hypnotiser des transes de l’enfance ? Bien souvent, lorsque je reçois en consultation une personne venue pour dépasser une problématique ancienne, il s’avère que ce que la personne perçoit comme une problématique peut aussi être considérée [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3><b>Quel est exactement le rôle d’un hypnotiseur ? Hypnotiser la personne venue le consulter ? Ou bien plutôt, lui montrer comment se dés-hypnotiser des transes de l’enfance ?</b></h3>
<p>Bien souvent, lorsque je reçois en consultation une personne venue pour dépasser une problématique ancienne, il s’avère que ce que la personne perçoit comme une problématique peut aussi être considérée comme une solution archaïque, mise en place inconsciemment pour répondre à des besoins particuliers à un moment donné, et devenue limitante, obsolète.</p>
<p>Pour expliquer cela au client, j’utilise fréquemment la métaphore suivante : « <i>lorsque que nous étions enfant en bas âge, la meilleure façon que nous avions d’obtenir ce dont nous avions besoin – affection, nourriture, hygiène – était de pleurer. Chez un enfant un tel comportement n’est en rien problématique. C’est un comportement normal. Trente plus tard, un adulte qui n’aurait d’autre solution que de pleurer pour attirer l’attention de son entourage sur ses besoins, est en revanche en difficulté. Il a un problème. </i>»</p>
<p>Le développement « normal » de la personnalité voudrait que nous sachions à chaque âge, créer de nouvelles manières de répondre à nos besoins.  Des solutions qui soient à la fois adaptées à nos besoins premiers (pour ne pas dire primaires), mais aussi aux attentes de notre environnement. Car nous avons également besoin de nous intégrer dans un système de relations et ne pouvons nous abstraire totalement – sauf à en faire le choix radical – des attentes et du regard d’autrui.</p>
<p>Pourtant, chacun d’entre nous, en certains domaines de nos vies, pouvons parfois avoir le sentiment de nous sentir comme coincés, condamné à répéter inlassablement tel ou tel comportement ou émotion, généralement vécu comme désagréable, faute d’avoir su créer ces nouvelles solutions.</p>
<p>Sans faire de généralisation abusive, par exemple, bien des compulsions semblent avoir été à un moment donné de la vie d’une personne, une manière de se donner à soi-même une forme de sécurité ou de compensation affective. C’est la cigarette de l’adolescent, les troubles compulsifs qui donnent un semblant d’ordre à une vie sur laquelle on a le sentiment de manquer de contrôle, l’aliment qui vient combler une sensation de vide…</p>
<p>Et l’on pourrait légitimement se demander pourquoi, dès lors que le mécanisme est reconnu et identifié, il ne serait pas facile d’adopter rapidement et facilement une autre manière de répondre à un besoin, qui de surcroît, peut avoir disparu depuis longtemps.</p>
<p>Or, malgré parfois une conscience aigue des causes d’un problème, la personne ne trouve pas toujours en elle les ressources pour changer. Et s’il suffisait pour cela  de se dés-hypnotiser des transes de l’enfance, cet âge où, faute d’expérience et d’une identité suffisamment construite pour pondérer les influences extérieures nous sommes particulièrement suggestibles.</p>
<p>Pour pousser la réflexion jusqu’à la caricature : imaginez un enfant, laissé deux minutes seul dans un caddie au supermarché pendant que sa mère part chercher quelque chose dans un autre rayon. Pour peu que d’autres éléments, comme des bruits, des cris, viennent encore dramatiser ce bref instant, pendant ces deux minutes, cet enfant, qui se sait instinctivement vulnérable en l’absence d’un parent, peut être confronté à une très violente angoisse d’abandon ou de mort. Plus tard, par exemple dans chaque situation où il se sentira seul ou abandonné, cet enfant devenu adulte, pourra être étreint par la même angoisse violente, alors même que les éléments objectifs de risque ont disparu.</p>
<p>Sans doute, la plupart du temps, la répétition du traumatisme est-elle nécessaire pour installer durablement un comportement. Mais une seule expérience, vécue à un très fort niveau d’intensité émotionnelle, est susceptible de laisser dans le psychisme une trace suffisamment profonde pour ancrer une réaction durable. C’est le plus souvent le mécanisme même des phobies simples.</p>
<p>Ce mécanisme est d’ailleurs à l’œuvre même à l’âge adulte, pour peu que l’expérience traumatique soit suffisamment intense pour faire perdre le contrôle à notre cerveau rationnel, mis en incapacité d’avoir recours à son répertoire habituel de ressources.</p>
<p>Ce que j’ai pu constater c’est que, bien souvent, une intervention hypnotique simple permet de remettre en mouvement la capacité de l’individu à créer de nouvelles possibilités : ce que l’on appelle « la redirection d’histoire de vie ».</p>
<p>De manière schématique, l’objet de ce protocole est de permettre au consultant de revisiter, en tant qu’adulte, dans un état de forte sécurité émotionnelle, un ou des événements traumatisants, en position dissociée d’observateur. Donc, sans l’intensité bouleversante du moment traumatique.</p>
<p>Depuis cette position l’adulte observe l’enfant ou le moi passé et lui adresse mentalement tout ce que ce dernier aurait eu besoin de recevoir et de savoir à ce moment traumatique, ou un peu avant, pour pouvoir vivre l’instant de manière plus neutre, plus rassurante émotionnellement… et donc… de pouvoir envisager d’autres réactions à cet événement.</p>
<p>Cela paraît si simple que cela en est presque irréel : le simple fait d’avoir symboliquement, métaphoriquement, rassuré la personne que l’on était au moment où a été créé un automatisme, une réaction inconsciente, permet le plus souvent instantanément de réagir différemment à un stimulus de même ordre.</p>
<p>Comment un tel changement est-il possible ? Avançons une hypothèse : et si, par ce protocole nous ne faisions que créer dans le passé, de manière imaginaire, les deux conditions que Carl Rogers définissait comme nécessaires à l’expression de la créativité inhérente à chacun &#8211; un sentiment concomitant de sécurité et de liberté ?</p>
<p>Nous savons qu’à un niveau inconscient, la différence perçue entre réalité et imaginaire est ténue. Qu’il nous suffit d’imaginer un événement redouté à venir pour ressentir du stress par anticipations ; ou de nous remémorer un moment agréable pour en retrouver les émotions.</p>
<p>Recréer un sentiment de sécurité au niveau d’une empreinte émotionnelle du passé, permettrait alors à la personne de retrouver la créativité nécessaire à la création de nouvelles réactions inconscientes</p>
