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	<title>Réalités Hypnotiques &#187; Sciences et Recherches</title>
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	<description>Le Magazine de l&#039;Hypnose et des Neurosciences</description>
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		<title>Mémoire et Hypnose</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Nov 2013 09:51:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Dominique Paoli]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsqu’il pousse la porte d’un cabinet d’hypnothérapeute, un client vient la plupart du temps parce qu’il est poursuivi par sa mémoire qui, en boucle, le ramène à des souvenirs douloureux et  lui fait adopter des comportements  sous forme de routines  auxquelles il ne parvient pas à échapper. Le tableau des problèmes traités par l’hypnose est parlant : phobies,  dépendances diverses, stress post-traumatique, douleurs chroniques, comportements répétitifs et inadéquats, etc…</p>
<p>Tous ces problèmes sont inscrits dans la mémoire des personnes et perturbent leur vie actuelle. Or, d’une part la mémoire est gérée en grande partie par l’inconscient, d’autre part l’hypnose permet un accès privilégié et une relation avec cet inconscient. Hypnose et mémoire, c’est la réunion d’une faculté, la mémoire, avec une technique, l’hypnose,  qui peuvent alors interagir, se compléter, s’enrichir l’une l’autre.</p>
<p>Lorsqu’un thérapeute utilise une transe hypnotique dans le but de faire retrouver à son client des souvenirs enfouis, causes de troubles actuels, il met l’hypnose au service de la mémoire. Lorsque ce même praticien utilise des images mentales pour modifier la perception des éléments négatifs que son client a d’un événement traumatisant, il profite des caractéristiques du fonctionnement de la mémoire.</p>
<p>Adapter la thérapie aux caractéristiques de la mémoire peut permettre de mieux gérer les problématiques récurrentes qui se posent aux personnes. Utiliser l’état modifié de conscience que permet l’hypnose est un levier puissant de mémorisation, particulièrement dans le domaine des apprentissages.</p>
<p>En outre il est important d’établir aujourd’hui un état des relations entre l’hypnose et la mémoire dans la mesure où elles ont connu une évolution parallèle et riche en progrès au cours des dernières décennies.</p>
<p>L’hypnose a bénéficié de l’héritage d’une grande richesse qu’a laissé, à la fin du XXè siècle, l’hypnothérapeute  américain Milton Erickson, héritage que ses anciens collaborateurs et ses disciples ont mis et mettent encore en valeur, tout en l’enrichissant, le modélisant. L’hypnose est ainsi sortie de la confidentialité et s’édifie sur des bases solides et pertinentes. De l’hypnose dite classique, à caractère autoritaire, on est passé à l’hypnose ericksonienne, dite moderne, plus subtile et surtout non dirigiste, qui permet des thérapies plus efficaces.</p>
<p>La mémoire a quant à elle profité des avancées techniques de l’imagerie médicale et de la biologie. Depuis une vingtaine d’années, le fonctionnement du cerveau est de mieux en mieux expliqué d’où une meilleure connaissance des mécanismes mnésiques. De nombreuses équipes de chercheurs sont à l’œuvre sur la planète, notamment aux Etats-Unis où le chef de file est Erik Kandel qui a obtenu en 2000 le prix Nobel de médecine pour ses travaux sur la mémoire. Pendant de nombreuses années Kandel a lancé de nombreuses équipes de recherche sur les divers aspects du fonctionnement de la mémoire. Avec Larry Squire, autre chercheur en pointe dans ce domaine, ils ont réalisé la synthèse des nouvelles connaissances dans leur ouvrage « La mémoire, de l’esprit aux molécules » où ils analysent les processus mnésiques à tous les stades allant de la psychologie cognitive à la biologie moléculaire.</p>
<p>Longtemps domaine réservé des philosophes, la mémoire est devenue au siècle dernier un sujet d’étude des psychologues, avant de devenir récemment celui des neurosciences puis de la biologie moléculaire. Ces champs d’étude forment aujourd’hui une science unique qui regroupe les approches de la psychologie cognitive, des neurosciences, de la biologie cellulaire et moléculaire. Il est désormais possible d’étudier l’aspect biologique des processus mentaux, en d’autres termes de savoir pour telle émotion par exemple, quel gène est activé, voire modifié, quelle protéine il exprime, etc…</p>
<p>Ainsi, pour la mémoire, c’est en « termes de mécanismes cellulaires et moléculaires que des concepts tels l’association, l’apprentissage, le stockage, le rappel et l’oubli, qui étaient autrefois seulement psychologiques, peuvent être appréhendés » (Kandel et Squire).</p>
<p>Il en est de même pour l’hypnose où, sous l’impulsion de l’un des derniers collaborateurs de Milton Erickson, Ernest Rossi, l’étude des phénomènes hypnotiques s’étend au champ moléculaire de notre cerveau.</p>
<p>Nous nous proposons donc  de présenter l’interaction de l’hypnose et de la mémoire. Nous le ferons sous forme de plusieurs articles qui seront autant de volets, autant d’approches de la relation entre l’hypnose et la mémoire.</p>
<p>Nous commencerons par faire l’état des lieux de ces deux notions : comment fonctionne notre mémoire et ce que peut apporter l’hypnose à ce fonctionnement.</p>
<p>Puis nous nous intéresserons à la conjugaison de l’hypnose et de la mémoire dans les stratégies  thérapeutiques pour traiter les événements du passé. Quelles techniques utilisant les caractéristiques à la fois de l’hypnose et de la mémoire, par exemple par une perception modifiée des événements du passé ou par la mise en œuvre d’une mémoire du futur.</p>
<p>Cela nous amènera ensuite à étudier les limites (notamment la pertinence de faire appel à la mémoire pour remuer le passé ) et les biais de l’utilisation de l’hypnose pour renforcer la mémoire du passé. Avant de mettre en exergue les dérives liées à l’idée qu’une mémoire boostée par l’hypnose constitue un sérum de vérité servant de carburant à une machine à remonter le temps.</p>
<p>Enfin, nous tenterons de répondre à la question « peut-on améliorer notre mémoire grâce à l’hypnose ? ». L’idée peut être celle d’une thérapie par l’hypnose pour améliorer une mémoire défaillante, mais d’une manière plus générale nous nous intéresserons à l’apport des techniques d’hypnose aux apprentissages : dans le cadre d’un accompagnement peut-on améliorer, renforcer, faciliter les apprentissages en utilisant les nouvelles connaissances du fonctionnement de la mémoire associées aux techniques de l’hypnose, notamment par la gestion des émotions.</p>
