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	<title>Réalités Hypnotiques &#187; La Pratique de l&rsquo;Hypnose</title>
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	<description>Le Magazine de l&#039;Hypnose et des Neurosciences</description>
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		<title>L&#8217;intelligence subconsciente</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Dec 2013 10:23:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Garnier]]></dc:creator>
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		<category><![CDATA[La Pratique de l'Hypnose]]></category>
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		<category><![CDATA[bernheim]]></category>
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		<description><![CDATA[Aujourd&#8217;hui, l&#8217;hypnose fascine. Et beaucoup rêvent d&#8217;une manière fiable et scientifique de comprendre ce qu&#8217;elle est. Mais au XIXème siècle, les psychiatres qui se l&#8217;approprièrent poursuivaient un autre Graal : comprendre l&#8217;humain. L&#8217;hypnose n&#8217;était qu&#8217;un outil leur permettant de créer des conditions expérimentales en vue de faire émerger les mécanismes psychiques et nerveux. Et c&#8217;est ainsi [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;hypnose fascine. Et beaucoup rêvent d&rsquo;une manière fiable et scientifique de comprendre ce qu&rsquo;elle est. Mais au XIXème siècle, les psychiatres qui se l&rsquo;approprièrent poursuivaient un autre Graal : comprendre l&rsquo;humain. L&rsquo;hypnose n&rsquo;était qu&rsquo;un outil leur permettant de créer des conditions expérimentales en vue de faire émerger les mécanismes psychiques et nerveux.</p>
<p>Et c&rsquo;est ainsi par l&rsquo;expérimentation qu&rsquo;ils observèrent ce qui n&rsquo;était jusque là, pour Leibniz et les philosophes, qu&rsquo;un objet de spéculation : l&rsquo;inconscient.</p>
<h2>Suggestions hypnotique et post-hypnotique</h2>
<p>Une personne sous hypnose n&rsquo;est pas une condition expérimentale qui fournisse beaucoup d&rsquo;informations. En réalité, ce qui est tout à fait précieux pour l&rsquo;observation, ce sont les phénomènes de la conscience qu&rsquo;autorise cet état, et parmi eux, un en particulier qui est indissociable de la découverte de l&rsquo;inconscient : la suggestion post-hypnotique.</p>
<p>Pour rappel, la suggestion hypnotique consiste à demander à une personne sous hypnose de faire quelque chose (mentalement ou physiquement). Alors la personne le fait, non pas comme elle le ferait d&rsquo;habitude, par décision volontaire, mais exécute l&rsquo;action de façon automatique, sans besoin d&rsquo;y réfléchir, à condition qu&rsquo;elle n&rsquo;y oppose pas de résistance. <strong>La suggestion <i>post-</i>hypnotique, quant à elle, consiste à demander à une personne de faire quelque chose (mentalement ou physiquement) plus tard, lorsqu&rsquo;elle ne sera plus en hypnose, après son réveil</strong>.</p>
<p>Prenons un exemple : Raymond est dans une profonde hypnose. Son hypnotiseur lui commande alors : <i>« Dimanche prochain, quand vous irez au marché, vous achèterez un rutabaga !».</i></p>
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<div class="pullquote prociono"><b>La suggestion en hypnose est un mécanisme ; le subconscient est son lieu ; le langage est ce qui le détermine ; et la motivation est son carburant.</b></div>
</div>
<p>Si la suggestion post-hypnotique est menée de façon parfaite, Raymond ne se souviendra pas que l&rsquo;hypnotiseur le lui a demandé, et c&rsquo;est seulement devant le maraîcher du marché qu&rsquo;il aura une envie, ou un réflexe d&rsquo;acheter un rutabaga en question.</p>
<p>Il est possible qu&rsquo;il le fasse alors purement automatiquement et sans s&rsquo;en rendre compte, prêt à nier même avoir acheté un rutabaga. Il est également possible que Raymond trouve une bonne raison d&rsquo;acheter ce rutabaga afin de justifier son acte.</p>
<p>Cette suggestion post-hypnotique peut être ponctuelle, mais aussi répétitive. Exemple : <i>« Chaque dimanche, sur le marché, vous achèterez un rutabaga »</i>. Raymond pourra acheter son rutabaga pendant des années, ou bien cette suggestion s&rsquo;estompera plus ou moins rapidement, car elle manquera d&rsquo;un véritable mobile. En effet, la suggestion en hypnose est un mécanisme ; le subconscient est son lieu ; le langage est ce qui le détermine ; et la motivation est son carburant.</p>
<h2>Qui se souvient ? L&rsquo;hypothèse de l&rsquo;association</h2>
<p>Dans ces conditions, la suggestion post-hypnotique pose une question : si la personne a oublié le moment où l&rsquo;hypnotiseur lui a formulé la suggestion, et si la personne ne se souvient pas de ce qu&rsquo;on lui a demandé, qu&rsquo;est-ce qui s&rsquo;active en elle au moment venu ?</p>
<p>Si Raymond ne se souvient pas du contenu de la séance, qu&rsquo;est-ce qui, en lui, se souvient si bien qu&rsquo;il n&rsquo;oubliera même pas, le jour venu, d&rsquo;acheter un rutabaga sur le marché ?</p>
<p>Le docteur <a title="Charles Richet - Wikipedia" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Richet" target="_blank">Charles Richet</a>  conclut à un mécanisme d&rsquo;association d&rsquo;idées.</p>
<p>Pour reprendre notre exemple, une association d&rsquo;idée serait créée artificiellement entre le marché et le rutabaga, l&rsquo;une faisant surgir l&rsquo;autre aussi sûrement que la petite musique de la phrase « 2+2 » fait surgir instantanément un « 4 » dans votre tête.</p>
<p>Raymond n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;y penser chaque jour. Il va au marché et, d&rsquo;un coup, l&rsquo;idée d&rsquo;acheter un rutabaga surgit aussi naturellement que si elle était une vieille habitude. Durant tout la semaine, cette association restait en latence. Et le mécanisme s&rsquo;active quand le déclencheur (Dimanche + marché) se présente.</p>
<p>Mais le philosophe <a title="Wikipedia - Paul Janet" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Janet_(philosophe)" target="_blank">Paul Janet</a> émet une réserve que son neveu, <a title="Wikipedia - Pierre Janet" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Janet" target="_blank">Pierre Janet</a>  fait sienne, au point de démontrer la faiblesse de cette explication.</p>
<p>En effet, que se passe-t-il si l&rsquo;on donne à Raymond une suggestion post-hypnotique du type suivant : <i>« Dans vingt-sept jours, vous irez chez le marchand acheter un rutabaga » ?</i></p>
<p>Alors l&rsquo;achat du rutabaga n&rsquo;est pas lié à son activité hebdomadaire d&rsquo;aller au marché. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;association d&rsquo;idées possible, car il n&rsquo;y a pas de déclencheur qui puisse être perçu. Le déclencheur consiste à compter les jours, sans s&rsquo;y perdre. Mais s&rsquo;il a oublié la suggestion, il ne compte pas les jours. Il n&rsquo;a aucune raison de le faire puisqu&rsquo;il ne se souvient pas de ce qu&rsquo;on lui a demandé.</p>
<p>Alors par quel phénomène, au matin du vingt-septième jour, émerge naturellement et automatiquement en Raymond l&rsquo;idée ou l&rsquo;automatisme de se rendre au magasin et d&rsquo;acheter un rutabaga ?</p>
<h2>L&rsquo;hypothèse de l&rsquo;oubli.</h2>
<p>Pierre Janet reprend un problème similaire posé par <a title="Wikipedia - Hippolyte Bernheim" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hippolyte_Bernheim" target="_blank">Hippolyte Bernheim</a> avant lui. Lorsqu&rsquo;une personne s&rsquo;endort avec dans l&rsquo;idée de se réveiller à telle heure précise, comment se passe ce réveil programmé ? A l&rsquo;époque de ces auteurs, il était commun de se réveiller de cette façon, sans le secours d&rsquo;aucune machine, et ce phénomène était encore très familier.</p>
<p>Bernheim explique ces réveils programmés par une hypothèse étonnante : l&rsquo;oubli. Il prétend que la personne, qui doit se réveiller à six heures, se réveille en réalité souvent dans la nuit pour vérifier si c&rsquo;est l&rsquo;heure de se réveiller, mais n&rsquo;en garde aucun souvenir. Au bout d&rsquo;un certain temps, sa vérification tombe juste et la personne se réveille. Ne se souvenant pas de s&rsquo;être réveillée régulièrement dans la nuit, il lui semble avoir fait une nuit continue et s&rsquo;être réveillée « comme par magie » au bon moment.</p>
<p>Bernheim explique également par l&rsquo;oubli la sélectivité des perceptions. Je dors paisiblement sans être dérangé par les bruits alentours. Tout se passe comme si je ne les entendais pas, comme si je ne les percevais pas. Pourtant, j&rsquo;entend soudain au loin qu&rsquo;on prononce mon prénom, et aussitôt ma vigilance revient et je m&rsquo;extirpe du sommeil pour répondre à la personne qui m&rsquo;appelle.</p>
<p>Pour Bernheim, j&rsquo;ai entendu tous les sons, et tous consciemment perçus, mais tous ceux qui n&rsquo;avaient aucune importance pour moi, je les ai aussitôt effacés de ma mémoire. Alors, lorsque j&rsquo;ai entendu mon prénom, je n&rsquo;ai fait que réagir autrement, et, au lieu d&rsquo;oublier cette perception, j&rsquo;ai décidé de la garder en mémoire et de me réveiller.</p>
<p>Cette hypothèse signifierait que Raymond, à qui on a demandé sous hypnose d&rsquo;acheter un rutabaga après vingt-sept jours, aurait quotidiennement une idée du type «<i> Aujourd&rsquo;hui ça fait x jours, non, ça n&rsquo;est pas encore aujourd&rsquo;hui que je dois aller acheter le rutabaga »</i>, avant d&rsquo;oublier aussitôt complètement cette pensée et tout ce qui s&rsquo;y rapporte.</p>
<p>Puis un jour, il se dirait «<i> aujourd&rsquo;hui, ça fait vingt-sept jours, c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui que je dois aller acheter le rutabaga »</i>, alors il n&rsquo;aurait pas besoin de l&rsquo;oublier mais pourrait se rendre à l&rsquo;épicerie pour faire son achat. Il lui semblerait qu&rsquo;il avait complètement oublié cette suggestion depuis la séance, et qu&rsquo;il n&rsquo;y a jamais repensé avant ce jour. Toutes les fois où la personne réfléchit pour être bien sûre de faire ce qu&rsquo;on lui demande s&rsquo;effacerait pour donner l&rsquo;illusion que la suggestion se déclenche d&rsquo;elle-même au moment propice.</p>
<h2><i>Compter, penser, sans le savoir ?</i></h2>
<p>Que penser de cette explication ? Pierre Janet reprend l&rsquo;expérience de Bernheim, mais il n&rsquo;est pas encore satisfait par sa conclusion<strong>.</strong></p>
<p>Il arrive que des personnes qui doivent se réveiller à telle heure précise craignent tant de ne pas se réveiller qu&rsquo;elles s&rsquo;agitent, dorment à peine, et vérifient sans cesse l&rsquo;heure qu&rsquo;il est. Mais ça n&rsquo;est pas le cas le plus fréquent, sinon toutes les personnes qui se réveillent naturellement à la bonne heure serait relativement fatiguée par une nuit passée à guetter l&rsquo;horloge. En réalité, le plus souvent, la personne dort paisiblement et se réveille tout simplement aux alentours de l&rsquo;heure décidée, et parfois à l&rsquo;heure précise.</p>
<p>Si on surveille Raymond, on s’apercevra qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas un moment dans la journée où il prend le temps de compter les jours et de se demander s&rsquo;il doit acheter ou non son rutabaga. Ainsi, pour Janet, l&rsquo;oubli ne peut pas seul expliquer la suggestion post-hypnotique.</p>
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<div class="pullquote prociono">On peut inconsciemment calculer, résoudre un problème, prendre des décisions, élaborer un plan, composer un poème, créer une oeuvre d&rsquo;art, exprimer un désir, voir, entendre, sentir etc.</div>
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<p>Selon lui, nous pouvons compter, sans pour autant être conscient que nous comptons. Ainsi nous pouvons compter des jours, des heures, des minutes, totalement inconsciemment, pour pouvoir, par exemple, exécuter une suggestion avec une grande ponctualité, même des années après une séance d&rsquo;hypnose.</p>
<p>Et cela n&rsquo;a rien d&rsquo;extraordinaire. On peut non seulement compter inconsciemment, mais encore calculer, résoudre un problème, prendre des décisions, élaborer un plan, composer un poème, créer une œuvre d&rsquo;art, exprimer un désir, voir, entendre, sentir, etc&#8230; Janet en veut pour preuve les rêves, mais encore diverses expériences de suggestion post-hypnotique et d&rsquo;écriture inconsciente.</p>
<p>Pierre Janet décrit plusieurs expériences édifiantes dont la suivante. Il propose à une femme en état de somnambulisme hypnotique la suggestion post-hypnotique suivante : <i>« Quand j&rsquo;aurais frappé dans mes mains, vous aller multiplier par écrit 739 par 42 »</i>. Puis il relate le déroulé :</p>
<p><i>« La main droite écrit régulièrement les chiffres, fait l&rsquo;opération et ne s&rsquo;arrête que lorsque tout est fini. Pendant tout ce temps, Lucie, bien éveillée, me racontait l&rsquo;emploi de sa journée et ne s&rsquo;était pas arrêtée une fois de parler pendant que sa main droite calculait correctement. Je voulais laisser plus d&rsquo;indépendance à cette intelligence singulière. « Vous écrirez une lettre quelconque. » Voici ce qu&rsquo;elle écrivit sans le savoir, une fois réveillée : « Madame, je ne puis venir dimanche, comme il était entendu ; je vous prie de m&rsquo;excuser. Je me ferais un plaisir de venir avec vous, mais je ne puis accepter pour ce jour. Votre amie, Lucie. &#8211; P.S. &#8211; Bien des choses aux enfants, s.v.p. » Cette lettre automatique est correcte et indique une certaine réflexion. Lucie parlait de tout autre chose et répondait à plusieurs personnes pendant qu&rsquo;elle l&rsquo;écrivait. D&rsquo;ailleurs, elle ne comprit rien à cette lettre quand je la lui montrai et soutint que j&rsquo;avais copié son écriture. Chose assez curieuse, quand je voulus recommencer cette expérience, Lucie écrivit une seconde fois la même lettre sans changer un mot. »</i></p>
<h2>Sous la conscience</h2>
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<div class="pullquote prociono">Nous réfléchissons, comprenons, jugeons, calculons, décidons, aussi bien sur la scène de notre conscience, que dans la coulisse de notre intelligence subconsciente.</div>
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<p>Pour Janet, cela ne fait aucun doute : l&rsquo;intelligence humaine n&rsquo;est pas seulement une activité consciente. Nous disposons d&rsquo;une intelligence inconsciente. Enfin plutôt « subconsciente ». En effet, le terme d&rsquo;inconscient signifierait qu&rsquo;il y a un pur automatisme sans pensée. Or, on nomme précisément « conscience », nous dit-il, ce type de pensée qui agrège et synthétise les percepts de façon complexe. Il s&rsquo;agirait donc d&rsquo;une « autre conscience ». Une pensée qui posséderait sa conscience propre mais qui nous échapperait à tout instant parce qu&rsquo;elle se situe « en dessous » de notre conscience. D&rsquo;où son choix du terme « subconscient ». <b>Nous réfléchissons, comprenons, jugeons, calculons, décidons, aussi bien sur la scène de notre conscience, que dans la coulisse</b>, nous dit-il,<b> de notre intelligence subconsciente.</b></p>