<p>Bien sûr, il est possible que ces nouvelles réactions ne soient pas plus appropriées que les anciennes. Parfois, elles n’apporteront pas exactement la même satisfaction aux besoins originels. Parfois les différences ne seront pas toutes immédiatement perceptibles. Mais dans un jeu renouvelé d’essais et d’erreurs, à partir du moment où la personne recouvre une plus grande flexibilité, une plus grande capacité à créer de nouvelles réactions, quelque chose de la problématique, de sa rigidité, est déjà dépassé, laissant ainsi la personne à même de se confronter avec plus de liberté aux inévitables épreuves et défis de la vie…</p>
<p>Et si nous apprenions à rassurer et encourager cette part d’enfance en nous, à chaque instant de notre vie ?</p>
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		<title>Quelques notions de Story Telling</title>
		<link>https://www.realites-hypnotiques.fr/quelques-notions-de-story-telling/</link>
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		<pubDate>Tue, 02 Apr 2013 12:26:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Kevin Finel]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Influence et Manipulation]]></category>
		<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[story telling]]></category>

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		<description><![CDATA[1. Le rôle de la surprise Une histoire, une vie Nous recherchons tous une chose lorsque nous utilisons l’hypnose : créer de l’impact. Nous savons que l’état hypnotique favorise l’accès à l’inconscient et nous l’utilisons pour que nos suggestions et nos protocoles gagnent en efficacité. Nous cherchons en permanence à créer un contexte hypnotique, et l’une [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h1>1. Le rôle de la surprise</h1>
<h4>Une histoire, une vie</h4>
<p>Nous recherchons tous une chose lorsque nous utilisons l’hypnose : créer de l’impact. Nous savons que l’état hypnotique favorise l’accès à l’inconscient et nous l’utilisons pour que nos suggestions et nos protocoles gagnent en efficacité.</p>
<p>Nous cherchons en permanence à créer un contexte hypnotique, et l’une des façons les plus anciennes que nous connaissons pour y parvenir consiste à raconter une histoire.</p>
<p>Le « graal » pour un hypnologue est de créer un contexte qui va marquer l’inconscient de son interlocuteur, et être un levier pour l’aider à changer, à se libérer d’un comportement, à atteindre son ou ses buts…  Une histoire qui change une vie.</p>
<p>Le story telling est la discipline qui étudie la façon de raconter, de mettre en scène une histoire pour qu’elle puisse avoir un impact puissant sur celui qui l’entend. Nombre de ces concepts pourraient être qualifiés de « générateurs d’hypnose », et peuvent être adaptés à notre pratique, comme celui qui consiste à « mettre en échec la machine à penser de son interlocuteur… pour la réparer ensuite. »</p>
<h4>Quoi de plus entêtant qu’une question ?</h4>
<p>Devant une question nous cherchons une réponse. Devant une réponse, nous arrêtons de penser.</p>
<p>L’un des premiers défis qui se pose à un accompagnant est d’attirer l’attention de son client/patient et de la conserver à un haut niveau pendant tout le temps de la relation. Etre à l’écoute de l’autre ne suffit pas pour cela, de créer de la confiance : cela peut même être contreproductif ! C’est l’une des erreurs les plus courantes que  de vouloir être trop rassurant … mais quelqu’un de trop rassurant est perçu comme prévisible, et génère peu d’impact.</p>
<div class="pullquote-wrapper left">
<div class="pullquote prociono">quelqu’un de trop rassurant est perçu comme prévisible, et génère peu d’impact</div>
</div>
<p>Toutes les personnes qui ont étudié les principes de séduction savent que le meilleur moyen d’attirer l’attention est de créer du questionnement chez son interlocuteur : le principe est utilisé par les bandes annonces au cinéma,  c’est celui du teasing : je crée des questions sans donner de réponses : en résultent l’attente, la recherche d’information, la réflexion…. La « machine à penser » de celui qui est dans le questionnement tourne  à plein régime !</p>
<p>La communication doit donc être à l’inverse, d’une recherche de bon sens et de simple gentillesse : c’est une autre règle de séduction : les personnes qui font preuve de bon sens et qui sont « gentilles » sont très vites oubliées, ou au mieux deviennent des « gentils amis ». Or, un accompagnant ne peut pas se permettre le luxe d’être un « ami » : les amis peuvent donner les meilleurs conseils du monde, ils sont rarement écoutés.</p>
<p>Il est donc utile de créer du questionnement, ou mieux encore, de la surprise ! La surprise nous fige, elle nous rend attentif à notre environnement.  Comme le remarque le Dr.  Paul Ekman, spécialiste de l’étude du langage non verbal, lorsque nous sommes surpris, nos sens sont « grands ouverts » : nos yeux s’écarquillent, nous sommes « bouche bée », comme si notre corps, voulait enregistrer et absorber plus d’informations. Il se met sur pause, devient immobile  pour nous laisser le temps d’assimiler ce qui nous arrive. C’est un état d’alerte : la surprise déstabilise et inconsciemment nous savons qu’il y a quelque chose à apprendre de la situation. Nous sommes alors particulièrement suggestibles et perméables à toute nouvelle information.</p>
<h4>Phase deux : créer un chaos qui a du sens</h4>
<p>Que fait une personne qui est dans un état d’instabilité ? Elle cherche à tout prix à se stabiliser ! Devant la surprise, nous cherchons du sens. Tout en nous est actif, sur le qui-vive… et tant qu’il n’y aura pas de réponse, il y aura un sentiment d’inconfort et de frustration.</p>
<p>Pourtant, de nombreuses personnes aiment les énigmes : pourquoi donc aimer quelque chose qui crée de l’instabilité ? Nous le savons tous : parce que le soulagement qui va naitre, quand le sens reviendra, sera agréable et procurera même une grande satisfaction. Et, bien souvent, nous anticipons cette sensation agréable dès le début de la période de questionnement / surprise.</p>
<p>2 idées en découlent :</p>
<p>-          La période de questionnement crée un chaos mental qui rend particulièrement suggestible.</p>
<p>-          Il faut ménager une porte de sortie : la perspective d’un soulagement futur qui passe par du sens.</p>
<p>Si on lit Erickson, on remarque non seulement qu’il utilisait souvent la confusion, mais surtout qu’il saturait ensuite sa communication de sous-entendus, de liens logiques… il créait ainsi un questionnement perpétuel, mais toujours avec une perspective de sens pour son patient.</p>
<p>Cette maîtrise de l’état émotionnel de l’interlocuteur se retrouve chez les conteurs talentueux et les scénaristes brillants. De nombreux films ont utilisé cette stratégie.  « 6<sup>e</sup> sens » en est un bon exemple : tout au long du film règne un décalage difficile à cerner, des indices sont donnés, mais il est difficile au spectateur de trouver la solution avant le coup de théâtre final.</p>