<h2>Volet 1 : fonctionnement de la mémoire, intérêt d’une action conjointe avec l’hypnose</h2>
<p>L’état hypnotique s’est souvent traduit dans les cabinets d’hypnose par des manifestations spectaculaires liées à la mémoire des personnes : régressions, souvenirs enfouis soudain réapparus, acuité mnésique, etc… On a donc pu croire que l’hypnose permettait de doper la mémoire, de mieux cerner la vérité des faits passés. Cette croyance a été à l’origine, dans les pays anglo-saxons, du syndrome des « faux souvenirs » qui a brisé de nombreuses familles et envoyé en prison des innocents. Nous traiterons de ces dérives dans un volet ultérieur , mais l’on peut affirmer que ces dérives ont été dues à la confiance aveugle des professionnels, de l’hypnose et de la justice, dans les techniques d’hypnose,  et surtout à l’ignorance de la manière dont fonctionne la mémoire.</p>
<p>Avant de voir en quoi l’hypnose peut apporter une stimulation à la mémoire, et dans l’autre sens, en quoi la connaissance des mécanismes de la mémoire peut permettre à l’hypnose d’être plus efficace, il est donc nécessaire de bien connaître quelle mémoire est concernée, comment elle fonctionne et quelles  informations nous récupérons à la suite de la mémorisation.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Quel type de mémoire est concerné</span> :</p>
<p>Différentes classifications, différents types de mémoire  existent. Notre propos n’est pas d’en dresser la liste, mais de présenter celles qui sont concernées par la relation mémoire/hypnose.</p>
<p>Une première distinction est essentielle chez Squire et Kandel : <i>mémoire à court terme</i> et mémoire à <i>long terme</i>. Chacun comprend intuitivement que dès lors qu’il est question de « mémorisation », il s’agit d’une mémorisation à long terme, de plusieurs heures  à plusieurs années. Les problèmes récurrents vécus par les clients en hypnothérapie se retrouvent dans cette catégorie. De même les processus d’apprentissage.</p>
<p>On pourrait penser qu’il ne s’agit là que d’une classification formelle, théorique. Or Kandel, Squire et leurs équipes ont fait une découverte importante : le passage d’une mémorisation à court terme à une mémorisation à long terme se fait par le déclenchement d’un commutateur biologique supposant des modifications structurelles au niveau des gênes et de l’expression (=émission) de protéines spécifiques. Nous reviendrons sur ce commutateur dans le dernier volet de cette étude, consacré aux apprentissages.</p>
<p>Autre distinction essentielle pour Squire et Kandel : <i>mémoire déclarative</i> et mémoire <i>non déclarative</i>. La mémoire déclarative est celle qui peut s’exprimer par des mots : raconter un épisode de sa vie, exposer des connaissances. A l’intérieur de la mémoire déclarative, on trouve la mémoire <i>épisodique</i>, celle des événements de notre vie, ainsi que la mémoire <i>sémantique</i>, celle de tout ce que nous avons appris et apprenons encore au cours de notre existence.</p>
<p>Ces deux catégories sont souvent associées : quand je parle de mon voyage à Rome, ville éternelle, le récit de mon voyage relève de la mémoire épisodique et lorsque je complète par « ville éternelle » je mets en œuvre le mémoire sémantique.</p>
<p>La mémoire épisodique est concernée  par l’utilisation de l’hypnose, tant les événements passés sont la source des problèmes pour les clients en thérapie. La mémoire sémantique sera plutôt concernée par l’hypnose dans le cadre des apprentissages.</p>
<p>La mémoire non déclarative est celle des gestes automatiques, des procédures (on la nomme aussi « mémoire procédurale » ou encore « mémoire implicite »), des habiletés que notre corps a apprises. Elle ne s’explique pas en mots mais par la manière d’effectuer quelque chose : attacher ses lacets, faire du vélo, nager, etc… Elle relève de notre inconscient.</p>
<p>Par exemple, quand on a appris à marcher, les gestes se sont stockés sous forme de mémoire non déclarative. Il n’est pas nécessaire de se rappeler qu’il faut faire un pas avec le pied droit puis avec le gauche. D’ailleurs si l’on veut consciemment prêter attention au processus de la marche tout en l’expliquant en même temps, c’est une démarche bizarre qui en résulte. Pour peu que l’expérience ait lieu dans la rue, le risque est grand de se retrouver au poste de police pour ivresse sur la voie publique…</p>
<p>Un accident, une maladie peuvent entraîner la perte de mémoire de ces gestes acquis. Couplée avec une rééducation psychomotrice, l’hypnose peut permettre de retrouver certains automatismes perdus.</p>
<h3><span style="text-decoration: underline;">Comment fonctionne la mémoire </span></h3>
<p>Pour expliquer ce fonctionnement, nous prendrons l’hypothèse la plus courante en thérapie, celle de la mémoire des événements ou mémoire épisodique.</p>
<p>A priori, nos sens captent tout notre environnement. Mais est-ce que tout ce qui transite par nos organes sensitifs est enregistré et gardé à long terme ? La réponse passe par la distinction entre mémoire à court ou long terme.</p>
<h4><i>Mémoire à long terme, mémoire à court terme</i> :</h4>
<p>Tout ce qui nous entoure, bruits, environnement visuel, odeurs, saveurs, etc… est capté par nos sens et transmis au cerveau, plus précisément dans la mémoire à court terme. Ce court terme va de quelques secondes à quelques minutes.  C’est <span style="text-decoration: underline;">la mémoire à court terme</span> qui nous permet de lire un numéro sur un annuaire et de le taper sur le clavier du téléphone. Aussitôt tapé, le numéro est oublié.  C’est elle encore qui nous permet de mémoriser le début d’une phrase que nous lisons ou entendons, de manière à en comprendre la fin. A peine mise en œuvre, aussitôt  tombée dans l’oubli, la mémorisation à CT <span style="text-decoration: underline;">évite</span> ainsi <span style="text-decoration: underline;">une surcharge de notre cerveau</span>.</p>
<p>La mémoire à CT a donc une fonction essentielle, celle de faire le tri (c’est pourquoi on l’appelle aussi « mémoire de travail ») dans les informations reçues, d’éliminer celles qui a priori ne présentent pas d’intérêt. Vous parcourez une rue, vous croisez ainsi de nombreuses personnes, entendez le brouhaha d’une ville, captez des parfums, des odeurs. Arrivés au bout de la rue, vous seriez bien en peine, sauf événement précis survenu, de vous souvenir de toutes ces informations : vous les avez captées mais pas mémorisées. Cela s’est fait en dehors du conscient.</p>