<h4>Les sens du subconscient</h4>
<p><b>La suggestion post-hypnotique se présente </b>donc<b> comme le phénomène qui met en évidence l&rsquo;intelligence subconsciente.</b> Janet poursuit ses investigations pour comprendre si ce personnage inconscient, « à l&rsquo;arrière de notre esprit » comme aimait à dire Milton Erickson, est capable de sensations et de perceptions.</p>
<p>Pour cela Janet expérimente un autre phénomène de l&rsquo;hypnose : l&rsquo;anesthésie. Il s&rsquo;agit du fait de ne pas percevoir quelque chose qui se présente pourtant à l&rsquo;un de nos sens.</p>
<div class="pullquote-wrapper left">
<div class="pullquote prociono">La suggestion post-hypnotique se présente donc comme le phénomène qui met en évidence l&rsquo;intelligence subconsciente.</div>
</div>
<p>L&rsquo;anesthésie peut être complète et concerner tout un sens. Par exemple, une anesthésie visuelle complète consisterait à ne rien voir, alors que les yeux sont ouverts et qu&rsquo;aucune lésion ne les empêche physiologiquement de voir. L&rsquo;anesthésie partielle, si on reste sur l&rsquo;exemple de la vision, consiste à ne pas voir, par exemple, tel ou tel objet qui est pourtant bien là dans notre champ de vision. Il est fréquent qu&rsquo;une personne cherche ce qui pourtant est en évidence devant elle sans arriver à le voir. Et en hypnose, il est possible de suggérer cette vision sélective.</p>
<p>L&rsquo;anesthésie partielle auditive nous est bien plus familière : mettez toute une liste de chanson en fond sonore pendant que vous êtes très occupé à lire ou à travailler sur quelque chose. A la fin, essayez de vous souvenir de toutes les chansons entendues. Il est tout à fait probable que vous n’ayez aucun souvenir d&rsquo;avoir entendu certaines chansons, même en cherchant bien, tellement vous étiez concentrés sur ce que vous faisiez. Et ça n&rsquo;est que vous les avez entendues puis oubliées, car même en relisant la liste des chansons, vous pouvez ne pas retrouver leur trace dans votre mémoire.</p>
<p>Bien sûr, l&rsquo;anesthésie qui vient immédiatement à l&rsquo;esprit quand on prononce ce mot, est celle du toucher, du « tact » comme on disait au XIXe siècle : si j&rsquo;éprouve une anesthésie du bras gauche, je ne saurais pas dire, les yeux fermés, si quelqu&rsquo;un touche mon bras, le pique ou le pince, car je ne le sentirai plus.</p>
<p>Pierre Janet impose le terme d&rsquo;anesthésie qu&rsquo;il trouve plus exact que l&rsquo;expression « hallucination négative ». Or, c&rsquo;est cet outil qui, tout comme la suggestion post-hypnotique, lui fournira un moyen d&rsquo;observer comment le subconscient ressent. Il cite une expérience menée par Charles Féré et Alfred Binet que l&rsquo;on peut synthétiser ainsi :</p>
<p>Prenons un sujet, plongeons-le dans un profond somnambulisme hypnotique. Devant lui, plaçons divers cartons. Ils diffèrent les uns des autres par de subtiles détails qui nécessitent un examen minutieux. Cependant, on lui en désigne un qu&rsquo;on lui suggère de ne pas voir à son réveil.</p>
<p>On réveille le sujet qui ne garde aucun souvenir de ce qu&rsquo;on lui a demandé. Les cartons sont mélangés et posés devant lui. On demande alors au sujet réveillé de prendre les cartons et de les poser dans une boîte. Il omet systématiquement celui qui lui a été désigné. Il semble sincèrement ne pas le voir. Il jure avoir donné tous les cartons. Et si on lui soutient qu&rsquo;il en reste un, il soutient le contraire, et peut se mettre à le chercher, toujours sans le voir.</p>
<p>La question posée est la suivante : est-ce que le sujet devient réellement aveugle de ce carton, développe-t-il une cécité partielle, ou s&rsquo;agit-il d&rsquo;un autre phénomène ? Binet et Féré nous disent :</p>
<p><i>« Il faut que le sujet reconnaisse cet objet pour ne pas le voir&#8230;la reconnaissance du carton, qui exige une opération délicate et très complexe, aboutit cependant à un phénomène d&rsquo;anesthésie ; il est donc probable que cet acte se passe tout entier dans l&rsquo;inconscient&#8230; </i><i><b>il y a un raisonnement inconscient qui précède, prépare et guide le phénomène d&rsquo;anesthésie. </b></i><i>»</i></p>
<p>C&rsquo;est tout le paradoxe : il faut voir le carton pour le reconnaître et ainsi savoir que c&rsquo;est celui-ci qu&rsquo;il ne faut pas voir consciemment. Non seulement il faut le voir, mais avec une acuité certaine puisqu&rsquo;il observer attentivement les détails par lesquels il diffère des autres.</p>
<p>Qu&rsquo;est-ce que cela montre ? Et bien que la seconde conscience qui échappe à la nôtre et pourtant se produit dedans nous peut aussi bien s&rsquo;approprier des fonctions cognitives que des l&rsquo;observations par les sens (sensations). Elle n&rsquo;est pas qu&rsquo;une force de calcul mais encore une conscience sensible.</p>
<p>Janet précise :</p>
<p><i>« Dans la suggestion d&rsquo;anesthésie systématisée, la sensation n&rsquo;est pas supprimée et ne peut pas l&rsquo;être, elle est simplement déplacée, elle est enlevée à la conscience normale, mais peut être retrouvée comme faisant partie d&rsquo;un autre groupe de phénomènes, d&rsquo;une sorte d&rsquo;autre conscience. »</i></p>
<h4>L&rsquo;écrivain subconscient</h4>
<p>Nous avons donc une capacité à compter, calculer, penser, et même sentir, voir et entendre, sans le savoir. Reste encore une étape importante, c&rsquo;est de comprendre si cette intelligence subconsciente est capable d&rsquo;autres caractères plus complexe de la personnalité comme le jugement, l&rsquo;émotion, etc&#8230; Et après la suggestion post-hypnotique et l&rsquo;anesthésie, c&rsquo;est un troisième outil qui fournit aux pionniers de la psychologie une observation riche et précieuse : l&rsquo;écriture automatique.</p>
<p>Ainsi, comme nous l&rsquo;avons vu, les expérimentateurs peuvent à loisir demander à un sujet bien entraîner de tenir une conversation tandis que son bras, qui lui est caché, écrit sur une feuille des réponses à des questions, le tout sans que la personne n&rsquo;entende consciemment les questions ni ne connaisse les réponses. Ainsi, la compréhension des questions, la réflexion menée, la réponse élaborée et l&rsquo;acte même d&rsquo;écrire la réponse se produisent sans que la personne n&rsquo;en ait conscience. Et pourtant, tout cela se produit bien en elle. L&rsquo;écriture automatique peut donc être menée par distraction comme dans l&rsquo;exemple cité plus haut.</p>
<p>Mais encore, sans qu&rsquo;on n&rsquo;ait besoin d&rsquo;occuper son attention, on peut obtenir d&rsquo;une personne en hypnose profonde et entraînée à cela qu&rsquo;elle écrive de façon parfaitement inconsciente, notamment grâce à l&rsquo;anesthésie hypnotique.</p>
<h4>Le stratège inconscient</h4>
<p>Je me souviens d&rsquo;avoir accompagné pendant une période un violoniste qui souhaitait faire un travail sur ses émotions, afin de les mettre au service de son interprétation et non pas de se laisser envahir par elles au détriment de son jeu.</p>
<p>Un jour, il m&rsquo;appelle pour avancer notre rendez-vous. <i>« Il s&rsquo;est passé quelque chose de bizarre et j&rsquo;aimerais qu&rsquo;on travaille dessus si c&rsquo;est possible ».</i> Je le reçois donc quelques jours plus tard. <i>« Voilà, je dois travailler un concerto de Chausson, mais c&rsquo;est très bizarre, à la première note, je suis saisi d&rsquo;un trac intense, et je me crispe tellement que je n&rsquo;arrive pas à sortir un son. Tous les autres morceaux, ça va. Mais déjà quand je pose la partition de ce concerto sur le pupitre je sens la tension monter. »</i></p>
<p>Nous voilà donc parti dans tout un travail qui n&rsquo;aboutit pas à grand chose de satisfaisant. Ce violoniste n&rsquo;était pas un sujet particulièrement doué pour l&rsquo;hypnose à la base, mais comme nous avions consacré la première séance à l&rsquo;y entraîner et que les autres séances avaient été l&rsquo;occasion de bien approfondir cet apprentissage, il était désormais tout-à-fait capable d&rsquo;entrer dans un état profond où il pouvait recevoir une suggestion post-hypnotique et ne pas s&rsquo;en rappeler au réveil.</p>
<p>Plongé dans cet état, je lui ai donc suggéré : <i>« Tout à l&rsquo;heure, juste après cette séance, je vous inviterai à vous lever, nous discuterons, je vous inviterai à vous asseoir à la table, alors vous prendrez un stylo, et sans y réfléchir du tout, vous écrirez de façon détaillée pourquoi vous vous sentez si mal face à ce morceau et ce qu&rsquo;il faut faire pour que vous vous sentiez mieux ». </i>C&rsquo;est en effet un recours bien précieux à notre disposition, de pouvoir, lorsqu&rsquo;on nous ne savons plus comment aider l&rsquo;autre, demander la solution à son propre inconscient.</p>
<p>Je craignais que, assis à la table, il ne se passât rien, car les suggestions post-hypnotiques n&rsquo;aboutissent pas toujours. Et en effet, quand après son réveil, je l&rsquo;ai invité à se lever du fauteuil et à s&rsquo;asseoir à la table, il s&rsquo;est assis et a continué de discuter comme si de rien n&rsquo;était.</p>
<p>Pour tenter de réveiller la suggestion, j&rsquo;ai pris le stylo et je lui ai tendu. Il aurait pu le regarder en disant <i>« Qu-&rsquo;est-ce que vous voulez que je fasse ? Que j&rsquo;écrive quelque chose ? », </i>alors j&rsquo;aurais compris que ma suggestion avait échouée. Mais au lieu de cela, il a fixé un long moment le stylo en silence, l&rsquo;a saisi, sa respiration était légèrement plus rapide, et, ne regardant pas directement la feuille mais légèrement à côté, a laissé sa main, quelque peu rigide écrire en grosses lettres enfantines sur le papier. Il n&rsquo;est pas entré dans les détails comme je l&rsquo;avais suggéré mais il a écrit : <i>« A la centiem mesur, tout ira mieu ».</i> Il n&rsquo;est pas rare que l&rsquo;écriture inconsciente soit plus efficace que correcte et truffée d&rsquo;abréviation.</p>
<p>Puis il a laissé tomber le stylo, inspiré profondément et m&rsquo;a regardé avec un regard à nouveau vif et réveillé. Il a regardé la feuille où étaient écrit les mots et a semblé comprendre ce qui venait de se passer.</p>
<p>Je lui ai demandé s&rsquo;il savait ce que ça voulait dire, et il m&rsquo;a répondu du tac au tac : <i>« Il faut que je me force »</i>. Quelques jours plus tard, il m&rsquo;envoyait un e-mail pour me dire qu&rsquo;il s&rsquo;était forcé à jouer le concerto de Chausson malgré son état et l&rsquo;horrible son qui sortait du violon sous ses mains crispées et tremblantes, et qu&rsquo;au bout d&rsquo;un moment il s&rsquo;était trouvé beaucoup mieux. Et depuis, d&rsquo;une manière générale, il ne subissait plus son émotion mais apprenait jours après jour à la mettre au service d&rsquo;une interprétation plus « humaine ».</p>
<p>Dans cet exemple, l&rsquo;écriture automatique met en évidence l&rsquo;existence, chez ce violoniste, d&rsquo;une pensée subconsciente capable de résoudre un problème, de lui apprendre à gérer ses émotions, de concevoir une épreuve d&rsquo;apprentissage, d&rsquo;exprimer de façon synthétique la consigne pour cette étape, etc&#8230; On serait même tenter de peut même attribuer à ce subconscient une pensée stratégique.</p>
<p>L&rsquo;écriture a cette avantage qu&rsquo;elle est un langage qui peut, aussi bien que la parole, témoigner de façon complexe, émettre un avis, décrire, discuter, disputer, argumenter, etc&#8230; Et grâce à cet outil, on peut montrer que toutes les capacités de la conscience sont accessibles au subconscient.</p>
<p>En outre, il est possible même que le subconscient décrive une émotion, qui pourtant n&rsquo;est pas ressentie par la personne. C&rsquo;est pour cela que la découverte collégiale de ces chercheurs, portée au niveau du génie par Pierre Janet, n&rsquo;est pas celle d&rsquo;une simple capacité inconsciente de calcul, d&rsquo;une intelligence ou d&rsquo;une automatisme complexe, mais d&rsquo;une conscience subconsciente capable d&rsquo;une véritable existence, de points de vue, d&rsquo;émotions</p>
<p>Et c&rsquo;est sur la base de ce constat que s&rsquo;est édifié par la suite toute la pratique de la communication à double-niveau dont nous sommes encore aujourd&rsquo;hui les héritiers. Et outre, c&rsquo;est précisément cette découverte qui a ouvert la voix à un usage thérapeutique de la suggestion.</p>
<h2>Dépoussiérer les classiques</h2>
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<div class="pullquote prociono">L&rsquo;Hypnose peut se présenter comme un outil de science beaucoup plus facilement que comme un objet de science</div>
</div>
<p>C&rsquo;est à plusieurs égards qu&rsquo;il semblait fondamental de revenir sur ce passage de l&rsquo;histoire de la psychologie expérimentale. D&rsquo;abord, pour rappeler que <b>l&rsquo;hypnose</b>, tellement médiatisée de nos jours pour ses applications thérapeutiques, permet des observations précieuses du fonctionnement de la pensée humaine, et <b>peut se présenter comme un outil de science beaucoup plus facilement que comme un objet de science</b>. Mais encore, parce qu&rsquo;à l&rsquo;heure où certains voudraient attribuer la découverte de l&rsquo;inconscient au génie d&rsquo;un seul homme, il importe de se souvenir qu&rsquo;il n&rsquo;y a jamais un savant qui sorte de son chapeau une découverte aussi fondamentale, mais qu&rsquo;elle résulte de la contribution successive et collective de nombreux chercheurs dévoués à leur science. Cette découverte est certainement largement sous-estimée aujourd&rsquo;hui, et la méthode expérimentale reposant sur la suggestion est à tort considérée comme dépassée à l&rsquo;ère de la technologie. Désormais, la suggestion et l&rsquo;hypnose sont étudiés pour eux-mêmes et la question de la conscience est abandonnée aux neurosciences. Espérons que les tenants de l&rsquo;hypnose sauront à nouveau trouver leur place dans cette exploration. La découverte des niveaux de conscience, superbe coda d&rsquo;un siècle de génie, est la préface d&rsquo;un grand livre dont l&rsquo;humanité, près de cent vingt ans plus tard, tourne encore les pages du premier chapitre.</p>
<p><strong>Antoine Garnier</strong></p>
<p>Références :</p>
<p>Janet (Pierre), <i>L&rsquo;automatisme psychologique, </i>1889</p>
<p>Janet (Paul), <i>Revue littéraire</i>, 1884</p>
<p>Richet, <i>Revue littéraire, </i>1884</p>
<p>Bernheim, <i>De la suggestion, </i>1886 ; <i>Revue philosophique</i>, 1885</p>
<p>Liébault , <i>Du sommeil</i> <i>et des états analogues, </i>1866</p>