<p>C’est quand la révélation se fait, quand les pièces du puzzle s’emboitent, que le sentiment agréable arrive :   alors l’expérience est enregistrée, profondément intégrée.</p>
<p>Une surprise gratuite ne verrouille pas l’information : elle ne laissera de la place qu’à un sentiment de frustration et celui qui en est victime aura l’impression de s’être fait flouer.</p>
<p>Une surprise doit finir par avoir un sens, elle doit être « post visible ».</p>
<h4>Un jeu d’échecs… et de réussite ?</h4>
<p>Si l’on résume ces idées, nous pouvons donc imaginer des stratégies en 3 temps :</p>
<ol>
<li>Une annonce imprévisible, créatrice de questionnement et de surprise.</li>
<li>Une phase de recherche de sens, qui sera l’occasion de placer nos suggestions et dans laquelle nous semons nos indices.</li>
<li>Un accès au sens, à la compréhension, qui vient verrouiller l’ensemble de l’expérience.</li>
</ol>
<p>Un petit exemple ?</p>
<ol>
<li>« Vous êtes incapable de changer ! Personne n’est capable de changer…</li>
<li>…pourtant des gens changent, en permanence, sans même savoir pourquoi : pensez-vous qu’un bébé sait comment il fait pour passer d’un comportement à un autre ? Pourtant, vous ne pouvez pas changer. Vous l’avez fait, vous le ferez encore, mais vous en êtes incapable. [….]</li>
<li>…c’est votre inconscient qui peut y parvenir. Et c’est pour cela que vous êtes venu vers l’hypnose n’est-ce pas ? Pour faire ce que tout le monde fait, et que vous avez toujours fait : laisser votre inconscient s’occuper de vous aidez à changer. »</li>
</ol>
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		<title>La Synchronisation dans l&#8217;Hypnose et le Cinéma</title>
		<link>https://www.realites-hypnotiques.fr/clignements-synchronisation/</link>
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		<pubDate>Tue, 02 Apr 2013 11:53:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Romain Daudet-Jahan]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dynamique Sociale]]></category>
		<category><![CDATA[clignements]]></category>
		<category><![CDATA[synchronisation]]></category>

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		<description><![CDATA[« Mais comment on fait pour tout maîtriser en même temps ? » Me demandaient hier soir deux amis à l’avènement de leur troisième journée de formation en hypnose ericksonienne. « Ce n’est pas possible de gérer le regard, la respiration, de savoir ce que tu vas dire et en même temps d’être naturel. Et tes mains, tu les [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>« Mais comment on fait pour tout maîtriser en même temps ? » Me demandaient hier soir deux amis à l’avènement de leur troisième journée de formation en hypnose ericksonienne. « Ce n’est pas possible de gérer le regard, la respiration, de savoir ce que tu vas dire et en même temps d’être naturel. Et tes mains, tu les mets où tes mains ? » Ces réflexions et inquiétudes, beaucoup de personnes qui commencent à faire de l’hypnose se les posent avant d’intégrer les principes et outils de façon naturelle. Elles sont compréhensibles : apprendre à faire de l’hypnose, c’est réapprendre à communiquer, et c’est donc remettre en question un apprentissage et quelques croyances. Ce qui me semble remarquable néanmoins, c’est d’éprouver une telle difficulté à réapprendre quelque chose qui soit pourtant si grégaire, si animal, que les êtres humains n’aient nullement besoin d’aller à l’école pour le connaître : avoir une vraie conversation, c’est être en synchronisation.</p>
<p>Pour parler de ça, je veux citer le célèbre monteur américain <a title="Wikipedia - Walter Murch" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Walter_Murch" target="_blank">Walter Murch</a>, qui en 2001 dans son livre <span style="text-decoration: underline;">The Blink of an Eye<sup>1</sup></span> explique ni plus ni moins qu’un bon montage de film fait respirer les spectateurs en même temps que le personnage, et même cligner des yeux simultanément. Quelle surprise devant les mots d’un professionnel du cinéma qui compte dans sa filmographie des films comme : <span style="text-decoration: underline;">Apocalypse Now</span>, <span style="text-decoration: underline;">le Patient Anglais</span> et même <span style="text-decoration: underline;">le</span><i> </i><span style="text-decoration: underline;">Parrain 3</span><i>.</i> L’hypnotiseur et réalisateur que je suis ne pouvait s’empêcher d’y voir une osmose de plus entre ces deux pratiques. C’est bien de synchronisation qu’il s’agit, et d’un genre tout particulier. Nous apprenons quand nous nous formons à l’hypnose ericksonienne à envisager la synchronisation dans un échange dynamique, sans cesse renouvelé, avec un sujet. La synchronisation est une écologie de la conversation, et d’aucuns considèrent qu’elle relève d’une hygiène dialectique, d’un intérêt pur et sain à l’autre, débarrassé de toutes projections ou croyances. Elle est une considération pleine et intègre de l’autre, une écoute de son corps et de ses émotions, qui se cristallise dans un changement d’état mental et physiologique : le tonus musculaire change, la respiration, etc.</p>
<p>Simplement, là où sa réalisation se faisait pour moi dans le « temps réel » d’une conversation ou d’un échange social de type thérapeutique, Walter Murch l’appliquait au champ privilégié de l’identification artistique : le cinéma. Le cinéma plus que d’autres formes d’art a une capacité d’identification immense, et nombre des génies qui composent son histoire l’ont compris. Sans égrener ici des titres de films ou de faire du <i>name dropping</i> qui me ferait passer pour le plus honnête hipster rédacteur des Inrockuptibles, je me contenterai d’un exemple vu par beaucoup : la fin du film <span style="text-decoration: underline;">Titanic</span> de <a title="Wikipedia - James  Cameron" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/James_Cameron" target="_blank">James Cameron</a>. Quand Leonardo di Caprio est dans l’eau glaciale et Cate Blanchett sur le radeau (d’ailleurs personne n’a compris pourquoi il n’y montait pas sur ce radeau, il y avait largement la place) le spectateur éprouve un phénomène d’identification par synchronisation. En passant alternativement de l’un à l’autre des personnages, on peut ressentir la poitrine compressée par la pression aquatique, les extrémités qui gèlent et la parole qui se fait plus difficile à cause du froid. La force évocatrice de la souffrance de di Caprio provoque une synchronisation immédiate avec le spectateur : son état physique suggère une souffrance – que l’on sait artificielle – qui provoque l’empathie et l’identification <i>donc</i> la synchronisation. Néanmoins – et c’est ce qui me semble intéressant – là où la synchronisation passe dans la pratique de l’hypnose par une certaine symétrie physique et verbale, ici, on n’est pas plongé jusqu’au téton dans l’océan atlantique en hiver. Alors que se passe-t-il de si fort pour que l’on <i>se mette à la place</i> du personnage ?</p>