<p>Ainsi tout ce que nous apportent nos sens passe par le filtre de la mémoire à court terme. Notre inconscient y fait un travail permanent de tri et d’élimination d’informations qu’il juge sans importance ou déjà connues. S’il nous fallait nous souvenir de tout ce que nous voyons, entendons, ressentons, goûtons, sentons à chaque minute de notre vie, nous aurions continuellement à chercher les quelques souvenirs utiles dans un énorme fatras d’informations sans intérêt.  Même avec 100 milliards de neurones, si nous voulions tout retenir, nous serions submergés, noyés sous les informations.</p>
<p>Et ce, sans parler d’une capacité largement insuffisante de stockage dans le cerveau.</p>
<p>Certes, l’oubli peut être dû à un refoulement lié à des émotions pénibles, mais il est surtout nécessaire au bon fonctionnement de notre mémoire : continuellement, nous sélectionnons de manière inconsciente mais aussi, plus rarement, consciente,  ce que nous garderons d’une part  et ce qui est destiné à l’oubli d’autre part. Nous n’acheminons vers notre mémoire à long terme qu’une minorité des informations qui nous parviennent de notre monde,  la grande majorité  étant oubliée aussitôt qu’identifiée.</p>
<p>Si l’on sait depuis longtemps que l’oubli  est une dilution avec le temps de ce qui est mémorisé, il est donc aussi et surtout une non-mémorisation initiale dans les quelques secondes qui suivent la captation de l’information. <span style="text-decoration: underline;">L’oubli est une des fonctions essentielles de la mémoire</span>, il lui permet de fonctionner de manière optimale : <span style="text-decoration: underline;">pouvoir ignorer est une faculté importante du cerveau</span>.</p>
<p>Puisque nous serons amenés à parler de thérapie à de nombreuses reprises, cette notion de l’oubli nécessaire nous amène à dire quelques mots de la thérapie dominante, la psychanalyse, en ce qui concerne la mémorisation de ce que nous vivons au fil des minutes, heures, années… Aux yeux des tenants de la psychanalyse, notre mémoire enregistre tout ce que notre cerveau capte de notre environnement. Si nous ne nous souvenons pas de tous ces enregistrements, cela serait dû à un phénomène de refoulement : nous ne voulons pas nous souvenir de faits qui nous traumatisent mais qui restent présents quelque part dans notre mémoire. Comme ces faits refoulés entraînent des conséquences psychologiques récurrentes, la démarche de la psychanalyse a pour objectif de remonter à la source de ces troubles actuels, de les revivre et de les expurger par une décharge émotionnelle, la catharsis.</p>
<p>Au regard de ce que nous savons aujourd’hui du fonctionnement de la mémoire, ce principe d’une mémorisation de tout ce que nous vivons qui constitue le fondement de la psychanalyse,  n’est donc plus défendable. C’est la raison pour laquelle les thérapies modernes se sont de plus en plus affranchies du passé et du recours à la mémoire des traumatismes.</p>
<p>Revenons au tri des informations dans la mémoire à CT : comment se fait le passage dans la mémoire à LT, celle qui va conserver les informations ?</p>
<h4><i>La mémorisation à long terme</i></h4>
<p>Les spécialistes de la mémoire parlent d’<i>encodage</i> pour évoquer le transfert des informations dans la mémoire à LT, ce qu’en langage courant nous appelons mémorisation. Puis de <i>stockage</i> pour expliquer comment les informations sont conservées. Enfin de <i>récupération</i> pour décrire quelles informations notre cerveau est capable de retrouver dans les innombrables casiers de notre mémoire.</p>
<h4><i>L’encodage</i></h4>
<p>Kandel et Squire ont mis en évidence l’existence d’un commutateur qui déclenche <i>l’encodage </i>à LT. Ce commutateur est soit conscient soit inconscient.</p>
<p>Il est conscient quand nous décidons de mémoriser telle ou telle information. C’est la situation de tous les apprentissages. Les informations sont alors encodées par une glande du cerveau l’hippocampe, qui joue un rôle de bibliothécaire, « étiquetant » et rangeant les informations destinées à être conservées.</p>
<p>L’encodage à LT est inconscient quand  la mémoire épisodique, celle des événements de notre vie, est concernée : cet événement, nous le vivons, nous n’avons pas ensuite à « l’apprendre » comme nous le faisons pour un cours d’histoire par exemple.</p>
<p>Proust n’avait pas formellement mémorisé les moments où il rendait visite à sa tante dans son village lorsqu’il était enfant, cela s’était fait à son insu. C’est en dégustant une madeleine, comme celles que lui servait sa tante,  que  les souvenirs  affluent,  souvenirs qui ne lui venaient plus consciemment à l’esprit.</p>
<h4><i>Le rôle de l’amygdale</i></h4>
<p>Comment fonctionne cet encodage inconscient ? Nous l’avons vu, un tri est fait au moment de la perception des informations, nous ne conservons en mémoire que ce qui présente un intérêt, ce qui est important pour nous. Le processus est inconscient,  c’est une glande du cerveau, de la grosseur d’une amande, l’<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Amygdale_%28cerveau%29">amygdale</a>, qui indique à l’hippocampe que tel ou tel événement doit être mémorisé. Elle le fait lorsqu’une émotion particulière est générée par l’événement.</p>
<p>A l’origine de l’espèce humaine, le rôle de l’amygdale était de gérer la survie dans un environnement hostile à l’être humain. Non seulement elle mémorisait les dangers, mais aussi elle déclenchait des procédures d’urgence, notamment l’augmentation du rythme cardiaque et l’envoi de sang dans les jambes pour permettre la fuite, la peur étant l’émotion qui déclenche cette protection.</p>
<p>Avec l’évolution de l’espèce, le cerveau humain s’est développé. Autour du cerveau d’origine, s’est enroulée une écorce nouvelle, le néocortex, adaptée aux besoins nouveaux de l’espèce, le langage et la pensée. De ce fait, l’amygdale s’est trouvée en charge de nouvelles réactions, face à de nouvelles peurs  autres  que celles du danger imminent, face à de nouvelles émotions, notamment celles liées aux comportements  sociaux .</p>