<p>Binet et Féré, <i>Archives de Physiologie,</i> 1887<i>, Revue Philosophique, </i>1885</p>
<p>Leibniz, <i>Principes de la nature et de la grâce, </i>1714</p>
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		<title>Erickson: Technique et Ethique</title>
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		<pubDate>Tue, 14 May 2013 17:47:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Garnier]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[La Pratique de l'Hypnose]]></category>
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		<description><![CDATA[Le Monarque de l&#8217;Océan &#8211; 2ème Partie Dans le précédent article, nous avons découvert comment le psychiatre américain Milton Erickson (1901-1980), à l&#8217;occasion d&#8217;une conférence qu&#8217;il donna lors d&#8217;un colloque médical sur le bateau de croisière Ocean Monarch, exposa une méthode redoutable afin de résoudre et d&#8217;éviter les résistances des sujets envers l&#8217;hypnothérapie, notamment à [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h2>Le Monarque de l&rsquo;Océan &#8211; 2ème Partie</h2>
<p>Dans le <a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/resistance-erickson/" target="_blank">précédent article</a>, nous avons découvert comment le psychiatre américain <a title="Wikipedia - Milton Erickson" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Milton_Erickson" target="_blank">Milton Erickson</a> (1901-1980), à l&rsquo;occasion d&rsquo;une conférence qu&rsquo;il donna lors d&rsquo;un colloque médical sur le bateau de croisière Ocean Monarch, exposa une méthode redoutable afin de résoudre et d&rsquo;éviter les résistances des sujets envers l&rsquo;hypnothérapie, notamment à travers une approche essentiellement « utilisationniste ».</p>
<p>Dans cette seconde partie, je vous propose de nous pencher sur les deux développements fondamentaux de l&rsquo;hypnothérapie dans l&rsquo;approche d&rsquo;Erickson : le double niveau de suggestion conscient/inconscient ; et la permissivité. Or dans cette conférence, apparaît clairement le lien essentiel entre les différentes techniques de suggestion et les principes fondamentaux de l&rsquo;attitude du psychothérapeute. Les techniques découlent de l&rsquo;éthique. L&rsquo;éthique s&rsquo;exprime dans la moindre technique. La communication d&rsquo;Erickson traduit un engagement profond. Et ses valeurs se reflètent jusque dans les tournures de ses phrases.</p>
<h2>Esprit, es-tu là ?</h2>
<p>Dés le début de sa conférence, Erickson annonce très clairement la couleur :<i></i></p>
<p><i>« J&rsquo;aime considérer mes patients comme ayant un esprit conscient et un esprit inconscient ou subconscient. J&rsquo;attends de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre d&rsquo;être présents ensemble dans la même personne et j&rsquo;attends de l&rsquo;un comme de l&rsquo;autre qu&rsquo;ils soient présents dans le bureau avec moi. »</i></p>
<p>Evidemment, toutes les composantes du patient l&rsquo;accompagnent dans le cabinet du Dr Erickson, comme dans tout autre lieu. Il est inconcevable qu&rsquo;une personne ait « oublié son esprit inconscient à la maison ». Son cerveau est aux aguets, et à tous ses niveaux de perception. Il s&rsquo;agit donc presque une boutade de la part du rigoureux psychiatre. Mais en disant cela, Erickson donne un conseil pratique à ses collègues : le psychothérapeute ne doit jamais oublier qu&rsquo;il n&rsquo;est pas seulement en face d&rsquo;une personne qui l&rsquo;écoute consciemment, mais encore d&rsquo;une personne qui l&rsquo;écoute à un niveau bien plus inconscient. Le patient reçoit sans en prendre conscience une grande quantité d&rsquo;informations en provenance du thérapeute, de son ton de voix, de ses gestes, de son apparence, de la tournure de ses phrases, mais aussi de la décoration du cabinet, de la position des fauteuils et de n&rsquo;importe quel autre détail, qui sont toutes susceptibles d&rsquo;influencer son expérience. <b></b></p>
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<div class="pullquote prociono">Erickson nous invite à ne jamais oublier que nous communiquons en permanence beaucoup plus d&rsquo;informations que nous pensons en communiquer.</div>
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<p>Erickson nous invite à ne jamais oublier que nous communiquons en permanence beaucoup plus d&rsquo;informations que nous pensons en communiquer. Dans une communication ordinaire, on peut se satisfaire de rester à la surface des choses et d&rsquo;ignorer ce puissant dialogue inconscient qui se joue secrètement malgré nous. Mais un psychothérapeute se doit d&rsquo;être toujours conscient de ce double jeu, et consciencieux dans son art de manier le dialogue.</p>
<p>Erickson résume ainsi : <i>« Lorsque que je parle à quelqu&rsquo;un à un niveau conscient, j&rsquo;attends de lui qu&rsquo;il m&rsquo;écoute à un niveau inconscient, aussi bien que conscient. »</i></p>
<h2>Le primat de la suggestion sur l&rsquo;état</h2>
<p>Ainsi en apprenant le « langage de l&rsquo;inconscient » qui permet de tenir au patient un double discours, maîtrisé et stratégique, on peut lui suggérer une idée non seulement intellectuellement mais encore au niveau plus profond où l&rsquo;information a un réel impact et génère un réel changement.</p>
<p>Auparavant, dans la tradition médicale de la fin XIXème siècle et du début du XXème sicèle, on considérait que pour avoir un tel impact sur une personne ne souffrant pas d&rsquo;hystérie, il était nécessaire d&rsquo;induire un état particulier nommé hypnose, ou transe hypnotique, souvent obtenue par la fixation de l&rsquo;attention, et la suggestion du sommeil. Avec le somnambulisme hypnotique, on croyait s&rsquo;adresser directement à cette part de l&rsquo;individu qui gère ses automatismes, ses réflexes, ses apprentissages archaïques, ses émotions, et les fondations de sa personnalité. Dans son état ordinaire, on pensait s&rsquo;adresser à son intellect et à sa capacité de comprendre. En changeant l&rsquo;état du patient de l&rsquo;un à l&rsquo;autre, on changeait, pour ainsi dire, d&rsquo;interlocuteur.</p>
<p>Désormais, grâce au double sens de la suggestion indirecte, on adresse à l&rsquo;intellect un certain message, tout en transmettant à la partie plus « profonde » un autre message. Il est possible d&rsquo;obtenir les mêmes résultats thérapeutiques profonds sans altérer l&rsquo;état de réceptivité de la personne.</p>
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<div class="pullquote prociono">Le travail d&rsquo;un psychothérapeute consiste à parler d&rsquo;une certaine façon qui soit &laquo;&nbsp;thérapeutique&nbsp;&raquo;</div>
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<p>Erickson n&rsquo;abandonne pas pour autant, comme l&rsquo;avait proposé Bernheim, la transe hypnotique, et bien au contraire, lui donne une place de choix dans sa thérapeutique. Cependant, comme Bernheim, il reconnaît que ça n&rsquo;est pas la transe qui fait la psychothérapie, mais bien la communication, la suggestion, l&rsquo;information. Le travail d&rsquo;un psychothérapeute consiste à parler. Pas nécessairement beaucoup. Et pas nécessairement pour dire des choses brillantes. Mais parler d&rsquo;une certaine façon qui soit « thérapeutique ».</p>
<p><i>« Je n&rsquo;accorde pas tellement d&rsquo;importance à la profondeur de la transe dans laquelle le patient se trouve parce que je trouve qu&rsquo;on peut accomplir une psychothérapie complète et profonde dans une transe légère aussi bien que dans une transe moyenne plus profonde. Il suffit juste de savoir comment parler au patient de façon à s&rsquo;assurer des résultats thérapeutiques ».</i></p>
<p>Mais justement, comment faire ? Quelle est cette « façon de parler » ?</p>
<h2>Le primat de la forme sur le message</h2>
<p>Ce qui compte plus que tout, nous apprend Erickson, ce n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;on dit, mais la façon dont on le dit. Le patient sera souvent très attentif au contenu de ce qu&rsquo;on lui raconte, mais oubliera de faire attention à la façon dont on lui présente les choses. Et c&rsquo;est pourtant là, dans les nuances de la formulation, que réside l&rsquo;essentiel d&rsquo;une « façon de pensée » nouvelle qu&rsquo;on lui présente et qu&rsquo;il peut expérimenter.</p>
<p>Par exemple, si je souhaite qu&rsquo;une personne se détende physiquement, je peux lui dire « Détendez vos épaules ! ». Ou bien je peux lui dire « Laissez vos épaules se détendre ! ». En apparence, ces deux phrases disent sensiblement la même chose. Pourtant, à bien y réfléchir, elles impliquent deux façons complètement différentes de faire les choses. Avec la première, le sujet doit faire quelque chose, c&rsquo;est à lui d&rsquo;être compétent pour cela et de faire cet effort. Avec la seconde, il n&rsquo;a rien à faire, si ce n&rsquo;est de ne pas empêcher ses épaules de se détendre toutes seules. La détente est alors le résultat de son accord, de son autorisation, mais pas de sa volonté, de sa compétence et de son effort. Il ne fait pas, il laisse les choses se faire.</p>
<p>Se détendre ou non, ça n&rsquo;est pas cela qui fait l&rsquo;hypnose (l&rsquo;hypnose n&rsquo;a pas de rapport avec la détente si on ne la suggère pas). Ce qui fait l&rsquo;hypnose, c&rsquo;est cette attitude particulière où on laisse notre propre automatisme se développer en tout facilité et en tout liberté. C&rsquo;est un certain laisser faire, qu&rsquo;on nomme « dissociation ». C&rsquo;est donc bien la façon de présenter les choses qui permet d&rsquo;atteindre cette dissociation, et d&rsquo;atteindre l&rsquo;hypnose.</p>
<p>Je me souviens d&rsquo;un jeune homme d&rsquo;une trentaine d&rsquo;année, Mickaël, venu me voir pour un problème intime. Je passai vingt bonnes minutes d&rsquo;induction pour lui faire développer une hypnose. Au lieu de cela, il se réfugiait derrière une forme de relaxation molle dans laquelle il simulait théâtralement ce qu&rsquo;il croyait devoir être un comportement hypnotique. C&rsquo;est une forme de résistance assez courante et qui peut tromper les hypnotiseurs débutants. Finalement, je lui ai posé une simple question : « Qu&rsquo;est-ce que Mickaël voudrait vraiment ? ». J&rsquo;ai tenté cette formulation à la troisième personne à tout hasard. Et à ma grande surprise, l&rsquo;homme est devenu soudain rigide, cataleptique, ses yeux grand ouverts, le regard dans le vague, les pupilles dilatées. Il m&rsquo;a répondu d&rsquo;une voix presque mécanique « Mickaël voudrait être un vrai homme ! ». S&rsquo;en est suivi un petit entretien sur le même registre. Puis très naturellement, je lui ai expliqué comment entrer dans une transe plus profonde. La simple formulation de ma question, à la troisième personne, et en citant son prénom, présupposait toute une dissociation, une dépersonnalisation, qui a suffit à lui faire développer une transe somnambulique d&rsquo;excellente qualité.</p>
<h2>L&rsquo;effleurement suggestif</h2>
<p>La suggestion réside principalement dans la forme, dans la formulation, dans la nuance. Erickson insiste sur ce point en donnant l&rsquo;exemple d&rsquo;une suggestion non verbale très ordinaire en hypnothérapie : la lévitation du bras. L&rsquo;objectif est de saisir la main d&rsquo;une personne, de lui imprimer un mouvement ascendant (tout en la distrayant, par exemple, par la conversation), et de constater que le bras continue de monter par lui-même lorsqu&rsquo;on le lâche, sans aucun effort conscient de la part du sujet. Alors, on peut lui faire remarquer ce mouvement automatique et involontaire, ce qui a pour effet une dissociation qui s&rsquo;accompagne bien souvent d&rsquo;un léger état d&rsquo;hypnose. Cet état léger peut ensuite facilement être approfondi. Et cela avec peu de mots prononcés, voire aucun.</p>
<p>Une erreur fréquente, explique Erickson, consiste à saisir le bras de la personne avec force. Au moment de le lâcher, il est fort probable que le bras cède à la loi de gravité et tombe de tout son poids. En effet c&rsquo;est ma force qui le soutenait, et lorsque je lui retire ce soutien, le bras, très relâché, tombe. <i></i></p>
<p><i>« Lorsque je soulève la main d&rsquo;une personne, je le fais volontairement d&rsquo;une façon très très gentille, de telle sorte que mon mouvement de soulever sa main ne soit que suggéré, et que mon mouvement pour qu&rsquo;elle aille dans telle ou telle direction ne soit que suggéré. Et plus vous pouvez être doux en touchant le bras, quand vous le soulevez et induisez une catalepsie, et plus vous êtes efficaces. »</i></p>
<p>Et Erickson précise ce qu&rsquo;il faut comprendre de cet exemple : <i>« L&rsquo;hypnose est d&rsquo;abord un état dans lequel il y a une réactivité (</i>responsiveness<i>) à des idées de toutes sortes. Et vous devez employer cette réactivité non pas en essayant de forcer, mais en essayant d&rsquo;obtenir une réponse immédiate, et de l&rsquo;obtenir par une participation du patient. »</i></p>
<h2>Ne pas exiger : autoriser !</h2>
<p>Pour rapporter ce sens de la nuance au domaine de la suggestion verbale, il ajoute : <i>« De la même façon, je n&rsquo;aime pas cette manière de dire à un patient : « je veux que vous soyez fatigué et que vous ayez sommeil, de plus en plus. » C&rsquo;est un effort pour imposer vos désirs au patient. C&rsquo;est un effort pour le dominer. Il est bien préférable de suggérer qu&rsquo;il « peut » se sentir fatiguer, et qu&rsquo;il « peut » avoir sommeil, et qu&rsquo;il « peut » entrer dans une transe hypnotique. Car il s&rsquo;agit toujours de </i>lui offrir la possibilité de réagir à une idée. »</p>
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<div class="pullquote prociono">Le patient fait les choses non pas parce qu&rsquo;il &laquo;&nbsp;doit&nbsp;&raquo; mais parce qu&rsquo;il &laquo;&nbsp;veut&nbsp;&raquo;. C&rsquo;est la condition première de l&rsquo;engagement thérapeutique</div>
</div>
<p>Dans un contexte de communication thérapeutique, le patient est souvent bien disposé à faire ce que le thérapeute semble attendre de lui. Le thérapeute peut lui donner des ordres, il obéira bien souvent. Mais si, au lieu de cela, il lui donne des autorisations, le patient pourra librement se demander de quoi il a envie, et exercer son désir. Il pourra développer un désir d&rsquo;entrer dans le jeu, un désir de partager, etc&#8230; Or, il est fondamental pour le thérapeute de capitaliser sur les désirs et les envies du patient. Le patient fait les choses non pas parce qu&rsquo;il « doit » mais parce qu&rsquo;il « veut ». C&rsquo;est la condition première de l&rsquo;engagement thérapeutique.</p>
<h2>La confiance sans danger</h2>