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<div class="pullquote prociono">Alors que se passe-t-il de si fort pour que l’on <i>se mette à la place</i> du personnage ?</div>
</div>
<p>Je propose l’idée que les phénomènes à l’œuvre au cinéma sont les mêmes qu’en hypnose moderne. La capacité de futurisation, de régression, de dissociation, sont des éléments de la grammaire cinématographique depuis bientôt plus de 100 ans puisqu’ils en appellent aux capacités de <i>visualisation</i> et de <i>représentations sensorielles</i> qui sont si sollicitées dans notre pratique professionnelle. Ainsi, les grands films et les grandes œuvres du 7<sup>e</sup> art en appellent peut-être à cette capacité de solliciter ces manifestations cognitives pour faire travailler et stimuler le cerveau. D’ailleurs, nombre de cinéastes ne disent-ils pas : « je veux que le spectateur sortent différemment de comme il est entré dans la salle ». Point besoin de forcer la métaphore pour considérer que la salle obscure est déjà le réceptacle et la source de cette activité mentale, à peine les yeux fermés. (Que la personne qui ne voie pas de lumière ou d’image lorsqu’elle ferme les paupières m’envoie un mail.)</p>
<p><a title="Wikipedia - Tony Kushner" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Tony_Kushner" target="_blank">Tony Kushner</a>, le scénariste du dernier film de Steven Spielberg, <span style="text-decoration: underline;">Lincoln</span>, ne dit pas autre chose lorsqu’il répond dans une interview : <i>« Il faut trouver un moyen de permettre au public de comprendre la complexité. Les gens sont intelligents, ils recherchent la complexité. Un matériau difficile les divertit davantage qu’une histoire qui ne les oblige pas à penser. Qu’ils en soient conscients ou non, ce qui ne les fait pas penser les ennuie. »<sup>2</sup></i> En d’autres termes, le cinéma comme l’hypnose en appellent à nos capacités cérébrales et excitent nos sens pour leur faire croire à la réalité représentée. Au fur et à mesure de l’évolution de l’art cinématographique, on stimule différentes zones et de façon changeante, ce qui explique qu’un spectateur de <span style="text-decoration: underline;">l’arrivée du train en gare de la Ciotat</span> des frères Lumière en 1895 aurait sans doute du mal à suivre <span style="text-decoration: underline;">Jason Bourne</span> aujourd’hui.</p>
<p>De la même façon, une rencontre impromptue dans la rue ou plus généralement dans un lieu public telle qu’on la pratique en Dynamique Sociale Hypnotique en appelle à des mécanismes assez proches. En effet, là où un praticien en cabinet peut prendre son temps pour se synchroniser (les premières minutes de rencontre généralement), un hypnotiseur de rue doit le faire avant même d’avoir dit bonjour à une personne, c’est-à-dire en moins de trois secondes. C’est une forme de synchronisation rapide, immédiate, mais peut-être moins ericksonienne que celle pratiquée en séance. En effet, il s’agit dans la rue d’imposer une réalité, de mettre en scène la rencontre de façon à laisser le moins de choix possible à son sujet. Il s’agit ni plus ni moins de suggérer la sympathie, la curiosité ou l’attraction à l’aide des outils qui sont les nôtres, pour créer de la confiance dans un premier temps, et de l’attraction dans un deuxième, afin d’établir un lien très fort en très peu de temps. Les résultats sont un peu à l’image des réactions émotionnelles d’un spectateur de cinéma : un sujet dans la rue disposé à vivre une expérience d’hypnose pourra vivre des états beaucoup plus spectaculaires qu’assis dans une pièce en prenant son temps. La Dynamique Sociale Hypnotique a cela d’intéressant qu’elle est imprévisible, excitante et mystérieuse, un peu comme un bon film.</p>
<p>Ainsi c’est bien la synchronisation qui permet une pleine expression et un plein ressenti des émotions, telle une bande passante ou un conduit bien aligné pour prendre une métaphore plombière. Elle sera rendue possible par un intérêt à l’autre simple et complet, par un certain oubli de soi et une écoute altruiste. Au cinéma néanmoins, elle est naturelle car fonction du processus cinématographique, ou autrement dit, elle fait partie du contrat tacite entre réalisateur et spectateur.</p>
<p><a title="Wikipedia - Stanley_Donen" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Stanley_Donen" target="_blank">Stanley Donen</a> parlait sûrement comme un hypnotiseur autant que comme l’immense réalisateur de comédies musicales qu’il est quand il dit dans un entretien</p>
<p><i>
<div class="quote-wrapper">
<div class="quote">Il faut intéresser les spectateurs, même s’ils ne savent rien d’autre que ce que montre l’action. Si cela ne m’intéresse pas, cela ne me paraît pas juste. Il faut que je capte très vite l’attention du spectateur… <sup>3</sup></div>
</div>
<p></i></p>
<p><i><sup>1</sup></i><i>Walter Murch, <span style="text-decoration: underline;">the Blink of an eye</span>, 2001.</i></p>
<p><i><sup>2</sup>Tony Kushner, Cahiers du cinéma n°686, fév. 2013</i></p>
<p><i><sup>3­­</sup>Stanley Donen, Cahiers du cinéma n°681, sept. 2012</i></p>
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		</item>
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		<title>L&#8217;hypnose&#8230; Mais sans le soufre</title>
		<link>https://www.realites-hypnotiques.fr/hypnose-sans-le-souffre/</link>
		<comments>https://www.realites-hypnotiques.fr/hypnose-sans-le-souffre/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 16 Mar 2013 14:17:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jean Dupré]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Accompagnement et Thérapie]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Edito]]></category>
		<category><![CDATA[apprentissage]]></category>
		<category><![CDATA[edito]]></category>
		<category><![CDATA[hypnose]]></category>
		<category><![CDATA[pédagogie]]></category>

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		<description><![CDATA[Pourquoi un magazine en ligne sur l’hypnose ? Certainement parce que la pratique de l’hypnose est une passion qui anime notre équipe éditoriale. Mais aussi et surtout parce que l’hypnose nous paraît encore souffrir &#8211; malgré les nombreuses recherches scientifiques de ces dernières décennies et la reconnaissance croissante de son efficacité -  d’une image aussi désuète [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h2>Pourquoi un magazine en ligne sur l’hypnose ?</h2>