<p>Ce sont autant de causes de réactions diverses de protection. Or l’amygdale réagit dans l’urgence, une réponse consciente n’a pas le temps de se mettre en place, d’où souvent une réaction mal adaptée, mal mesurée. C’est ainsi qu’au lieu de mettre en œuvre une fuite de protection, elle peut déclencher une fuite panique plus nocive qu’efficace. Le problème est que ces réactions approximatives sont enregistrées en même temps que l’événement, car l’amygdale mémorise tous les événements à caractère émotionnel de manière à ce que l’individu se constitue une expérience de gestion des moments vitaux.</p>
<p>Et ainsi notre mémoire épisodique se trouve sollicitée par l’amygdale pour enregistrer bon nombre d’événements à caractère émotionnel, l’événement étant mémorisé sans intervention consciente et de surcroît accompagné de la réaction générée par l’amygdale.</p>
<p>Il suffit que les conditions de l’événement soient à nouveau réunies pour que la mémoire déclenche la réaction passée. Cette protection inconsciente n’est pas toujours  pertinente, adaptée, d’où, pour des situations de la vie courante, anxiété, jalousie, colère, etc…, des réactions qui nous échappent et prospèrent en boucle.</p>
<p>Sur ce fonctionnement de l’amygdale, on pourra lire avec profit des explications plus complètes dans le livre de Kandel et Squire précité, ainsi que dans une suite de quatre articles de <a href="http://hypnoscient.fr/tag/amygdale/">Laurent Bertin</a>.</p>
<p>L’ encodage  généré par une émotion est puissant, il s’inscrit dans la mémoire sans avoir besoin d’être appris, de faire l’objet d’un apprentissage conscient. L’exemple qui est souvent utilisé est celui des attentats du 11 septembre à New-York. Chacun se souvient de ce qu’il faisait ce jour-là au moment où il a pris connaissance des attentats, du fait de la grande émotion suscitée.</p>
<p>Mais souvent les émotions n’ont pas besoin d’être aussi fortes pour être mémorisées. Il suffit que l’émotion représente quelque chose d’important pour la personne. « <span style="text-decoration: underline;">Ce qui touche le cœur se grave dans la mémoire </span>» a écrit <span style="text-decoration: underline;">Voltaire…</span></p>
<p>Les recherches récentes sur la mémoire ont permis d’élargir cette notion de mémoire des émotions automatiquement enregistrées. L’amygdale, donc la mémoire à long terme, est sollicitée certes lorsqu’un événement s’accompagne d’émotions classiques, la peur, la joie, le dégoût, la tristesse, l’envie, etc…, mais aussi, et peut-être plus encore, dans une perception qui n’est pas forcément négative, l’attente, l’impatience, l’insolite, l’humour, la nouveauté, l’étonnement ou la surprise.</p>
<p>Nous verrons dans un volet ultérieur consacré aux apprentissages, qu’il peut être très intéressant dans une situation d’apprentissage de déclencher par une démarche hypnotique  l’un ou l’autre de ces types « d’émotions » pour éveiller l’amygdale, la pousser à intervenir  et ainsi renforcer la mémorisation.</p>
<p>Une autre particularité de l’encodage par l’amygdale est que non seulement l’événement et son environnement sont  enregistrés mais aussi notre état d’esprit, notre réaction à ce moment précis. Or notre état d’esprit influe sur notre perception de l’événement. Nous ne mémorisons donc pas l’événement objectif, comme le ferait une photocopieuse ou une caméra vidéo. La plupart du temps nous ne conservons que certains éléments de l’événement vécu et de plus nous les simplifions ou amplifions, en fonction de notre évaluation de ce qui se passe. <span style="text-decoration: underline;">Ce que l’amygdale</span> <span style="text-decoration: underline;">encode dépend</span> donc <span style="text-decoration: underline;">fortement de l’individu que nous sommes</span>, avec sa culture, ses expériences, ses références sociales, ses émotions et ses motivations.</p>
<p>C’est pourquoi le souvenir d’un même événement vécu par deux personnes comportera des différences. Nous avons tous vécu le récit par un couple d’un épisode précis de sa vie : il ne faut guère qu’une poignée de secondes avant que les deux récits ne se mettent à diverger… et que la dispute naisse !</p>
<p>A ce stade des explications sur le fonctionnement de la mémoire, celui de l’encodage, nous voyons déjà se dessiner les contours  limités d’un recours à la mémoire pour reconstituer un fait passé :</p>
<p>-        Bon nombre d’informations  ne franchissent pas le filtre de la mémoire à court terme, elles ne sont pas mémorisées.</p>
<p>-        Celles qui sont mémorisées dans la mémoire à long terme le sont soit par une décision consciente d’apprentissage, soit par un processus inconscient géré par l’amygdale, glande puissante qui est éveillée par une émotion particulière.</p>
<p>-        Ce qui est mémorisé d’un événement dépend de la personne qui le vit.</p>
<h3>Récupération de ce qui a été mémorisé</h3>
<p>D’abord quelques mots du stockage des informations, élément déterminant du processus de récupération. On a longtemps cru que les souvenirs étaient stockés d’un seul tenant : un événement, un stockage en un seul endroit.  On sait maintenant que ce n’est pas le cas : non seulement il n’y a pas de centre spécialisé de la mémoire mais de plus un même événement est ventilé en plusieurs éléments et dispersé dans diverses régions cérébrales. Ces régions cérébrales sont spécialisées dans des aspects spécifiques de la perception.</p>
<p>Cela a pour conséquence que la récupération mnésique est la somme des éléments éclatés un peu partout dans le cerveau et qui forment l’enregistrement de l’événement : cette somme est appelée « engramme ».</p>
<h4>Se souvenir, c’est reconstruire</h4>
<p>L’on peut  se dire alors que la récupération du souvenir consiste simplement en une réactivation et un regroupement des divers fragments de l’engramme, reconstituant tel quel ce qui a été enregistré. En fait, ce n’est pas si simple. En effet on ne récupère pas les fragments disséminés tels qu’ils ont été enregistrés.</p>
<p>Tout d’abord, ces fragments ne reviennent pas avec une force égale. Certains sont récupérés avec plus de force que d’autres : on peut par exemple se souvenir visuellement de l’événement mais avoir quelque peu oublié le son ou un autre composant. Du coup, le souvenir n’est déjà plus qu’une approximation de ce qui s’est réellement passé.</p>
<p>Ensuite, nous l’avons vu, la mémorisation s’est faite avec un certain état d’esprit. Or, c’est un état d’esprit différent qui risque d’être présent au moment de la récupération, d’où une évaluation différente de chaque partie de l’engramme par la personne. Si <span style="text-decoration: underline;">la mémorisation est subjective, la remémoration l’est tout autant.</span></p>