<p><i>            « Dire à un patient « Maintenant, dites moi tout ! » est un ordre plutôt menaçant et même dangereux à donner. Vous voudrez plutôt que votre patient ait envie de vous dire ceci, envie de vous confier cela, de telle façon que lorsqu&rsquo;il commence à vous raconter ceci et cela, il développe également un certain sens de la confiance ».</i></p>
<p>En anglais, confiance se dit «<i> confidence </i>». Au lieu de vous obéir, votre patient vous accepte comme son « confident », celui en qui il a assez confiance pour se sentir libre de raconter ceci ou cela.</p>
<p>Pensez à la manière polie de demander une chose : au lieu de dire « Asseyez-vous ! », on est habitué à dire « Vous pouvez vous asseoir ! ». Le simple verbe « pouvoir » présuppose, que ça soit réellement le cas ou non, que vous aviez le désir de vous asseoir mais que vous ne vous l&rsquo;autorisiez pas. Et en vous disant « vous pouvez vous asseoir ! », je viens vous <i>délivrer</i> en vous autorisant à céder (enfin!) à votre envie. Bien sûr, vous pouvez vous y opposer. Mais il y a fort à parier que vous y serez moins enclin que si je vous ordonne tout bonnement de vous asseoir. Du reste, si vous me dites « Non, je préfère rester debout », je garderai la face : en effet, je n&rsquo;ai pas été désobéi, mais simplement, je vous ai offert une possibilité de vous asseoir ou bien de rester debout et vous avez fait librement le choix de rester debout. Ainsi notre relation reste intacte et non affectée par ce refus. C&rsquo;est pourquoi Erickson dit qu&rsquo;un ordre est « dangereux ». Dangereux pour la relation dans la communication : le moindre refus devient une insubordination et rompt tout la confiance future. Une simplement permission est « sans danger ». La relation reste sauve quoi qu&rsquo;il arrive.</p>
<p>Voilà toute l&rsquo;essence de l&rsquo;approche permissive d&rsquo;Erickson : je n&rsquo;ordonne pas à l&rsquo;autre de faire, je l&rsquo;autorise à faire. Et ceci à grand renfort de « vous pouvez&#8230; ». C&rsquo;est la nuance la plus fondamentale et à la fois la plus simple à appliquer.</p>
<h2>Une fausse permissivité ?</h2>
<p>En réalité, cette permissivité est surtout adressée à la compréhension consciente du sujet. En effet, c&rsquo;est consciemment qu&rsquo;on a besoin de reconnaître notre liberté. Mais le fonctionnement de notre esprit à un niveau inconscient procède par associations et par orientation : il a besoin d&rsquo;être guidé, dirigé. Et derrière ces choix libres se cachent en général des directions très fermes pour l&rsquo;inconscient. Milton Erickson est permissif, mais d&rsquo;une façon tout en même temps absolument directive. On pourrait bien penser que l&rsquo;un est le contraire de l&rsquo;autre et qu&rsquo;être permissif et directif en même temps est une chose impossible, un paradoxe, un oxymore. Certes, si l&rsquo;on pense la communication à un seul niveau : soit on dirige, soit on autorise. Mais si on comprend la communication à deux niveaux, il s&rsquo;agit d&rsquo;autoriser le conscient, et de diriger l&rsquo;inconscient.</p>
<p>Par exemple, si j&rsquo;écris : « Vous pouvez vous souvenir de la maison de votre enfance ! ». Je vous autorise, je vous y invite, mais rien ne vous y oblige. Vous pouvez bien me répondre « Non merci, je ne le souhaite pas ». tout cela se passe au niveau de la raison, de la réflexion consciente. Mais à un niveau inconscient, que s&rsquo;est-il passé ? Au moment où vous avez lu « la maison de votre enfance », cette expression est venue réveiller en vous une synthèse de souvenirs, de sens, de sensations, et a orienté tant soit peu votre esprit vers cette pensée, vers la maison de votre enfance.</p>
<p>Que vous ayez ensuite refusé ou accepté consciemment cette orientation, elle a déjà commencé inconsciemment au moment où vous l&rsquo;avez lue. Derrière le choix libre se trouve une information destinée à votre inconscient.</p>
<h2>Une carte Joker pour inciter à jouer</h2>
<p>Voici un exemple dans cette conférence de cette manipulation subtile :  <i>« Je suggère au patient qu&rsquo;il ne me dise jamais rien de plus que ce qu&rsquo;il veut vraiment me dire. Je lui dit en général qu&rsquo;il peut</i> garder pour lui ce qu&rsquo;il souhaite garder pour lui<i>, et de bien s&rsquo;assurer de le garder pour lui ».</i></p>
<p>Là encore, en apparence, Erickson se montre bien gentil en autorisant son patient à lui cacher des choses. Mais qu&rsquo;est-ce que cela présuppose ? Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;Erickson lui dit en réalité ? Il lui dit  « Il est possible qu&rsquo;il y ait une chose que vous n&rsquo;aurez pas envie de me dire », ce qui signifie également « La plupart des choses, vous aurez volontiers envie de me les raconter ». Il lui dit « Vous pouvez garder une chose pour vous si vous le souhaitez », ce qui signifie également « Vous avez un joker, alors réfléchissez bien à ce que vous voudrez me cacher, parce que tout le reste, vous me le direz bien volontiers ». Evidemment, dit comme cela, ce serait un peu gros, et pourtant, c&rsquo;est bien l&rsquo;idée qui est subtilement communiquée par d&rsquo;Erickson à travers cette suggestion en apparence anodine et bienveillante. Il rassure la personne en lui offrant une liberté, mais l&rsquo;incite par là-même à s&rsquo;ouvrir.</p>
<h2>Le dilemme</h2>
<p>Il existe beaucoup de formes de cette permissivité directive, mais il n&rsquo;est pas nécessaire de les distinguer de façon scientifique. Notons une des plus étudiées : celle qu&rsquo;Alfred Binet appelait « le dilemme <i>» </i>(<i>« double-bind », </i>en anglais).</p>
<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;offrir le choix entre deux (ou plus) façons de faire la même chose. Par exemple, si je dis à un enfant « Est-ce que tu veux prendre une aspirine ? », il va réfléchir à tout ce que signifie « prendre une aspirine », et à tout ce que signifie « ne pas prendre une aspirine », avec sa compréhension d&rsquo;enfant. Et il y a des chances qu&rsquo;il me réponde « Non, je ne veux pas ! ».</p>
<p>J&rsquo;aurais bien mérité une telle réponse puisqu&rsquo;elle découle légitimement de ma question.</p>
<p>Mais si je lui dis « Est-ce que tu préfères prendre ton aspirine dans un verre d&rsquo;eau ou avaler un comprimé ? » alors il réfléchira à ce que signifie pour lui « prendre l&rsquo;aspirine dans un verre d&rsquo;eau », et à ce que signifie pour lui « avaler un comprimé ». Et il optera pour la moins désagréable des solutions.</p>
<p>Et dans un cas comme dans l&rsquo;autre, j&rsquo;aurai obtenu de lui qu&rsquo;il prenne son aspirine. Bien sûr, il peut me dire « Ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre ! », mais j&rsquo;aurais tout de même largement augmenté mes chances de le diriger dans la bonne direction.</p>
<p>A un niveau conscient, je dis à l&rsquo;enfant : « Choisis librement la façon de prendre ton aspirine ». A un niveau inconscient, je lui dis « Tu prends ton aspirine ».</p>
<h2>L&rsquo;importance d&rsquo;être Conscient</h2>
<p>Cette communication à deux niveaux est devenue la marque de fabrique de Milton Erickson. Il dit lui-même que dés la petite école, il jouait sur les niveaux de communication et semblait dire quelque chose à quelqu&rsquo;un qui pouvait signifier autre chose pour une autre personne présente, et recouvrir encore un autre sens selon un autre angle. Et les exemples abondent dans ses travaux, de sorte qu&rsquo;il est devenu un poncif d&rsquo;expliquer le travail d&rsquo;Erickson à travers cette « communication avec l&rsquo;inconscient ». Et ce poncif éculé est distordu jusqu&rsquo;à des formes parfois inexactes.</p>
<p>Il n&rsquo;est pas rare de voir cette méthode d&rsquo;Erickson résumée à l&rsquo;idée que ce qui compte vraiment, c&rsquo;est ce qui se passe à un niveau inconscient. Or il est malheureusement trop rare de voir les commentateurs se référer directement aux travaux d&rsquo;Erickson et découvrir ainsi qu&rsquo;il insiste en permanence sur l&rsquo;importance au moins aussi grande, dans la psychothérapie, de l&rsquo;apprentissage conscient.</p>
<p>En bref, les choses ne se passent pas seulement dans un fond de notre cerveau, malgré nous et sans aucune participation de notre part. Mais bien au contraire, la thérapie est un processus par lequel on pense les choses, on prend des décisions, on comprend. On découvre de nouvelles façons de penser les choses et de les comprendre. On se positionne. Et tout cela en nos pures et entières âmes et consciences.</p>
<div class="pullquote-wrapper right">
<div class="pullquote prociono">L&rsquo;hypnothérapie, est un processus qui part d&rsquo;une volonté consciente, qui se nourrit d&rsquo;une motivation consciente, et qui aboutit à une satisfaction consciente</div>
</div>
<p>L&rsquo;hypnose est une technique intimement liée à l&rsquo;involontaire. Mais la psychothérapie, elle, sous ses diverses formes dont l&rsquo;hypnothérapie, est un processus qui part d&rsquo;une volonté consciente, qui se nourrit d&rsquo;une motivation consciente, et qui aboutit à une satisfaction consciente<b>. </b>Sans parler de la réflexion, de la compréhension, du vécu, du souvenir, etc&#8230; Or il est fondamental, pour Erickson, de provoquer cette intégration consciente.</p>
<h2>C&rsquo;est une belle journée de Mars !</h2>
<p>Le Dr Erickson cite le cas d&rsquo;Harvey qui souffre de ne pas arriver à écrire d&rsquo;une façon claire et lisible. Le psychiatre l&rsquo;entraîne à l&rsquo;hypnose profonde pour un premier travail sur les traumatismes de son enfance*, puis décide d&rsquo;utiliser cette capacité à la transe afin de l&rsquo;aider à « débloquer » son écriture. Comment s&rsquo;y prend-il ? Certains supposeront qu&rsquo;il le plonge en transe hypnotique profonde et que, directement entendu par son inconscient, il demande à celui-ci de débloquer totalement et définitivement son écriture et de faire que Harvey écrive désormais à la perfection. Mais s&rsquo;il faisait une chose pareille, le pauvre homme pourrait avoir le sentiment que sa main écrit parfaitement, grâce à son thérapeute, et que lui n&rsquo;y est pour rien. Or son problème, derrière l&rsquo;écriture, est celui de la confiance dans sa capacité.</p>
<p>Alors Erickson, en transe profonde, ne lui demande qu&rsquo;une chose : une fois réveillé, Harvey devra écrire clairement la phrase « C&rsquo;est une belle journée de Mars ».</p>
<p>Après avoir écrit cette simple phrase, Harvey saute de joie, crie sa fierté d&rsquo;être capable d&rsquo;écrire clairement. Il jubile. Cette jubilation, elle n&rsquo;est pas « inconsciente », mais une émotion vive, très forte, et très nouvelle, un sens de l&rsquo;accomplissement personnel, qu&rsquo;il éprouve très consciemment. Et cette simple expérience lui est un petit apprentissage de rien du tout qui entraîne de nombreux changements.</p>
<p>Harvey cessa de se faire marcher sur les pieds par tous ses collègues. Son caractère s&rsquo;affirma, il demanda une augmentation, un meilleur bureau, prit ses habitudes dans un restaurant moins modeste que celui qu&rsquo;il fréquentait auparavant. Il arriva enfin à impressionner son collègue qui garait toujours sa voiture de sorte de bloquer celle d&rsquo;Harvey qui n&rsquo;osait rien lui dire. Les choses avaient changé, et plus jamais sa voiture ne fut bloquée. Erickson commente :<i> </i></p>
<p><i>«  Je pense qu&rsquo;il aurait été une erreur de ma part de lui ordonner d&rsquo;aller demander une augmentation ou de dire sa façon de pensée à ce type qui garait sa voiture d&rsquo;une mauvaise façon – parce que Harvey n&rsquo;avait pas besoin qu&rsquo;on lui dise quoi faire. En réalité, il avait besoin d&rsquo;une motivation. Et c&rsquo;est une chose très importante en psychothérapie et dans l&rsquo;usage de l&rsquo;hypnose : la motivation du patient à faire les choses. Non pas les choses que vous pensez qu&rsquo;ils devraient faire, mais les choses que eux, comme personnes uniques, ont le sentiment qu&rsquo;ils doivent vraiment faire. »</i></p>
<p>Le sens, pour Erickson, d&rsquo;utiliser l&rsquo;hypnose n&rsquo;est pas d&rsquo;aller « programmer à un niveau inconscient » une personne à accomplir tel ou tel comportement approprié. Cela consisterait à restreindre sa liberté et à en faire une machine docile. Non, chez Erickson, l&rsquo;hypnose sert avant tout à programmer inconsciemment une expérience, un apprentissage, qui se produise à un niveau conscient, et qui libère un sentiment de pouvoir agir et une véritable <i>motivation</i> pour agir.</p>
<p>Tout ce que Harvey a accomplit, il peut être fier de l&rsquo;avoir accompli lui-même et non pas parce qu&rsquo;il aurait été « programmé » pour le faire.</p>
<h2>Ne pas faire pour l&rsquo;autre : lui montrer qu&rsquo;il sait faire</h2>
<p>Récemment, une personne est venue me consulter à mon cabinet pour une phobie de l&rsquo;avion. Sa phobie l’empêchait même de consulter le site internet pour acheter les billets, car elle se plongeait alors dans l&rsquo;anticipation du vol, ce qui provoquait une panique immédiate chez elle. Comme la moindre évocation du mot « avion » provoquait des réactions très négatives, je décidai de ne pas mentionner l&rsquo;avion et d&rsquo;utiliser cette panique si facilement mobilisable chez elle. Très sensible émotionnellement, je ne fus pas surpris de la voir entrer dans une transe hypnotique très profonde sur une simple suggestion. Alors qu&rsquo;elle se trouvait dans cet état, je lui dis : « Je vais vous apprendre un tour, très facile et très intéressant. Vous allez apprendre à tromper votre propre cerveau et vous créer sur commande des peurs et des phobies. Vous n&rsquo;aurez même plus besoin de regarder des films d&rsquo;épouvante pour <i>vous amuser à avoir peur. »</i></p>
<p>J&rsquo;ajoutai : « Il vous suffit de regarder vos mains, comme ça, de les faire trembler légèrement en répétant trois fois « j&rsquo;ai peur de ceci&#8230; » ».</p>
<p>Evidemment, cette technique n&rsquo;était qu&rsquo;une suggestion post-hypnotique et n&rsquo;a aucune valeur en elle-même. Mais après l&rsquo;avoir réveillée, je l&rsquo;ai invitée à jouer à se créer des peurs, des phobies, sur des choses absurdes, comme une peur des stylos rouges, une peur des pieds de chaise métalliques, etc&#8230; Bien entendu, je lui ai également appris comment annuler ces peurs. Et ses réactions phobiques, bien que moins violentes que lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;avion, était parfaitement sincère, quelque soit l&rsquo;absurdité de leur objet.</p>
<p>La séance s&rsquo;est déroulée comme cela et je l&rsquo;ai renvoyée chez elle avec comme consigne de <i>s&rsquo;amuser</i> une fois par jour à se créer une phobie <i>ridicule</i> pour se l&rsquo;enlever ensuite. A la deuxième séance elle m&rsquo;a dit en substance: « Désolée, je ne l&rsquo;ai pas fait tous les jours. Par contre, le troisième jour, je me suis créé une phobie des voitures vert-pomme, et en l&rsquo;enlevant, j&rsquo;en ai profité pour enlever la phobie des avions. Du coup, j&rsquo;ai pu prendre mon billet. J&rsquo;ai peut-être un peu anticipé sur le travail d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, non ? ».</p>