<p>Certainement parce que la pratique de l’hypnose est une passion qui anime notre équipe éditoriale. Mais aussi et surtout parce que l’hypnose nous paraît encore souffrir &#8211; malgré les nombreuses recherches scientifiques de ces dernières décennies et la reconnaissance croissante de son efficacité -  d’une image aussi désuète qu’inappropriée.</p>
<p>Passons brièvement sur le fait que des phénomènes d’hypnose ou de transe sont rapportés à toutes les époques et dans toutes les cultures pour nous concentrer sur la manière dont elle est perçue et définie dans le monde occidental depuis environ trois siècles, c’est à dire, en gros, depuis le moment où elle a commencée à être un objet d’étude scientifique, au sens où nous entendons habituellement ce mot.</p>
<p>Très souvent, une fois que fut infirmée l’hypothèse de magnétisme animal, lorsqu’elle n’a pas été réduite à une manifestation hystérique, l’hypnose a été assimilée à un phénomène de sujétion de la volonté d’une personne à une autre.</p>
<div class="pullquote-wrapper left">
<div class="pullquote prociono">Il nous semble difficilement compréhensible de continuer à enfermer l’hypnose dans une représentation aussi simpliste et caricaturale</div>
</div>
<p>Certes la conception autoritaire de l’hypnose qui prévalait jusqu’à la fin de la première moitié du 20e siècle, favorisait une telle interprétation, que continue à entretenir la dimension spectaculaire de certaines démonstrations d’hypnose de cabaret.</p>
<p>Toutefois, un demi-siècle après les apports déterminants de <a title="Wikipedia - Milton Erickson" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Milton_Erickson" target="_blank">Milton Erickson</a> et des travaux sur l’interaction de l<a title="Ecole de Palo Alto" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cole_Palo_Alto" target="_blank">’école de Palo Alto</a>, il nous semble difficilement compréhensible de continuer à enfermer l’hypnose dans une représentation aussi simpliste et caricaturale. Et ce sera certainement l’un des objets fondamentaux de ce magazine que de tenter de rendre compte de l’irréductible complexité de ce phénomène appelé hypnose.</p>
<h2>Hypnose : des réalités diverses</h2>
<p>Déjà, le mot hypnose, nous semble-t-il, recouvre deux ordres de réalité distincts :</p>
<ul>
<li>d’une part  ce que l’on appellera par simplification un « état » de conscience dont la caractéristique serait, selon les définitions communément acceptées, d’être différent de « l’état normal ». Reste à définir ce que serait un état de conscience normal. Dans quel contexte, quel société, pour quelle personne ? La réponse définitive à cette question ne semble pas être à l’ordre du jour</li>
<li>d’autre part un processus relationnel permettant l’altération de cet « état » chez une personne. On est alors proche des idées d’influence, de manipulation ou simplement d’interaction. Il existerait ainsi des techniques ou un art hypnotique permettant de favoriser la modification de l’état psychique chez autrui.</li>
</ul>
<p>Mais selon quels critères objectifs un « état » psychique peut-il être qualifié d’hypnotique ?</p>
<p>La notion de suggestibilité mise en avant par <a title="Hippolyte Bernheim" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hippolyte_Bernheim" target="_blank">Hyppolyte Bernheim</a> à la fin du 19e siècle est sans doute un des critères les plus intéressants pour décrire ce que serait un état d’hypnose.</p>
<p>Sauf qu’à ce compte tout ou presque serait hypnose tant il est difficile de ne pas être suggestible ou influencé par ce que se passe sans cesse autour de nous.</p>
<p>Ainsi, par exemple, sommes-nous en état d’hypnose à chaque fois qu’une personne revêtue d’une autorité (parent, dirigeant politique, chef de service, médecins, psychothérapeute…) nous communique une idée que nous faisons notre ? Lorsque nous acceptons de nous soumettre à la volonté, à l’autorité, au savoir d’autrui ? Lorsque nous nous laissons influencer par une publicité, un discours, conditionnant un vote ou un acte d’achat ?</p>
<p>Y-a-t’il des degrés de suggestibilité ? Et à partir de quand passe-t-on d’un état normal à un état de suggestibilité suffisamment accrue pour que l’on puisse l’appeler hypnose. Faut-il des yeux fermés, une catalepsie, des mouvements involontaires, l’acceptation automatique des suggestions proposées par un hypnotiseur?</p>
<p>Certaines échelles tentent d’objectiver ce phénomène. Mais à ce jour, avouons-le, la diversité des comportements de chaque individu est telle qu’il nous semblerait inconséquent de prétendre y déceler une quelconque règle générale.
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<div class="pullquote prociono">La diversité des comportements de chaque individu est telle qu’il nous semblerait inconséquent de prétendre y déceler une quelconque règle générale</div>
</div>
<p>Alors, devons-nous appeler hypnose, cette hallucination qui, lorsque nous sommes face à quelqu’un que nous aimons, nous empêche de voir tout ce qui pourrait nous déranger chez cette personne et nous fait oublier, le temps d’un rendez-vous, non seulement tous nos soucis, mais même le monde environnant ?</p>
<p>Devons-nous appeler hypnose ces conditionnements et routines de pensées qui nous rendent parfois incapables d’aborder une information ou une situation sous un autre angle que celui sous lequel nous sommes habitués à la considérer ?</p>
<p>Devons-nous appeler hypnose tous ces états particuliers qui nous conduisent à accomplir certains actes de manière automatique ? Parler, marcher, conduire, ressentir une émotion particulière dans une situation donnée, agir sans avoir le sentiment de maîtriser nos actes…</p>
<p>Nous voilà donc face  à un objet infiniment plus complexe que la manière dont il est habituellement décrit.</p>
<h2>Vers une pédagogie de l&rsquo;utilisation de nos capacités psychiques</h2>
<p>Pour revenir au travail de <a title="Wikipedia Milton Erickson" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Milton_Erickson" target="_blank">Milton Erickson</a> et de son collaborateur <a title="Wikipedia Ernest Rossi" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernest_Lawrence_Rossi" target="_blank">Ernest Rossi</a>, l’un de leurs apports essentiels, nous semble-t-il, est d’avoir caractérisé l’hypnose comme un fonctionnement naturel et commun de notre système psychique, au même titre que le rêve ou le sommeil profond. Nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements de la compréhension de ce phénomène et de son utilité pour notre équilibre psychique, mais il nous semble que l’hypnose et la suggestibilité  peuvent également être envisagés comme le corollaire de la phénoménale capacité d’apprentissage du cerveau humain.</p>