<p>Et puis le temps passe. Avec le temps, notre souvenir peut devenir imprécis, l’oubli jouant  son rôle. Quand nous tentons de nous souvenir d’un événement, nous faisons des erreurs involontaires, par défaillance de la mémoire sur tel ou tel fragment de l’engramme, ou volontaires, afin de rendre notre récit plus cohérent ou plus intéressant. A la longue ces modifications sorties de notre imagination finissent par prendre place dans la mémoire aux côtés des éléments réellement perçus, sans que nous puissions démêler le vrai de l’imaginaire. Nous ne sommes alors plus en mesure de faire la différence entre le souvenir réel d’un vécu et l’évocation ultérieure de ce vécu.</p>
<p>Ainsi, <span style="text-decoration: underline;">nous reconstruisons le passé : se souvenir, c’est reconstruire</span>. Les souvenirs sont très souvent des reconstitutions déformées par le souci de rendre cohérents les faits ou de combler les trous, mais aussi modifiées par l’influence d’informations ultérieures, y compris, dans le cas d’une thérapie, par le contexte thérapeutique lui-même : le cadre de la consultation, les suggestions, etc…</p>
<p>Chacun reconstruit sa réalité. Il s’agit là du fondement du « constructivisme », concept qui est à la base de la réflexion sur les thérapies brèves (que nous verrons dans le volet 2).</p>
<p>Au regard de l’exactitude, de la véracité  des faits, ces modifications apportées par la mémoire  constituent un inconvénient. Mais l’éclatement en fragments est intéressant, dans la mesure où l’on peut reconstruire l’événement en jouant volontairement sur l’équilibre entre les diverses parties de l’engramme, par exemple en diminuant les ressentis négatifs et amplifiant les positifs. C’est la technique dite des « sous-modalités » que nous décrirons dans un autre volet de cette étude.</p>
<h4>La mémoire est-elle fiable ?</h4>
<p>Au vu des paragraphes qui précèdent, il est tentant de conclure que la mémoire n’est guère digne de confiance.</p>
<p>Car enfin, une mémoire qui sélectionne des fragments d’un événement en fonction d’une grille de lecture liée à l’individu, qui  lors de la récupération lit ces fragments avec une grille qui a évolué, une mémoire qui subit l’influence de l’environnement, qui bouche des trous dans le souvenir au moyen de l’imagination, bref une mémoire subjective et qui reconstruit en permanence, ne peut être un modèle de vérité de ce qui s’est effectivement passé.</p>
<p>En fait, dans la réalité la mémoire est raisonnablement fiable. Certes, nous oublions les détails mais l’oubli joue ainsi son rôle qui nous permet de résumer, synthétiser et ainsi de ne retenir que les éléments principaux. Nous tirons des leçons générales débarrassées des détails, leçons qui peuvent s’additionner au fur et à mesure de nos expériences et constituer notre bibliothèque de connaissances.</p>
<p>En revanche, il ne peut pas être question de faire confiance à la mémoire pour retrouver des détails précis de faits, par exemple dans le cas de procédures pénales mettant en cause des personnes, et encore moins d’y associer l’hypnose comme un adjuvant de vérité. Nous étudierons cet aspect dans un volet ultérieur consacré aux dérives de l’utilisation de l’hypnose associée à la mémoire.</p>
<p>Pour l‘heure, intéressons-nous aux effets que peut apporter l’hypnose à  la mémoire et aux souvenirs.</p>
<h3>L’hypnose au service de la mémoire ?</h3>
<p>Dans les explications précédentes sur le fonctionnement de la mémoire, nous avons constaté que notre inconscient joue un grand rôle dans ce fonctionnement, notamment dans le tri initial des informations reçues de notre environnement et aussi dans le renforcement de la mémorisation en présence d’émotions. Or l’hypnose est le moyen privilégié d’accès à cet inconscient. C’est pourquoi il est intéressant de chercher ce que l’hypnose peut apporter à la mémoire.</p>
<p>Dans le manuel « <a href="http://www.parutions.com/index.php?pid=1&amp;rid=85&amp;srid=427&amp;ida=8658">Soigner par l’hypnose </a>», qu’il a écrit avec G Salem, E Bonvin met en avant des similitudes entre l’hypnose et la mémoire, comme une nature commune, au point d’avoir parfois l’impression d’observer le même objet. Ce qui suit est inspiré de ses observations  et réflexions.</p>
<p>Lors de l’induction de la transe hypnotique, l’attention est focalisée, prolongée, sélective. Or, c’est ainsi que fonctionne la mémorisation : ce qui est mémorisé est ce que nous avons perçu avec une attention particulière car cela est significatif pour nous. <span style="text-decoration: underline;">L’induction hypnotique apporte </span>donc<span style="text-decoration: underline;"> à la mémoire un renforcement d’attention.</span></p>
<p>Par ailleurs, notre perception des événements est faite d’associations avec des souvenirs/images liés à notre histoire personnelle. La restitution de ces événements sera constituée de réassociations, de réorganisation. Or, l’état hypnotique est un état particulier où justement l’inconscient réassocie, réorganise des comportements, remet des souvenirs en perspective.</p>
<p>La confusion qui  intervient au moment de l’induction amène un relâchement du conscient. L’inconscient a alors des possibilités d’associations, de perceptions, de représentations, de souvenirs  que l’état de conscience cohérent et logique ne pourrait atteindre.</p>
<p>Or, les associations d’images et de perceptions sont le moteur du processus mnésique qui se trouve ainsi renforcé par l’hypnose. Nous avons vu l’importance de l’amygdale qui mémorise sans  en avertir quiconque,  en réaction à un stimulus émotionnel. La personne a vécu un épisode de sa vie, a ressenti une émotion qui peut être très ténue, mais n’a pas conscience d’avoir mémorisé. Il se peut que l’occasion ne se présente jamais de se remémorer l’événement, pas de parfum, de lieu, de situation, de madeleine… qui déclenche le souvenir. Mais  dans un état hypnotique où les associations d’images sont stimulées, où l’imagination est active, ce souvenir peut remonter en surface de la conscience.</p>
<p>E Boivin termine son explication en évoquant la place du corps en catalepsie dans la dynamique de la mémoire. Un certain nombre d’études sur la mémoire kinesthésique ont montré que l’adjonction de gestes au processus de mémorisation renforce celle-ci. On retrouve cette alliance du geste et de la mémoire dans certaines pratiques thérapeutiques  notamment par catalepsie et lévitation des bras. Or, le corps en catalepsie est libéré du conscient, il peut se laisser aller à ses propres mouvements et ainsi renforcer la mémoire.</p>