<p>S&rsquo;en est suivie une longue discussion sur le thème du transport aérien, dans les conditions les plus détendues possibles. Sa phobie n&rsquo;avait pas disparue d&rsquo;elle-même : elle avait réussi à la supprimer. Et c&rsquo;est une différence majeure en psychothérapie.</p>
<p>En gardant à l&rsquo;esprit les exemples d&rsquo;Erickson, j&rsquo;ai donc pris ici le parti, non pas de la « guérir » de sa phobie (surtout pas !), mais de lui apprendre quelque chose. De lui apprendre à manipuler sa propre peur. Une fois cette leçon apprise et intégrée, c&rsquo;est consciemment, volontairement, qu&rsquo;elle a pris l’initiative d&rsquo;appliquer cet apprentissage à son problème et de se débarrasser de sa phobie de l&rsquo;avion.</p>
<h2>Eloge de la simplicité</h2>
<p>Si je lui ai appris à <i>jouer</i> avec sa peur, c&rsquo;est que, plutôt que d&rsquo;accabler une personne avec une « mission » qui la dépasse, il convient de lui enseigner une chose facile et accessible. Erickson précise : <i></i></p>
<p><i>« Vous devez commencer en général par des choses plutôt simples. Parce que les êtres humains sont essentiellement et fondamentalement des créatures simples. En conséquence, vous devez commencer simplement et laisser vos patients élaborer en accord avec les propres besoins de leur personnalité, et non en accord avec vos conceptions de ce qui est utile pour eux. »</i></p>
<h2>La non-ingérence</h2>
<p>Il ajoute immédiatement : « <i>Vous n&rsquo;interférez que lorsqu&rsquo;ils essaient de se détruire eux-mêmes ».</i></p>
<p>Et voici le point central de la philosophie, si tant est qu&rsquo;il y en ait une, d&rsquo;Erickson : la « non-ingérence » thérapeutique. Le thérapeute ne guide pas le patient dans ce qu&rsquo;il pense être bon pour lui. Le patient arrive avec tout le matériau et les plans du chantier : le thérapeute se contente de lui transmettre quelques outils et techniques qui lui permettront de construire lui-même sa propre existence.</p>
<p>À aucun moment le thérapeute ne donne de conseils personnels ou n&rsquo;émet de jugements de valeurs. Sauf si la vie de la personne est en danger – fin qui, dans l&rsquo;engagement d&rsquo;un médecin, justifie tous les moyens.</p>
<p>Désormais, cette neutralité bienveillante est devenue une posture fondamentale en psychothérapie. Mais à l&rsquo;époque de Milton Erickson, les médecins bénéficiaient d&rsquo;une autorité morale qui leur permettait sans encombre de faire intervenir leurs valeurs personnelles dans l&rsquo;orientation de la thérapie. Cette neutralité était donc une forme de tolérance particulièrement audacieuse qui lui valut d&rsquo;être admiré par des générations de thérapeutes à sa suite.</p>
<h2>Une vraie permissivité ?</h2>
<p>C&rsquo;est par la vertu de cette non-ingérence qu&rsquo;on peut dire que la méthode d&rsquo;Erickson, qu&rsquo;on a tout-à-l&rsquo;heure pu désigner comme une forme de fausse liberté, de fausse permissivité en réalité très directive, est bel et bien une vraie permissivité. En effet, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;enrayer un comportement négatif, mais d&rsquo;ajouter une option. Si je fume pour me détendre, un hypnotiseur peut me dire « Tu ne fumeras plus !». Mais alors comment me détendrai-je ? Un hypnotiseur plus malin, dans la lignée du Dr Erickson m&rsquo;enseignera une autre option, une autre façon de me détendre, bien plus efficace que celle qui consiste à fumer. Ainsi, j&rsquo;aurai désormais le choix et pourrai par moi-même arrêter de fumer, librement, et en retirer tout le sentiment conscient d&rsquo;un accomplissement personnel – la fierté.</p>
<h2>Laisser le temps au temps</h2>
<p>Cette façon de ne pas forcer la personne dans ses projets, Erickson l&rsquo;accompagne d&rsquo;un conseil primordial : ne pas forcer la personne dans le temps de sa thérapie. <b>Rien ne sert de courir, nous dit le psychiatre </b>: <i></i></p>
<p><i>«  Il existe une tendance trop fréquente pour l&rsquo;opérateur à penser qu&rsquo;il doit corriger le comportement immédiat du patient. On ne doit pas avoir une telle attitude. Votre attitude doit exprimer que le patient finira par tirer bénéfice de cela « un beau jour », un jour ou l&rsquo;autre. Peut-être dans un jour, une semaine, un mois, six mois, en tout cas dans un délai raisonnable, mais pas maintenant. La tendance à corriger le comportement immédiat du patient doit vraiment être évitée parce que la patient a vraiment besoin de vous montrer ce comportement particulier. »</i></p>
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<div class="pullquote prociono">Si les choses sont trop faciles ou trop rapides, trop passives ou trop « inconscientes », l&rsquo;expérience montre que ces changements ne sont pas « digérés » par le patient et ne trouvent pas une place stable et définitive dans sa personnalité. Ils sont comme une joyeuse parenthèse aussi vite refermée qu&rsquo;on l&rsquo;avait ouverte.</div>
</div>
<p>Cela va toujours dans le sens de ne pas négliger l&rsquo;intégration consciente du changement. La thérapie n&rsquo;est pas une réparation magique qui se fait à l&rsquo;insu du patient dans ses propres profondeurs. C&rsquo;est un processus de transformation dont il est à l&rsquo;origine, auquel il assiste, auquel il participe, et qui dépend entièrement de sa bonne volonté et de sa motivation. Ainsi les changements obtenus sont mérités par le patient, il peut en retirer de la fierté, et se les approprier en leur donnant une vraie valeur, c&rsquo;est-à-dire aussi en se battant pour ne pas les perdre. Si les choses sont trop faciles ou trop rapides, trop passives ou trop « inconscientes », l&rsquo;expérience montre que ces changements ne sont pas « digérés » par le patient et ne trouvent pas une place stable et définitive dans sa personnalité. Ils sont comme une joyeuse parenthèse aussi vite refermée qu&rsquo;on l&rsquo;avait ouverte.</p>
<h2>Une pédagogie de la fierté</h2>
<p>Erickson revient à de nombreuses reprises durant cette conférence sur l&rsquo;importance d&rsquo;enseigner, en le donnant à vivre, le « sentiment d&rsquo;accomplissement personnel » (<i>self accomplis</i>h<i>ment</i>). Et c&rsquo;est ainsi sûrement qu&rsquo;on pourrait résumer la démarche du psychiatre américain : l&rsquo;hypnothérapie autorise le patient à s&rsquo;accomplir et à s&rsquo;en féliciter.</p>
<p>Il est difficile aujourd&rsquo;hui de mesurer à quel point ce modèle de psychothérapie qui prône le fait d&rsquo;acquérir une motivation à faire les choses à travers l&rsquo;expérience concrète de son propre pouvoir de faire, contrastait radicalement avec la tendance, à la même époque, à une psychothérapie visant à résoudre un trouble passé par une recherche intellectuelle sur les racines du mal. Erickson nous éclaire sur cette question avec sa limpidité : <i></i></p>
<p><i>« En psychothérapie, on met trop l&rsquo;accent sur le passé, et on néglige le fait que le patient doit vivre aujourd&rsquo;hui et probablement anticiper demain ».</i></p>
<p>La communication d&rsquo;Erickson n&rsquo;est pas une façon de tromper le conscient pour s&rsquo;adresser à l&rsquo;inconscient, mais de mettre l&rsquo;un et l&rsquo;autre dans une relation dynamique qui constitue l&rsquo;essence de l&rsquo;apprentissage, l&rsquo;essence de la thérapie, l&rsquo;essence de l&rsquo;harmonie personnelle. Durant cette courte conférence, Erickson a livré encore bien des cas, bien des conseils, bien des explications parfaitement éclairants et d&rsquo;une intelligence rare, qu&rsquo;il nous est malheureusement impossible de tous citer et étudier ici.</p>
<p>A l&rsquo;heure ou le nom de Milton Erickson est bien souvent détourné pour légitimer les commerces les plus divers, il est plus que jamais précieux de se plonger dans ses nombreuses contributions. Il est unique dans l&rsquo;histoire de la psychothérapie de disposer d&rsquo;un corpus aussi riche et novateur en ce qui concerne les techniques de l&rsquo;hypnose et de la suggestion. Et quiconque s&rsquo;intéresse de près ou de loin à la question de l&rsquo;hypnose et de la psychothérapie ne saurait faire l&rsquo;économie d&rsquo;une rencontre à la source avec les travaux du Dr Erickson.</p>
<p>* voire article précédent « <a title="La Résistance chez Erickson" href="http://www.realites-hypnotiques.fr/resistance-erickson/" target="_blank">La résistance chez Erickson, Le Monarque de l&rsquo;Océan, 1ère partie </a>»</p>
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		<title>Coaching de l&#8217;équipe de France d&#8217;Escalade sur Glace</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Apr 2013 15:56:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jonathan Bel Legroux]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[La Pratique de l'Hypnose]]></category>
		<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Escalade]]></category>

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		<description><![CDATA[Retour d&#8217;expérience de coaching hypnose en Escalade sur Glace Nous sommes en novembre 2012, en Isère. Le froid s’installe progressivement sur les montagnes et on discute déjà des différentes réalisations que l’on s’imagine faire les uns les autres durant l’hiver. Grenoble est une petite ville, même si c&#8217;est la capitale du sport en France, les [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h2>Retour d&rsquo;expérience de coaching hypnose en Escalade sur Glace</h2>
<p>Nous sommes en novembre 2012, en Isère. Le froid s’installe progressivement sur les montagnes et on discute déjà des différentes réalisations que l’on s’imagine faire les uns les autres durant l’hiver. Grenoble est une petite ville, même si c&rsquo;est la capitale du sport en France, les informations y circulent vite.</p>
<p>De mon côté, je n’envisage pas forcement de grands projets sportifs, puisque je débute mon activité d’hypnologue de province. Il se trouve que rapidement, certains résultats avec des sportifs amateurs ont commencé à attirer l’attention.</p>
<p>Un jour, Jehan Rolland Guillot, guide de haute montagne, m’a annoncé qu’il venait d’être nommé Sélectionneur et Entraîneur de la première équipe de France Jeune d’Escalade sur Glace. Comme il avait entendu parler de certains résultats avec l’hypnose, et que nous nous connaissons bien, il m’a proposé de me joindre à lui. J’ai accepté.</p>
<p>Avant cela, il fallait expliquer mon travail et ses bénéfices possibles à une Fédération Française: délicat. La mise en place de cette équipe avait plusieurs raisons :</p>
<p>•          Une présence française aux premiers Championnats du Monde Jeune au mois de janvier 2013.<br />
•          Une première sélection médiatisée pour faire connaître la discipline.<br />
•          Les futurs Jeux Olympiques d’hiver.</p>
<p>En effet, l&rsquo;Escalade sur Glace a été retenue pour être en présentation aux J.O et la Fédération Française a bien l’intention d’avoir une équipe prête pour cet événement.</p>
<p>Voilà un aperçu de la systémique dans laquelle le mot « hypnose » est apparu.</p>
<h2>Le positionnement de l’hypnologue.</h2>
<p>Au milieu de tout cela, j’ai dû découvrir un positionnement différent de celui que nous connaissons dans notre métier de thérapeute. L’objectif reste celui de l’athlète, mais le cadre est différent.</p>
<p>Celui ci est créé par le contexte de sport de haut niveau puisqu’il implique, en plus des attentes de l’athlète, celles des institutions nationales.</p>
<p>Comment le praticien se place-t-il entre ces deux interlocuteurs ? D’autant plus que mon cadre, au sens large, et les objectifs, m’ont été donnés par les dirigeants d’une fédération nationale : préparer les athlètes mentalement, en 3 semaines et avec peu de moyens spatiaux.</p>
<p>En me définissant comme hypno coach, j’ai réussi à trouver un positionnement entre la pratique de l’hypnose thérapeutique et les objectifs que j’ai acceptés en tant qu’entraîneur. Il fallait trouver un équilibre et un centrage en réponse aux questions suivantes: « Quelle est ma place dans tout ça ? Comment accompagner une personne dans une direction imposée ? » Le côté coach suit les objectifs sportifs d’un entraînement mental avec une vision compétition, alors que le côté hypno considère que l&rsquo;objectif est celui de la personne qui arrive avec ses solutions.</p>
<h2>Premiers pas.</h2>
<p>La journée de sélection a été un moment charnière de cette expérience. Les athlètes avaient deux épreuves, une le matin et une seconde dans le courant de l’après-midi.</p>
<div id="attachment_3404" style="width: 193px" class="wp-caption alignleft"><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux2.png"><img class="size-medium wp-image-3404" alt="belgroux2 183x300 Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux2-183x300.png" width="183" height="300" title="Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" /></a>
<p class="wp-caption-text">Equipe de France d&rsquo;Escalade sur Glace &#8211; En plein effort</p>
</div>
<p>A la pause déjeuner, après avoir observé chaque athlète dans sa préparation, dans son échauffement et en isolement, je suis allé les voir individuellement. Certains étaient dépités de leur prestation précédente, et anticipaient la suivante avec une pression mentale supplémentaire. Quelques rapides suggestions associées à des techniques hypnotiques m’ont été utiles pour créer un premier contact.</p>
<p>Puis les sélections ont repris. A la fin de la journée, la différence entre les performances du matin et celles de l’après-midi a été tellement grande, que les représentants de la fédération nous ont demandé de nous expliquer. Jehan Rolland, sélectionneur et entraîneur n’a pas su quoi répondre. C’est à moi que les nombreuses questions ont été posées, sur ma présence d&rsquo;abord, et sur les techniques utilisées.</p>
<p>C’est ainsi que j’ai pu présenter l’hypnose et avoir « carte blanche ». J’ai demandé que l’on parle d’hypnose au sein de cette équipe, et que la communication autour de l&rsquo;équipe en fasse aussi état.</p>
<h2>Les applications et les techniques utilisées.</h2>
<p>Imaginez six jeunes montagnards et deux entraîneurs ayant deux week-ends prévus pour aller aux championnats du monde. Imaginez une température de -10° à -15° pour faire de la visualisation en associé/dissocié au pied d’une tour de glace de 30m de haut. Imaginez des séances d’hypnose dans un foyer de ski de fond non chauffé, dans lequel une vingtaine de touristes et des écoles de ski de fond déjeunent et font du bruit, et devant moi, un athlète frigorifié, des crampons aux pieds, des gants en gore tex et un casque sur la tête… Imaginez tout cela, et vous êtes encore loin de la réalité…</p>