<p>Si pour apprendre et nous développer, nous avons besoin d’être influencé, alors ce que l’on appelle suggestibilité ou hypnose est peut-être simplement un état particulier de plasticité mentale nous permettant de remettre à jours nos savoirs, qu’ils soient rationnels et objectifs, ou comportementaux et émotionnels.</p>
<p>Dans ce cas, la question qui nous anime, bien au-delà de la notion d’autorité, de sujétion ou de pouvoir, devient celle de la maîtrise et de l’utilisation de ces facultés naturelles chez chacun de nous. Et plutôt que s’interroger sur les dangers réels ou supposés de l’hypnose – qui ne sont peut-être pas si différents des dangers inhérents à toute relation &#8211; ne ferait-on pas mieux de penser l’hypnose comme une pédagogie de ces mécanismes mentaux chez chacun de nous ? Une pédagogie qui permettrait à chacun de savoir observer et modifier la manière dont nous nous parlons à nous même, dont nous créons sans cesse des images mentales de nos projets et de nos souvenirs et d’apprendre à être plus libres dans nos émotions, nos conceptions et nos comportements.</p>
<p>Alors au lieu du dyptique hypnotiseur/dominant &#8211; hypnotisé/dominé nous pourrions penser la fonction de l’hypnotiseur comme celle d’un pédagogue enseignant à l’hypnotisé l’observation et l’utilisation choisie de ses mécanismes mentaux. Afin qu’au lieu d’être prisonniers d’emprises inconscientes, chacun puisse choisir d’utiliser au mieux les extraordinaire capacités de l’esprit humain.</p>
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		<title>L&#8217;hypnotiseur, un sorcier moderne</title>
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		<pubDate>Sat, 16 Mar 2013 12:16:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Kevin Finel]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Accompagnement et Thérapie]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[hypnologue]]></category>
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		<description><![CDATA[Notre monde est un monde qui se veut rationnel, dans lequel la conscience s&#8217;est vue attribuée un rôle dominant et une fonction de contrôle. Idéalement, nous serions des êtres logiques, capables de prendre des décisions et de nous construire à partir d&#8217;une analyse pragmatique, en fonction de paramètres rationnels, quantifiables. Nous devrions alors être en [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Notre monde est un monde qui se veut rationnel, dans lequel la conscience s&rsquo;est vue attribuée un rôle dominant et une fonction de contrôle. Idéalement, nous serions des êtres logiques, capables de prendre des décisions et de nous construire à partir d&rsquo;une analyse pragmatique, en fonction de paramètres rationnels, quantifiables.</p>
<p>Nous devrions alors être en mesure de choisir nos comportements et nos réactions, de canaliser nos émotions et de jongler avec nos capacités, n’est-ce pas ?</p>
<p>Or, nous constatons au quotidien que ce n&rsquo;est pas le cas : notre capacité d&rsquo;action est très faible sur ces terrains.<br />
Tout cela est géré en nous à un niveau inconscient, et s&rsquo;avère difficilement accessible pour notre volonté : une personne peu rationaliser autant qu&rsquo;elle le veut une peur ou encore une attirance, décider qu&rsquo;elle est absurde ou illogique&#8230; de tels raisonnements sont balayés en un instant quand une émotion se présente.<br />
La question est donc : comment atteindre ce qui nous échappe, comment agir sur la partie la plus inconsciente de notre être ?</p>
<p>La réponse n&rsquo;est pas, à ce qu&rsquo;il semble, dans la surenchère de logique ou de contrôle.<br />
Sans doute serait-il plus pragmatique d&rsquo;aborder notre inconscient comme nous aborderions une autre culture en ethnologie : en rentrant dans son fonctionnement, dans &laquo;&nbsp;sa&nbsp;&raquo; logique, sans jugement aucun, en l&rsquo;explorant de l&rsquo;intérieur, à partir de ses mécanismes et de ses fonctionnements.</p>
<p>Peut-être qu&rsquo;alors nous pourrions comprendre d&rsquo;une autre façon les &laquo;&nbsp;sorciers&nbsp;&raquo; et autres mystiques des traditions anciennes.<br />
Peut-être que leur pratique n&rsquo;était pas &#8211; contrairement à ce qui est souvent énoncé &#8211; un simple amalgame de superstitions naïves et archaïques, mais au contraire, une tentative de compréhension et de représentation de notre monde inconscient, et surtout une façon d&rsquo;entrer en contact avec lui.<br />
Peut-être qu&rsquo;alors, rituels et autres mises en scène, peuvent apparaître comme d&rsquo;habiles moyens de communication avec la partie la plus profonde, la plus inconsciente de notre être.<br />
Il semble même que les progrès dans la compréhension de nos mécanismes cérébraux et de nos comportements pourraient nous aider à adapter ces intuitions ancestrales à notre société moderne, et même, soyons ambitieux, à les améliorer.</p>
<h2>Enfance, raison, blocage : le contexte qui oblige l&rsquo;hypnose&#8230;.</h2>
<p>Dans ses premières années un enfant est une véritable machine à apprendre. Il est naturellement curieux et réceptif. Cette première forme d’éducation ne passe pas par le filtre de la conscience, par les pensées ou encore l’analyse : un enfant absorbe sans se poser de questions.<br />
De façon intuitive, il passe par l&rsquo;imitation pour apprendre, et évoluer, et donc par le corps et le ressenti, plus que par la raison : c’est en reproduisant des gestes, des mimiques, que nous avons appris par exemple à nous servir de notre corps et en imitant des sons que nous avons commencé à apprendre notre langue maternelle.<br />
A ce stade, une enfant est flexible : il apprend et désapprend, crée de nouveaux comportements et en abandonne d’autres chaque jour. Il n’a pas d’à priori et, pour lui, le concept d’échec n’existe pas : un enfant tombe et se relève sans se poser de question… surtout si il y a quelque chose d’intéressant à attraper devant lui !</p>
<p>Puis, arrivent la pensée, la logique et la raison. C’est un autre mode de fonctionnement qui commence alors se développer. Un mode fortement privilégié et encouragé : nous sommes dans une culture qui dope notre développement conscient, tout en laissant de côté ou même en dénigrant notre fonctionnement inconscient.<br />
Pire encore, nous apprenons le plus souvent à nous méfier de nos émotions, à les considérer comme étant dangereuses : il est de bon ton pour un honnête homme de les refouler, de les ignorer.</p>
<p>Malheureusement, cette frontière qui s&rsquo;installe entre nos fonctionnements conscients et nos fonctionnements inconscients est à l&rsquo;origine d&rsquo;un véritable cercle vicieux :<br />