<h3>En conclusion</h3>
<p>L’hypnose peut permettre à la mémoire d’être plus attentive, plus concentrée, plus accessible, mais elle ne lui permettra pas d’être ce qu’elle n’est pas, à savoir un enregistreur fidèle des événements de notre vie.</p>
<p>Nous mémorisons nos expériences, faites de sensations subjectives, de pensées, d’émotions, de comportements, notre mémoire est vivante, elle présente diverses facettes au gré de nos états d’âme, elle est évolutive.</p>
<p>S’il est possible de parler de mémoire fidèle, c’est surtout en tant qu’accumulateur de connaissances générales  et dans le sens où « elle est un enregistreur de significations générales et d’éléments essentiels » (Kandel)</p>
<p><i>Le prochain volet de « Mémoire et hypnose » sera consacré à la manière dont les thérapies utilisent la mémoire ou plus exactement comment les thérapeutes se positionnent par rapport au passé.</i></p>
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		<title>Conscient / Inconscient, une réalité physiologique ?</title>
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		<pubDate>Tue, 12 Mar 2013 13:11:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Dominique Paoli]]></dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Sur un chemin de campagne arrive un couple bizarre, désassorti, se déplaçant ensemble mais sans être au même pas. Au loin les ailes de quelques moulins. L’un des personnages, grand, maigre, chevauche un cheval efflanqué, l’autre, rondouillard se fait secouer sur l’échine d’un âne. A mesure qu’ils s’approchent, leurs voix se font entendre. Le grand a le verbe fort, on le devine hâbleur et bagarreur. Le petit gros s’exprime d’une voix aigüe, geignant, se plaignant d’avoir tout à gérer à tout moment, alors que le grand échalas n’en fait qu’à sa tête et n’écoute jamais ses conseils. D’ailleurs, celui-ci ne l’écoute même plus, il fonce au galop en direction des moulins.</p>
<p>Chacun aura reconnu Don Quichotte et Sancho Pança, les deux héros de Cervantès, que le psychiatre et hypnothérapeute Dominique Megglé (dans « Erickson, hypnose et psychothérapie »), utilise comme métaphore du conscient/inconscient. Un conscient qui décide, parfois par des décisions contraires aux intérêts de cette singulière équipe, un inconscient qui gère au mieux ces intérêts, veillant jour et nuit, mais qui n’a pas le pouvoir de décider.<br />
La notion conscient/inconscient est à la base de l’hypnose. La transe hypnotique se traduit par un « débranchement » des facultés conscientes du sujet au profit d’une connexion avec son inconscient. Même devant ce fait, la notion d’inconscient est restée longtemps comme une vue de l’esprit. Freud a toujours regretté de ne pouvoir prouver sa théorie de l’inconscient par des explications physiologiques, au point de refuser de publier certains de ses travaux sur le sujet. Il aura fallu attendre la toute fin du XXè siècle, et l’arrivée des moyens d’exploration du cerveau par l’imagerie médicale, pour que <a title="Wikipedia Antonio Damasio" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Antonio_Damasio" target="_blank">Antonio Damasio</a> valide scientifiquement la notion d’inconscient.</p>
<p>Nous avons choisi d’expliquer la réalité conscient/inconscient à travers trois auteurs marquants du début du 21è siècle, qui ont étudié cette dualité cérébrale.</p>
<p>Dans son ouvrage « Guérir le stress, l’anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse » (2003) <a title="Wikipedia David Servan Schreiber" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/David_Servan-Schreiber" target="_blank">David Servan-Schreiber</a> , psychiatre français qui a étudié et exercé aux Etats-Unis, propose une explication basée sur l’existence de deux cerveaux en un, reprenant ainsi la théorie développée par Damasio quelques années auparavant. A la même époque, <a title="Wikipedia Daniel Goleman" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Goleman" target="_blank">Daniel Goleman</a>, propose une analyse semblable pour introduire sa théorie de l’ « intelligence émotionnelle ». Quant à <a title="Wikipedia Joseph LeDoux" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_LeDoux" target="_blank">Joseph LeDoux</a>, s’il reprend le même schéma explicatif, c’est par la voie de l’étude physiologique et de l’architecture du cerveau, aidé en cela par les techniques d’investigation récentes, notamment les <a title="Wikipedia IRMf" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/IRMf" target="_blank">IRMf</a> .</p>
<h2>Deux cerveaux en un</h2>
<div class="pullquote-wrapper left">
<div class="pullquote prociono"><strong>A l’intérieur de l’enveloppe cervicale se trouve le « cerveau dans le cerveau »</strong></div>
</div>
<p>D. Servan-Schreiber explique qu’ à l’intérieur de l’enveloppe cervicale se trouve le « cerveau dans le cerveau ». C’est à dire le cerveau d’origine de l’espèce humaine, qui gère les fonctions vitales de notre organisme, et donc notre survie, ainsi que nos émotions. Il s’agit du cerveau « limbique », (qui intègre le cerveau reptilien), profond, qui n’avait à gérer au début de l’humanité que la survie et les émotions, notamment la peur face aux dangers de toutes sortes. D. Servan-Schreiber l’appelle <em>cerveau émotionnel</em>.</p>
<p>L’autre partie du cerveau s’est développée avec les besoins de l’espèce humaine, le langage et la pensée. Des couches supplémentaires ont entouré le cerveau limbique pour créer le néocortex, la « nouvelle écorce ». Il s’agit du <em>cerveau cognitif</em>, ou rationnel.</p>
<p>Le cerveau émotionnel existait bien avant le cerveau rationnel. Ce dernier s’est développé à partir de l’émotionnel, d’où une relation très particulière entre la pensée et l’émotion.</p>
<h2>Le cerveau émotionnel</h2>
<p>Le cerveau émotionnel fonctionne indépendamment du cerveau cognitif. Son rôle est essentiel dans l’équilibre des fonctions vitales qui nous maintiennent en vie : respiration, rythme cardiaque, pression artérielle, sommeil, etc… Il est le siège de toutes nos émotions, peur, colère, anxiété&#8230;, qui sont des mécanismes d’urgence de protection de notre intégrité.<br />
Langage et cognition n’ont sur lui qu’une influence limitée : on ne peut commander à une émotion d’augmenter ou de disparaître de la même façon que l’on peut demander à son esprit de parler ou de se taire.<br />