<p>Et pourtant, c’est là que, tout juste sorti de formation, j’ai compris l’utilité de la détermination d’objectif , qui permet de définir un but précis et les moyens pour l’atteindre. Les athlètes avaient entre 17 et 21 ans. Ils ne venaient pas trouver un hypnotiseur, on le leur imposait parce qu’ils voulaient être dans cette équipe. Comment orienter le travail en les impliquant individuellement dans cette démarche « étrange »?</p>
<h2>La présentation logique de l&rsquo;hypnose: implication du sportif dans la démarche hypnotique.</h2>
<p>Il a fallu sortir du « en quoi l’hypnose peut t’être utile ? », et présenter un cadre « logique » qui rendait l’utilisation de l’hypnose évidente.</p>
<p>On ne peut plus nier aujourd’hui l’implication du mental dans la performance sportive. Or, il arrive que consciemment il ne soit pas facile de gérer ce mental qui peut s’emballer avant/pendant et après la performance. Involontairement, il arrive que certaines émotions, sensations, pensées entraînent l’athlète vers une spirale négative. Si d’ordinaire, il peut difficilement avoir accès à cette partie involontaire qui lui échappe, en utilisant les états modifiés, il a une prise sur cette partie inconsciente de lui. L’hypnose, parce qu’elle permet une plus grande présence de l’inconscient, permet de créer d’autres réactions plus intéressantes. La motivation de l’athlète se trouve alors grandit et le rapport se crée entre son implication et la préparation mentale.</p>
<p>Il a fallu chercher des objectifs individuels réalistes mais dans un cadre temporel court (3 semaines). Par rapport aux championnats du monde approchant, comment se sentaient-ils? Que voulaient-ils? Comment imaginaient-ils les conditions idéales pour le jour J? Avaient-ils déjà vécu ça? De quoi avaient-ils besoin? Et d&rsquo;un autre côté, croiser ces questions avec les stratégies mentales déjà en places, les conditionnements individuels, les valeurs et les motivations de chacun. A partir de ces questions de base l’implication des jeunes était déjà très différente: par exemple, entre celui qui connaît la compétition et celui qui la découvre. Le premier a déjà un système efficace de conditionnement mental, qui veut l&rsquo;optimiser, et le second  n&rsquo;a pas encore de vécu de compétition.</p>
<div id="attachment_3405" style="width: 235px" class="wp-caption alignright"><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux3.png"><img class="size-medium wp-image-3405" alt="belgroux3 225x300 Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux3-225x300.png" width="225" height="300" title="Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" /></a>
<p class="wp-caption-text">Escalade sur Glace &#8211; Realites Hypnotiques</p>
</div>
<p>Dans un cadre de préparateur mental, je me suis aussi retrouvé à repréciser et recadrer certaines idées. Par exemple, pour un des athlètes l’état idéal en compétition était celui de l’amusement et du plaisir comme il les ressent en montagne :<i> </i><i>« Dans trois semaines, imagine que tu es dans le même état d’esprit que lorsque tu es en montagne, tu sais que tu vas t’amuser, …et là, d’un coup, imagine qu’il y a autour de toi 3000 spectateurs, l’hymne national, et que tu es aux championnats du monde… …Heu…c&rsquo;est pas trop ça, en fait…»</i> Le simple fait de les mettre en face de la réalité les a amenés à redéfinir eux-mêmes leurs objectifs, et à les préciser.</p>
<p>Nous avons réfléchi, nous entraîneurs, à nos propres valeurs et à celles de la Fédération Française. Pour nous questionner sur notre implication, et surtout sur les moyens qu&rsquo;on a d&rsquo;imaginer la suite. Un athlète en équipe de France, lorsque l&rsquo;épreuve est passée, que devient-il? Il reste un amoureux de la montagne, un passionné, un étudiant&#8230;Qu&rsquo;est-ce que nous leur apportons en plus d&rsquo;un souvenir du haut niveau?</p>
<p>J’ai aussi impliqué tout le staff (vidéo, arbitre, dirigeants, kiné), les initiant à certaines techniques de langage comme l’utilisation de la négation : « Ne stresse pas, n&rsquo;ayez pas peur, les championnats du monde ce n’est pas impossible comme épreuve, il suffit de ne pas faire attention aux autres… »</p>
<h2>Les techniques d’ancrages et de désactivation d’ancre:</h2>
<p>Le sportif est plein de routines dont certaines, sous formes d&rsquo;images, de pensées, de sons, de gestes&#8230;lui permettent de déclencher un état désiré. Les ancrages positifs et négatifs font partie intégrante de la vie du sportif. Ils lui donnent un repère précis, ritualisé, durant lequel la motivation, la confiance viennent s&rsquo;insérer. Un simple geste qui sort de la routine et tout peut partir en déséquilibre. Prendre conscience de certains de ces ancrages permet de les améliorer, de les renforcer et de les lier. Il y a aussi d&rsquo;autres ancrages, négatifs, que l&rsquo;on peut être amené à désactiver, comme le regard de l&rsquo;adversaire à l&rsquo;échauffement qui fait ressentir des nœuds dans le ventre, ou le fait de voir un autre compétiteur « grimper sans difficulté » qui fait naître un doute, voire une peur. Tout cela se repère assez rapidement lors de l&rsquo;entretient individuel. Une prise de conscience des ancrages positifs et une désactivation d&rsquo;ancre donnent déjà au sportif plusieurs moyens de tester l&rsquo;efficacité de ces techniques, de se les approprier et s&rsquo;il le faut de les retravailler avec le coach.</p>
<p>Concrètement, chaque athlète a associé le serrage du piolet dans la main comme étant un déclencheur d&rsquo;effet désiré. Il en est de même pour le geste d&rsquo;échauffement avec une balle en mousse, le « clic » de la fermeture du casque qui provoque la combativité, la niak&#8230;</p>
<h2>L&rsquo;imagerie mentale de l&rsquo;athlète: pour devenir son propre coach.</h2>
<p>Dans l’activité d’escalade sur glace, les athlètes équipés de piolets traction et de crampons mono pointe, évoluent d’abord sur un mur de glace avant de poursuivre leur ascension sur du rocher ou un pan de mur en bois incliné (45°, puis très souvent horizontal)</p>
<p>Différents volumes sur la structure les amènent à se retourner et à réaliser des mouvements de grande amplitude, tout en étant ultra techniques dans la gestion de leur effort entre les phases de repos et les phases d’accélération…Toute cette stratégie est mise en place lors d’un temps de « lecture de voie » avant les épreuves.</p>
<p>Les athlètes, regroupés le matin, ont 10 minutes pour repérer les passages, imaginer les enchaînements, les pièges, en se projetant « dans la voie ». Etonnamment, dans toutes les disciplines verticales avec temps de repérage préalable, il est courant de les voir bouger au pied de la voie tel qu’ils s’ imaginent la grimper. Ils sont en train d&rsquo;utiliser une capacité de notre cerveau, celle de la projection d&rsquo;image de soi-même. Lorsque l&rsquo;imagerie est bien réalisée, elle permet de ressentir ce que vit « le double » de cette image. Concrètement, ils font des allers retours entre l’image d’eux-même vue du pied du mur (image dissociée) et ce qu’ils s’imaginent ressentir en train de grimper (image associée)</p>
<p>De cette façon, en amplifiant le phénomène, ils sont devenus eux-mêmes leur propre coach durant la lecture de la voie. Je les ai accompagnés pour qu&rsquo;ils prennent conscience des deux positions: associé et dissocié :</p>
<p>•          Celle du grimpeur qui évolue selon ce qui est anticipé.</p>
<p>•          Celle du « coach » en bas de la voie, qui valide ou rectifie.</p>
<p>De cette manière, ils sont très vite arrivés à faire plusieurs allers-retours, ce qui leur permettait de « se donner des conseils à eux-mêmes »,</p>
<h2>Amélioration et automatisation du geste sportif.</h2>
<p>Certains membres de cette équipe devaient très rapidement intégrer de nouvelles techniques. L&rsquo;apprentissage d&rsquo;un geste passe en général par la répétition de celui ci jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;il devienne complètement automatique et inconscient. En utilisant l&rsquo;état d&rsquo;hypnose, on accélère ce processus d&rsquo;apprentissage du mouvement en impliquant la partie qui gère les automatismes.</p>
<p><i>HypnoCoach : « Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il se passe avec ton mouvement de traction de bras? </i><i> (Athlète) </i><i>Je sais pas, j&rsquo;arrive pas à y penser mais je sais qu&rsquo;involontairement c&rsquo;est pas le bon. (HC) C&rsquo;est quoi le bon?  (A)C&rsquo;est « épaule au piolet » je sais le faire, mais dès que je grimpe, j&rsquo;ai mille choses à penser et j&rsquo;arrive pas à tout contrôler. Du coup, mon coude se lève, le piolet sort de son ancrage, et je tombe. (HC) Si je te dis « épaule au piolet »,c&rsquo;est quoi pour toi? (A)C est ce que je devrais faire, ce que je sais faire, mais pas tout le temps…</i></p>
<p>Ainsi, le geste particulier « d&rsquo;amener l&rsquo;épaule au piolet », lorsqu&rsquo;il est mal réalisé, provoque quasi systématiquement la chute du grimpeur. Or, après une séance, cet athlète que la gravité punissait souvent a tout simplement cessé de tomber.</p>
<p>De la même manière, l’automatisation de certaines sensations a été travaillée.</p>
<p>Le manche du piolet traction (engin utilisé pour grimper en escalade sur glace) lorsqu’il est ancré de manière optimale sur la préhension durant l’ascension, s’allonge de 1.5mm.C&rsquo;est une sensation très fine à ressentir, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;ils ont des gants, et que l&rsquo;objet semble immobile. Les athlètes prennent conscience de cela, mais c’est sous hypnose que l’inconscient automatise et associe cette perception comme étant le début d’une stratégie efficace pour mettre en place la suite de l’effort.</p>
<div id="attachment_3406" style="width: 955px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux4.png"><img class="size-full wp-image-3406" alt="belgroux4 Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux4.png" width="945" height="323" title="Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" /></a>
<p class="wp-caption-text">Escalade sur Glace, après l&rsquo;effort &#8211; Réalités Hypnotiques</p>
</div>
<p>En deux week-ends, répartis sur trois semaines, bien sûr, ils devaient s’entraîner. J’ai eu l’occasion de voir chaque athlète 1 heure le premier week-end et 30’ le deuxième, plus quelques tests en action par -10°&#8230;</p>
<h2>Le feed-back post championnats du monde</h2>
<p>Les retours ont été très positifs. Seul le manque de temps ne m’a pas permis d’approfondir mon travail. Les premiers championnats du monde jeunes ont eu lieu le 28/29 janvier 2013 à Saas Fee, Suisse. L’équipe de France termine troisième meilleure nation au classement général et parmi ses membres, elle comporte O.Garolino, 2<sup>ème</sup> place de Vice Champion du Monde. Les 5ème, 6ème et 8ème place étaient également occupées par des jeunes français. Sur l&rsquo;épreuve de vitesse, 3 athlètes français ont été en finale.</p>
<p><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux5.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-3407" alt="belgroux5 Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/04/belgroux5.png" title="Coaching de léquipe de France dEscalade sur Glace" /></a></p>
<p>Le sportif, haut niveau ou amateur, est avant tout une personne. Un manque de confiance, une difficulté émotionnelle ou d’autres problèmes de la vie du sportif montrent assez bien que derrière certaines failles, c’est la personne toute entière qui pourrait profiter d’un travail thérapeutique même en « sous-marin ».</p>
<p>Le travail d’un coach sportif ericksonnien pourrait alors permettre au sportif de mieux être, de progresser, hors des stades, hors des bassins, hors des murs d’escalade… dans sa vie. L’auto hypnose est un levier pour permettre cette action-là. Parce qu’au-delà de la pratique sportive, ce qui reste consciemment et inconsciemment, c’est une personne unique. Il nous faut alors prendre conscience de cela dans notre accompagnement. Ce qui est assez peu le cas en France en préparation mentale, où le système du « modèle » et de l&rsquo;imitation du champion est encore appliqué voire imposé.</p>
<p><i>Photos d’E. Maury et de J.R.Guillot. Un film réalisé par E.Maury est en cours de réalisation, présentant l’ensemble de cette aventure.</i></p>
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		<title>La Résistance selon Milton Erickson</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Mar 2013 15:03:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Garnier]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[La Pratique de l'Hypnose]]></category>
		<category><![CDATA[Milton Erickson]]></category>
		<category><![CDATA[résistance]]></category>

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		<description><![CDATA[Le Monarque de l&#8217;Océan, 1ère partie &#8216;est lors d&#8217;un colloque médical sur le bateau de croisière Ocean Monarch que le psychiatre américain Milton Erickson (1901-1980), champion de l&#8217;hypnothérapie médicale au XXème siècle, a donné une conférence sur l&#8217;usage de l&#8217;hypnose en psychiatrie qui fut tout à la fois un cours riche et limpide, un florilège [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h2>Le Monarque de l&rsquo;Océan, 1ère partie</h2>
<div class="dropcap prociono">C</div>
<p>&lsquo;est lors d&rsquo;un colloque médical sur le bateau de croisière Ocean Monarch que le psychiatre américain <a title="Wikipedia Milton Erickson" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Milton_Erickson" target="_blank">Milton Erickson</a> (1901-1980), champion de l&rsquo;hypnothérapie médicale au XXème siècle, a donné une conférence sur l&rsquo;usage de l&rsquo;hypnose en psychiatrie qui fut tout à la fois un cours riche et limpide, un florilège généreux d&rsquo;exemples édifiants, et la démonstration subtile et élégante d&rsquo;une véritable séance d&rsquo;hypnose collective à l&rsquo;intention de son auditoire.</p>
<p>Par chance, cette conférence a été enregistrée et retranscrite par l&rsquo;un de ses collaborateurs tardifs, Ernest Rossi, et toujours disponible en cassettes audio.</p>
<p>Plutôt que de paraphraser l&rsquo;ensemble de la conférence, qu&rsquo;il serait alors plus utile de traduire, je vous propose de nous laisser guider par les grands thèmes qu&rsquo;il aborde et qui sont les clefs d&rsquo;un usage subtile de l&rsquo;hypnose dans une psychothérapie pro-active centrée sur le patient. Notre voyage à travers cette conférence se fera donc autour de deux grands axes :</p>
<ul>
<li>1er article : la notion d&rsquo; « utilisation » comme solution à la résistance ;</li>
<li>2<sup>nd</sup> article : le double niveau de communication et de thérapie conscient/inconscient.</li>
</ul>