Quand une émotion &laquo;&nbsp;négative&nbsp;&raquo; se présente, ou bien qu&rsquo;un comportement n&rsquo;est pas/ n’est plus adapté, la conscience cherche à le maîtriser et à répondre avec la pensée logique. Cette réponse sera souvent partielle ou inadaptée, créant de la frustration, de l&rsquo;impuissance et, au final, une situation qui contraint à la remise en cause&#8230; ou au blocage !</p>
<p>Prenons un exemple : combien de personnes tentent de répondre à une compulsion alimentaire par un régime ? C&rsquo;est une réponse consciente, en apparence logique au problème qui se pose. La conscience évolue dans un monde qui se veut rationnel, où le poids est une question de calories. Elle cherche des liens de cause à effet qu&rsquo;elle peut identifier et quantifier.<br />
Mais, le résultat est prévisible : ceci ne fait bien souvent qu&rsquo;aggraver le problème. Les régimes &laquo;&nbsp;yoyo&nbsp;&raquo; finissent par dérégler le corps, par l&rsquo;affaiblir, tandis qu&rsquo;à chaque tentative, le poids augmente encore et encore comme pour signifier à la conscience qu&rsquo;elle se trompe de voie.</p>
<p>Pire encore : plus une personne investi en temps, en argent, et en énergie dans cette logique, plus il lui est difficile de la remettre en cause ou de l&rsquo;abandonner ! Ce serait avouer que la logique ne suffit pas, et que tous ces efforts ont été inutiles et vain, et surtout ce serait se confronter à l&rsquo;inconnu, à cette partie inconsciente qui contrôle réellement les réactions, les envies et les émotions&#8230; ce qui peut être effrayant, on peut le concevoir, pour une personne qui s&rsquo;est coupée de cela.<br />
Se construit alors une résistance au changement&#8230; C&rsquo;est le fameux &laquo;&nbsp;je veux changer mais ne touchez à rien !&nbsp;&raquo; bien connu des professionnels de l&rsquo;accompagnement. La conscience se crée un bastion inaccessible et se coupe plus encore de ce qui vient de l&rsquo;inconscient&#8230; elle ne rêve plus, elle survit.</p>
<h2>Quand il faut faire appel aux mystères&#8230;</h2>
<p>Il faut donc franchir les obstacles, lever les résistances, créer un pont vers l&rsquo;inconscient, qui seul est capable de générer un changement complet, acceptable et durable&#8230;<br />
Comment ? Par la sorcellerie bien-sûr ! Sorcellerie… dans le sens d&rsquo;un système organisé d&rsquo;outils permettant de fissurer la vision consciente du monde et d&rsquo;ouvrir d&rsquo;une certaine façon la porte vers l&rsquo;inconscient.<br />
Et c&rsquo;est sans doute le même constat qui a mené, dans de nombreuses traditions, la création de systèmes destinées à altérer l&rsquo;état de conscience, et dont l&rsquo;hypnose n&rsquo;est que la variante moderne et occidentale.</p>
<p>En voici les grands principes :</p>
<h3>1 : Le prétexte</h3>
<p>Il faut se souvenir que l&rsquo;hypnotiseur est avant tout un prétexte : il n&rsquo;est pas &laquo;&nbsp;normal&nbsp;&raquo; de changer facilement dans notre monde, aussi, il faut une occasion particulière, un contexte unique, une excuse pour lâcher prise et justifier envers soi &#8211; mais aussi envers le monde extérieur, ses proches, ses amis&#8230; &#8211; un changement de comportement, d&rsquo;identité.<br />
L&rsquo;hypnotiseur incarne cette excuse, comme l&rsquo;ont fait ou le font toujours, le sorcier, le shaman, où même le philosophe et le psychanalyste.<br />
Dans cette perspective, l&rsquo;hypnotiseur incarne le changement : il offre une occasion de perte de contrôle.</p>
<h3>2 : Le contexte</h3>
<p>Dans de nombreuses traditions, la métaphore d&rsquo;un « second monde » est donnée, le monde du rêve, la seconde intention, le monde des esprits&#8230; les métaphores sont nombreuses pour le décrire et chaque tradition a la sienne. Il s&rsquo;agit à chaque fois d&rsquo;inventer un lieu, un contexte dans lequel la logique n&rsquo;existe plus et où le rêve est permis. Un monde symbolique où règnent l&rsquo;association d&rsquo;idée, la métaphore, et la prise de conscience.<br />
C&rsquo;est le monde du rêve : un endroit qui invite celui qui y pénètre à lâcher-prise car il ne peut que constater son incapacité à maîtriser et à comprendre ses rouages&#8230; il ne peut que sentir, ressentir, découvrir et être dans la curiosité.<br />
Un monde où l&rsquo;imaginaire est roi et dans lequel une personne se reconnecte, enfin, à la logique de l&rsquo;enfance.<br />
L&rsquo;hypnose s&rsquo;inscrit dans cette tradition : la métaphore de l&rsquo;inconscient est son socle créatif : on amène le sujet hypnotisé à pénétrer dans cet « autre lui-même », se lieu où tout se crée, cette partie cachée de nous, capable de nous comprendre, de nous connaitre, de nous changer&#8230;. L&rsquo;idée est même séduisante pour notre logique : ce qui nous dépasse se trouve dans l&rsquo;inconscient, et cette partie inconsciente de nous contrôle nos mécanismes&#8230; c&rsquo;est donc en allant vers elle que les solutions peuvent apparaître !</p>
<h3>3 : Raconter une histoire&#8230;</h3>
<p>Le contexte est posé&#8230;encore faut-il pouvoir entrer dans ce 2e monde ! C&rsquo;est ici que se développent nos « artifices », notre mise en scène. Car une personne qui est dans ses résistances ne va pas y rentrer facilement, même si elle le désire. Elle a besoin de confiance et a souvent des peurs à dépasser pour ouvrir la porte à cet part inconnue d&rsquo;elle-même. La forcer ne servirait à rien et serait même dangereux : l&rsquo;hypnose de spectacle peut se le permettre car elle se présente comme un divertissement&#8230; quand il s&rsquo;agit d&rsquo;accompagnement, il convient d&rsquo;être prudent et précis, progressif.</p>
<p>Le sorcier a cet avantage qu’il est lui-même perçu comment étant entre ces deux mondes, comme pour nous y inviter&#8230; et pour cela, il nous raconte une histoire&#8230;<br />
Il va mettre en scène son interaction avec celui qu&rsquo;il guide. Il doit pour cela aller le chercher dans son monde et ensuite, méthodiquement, il va commencer à fissurer sa vision habituelle.<br />
Il part donc de ce qu&rsquo;il observe, du présent, pour bousculer ensuite les repères.<br />
C&rsquo;est ici l&rsquo;outil bien connu des hypnologues : &laquo;&nbsp;pacing &#8211; leading&nbsp;&raquo;.<br />
C&rsquo;est l&rsquo;emploi de la ratification, de la reformulation, du questionnement&#8230;<br />
C&rsquo;est <a title="Wikipedia - Socrate" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Socrate">Socrate</a> qui feint d’être en accord avec son interlocuteur pour, de l&rsquo;intérieur, poser une question qui fera l&rsquo;effet d&rsquo;une véritable « bombe mentale ».<br />