La structure du cerveau émotionnel est plus simple que celle du néocortex. Le langage direct et logique semble lui être étranger, mais il réagit au langage symbolique (métaphores). En revanche il est plus rapide et adapté à des réactions nécessaires à la survie. Par exemple, en présence d’un danger, il déclenche la réaction de survie qui lui semble la plus adaptée, mais pas forcément pertinente, avant que le cerveau cognitif ait pu évaluer complètement la situation et peut-être proposer une réaction plus rationnelle.</p>
<p><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/03/serpent.jpg"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-3266" alt="serpent 150x150 Conscient / Inconscient, une réalité physiologique ?" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/03/serpent-150x150.jpg" width="150" height="150" title="Conscient / Inconscient, une réalité physiologique ?" /></a>Vous marchez dans la campagne, une forme noire, allongée, attire votre attention dans l’herbe. Avant que le cerveau cognitif ait eu le temps d‘analyser cette forme, votre cerveau émotionnel, à partir d’informations partielles et dans le but de vous protéger, a figé votre geste de marche, envoyé des instructions pour que le cœur augmente son débit, envoyant ainsi plus de sang dans vos jambes, ce qui vous permet de fuir au plus vite si nécessaire. Vos pupilles se dilatent, vos poils se dressent…C’est seulement alors que vous parvient l’analyse du cerveau cognitif, est-ce ou non un serpent, qui vous permet de prendre une décision.</p>
<p>Le cerveau émotionnel est plus en phase avec le corps que le cerveau cognitif. Pour cette raison il est plus facile d’accéder aux émotions par le corps et les sens (gestes, toucher, sons, saveurs, senteurs) que par la parole. Ces voies d’accès corporelles au cerveau émotionnel sont souvent plus puissantes que le langage.</p>
<h2>Le cerveau cognitif</h2>
<p>Il contrôle la cognition, le langage et le raisonnement. Réflexion, abstraction, planification, décision sont son domaine. Sa réaction fait intervenir un grand nombre de circuits neuronaux, elle est donc plus lente. Il évalue d’abord la situation, la réaction vient ensuite, les jugements sont a priori plus judicieux.</p>
<p>Remarque : à ce stade de l’explication, la similitude émotionnel/inconscient et cognitif/conscient est patente, au sens où on l’entend en hypnose. Pour la suite du développement, cette similitude devra rester présente à l’esprit.</p>
<h2>Conflit entre les deux cerveaux</h2>
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<div class="pullquote prociono">Le cerveau émotionnel est doté d’une puissance lui permettant d’inhiber, de « débrancher » le cerveau cognitif.</div>
</div>
<p>En présence d’une information extérieure, les deux cerveaux peuvent se disputer le contrôle du comportement, ce qui peut donner lieu à un court-circuit émotionnel.<br />
Le cerveau émotionnel est doté d’une puissance lui permettant d’inhiber, de « débrancher » le cerveau cognitif. Cette capacité est liée au fait qu’il veille en permanence sur notre survie, surveille l’environnement en arrière-plan et prend des décisions de protection. Qu’un danger survienne, ou au contraire une opportunité d’augmenter la survie (partenaire possible, bien matériel utile), il interrompt en quelques millisecondes l’activité du cerveau cognitif. Ce sont alors les actions instinctives qui prennent le dessus.</p>
<p><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/03/terrassecafe.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-3269" alt="terrassecafe 150x150 Conscient / Inconscient, une réalité physiologique ?" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/03/terrassecafe-150x150.jpg" width="150" height="150" title="Conscient / Inconscient, une réalité physiologique ?" /></a>Avec humour, D. Servan-Schreiber prend l’exemple de deux hommes en train de discuter à une terrasse de café. Passe alors une jolie paire de gambettes féminines…partenaire éventuelle de perpétuation de l’espèce… la conversation se fige, les regards se focalisent, la gorge est sèche… le cerveau émotionnel s’est imposé…</p>
<p>L’évolution de l’espèce donne la priorité au cerveau émotionnel quand il y a urgence, quand la survie est en jeu. Ce processus qui date de centaines de milliers d’années nous est encore utile dans la vie quotidienne. En tout cas aux terrasses de café…<br />
La domination par le cerveau émotionnel présente cependant le risque que nous perdions le contrôle du flux de nos pensées, que nous soyons conduits à des actes irréfléchis (impulsions, violence, …) si nos réactions ne sont pas bien calibrées. Les émotions peuvent échapper à tout contrôle rationnel d’où une incapacité à nous maîtriser (colère, peur, jalousie), ce qui est la plupart du temps contraire à nos intérêts personnels et relationnels. Le cerveau cognitif a beau se rendre compte alors que cet afflux d’émotion n’a pas de sens, il est débranché et n’est pas en mesure de proposer une réponse rationnelle à la situation. Il en est ainsi, par exemple, du rougissement incontrôlable ou du blocage au moment de prendre la parole en public.</p>
<h2>L’explication physiologique de nos réactions émotionnelles</h2>
<p><a href="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/03/cerveauvinci.gif"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-3302" alt="cerveauvinci 150x150 Conscient / Inconscient, une réalité physiologique ?" src="http://www.realites-hypnotiques.fr/wp-content/uploads/2013/03/cerveauvinci-150x150.gif" width="150" height="150" title="Conscient / Inconscient, une réalité physiologique ?" /></a>L’explication physiologique de ce phénomène a été donnée en premier par Joseph LeDoux, neurologue américain. Tout ce que nous mémorisons passe par l’hippocampe, sorte de bibliothécaire qui étiquette et range les informations reçues. Si cette information se double d’une émotion, l’amygdale, glande du cerveau limbique par laquelle transitent toutes nos émotions, entre en jeu.</p>
<p><strong> Chaque type d’émotion est</strong> doté d’un marqueur biologique propre reconnu par l’amygdale et qui active celle-ci. Elle booste alors l’hippocampe afin qu’une mémorisation particulière soit réservée à l’information concernée. C’est la raison pour laquelle nous nous souvenons bien d’évènements qui ont donné lieu à une émotion.</p>
<p>La mémorisation est automatique, sans intervention du cerveau conscient. Dans les réserves de notre cerveau le couple amygdale/hippocampe range soigneusement ce qui nous a émus.