<p>Cette deuxième étape nous permettra de nous attarder sur les stratégies de psychothérapie d&rsquo;Erickson et son art de la communication indirecte notamment à travers la démonstration qu&rsquo;il en donne tout au long de cette conférence en s&rsquo;adressant de manière subliminale aux « inconscients » de ses auditeurs.</p>
<p>Mais c&rsquo;est à la question de la résistance, à l&rsquo;hypnose ou à la thérapie, largement et brillamment traitée dans cette conférence, que nous nous intéresserons dans ce premier article. Cette question est plus généralement celle de la relation de confiance indispensable à la thérapie et à l&rsquo;induction de l&rsquo;hypnose. Et, outre une méthode de stratégie redoutable que nous analyserons, l&rsquo;arme douce favorite d&rsquo;Erickson consiste, comme le prescrivait déjà Bernheim en son temps, à utiliser ce qui existe, ce qu&rsquo;apporte le sujet, et même ses résistances.</p>
<h2>Une relation de confiance</h2>
<div class="dropcap prociono">L</div>
<p>a première chose à faire pour le médecin en contact avec son patient, nous dit Erickson, est d&rsquo;établir un « rapport conscient ». La question de l&rsquo;hypnose est déjà familièrement associée à la notion de <i>rapport</i> depuis bien longtemps et <a title="Wikipedia Ivan Pavlov" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Pavlov" target="_blank">Ivan Pavlov</a> en a modélisé le fonctionnement. Il s&rsquo;agit de cette relation bien particulière que « celui qui est endormi » conserve avec « celui qui l&rsquo;a endormi », ce fil d&rsquo;Ariane qui, même au plus profond de sa transe ou de son sommeil, le laisse suspendu aux instructions de celui qui devient son guide, le conducteur du véhicule dans lequel il voyage. On a longtemps cru qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une obéissance avant de comprendre que le rapport hypnotique repose avant tout sur la confiance et sur le fait d&rsquo;accepter au fond de soi de <i>jouer le jeu sincèrement</i>.</p>
<div class="pullquote-wrapper left">
<div class="pullquote prociono">Il s&rsquo;agit de poser les bases d&rsquo;une relation où les rôles de celui qui guide et de celui qui accepte d&rsquo;être guidé sont clairement établis</div>
</div>
<p>Ce rapport s&rsquo;élabore bien souvent sans que la personne hypnotisée ne fasse d&rsquo;effort dans ce sens. Elle ne se force pas à se soumettre de gré à l&rsquo;hypnotiseur. Cela se déroule en deçà de se perspicacité consciente, sous cette ligne de flottaison des choses que nous prenons le temps de percevoir, sous la surface de notre attention, ou disons simplement : inconsciemment. Voilà pourquoi Erickson étonne ici en disant que la première chose à faire est d&rsquo;établir un rapport <i>conscient.</i> Qu&rsquo;est-ce à dire ? En terme un peu brutaux, on dirait qu&rsquo;il s&rsquo;agit de faire comprendre « qui est le chef ». Disons plus exactement, qu&rsquo;il s&rsquo;agit de poser les bases d&rsquo;une relation où les rôles de celui qui guide et de celui qui accepte d&rsquo;être guidé sont clairement établis.</p>
<p>Bien qu&rsquo;Erickson insiste souvent, paradoxalement, sur l&rsquo;importance pour le thérapeute de se laisser guider par son patient, ici il est tout-à-fait clair : faites savoir au patient que c&rsquo;est son intérêt qui prime pour vous et que vous utiliserez l&rsquo;hypnose seulement si vous pensez que cela aidera. En tant que psychiatre exerçant la psychothérapie, Erickson refusait que le patient se mette dans la position de prescrire sciemment la méthode à utiliser pour son soin.</p>
<p>En disant cela, Erickson semble s&rsquo;adresser à son auditoire de médecins, parfois excessivement enthousiasmés par l&rsquo;idée d&rsquo;intégrer l&rsquo;hypnose à leur pratique et semble leur dire : ce n&rsquo;est qu&rsquo;une option, un outil, et que vous réserverez pour les seuls cas où c&rsquo;est <i>vraiment</i> approprié.</p>
<h2>Le droit de garder le silence</h2>
<div class="dropcap prociono">P</div>
<p>lus tard dans la conférence, Erickson répond en quatre points à la question : à quoi l&rsquo;hypnose peut-elle être utile en psychiatrie et en psychothérapie ? Et sa première réponse est qu&rsquo;elle sert précisément à créer le rapport. Bien <span style="text-decoration: underline;">p</span>lus efficacement qu&rsquo;en essayant de l&rsquo;en convaincre par des arguments, le thérapeute montre au patient qu&rsquo;il peut lui faire confiance, à travers l&rsquo;expérience de l&rsquo;hypnose. Après une simple transe hypnotique, la discussion repart sur des bases propices à en faire bien plus qu&rsquo;un bavardage de comptoir : une véritable psychothérapie. C&rsquo;est probablement la raison pour laquelle Erickson précise qu&rsquo;il commence généralement ses séances par de l&rsquo;hypnose, puis passe la deuxième moitié du temps à discuter. Il « connecte » dans une relation forte ses mots à l&rsquo;entendement profond de son auditeur afin que ce qu&rsquo;il dise par la suite ne tombe surtout pas dans l&rsquo;oreille d&rsquo;un sourd.</p>
<p>Et le Dr Erickson décrit une méthode propre à faire naître chez son patient une confiance sincère à son endroit :</p>
<p><i>« Pour se faire, je pose en général aux patients en transe hypnotique une question à laquelle je sais qu&rsquo;ils ne devraient pas répondre à cet instant. Je pose la question, et avant même qu&rsquo;ils puissent y répondre, je leur fais remarquer que ce n&rsquo;est sûrement pas le bon moment pour répondre à cette question et qu&rsquo;ils peuvent ne pas y répondre avant que ce soit le bon moment pour cela. Ensuite je leur demande de penser à ce que je viens de dire. En conséquence, ils réalisent qu&rsquo;ils peuvent répondre librement et facilement mais qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucune obligation de répondre à une question avant que ça ne soit le bon moment pour cela. Je l&rsquo;explique clairement au patient à l&rsquo;état d&rsquo;éveil aussi bien que dans l&rsquo;état de transe, parce que nous avons à faire à une personne qui possède un esprit conscient et un esprit inconscient. »</i></p>
<div class="pullquote-wrapper right">
<div class="pullquote prociono">Erickson désamorce par anticipation des résistances éventuelles</div>
</div>
<p>Nous reviendrons sur la toute dernière phrase dans notre prochain article. Mais sur l&rsquo;aspect général de cette suggestion, notons simplement qu&rsquo;Erickson ne se contente pas de dire « vous pouvez me faire confiance », ou encore « je ne vous force à rien », ou bien « je ne vous mettrai pas dans une position inconfortable ». S&rsquo;il l&rsquo;affirmait tout bonnement, son patient serait bien libre de ne pas le croire. Bien au contraire, il pourrait devenir d&rsquo;autant plus soupçonneux devant ce docteur qui se presse d&rsquo;obtenir de lui qu&rsquo;il relâche sa vigilance. Mieux que cela, Erickson crée une petite expérience afin que le patient lui-même ressente qu&rsquo;il n&rsquo;est forcé à rien. Il commence par lui poser une question qui le plonge dans l&rsquo;embarras. Et alors que le patient développe le désir de ne pas répondre à cette question maintenant, Erickson lui offre exactement ce qui correspond à ce désir intérieur et le soulage ainsi. Cela dit, en le laissant libre d&rsquo;exprimer les choses <i>au bon moment, </i>il incite fortement son patient à les exprimer de toute façon, <i>tôt ou tard </i>(<i>eventually), </i>mais sans jamais se sentir pressé. Ainsi, celui-ci n&rsquo;a plus à résister à quoi que ce soit, et rassérénée, peut joyeusement entrer dans l&rsquo;expérience qui lui est proposée. Erickson désamorce par anticipation des résistances éventuelles.</p>
<h2>Résistances consciente et inconsciente</h2>
<div class="dropcap prociono">P</div>
<p>lus tard dans la conférence, Erickson revient sur la question de la résistance, mais cette fois non plus pour l&rsquo;anticiper et l&rsquo;éviter mais bien pour la désamorcer lorsqu&rsquo;elle se présente réellement. Accomplir des prouesses hypnotiques sur une personne naturellement réceptive à l&rsquo;hypnose et aux suggestions, sur une personne peu anxieuse de cette expérience et immédiatement à l&rsquo;aise avec son thérapeute, voilà qui n&rsquo;est d&rsquo;aucun mérite techniquement. Erickson conseille toutefois de s&rsquo;entraîner avec des personnes naturellement réceptives. Cela renforce la confiance de celui qui débute avec l&rsquo;hypnose, et lui permet de découvrir tout le champ des différents phénomènes qu&rsquo;autorise la transe hypnotique.</p>
<p>Mais le vrai défi, et qui différencie l&rsquo;apprenti du professionnel aguerri, c&rsquo;est lorsqu&rsquo;il est face à une personne qui, pour une raison ou pour une autre, consciente ou inconsciente, ne se prête pas à l&rsquo;expérience et développe une réaction lui permettant de s&rsquo;y soustraire et de ne pas se laisser guider : une résistance.</p>
<p>Pour un médecin comme Erickson, il est fréquent de vouloir administrer une hypnothérapie à une personne qui n&rsquo;est pas venue le consulter dans ce but, et qui refuse que cette méthode soit employée, ou y répugne. Il est fréquent également d&rsquo;avoir à traiter avec une personne qui ne souhaite même pas sincèrement être soignée mais se voit contrainte de consulter pour différentes raisons. Cela est propre aux cliniciens. Or beaucoup de ceux qui pratiquent l&rsquo;hypnothérapie aujourd&rsquo;hui sont consultés par des personnes précisément désireuses de recevoir ce traitement. Et c&rsquo;est là une différence non négligeable.</p>
<p>Toutefois, même lorsque le patient est clairement et consciemment volontaire pour l&rsquo;hypnose, une forte anxiété ou d&rsquo;autres blocages profonds l&rsquo;empêchent régulièrement de se prêter l&rsquo;hypnose. C&rsquo;est pourquoi la question de la résistance intéresse et parfois inquiète tant les professionnels de l&rsquo;hypnose thérapeutique.</p>
<h2>Un esprit retord</h2>
<div class="dropcap prociono">A</div>
<p>fin de répondre à cette inquiétude, Erickson donne plusieurs exemples autour d&rsquo;une même technique qui vise à décharger toute la résistance du sujet en la conditionnant à une variable contextuelle, pour ensuite « libérer » le patient de sa propre résistance en modifiant cette variable.</p>
<p>Pour rendre tout cela parfaitement clair, rapportons un des exemples cité par Erickson lui-même. Un médecin vint un jour le consulter. Déjà par téléphone, Erickson avait pu sentir l&rsquo;antagonisme de son interlocuteur. A peine arrivé, son patient le mit aussitôt au défi de l&rsquo;hypnotiser dans une attitude provocatrice qui affirmait sans ambages la volonté de le mettre en échec. Erickson passa plus d&rsquo;une heure à « essayer » de l&rsquo;hypnotiser, usant sciemment des méthodes les moins subtiles, les plus directes et autoritaires qu&rsquo;il connaisse.</p>
<p>Le patient eut largement matière à opposer toute la résistance qu&rsquo;il avait de toute façon projeté de déployer. Il avait prévu, en quelques sortes, de ne pas offrir à Erickson la joie d&rsquo;un succès. Erickson ne lui refusa surtout pas cette victoire. Mais après ce long acharnement, il alla chercher une de ses étudiantes qu&rsquo;il avait invitée pour l&rsquo;occasion. La fille, très entraînée à l&rsquo;hypnose, entra à la demande d&rsquo;Erickson dans un état de transe hypnotique très profond. Erickson lui demanda alors d&rsquo;hypnotiser elle-même le patient. Erickson attendrait dans la pièce d&rsquo;à côté qu&rsquo;elle vienne le chercher quand ce serait fait. Quinze minutes plus tard, elle vint le trouver et il put constater que le patient retord était désormais dans une transe très profonde.</p>
<p>Le patient était venu, nous l&rsquo;avons dit, avec l&rsquo;intention de ne pas donner la victoire à Erickson. Mais il n&rsquo;avait aucun projet quant à la jeune étudiante, d&rsquo;autant que celle-ci ne cherchait pas obtenir un succès personnel, elle n&rsquo;avait rien à retirer de cette hypnotisation, elle se contentait d&rsquo;exécuter, docile, une suggestion hypnotique. Erickson insiste sur le fait que, dans ces conditions, il était quasiment impossible de lui résister car il n&rsquo;y avait rien contre quoi résister, d&rsquo;autant qu&rsquo;elle usa de techniques parfaitement pertinentes.</p>
<p>Depuis <a title="Wikipedia Armand de Puységur" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Armand_Marie_Jacques_de_Chastenet_de_Puys%C3%A9gur" target="_blank">Armand de Puységur </a>(1784), on sait à quel point les personnes en état de somnambulisme hypnotique peuvent s&rsquo;avérer particulièrement compétentes à induire une transe hypnotique sur d&rsquo;autres personnes, ainsi qu&rsquo;à leur adresser des suggestions pertinentes.</p>
<div class="pullquote-wrapper left">
<div class="pullquote prociono">Le patient n&rsquo;était pas « résistant » en soi, il était résistant à une personne en particulier dans un exercice particulier</div>
</div>
<p>Ce qui est fondamental à comprendre dans cet exemple, c&rsquo;est que le patient n&rsquo;était pas « résistant » en soi, il était résistant à une personne en particulier dans un exercice particulier. Et en changeant simplement ces conditions, Erickson a pu lui offrir l&rsquo;expérience de l&rsquo;hypnose qu&rsquo;il réclamait.</p>
<p>Erickson précise : <i>« Je fais souvent mettre mes patients en transe hypnotique par d&rsquo;autres personnes que moi, en particulier ceux qui sont très résistants et qui ne veulent pas laisser le docteur le faire. En général, j&rsquo;essaie de faire qu&rsquo;ils soient aussi résistants que possible à mon égard, afin que je canalise sur moi toutes leurs résistances, n&rsquo;en laissant aucune pour la personne qui les mettra en transe. »</i></p>
<h2>Canaliser et conditionner la résistance</h2>
<div class="dropcap prociono">L</div>
<p>a variable conditionnée à la résistance, cela peut être l&rsquo;hypnotiseur lui-même, qu&rsquo;il suffit alors de remplacer, ou n&rsquo;importe quel autre élément de contexte. Pour illustrer cette méthode, j&rsquo;aimerais citer un exemple issu de ma propre pratique.</p>
<p>Une jeune femme de vingt-quatre ans est venue me consulter mais ne pouvait pas me dire pour quelle raison. Sa pudeur, ses rougissements, ses insinuations m&rsquo;indiquaient que son problème touchait à l&rsquo;intime et probablement à la question de sa sexualité qu&rsquo;elle évitait soigneusement. Cependant, elle était venue d&rsquo;elle-même et pour consulter un thérapeute homme, ce qui me laissait croire qu&rsquo;il en fallait peu pour qu&rsquo;elle m&rsquo;accorde une confiance suffisante.</p>