C&rsquo;est <a title="Wikipedia Richard Bandler" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Bandler">Richard Bandler</a> qui &laquo;&nbsp;devient&nbsp;&raquo; son interlocuteur par la synchronisation pour le &laquo;&nbsp;ferrer&nbsp;&raquo; et l&rsquo;entrainer ensuite dans un mécanisme de recadrage.<br />
C&rsquo;est le sorcier de <a title="Wikipedia Carlos Castaneda" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Carlos_Castaneda" target="_blank">Castaneda </a>qui joue l&rsquo;homme ordinaire et rassurant pour ensuite changer de personnalité et devenir imprévisible&#8230;</p>
<h3>4 Mise en scène et rituel.</h3>
<p>L&rsquo;hypnose devient alors un art de la communication. Nous sommes ici proche de l’art du conteur ou même de celui du poète : le sorcier raconte ses histoires autour d&rsquo;un feu, la nuit &#8211; période qui déjà invite à baisser la garde, à entrer dans une vision onirique. Il utilise pour cela un rituel, qui joue un rôle de déclencheur. Ce rituel peut-être symbolique, mais il donne un message fort : quelque chose commence ! Le contexte est posé !<br />
Rituel et histoire introduisent aussi la notion de progression, mais dont la nature échappe souvent à celui qui y assiste : il devient alors troublant de savoir qu&rsquo;il y a une logique, mais qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas compréhensible. La curiosité est une tendance forte, elle se mue en impatience quand elle est stimulée fortement, et tout cela est au service du sorcier : le désir, la curiosité et l&rsquo;impatience permettent de dépasser les résistances formées par les différentes peurs. Tout cela nous ramène encore une fois vers les mécanismes de l&rsquo;enfance !</p>
<p>La personne hypnotisé sait que le &laquo;&nbsp;rituel&nbsp;&raquo; commence quand elle s&rsquo;assoit devant l&rsquo;hypnologue, elle sait &#8211; imagine &#8211; que ce rituel passe à une étape cruciale quand on lui demande de fermer les yeux, ou encore quand elle sent que certaines suggestions commencent à modifier quelque chose en elle. Elle ne peut s&rsquo;empêcher d&rsquo;aller plus loin quand l&rsquo;hypnotiseur / metteur en scène fait monter son envie ou sa frustration&#8230; elle rentre alors complétement dans l&rsquo;état d&rsquo;hypnose, de rêve : dans le rituel.</p>
<h3>5 Un monde de croyance et de manipulation&#8230;</h3>
<p>Le sorcier doit maintenir un certain niveau d&rsquo;inconfort, d&rsquo;instabilité pour éviter que la conscience ne reprenne ses droits trop vite et viennent freiner le processus de changement. Il existe de nombreuses façons d&rsquo;y parvenir, mais souvent, cela passe par une capacité pour le sorcier à être imprévisible, inattendu.<br />
Il déstabilise, remet en cause, use de la confusion, d&rsquo;un langage métaphorique, il sature la conscience&#8230; ce sont tous les outils que nous connaissons bien en hypnose et qui forment la base de notre pratique. Ils ont souvent été perçus comme des outils de manipulation &#8211; avec cette connotation moderne peu flatteuse, souvenons-nous de la discrimination des sophistes&#8230; par Socrate lui-même -<br />
Pourtant, cette &laquo;&nbsp;manipulation&nbsp;&raquo; est obligatoire pour contrer une autre manipulation : celle du mental, qui fige, qui retient&#8230; elle est en fait bien plus une dé-manipulation visant à amener une personne à retrouver une capacité de remise en cause, un esprit critique quant à elle-même !</p>
<p>Le but de tout ce &laquo;&nbsp;jeu&nbsp;&raquo; est, simplement, d&rsquo;aider une personne à considérer que ses croyances conscientes ne sont que des croyances, des possibilités, et qu&rsquo;en les dépassants, elle va pouvoir, si elle le souhaite, en choisir d&rsquo;autres, plus adaptées et surtout plus intéressantes.</p>
<h3>6 Retourner la question</h3>
<p>Bien souvent, le sorcier ne donne pas de réponses, il n&rsquo;a pas à en donner : on attend de lui qu&rsquo;il pose les bonnes questions, qu&rsquo;il crée le contexte idéal, mais pas qu&rsquo;il dirige ou qu&rsquo;il prenne le pouvoir : il n&rsquo;est qu&rsquo;une porte, et jamais un donneur de leçon où un gourou.<br />
Quand on pose une question au sorcier, il répond par une autre question&#8230; jamais de réponses, juste d&rsquo;autres questions ! Bien entendu, cela peut sembler frustrant, et souvent les « sages » sont caricaturés sur cette façon de procéder… pourtant c’est une question d’éthique avant tout : donner une réponse limite, poser une question favorise la prise de conscience !</p>
<h3>7 Le dénouement</h3>
<p>Toute histoire a une fin, et le sorcier, même si il ne délivre pas de conseils ou de réponse, se doit de favoriser l’atteinte de l’objectif, du changement désiré par son interlocuteur. Il dispose pour cela de plusieurs outils, dont le principal est ce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui nous appellerions le &laquo;&nbsp;story-telling&nbsp;&raquo;.<br />
Les récits proposés par le sorcier vont transformer celui qu&rsquo;il guide en héros de sa propre histoire. Il doit l&rsquo;aider à trouver ses ressources, à se poser les bonnes questions, il incite son inconscient à créer de nouvelles possibilités. Ce sont les protocoles de l&rsquo;hypnotiseur, qui ne sont, en fin de compte que des trames d&rsquo;histoires favorisant une montée dramatique dont le point d&rsquo;orgue est le changement.</p>
<p>Souvent, il y a alors amnésie, au moins partielle : la conscience ne veut pas toujours se souvenir de tout ce qu&rsquo;elle a traversé pour atteindre son but. Tout comme elle oublie volontiers certains rêves au réveil, elle laissera l&rsquo;expérience se &laquo;&nbsp;dissoudre&nbsp;&raquo; pour n&rsquo;en garder que quelques bribes. Parfois même, le changement semble si naturel que certains oublient qu&rsquo;il a pu en être autrement un jour&#8230; Le sorcier / hypnologue se retire alors, en toute discrétion, et disparait. Il n&rsquo;aura été qu&rsquo;une ombre traversant avec discrétion et humilité la vie de son interlocuteur&#8230;</p>
<p>Aujourd&rsquo;hui, le sorcier est donc devenu hypnologue, ou &laquo;&nbsp;mieux&nbsp;&raquo; encore, psychothérapeute, coach, manager&#8230;<br />
Il tisse ses histoires à partir du monde dans lequel il vit, monde qui lui apporte un nouveau socle pour créer du récit : sciences sociales, psychologie, cybernétique, neurosciences&#8230;<br />
Ces &laquo;&nbsp;nouvelles&nbsp;&raquo; disciplines lui offrent des possibilités inespérées : il a pour la première fois une explication logique et scientifique à ses rituels, à ses intuitions. Il peut mieux que jamais les analyser, et même les affiner !</p>
<p>En fait, il n&rsquo;a sans doute jamais eu autant de possibilité pour exercer son art&#8230;<br />
Maitriser ces outils, devenir un hypnologue accompli est sans doute un des plus beaux défis qui puisse être aujourd&rsquo;hui.</p>
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