<div class="pullquote-wrapper right">
<div class="pullquote prociono">Chaque type d’émotion est reconnu par l’amygdale et active celle-ci afin qu’une mémorisation particulière soit réservée à l’information concernée.</div>
</div>
<p>Nous ignorons tout ce qui est ainsi mémorisé. Pour que le souvenir revienne, une situation analogue devra se présenter, sinon il ne sera jamais réactivé :<br />
<em>« Ces souvenirs abandonnés depuis si longtemps hors de la mémoire, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience… Mais quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, nos émotions restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir… »</em><br />
Marcel Proust « Du côté de chez Swann ».</p>
<p>Dommage qu’un texte aussi sublime, et aussi visionnaire sur le fonctionnement du cerveau émotionnel, ait été réduit à l’expression « madeleine de Proust »&#8230;</p>
<p>En retrouvant par hasard le goût d’une madeleine, Proust voit resurgir le souvenir de sa tante, du village où elle vivait, des voix de ses copains d’enfance. L’amygdale s’est souvenue et a réactivé « la gouttelette presque impalpable du souvenir ».</p>
<p>En l’espèce un souvenir heureux. Mais la mémoire des émotions ne fait pas le tri.</p>
<p>Si vous avez eu un jour un accident sur une route, lorsque vous repassez par le même endroit l’hippocampe vous rappelle le fait brut, l’accident, et l’amygdale ajoute sa dose d’émotion sous forme d’une poussée d’anxiété qui se manifeste par des mains moites, une accélération du rythme cardiaque&#8230;</p>
<p>L’amygdale/hippocampe enregistre, entretient ainsi tout un registre de souvenirs + émotion sans que nous en soyons conscients. Et cela peut remonter à loin, car cette glande est très vite opérationnelle chez l’enfant, ce qui explique que des routines nées parfois dans la prime enfance sont fortement ancrées dans la mémoire inconsciente.</p>
<p>La mémorisation porte aussi sur la réaction proposée au moment des évènements par le cerveau émotionnel. Si bien que, face à une nouvelle situation émotionnelle, l’amygdale prévenue très rapidement et directement par un réseau spécial de neurones, comme une sorte de « ligne directe », va passer en revue tout son répertoire de souvenirs et de réactions afin de trouver une réponse qu’elle juge adaptée.<br />
L’inconvénient est qu’elle ne sait pas faire d’analyse, elle procède par association, par analogie, entre des évènements passés et actuels d’où une réaction souvent inadaptée, basée sur des routines qui se sont créées et se répètent alors qu’elles sont souvent obsolètes.</p>
<p>Pour reprendre l’exemple de l’accident, il n’est pas utile que de l’anxiété se produise lorsque l’on repasse sur les lieux, mais l’amygdale l’associe automatiquement.</p>
<p>Vous avez rougi à l’école et ressenti de la confusion en passant au tableau. A l’époque, l’amygdale avait jugé utile de provoquer cet afflux sanguin, approximativement dosé, la rapidité d’exécution l‘emportant sur la précision, afin de dynamiser votre cerveau. De nombreuses années plus tard, au moment où vous allez prendre la parole dans une réunion de travail, l’amygdale retrouve cette situation passée, l’associe au présent et à nouveau vous fait rougir, vous rend confus. L’adulte que vous êtes devenu sera surpris de cette réaction où il ne se reconnait pas.</p>
<p>En cas de thérapie, le thérapeute aura pour tâche de faire « déprogrammer » ces solutions répétitives et inadaptées.</p>
<h2>Quand le cerveau cognitif prend le dessus</h2>
<p>A l’inverse, il arrive parfois que le cerveau cognitif parvienne à réguler le flux des émotions avant qu’elles ne soient trop envahissantes. On peut parler dans ce cas d’harmonie interne. Situation idéale où nos actions sont en phase avec nos valeurs, où l’émotionnel donne la direction et le cognitif se charge de l’exécution. Goleman en fait la base de sa théorie sur l’ « intelligence émotionnelle ». Cependant un problème peut survenir : à trop museler son cerveau émotionnel, l’individu peut se trouver en déficit de sensibilité et risque de ne pas entendre les avertissements de l’inconscient. Un mariage raté, une profession mal supportée, par exemple, peuvent s’opposer aux valeurs les plus profondes d’un individu. Si le cognitif refuse de voir les choses en face et du fait que le corps est très lié au cerveau émotionnel, des problèmes physiques peuvent se produire : hypertension, infections à répétition, troubles du système digestif, problèmes de peau…</p>
<h2>Utilité de la distinction inconscient/émotionnel avec le conscient/cognitif</h2>
<p>Les pratiquants de l’hypnose connaissent bien cette distinction puisqu’un certain nombre de techniques leur permettent de « débrancher » le cerveau conscient au profit d’un contact direct avec l’inconscient, au sein de la transe hypnotique. Les hypnotiseurs ont élaboré un ensemble de gestes, un langage spécifique, des métaphores qui leur ouvrent un « dialogue » avec le cerveau émotionnel. Hommage doit être rendu à cet égard à Milton Erickson, le père de l’hypnose moderne, dont le génie a pu comprendre en son temps ce que les IRMf ou autres techniques (<a title="Wikipedia Pet Scan" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pet_scan" target="_blank">Pet Scan</a> , <a title="Wikipedia TEP" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Tomographie_%C3%A0_%C3%A9mission_de_positons" target="_blank">TEP</a>) nous montrent aujourd’hui.</p>
<div class="pullquote-wrapper left">
<div class="pullquote prociono">Une médecine des émotions sans psychanalyse ni Prozac</div>
</div>
<p>Bien que médecin psychiatre, Servan-Schreiber fait déboucher sa théorie sur des pratiques hors médecine traditionnelle, avec comme credo « une médecine des émotions sans psychanalyse ni Prozac »…Il a beaucoup utilisé <a title="Wikipedia EMDR" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/EMDR" target="_blank">l’EMDR </a>dont il fut la figure de proue en France. Il a aussi pratiqué l’hypnose.</p>
<p>La sophrologie fait aussi appel à la distinction conscient/inconscient, dans la mesure où, par ses techniques de relaxation et le lâcher prise, elle permet l’accès à l’inconscient.</p>
<p>Nous l’avons vu, Goleman développe son concept d’intelligence émotionnelle à partir de la distinction entre émotionnel et cognitif. En miroir au QI, il crée le QE, quotient émotionnel, qui inclut la maîtrise de soi, la motivation, le respect d’autrui. Il en fait un instrument d’harmonie personnelle, d’éducation, de relations humaines et de management d’entreprise. La maîtrise du QE serait un meilleur atout dans la vie que le QI.</p>
<p>C’est aussi dans le domaine de la thérapie que la distinction prend tout son sens. Comment se débarrasser de ces comportements qui se répètent malgré nous, échappant à notre volonté, si ce n’est en pénétrant dans le cerveau émotionnel, en y recherchant la source du bogue et en proposant un nouvel apprentissage de comportement plus rationnel.</p>
<h2>En conclusion</h2>
<p>Ce que l’intuition avait apporté depuis longtemps à ceux qui s’intéressaient aux mystères du fonctionnement du cerveau se trouve aujourd’hui confirmé par les techniques d’imagerie médicale. Il existe bien un conscient et un inconscient, physiologiques, structurels.</p>
<p>La cohabitation n’est pas toujours aisée, du fait de la prééminence en ancienneté de l’inconscient et donc en moyens d’intervention qu’il s’est réservés. L’inconscient nous est indispensable pour gérer notre vie courante, mais il n’est guère mesuré, nuancé lorsqu’il veut nous protéger, d’où des réactions émotionnelles parfois mal dosées.</p>
<p>Mais au fond, l’inconscient est de bonne composition. Il ne s’opposera pas à ce que l’on aille, en sa compagnie, éliminer au fin fond de la mémoire les mauvais réglages et les routines obsolètes qu’il a mis en place, parfois très tôt dans la vie d’un individu. Et il acceptera même d’apporter son aide au changement sous la forme d’un processus mieux adapté.<br />
Les techniques modernes d’investigation permettent aujourd’hui de comprendre un grand nombre de processus électrochimiques qui sont à l’origine des phénomènes que nous avons décrits.</p>
<p>La part de merveilleux s’éloigne, la froide rigueur des expérimentations s’impose. On parle désormais en termes de psychobiologie et non plus de « gouttelette presque impalpable qui porte l’édifice du souvenir »…</p>
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