<p>Mais les mots ne sortaient pas. Alors voilà ce que je lui ai dit : « Il y a des mots qui ne sont pas faciles à prononcer <i>en tête à tête</i>, n&rsquo;est-ce pas ? Surtout quand on se regarde dans les yeux. C&rsquo;est pour ça qu&rsquo;on a parfois le regard fuyant, mais pour autant, ça reste délicat quand la personne est là, <i>en face de nous</i>&#8230; » Et pendant une dizaine de minutes, nous avons eu cette conversation et cité tous deux plusieurs exemples et expériences personnelles de moments où les mots étaient <i>bloqués</i> par le visage de l&rsquo;autre devant nous, et comment on pouvait lire ce que l&rsquo;autre pense dans son regard, dans ses réactions, et parfois dans son absence de réaction.</p>
<p>Pendant dix minutes, nous avons accepté et validé ensemble l&rsquo;idée que le blocage était lié au visage, au regard. Au départ, elle ne pouvait pas m&rsquo;exprimer son problème. Et après tout ce temps, elle ne pouvait pas m&rsquo;exprimer son problème <i>en tête à tête.</i> Ce qui est une toute autre chose. Je lui ai alors demandé de m&rsquo;excuser pendant que j&rsquo;allais me servir un verre d&rsquo;eau dans la petite cuisine qui se trouvait derrière elle, dans une pièce contiguë. Alors que je passais derrière son dos, hors de son champ de vision, je l&rsquo;ai invitée à continuer de me parler et je lui posais des questions en faisant semblant de m&rsquo;affairer près du lavabo. Et quand je lui ai demandé ce qui lui posait <i>vraiment </i>problème, elle me l&rsquo;a exprimé le plus simplement du monde et sans aucune retenue.</p>
<p>Ensuite, je lui ai proposé de fermer les yeux et je suis revenu m&rsquo;asseoir face à elle. Elle s&rsquo;est sentie à l&rsquo;aise tout le temps qu&rsquo;elle avait les yeux fermés, s&rsquo;est exprimée librement et s&rsquo;est avérée particulièrement réceptive à l&rsquo;hypnose. Au moment de l&rsquo;inviter à ouvrir de nouveau les yeux, je lui ai dit en substance : « Les yeux ouverts, vous pourrez, <i>si vous le souhaitez, </i>rester pudique, parce qu&rsquo;on ne dit pas toujours les mêmes choses les yeux dans les yeux que lorsqu&rsquo;on ne voit pas son interlocuteur. » En effet, le but n&rsquo;est pas de la forcer à ne plus être une personne pudique, mais d&rsquo;être capable de dépasser cette pudeur pour exprimer les choses <i>si elle le souhaite</i> et <i>quand elle le souhaite.</i></p>
<h2>La chaise imaginaire</h2>
<div class="dropcap prociono">E</div>
<p>rickson cite un exemple très similaire où il canalise les résistances du sujet non pas sur lui mais sur l&rsquo;orientation du sujet dans l&rsquo;espace. Il lui fait imaginer une chaise au milieu de la pièce et lui fait admettre par toute une série d&rsquo;évidences, que cette chaise offre une position dans la pièce qui puisse s&rsquo;avérer propice à le mettre à l&rsquo;aise et à s&rsquo;exprimer plus librement. Toutes les résistances du sujet sont canalisées sur la position qu&rsquo;il occupe actuellement et son orientation dans la pièce et il admet qu&rsquo;une autre position serait plus appropriée. Avant, il avait quelque chose en lui qui le bloquait. Maintenant, il est tout simplement <i>mal placé dans la pièce. </i>Problème bien plus facile à résoudre. Il suffit pour Erickson de lui demander de décaler sa chaise jusqu&rsquo;à la place de la chaise imaginaire pour lever ses résistances et qu&rsquo;il parle librement.</p>
<h2>Désorienter pour libérer</h2>
<div class="dropcap prociono">E</div>
<p>rickson insiste sur l&rsquo;importance de l&rsquo;orientation et de la désorientation. Il est bon, dans un premier temps, d&rsquo;encourager la perte de certains repères comme les orientations spatiale et temporelle, de l&rsquo;âge (régression), ou encore les repères de la personnalité (dépersonnalisation). C&rsquo;est à cela que l&rsquo;hypnose est utile : elle décentre pour offrir des compréhensions nouvelles.</p>
<p>Une fois l&rsquo;hypnose obtenue, précise Erickson, la désorientation et la dépersonnalisation sont des phénomènes faciles à induire. Il cite notamment l&rsquo;exemple d&rsquo;Harvey, un patient à qui il demande d&rsquo;imaginer un écran de cinéma sur lequel il voit le diaporama de différents moments traumatiques de sa vie. Mais parfaitement plongé dans sa position de spectateur, il <i>s&rsquo;oublie</i> complètement, il a oublié qui il est et regarde ces images comme si ce petit garçon, puis ce jeune homme n&rsquo;étaient pas lui. Il les commente et les discute avec Erickson sans savoir qu&rsquo;il parle de lui. Il peut développer toute une pensée nouvelle autour de ce destin dont il n&rsquo;est plus la victime mais un simple spectateur, et trouver ses propres solutions qui resteront disponibles à son entendement même une fois redevenu lui-même, sorti de l&rsquo;hypnose.</p>
<p>Il y a fort à parier que sans cette dépersonnalisation, ces souvenirs auraient été si forts et si difficiles à revivre pour Harvey qu&rsquo;il aurait développer une réticence, voire une résistance à une thérapie si frontale.</p>
<h2>Détournement général</h2>
<div class="dropcap prociono">L</div>
<p>orsqu&rsquo;Erickson expose son idée de l&rsquo;utilisation, il en décrit bien les deux temps :</p>
<ol>
<li>valider</li>
<li>utiliser</li>
</ol>
<p>En effet, il ne s&rsquo;agit pas seulement de <i>constater </i>ce qui est, mais de le détourner pour que cela devienne un élément qui encourage la suggestion, devienne utile à la situation. Tout comme un musicien ou un comédien qui, improvisant, réagit à son environnement et intègre le moindre imprévu, jamais pris au dépourvu, pour donner l&rsquo;illusion que tout est parfaitement normal et voulu.</p>
<p><i>
<div class="pullquote-wrapper left">
<div class="pullquote prociono">Efforcez-vous d&rsquo;accepter les idées du patient, quelles qu&rsquo;elles soient, puis vous essayez de les diriger</div>
</div>
<p>« Efforcez-vous d&rsquo;accepter les idées du patient, quelles qu&rsquo;elles soient, puis vous essayez de les diriger. » </i>Ici est résumée toute l&rsquo;approche « utilisationniste » d&rsquo;Erickson. Si un patient ne veut pas parler, précise-t-il, vous utilisez ce silence, en disant que c&rsquo;est une parfaite occasion pour l&rsquo;inconscient de commencer à penser, à comprendre.</p>
<p><i>« Laissez votre esprit inconscient travailler tandis que vos yeux errent dans la salle, que vous prêtez attention au titre de ce livre, ou au titre de ce livre, que vous regardez le tapis, que vous évitez mon regard, que vous faites attention aux bruits extérieurs ». </i>Le début de la phrase, « laissez votre esprit inconscient travailler », est une injonction et qui ne requiert aucun effort puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de « laisser » quelque chose se faire.</p>
<p>Mais comment faire ? La réponse est dans la suite : il suffit de faire ce que vous êtes justement déjà en train de faire. Et Erickson cite alors tout ce qu&rsquo;il observe que le patient est déjà en train de faire. Il y a ce qu&rsquo;il y a, et il se passe ce qui se passe. Et tout ce contexte n&rsquo;est pas forcément utile à un travail inconscient. Pourtant cette simple syntaxe a le pouvoir de transformer ces détails en autant d&rsquo;occasions, de prétextes, pour un travail inconscient de se mettre en place. Tout devient un élément de la thérapie. Même ce qui devait être une résistance à celle-ci.</p>
<h2>Des bâtons dans les roues</h2>
<div class="dropcap prociono">C</div>
<p>ette méthode d&rsquo;utilisation qu&rsquo;Erickson décrit est suffisante, si on l&rsquo;applique avec finesse et intelligence, à décharger toutes les résistances. Cependant, dans l&rsquo;auditoire une question est soulevée à propos d&rsquo;un cas bien particulier de résistance à l&rsquo;hypnose et qui pourtant s&rsquo;avérait fréquent à l&rsquo;époque : que faire si une personne ne parvient pas à développer une transe hypnotique parce qu&rsquo;un autre hypnotiseur, dans le passé, lui a donné comme suggestion de ne jamais laisser quelqu&rsquo;un l&rsquo;hypnotiser à nouveau dans l&rsquo;avenir.</p>
<p>Erickson cite alors un exemple amusant. Lors d&rsquo;un séminaire, il voulut faire une démonstration sur une jeune femme qui semblait bien disposée à s&rsquo;y prêter. Mais elle exprimait son impossibilité d&rsquo;entrer dans une transe hypnotique. La façon dont elle disait cela sembla suspecte à Erickson. Elle le disait presque « automatiquement ». Erickson demanda si elle connaissait certains médecins présent dans la salle. Elle répondit en citant d&rsquo;abord distinctement deux noms, puis d&rsquo;autres. Puis il lui demanda si elle serait plus à l&rsquo;aise d&rsquo;être mise en transe pas ces deux médecins. Elle répondit que oui. Pour lui, il semblait clair que ses deux collègues s&rsquo;étaient amusé à lui tendre un piège en hypnotisant préalablement cette personne et en lui suggérant en hypnose de ne pas se laisser hypnotiser par le Dr Erickson.</p>
<p>Bien qu&rsquo;elle n&rsquo;en gardât pas de souvenir, elle exécutait alors fidèlement la suggestion sans le comprendre. Mais que faire alors ? Erickson lui posa tout simplement une série de questions du genre « Et si ce docteur vous disait cela, est-ce que vous vous sentiriez ainsi ? ». Par ces questions, il orientait mentalement cette jeune femme vers une situation hypothétique où ce sont eux, et non plus lui, qui formulent les suggestions. Et sa résistance fut trompée : elle développa tous les phénomènes hypnotiques désirés.</p>
<p>Encore une fois, la résistance est contournée par l&rsquo;utilisation : l&rsquo;utilisation de la mémoire, des souvenirs d&rsquo;un contexte où la personne était en transe hypnotique. Il lui a suffit de la replonger dans ce contexte, la coupant un peu de l&rsquo;ici et du maintenant et de ce à quoi elle était supposée résister, pour mieux laisser le souvenir d&rsquo;une transe devenir une transe de nouveau.</p>
<p>Erickson préconise cet exercice pour les thérapeutes qui apprennent l&rsquo;hypnose. Une personne hypnotise un sujet volontaire et lui donne comme suggestion « post-hypnotique » – c&rsquo;est-à-dire qui reste valide au delà de la séance elle-même – de ne pas entrer en <i>rapport</i> <i>hypnotique </i>avec telle personne. Puis, le sujet rencontre cet autre hypnotiseur qui a pour mission de l&rsquo;hypnotiser malgré cette suggestion, donc, de faire preuve de tout son art pour contourner ou décharger cette résistance induite.</p>
<h2>Du début à la faim</h2>
<div class="dropcap prociono">A</div>
<p> une question sur le temps qu&rsquo;il consacre à chaque séance, Erickson donne une réponse qui illustre parfaitement à quel point son sens de l&rsquo;utilisation n&rsquo;est pas une façon de « manipuler » le patient contre lui-même et de s&rsquo;offrir des petites victoires mal placées, mais bel et bien un véritable engagement à offrir à l&rsquo;autre ce qu&rsquo;il demande en acceptant tout ce qu&rsquo;il apporte.</p>
<p>Il relate une séance de seize heures d&rsquo;affilée où il fit halluciner à la patiente ses repas pour ne pas qu&rsquo;elle ait faim. Mais c&rsquo;est lui qui fut pris par la faim et se sentit trop faible pour continuer.</p>
<div class="pullquote-wrapper right">
<div class="pullquote prociono">Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre contrainte que le rythme qui convient au patient</div>
</div>
<p>Une séance peut durer une heure aussi bien que seize s&rsquo;il le faut. Et il est autant possible de faire une séance par jour pendant plusieurs semaines qu&rsquo;une séance par mois pendant plusieurs années, en fonction du temps nécessaire au patient pour assimiler, « digérer » dit Erickson, la psychothérapie. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre contrainte que le rythme qui convient au patient, ce que lui permettait sans doute l&rsquo;exercice médicale de l&rsquo;hypnose. Ici, la frontière entre méthode et engagement moral est bien fine.</p>
<h2>Permettre de résister</h2>
<div class="dropcap prociono">S</div>
<p>a sensibilité personnelle transparaît élégamment derrière son exigence professionnelle, comme lorsqu&rsquo;il dit – puisque nous avons parlé de la façon de gérer les personnes résistantes, il semble de bon aloi de citer sa remarque quant aux personnes qui, bien au contraire, développent immédiatement une confiance suffisante :</p>
<p><i>« Aujourd&rsquo;hui et dans l&rsquo;avenir encore, vous rencontrerez des patients avec lesquels vous avez un </i>rapport<i> immédiat, et vous pourrez alors prendre une attitude dominante. Mais il faut être très prudent. En utilisant des suggestions positives et négatives, vous essayez de rendre possible pour le patient d&rsquo;exercer sa propre ambivalence pour son bénéfice et pour le vôtre. Il peut souhaiter, et à la fois ne pas souhaiter vous assurer son aide, alors vous essayez de lui expliquer la situation d&rsquo;une telle façon qu&rsquo;il puisse recevoir de l&rsquo;aide dans une direction et refuser de l&rsquo;aide dans l&rsquo;autre. Ainsi, le patient devient prêt à vous accompagner ».</i></p>
<p>Guider, même lorsque la personne est immédiatement disposée à se laisser guider, ne signifie pas « imposer » ou choisir à la place du patient. Les suggestions doivent offrir au patient la possibilité de suivre aussi bien qu&rsquo;une possibilité permanente de résister. Parfois, c&rsquo;est même inciter le patient à développer une résistance qui semble « thérapeutiquement pertinent ».</p>
<p>Erickson est clair à ce sujet : c&rsquo;est la façon dont les suggestions sont formulées qui fait la diffférence entre une approche intrusive et ingérante et une approche parfaitement <i>permissive </i>qui se présente non pas comme une façon d&rsquo;imposer un chemin mais d&rsquo;ouvrir de nouveaux chemins – un horizon entier – pour laisser le patient les emprunter librement.</p>
<p>Et c&rsquo;est cet art de formuler pour guider sans contraindre qui sera l&rsquo;objet de notre seconde étude de la conférence du Monarch Ocean de Milton Erickson.</p>
<h2>L&rsquo;art du « Et bien soit ! »</h2>
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<p>aissons Erickson résumer et conclure :</p>
<p align="LEFT"><i>
<div class="quote-wrapper">
<div class="quote">Vous devez utiliser ce que le patient apporte avec lui dans votre cabinet. S&rsquo;il apporte de la résistance, soyez-en reconnaissant. Entassez ce qu&rsquo;il vous apporte de la façon dont il le désire. Empilez tout cela, faites-en un tas. Mais ne soyez jamais écoeuré par la quantité de résistance. S&rsquo;il vous empéche de les hypnotiser en soupirant, en ricanant, en se balançant sur leur chaise, pourquoi ne pas utiliser tout ça ?</div>
</div>
<p> </i></p>
<p align="LEFT"><span style="text-decoration: underline;">Notes :</span></p>
<ul>
<li>Pour retrouver la transcription de la conférence, &laquo;&nbsp;Experiencing Hypnosis: Therapeutic Approaches to Altered States&nbsp;&raquo;, Erickson &amp; Rossi, publié le 01/08/1981 par Irving Publishers</li>
<li><em id="__mceDel"><em id="__mceDel"><em id="__mceDel">Pour l&rsquo;enregistrement, il faut trouver les cassettes ou écouter sur vk.com</em></em></em></li>
</ul>
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