Le Magazine de l'Hypnose et des Neurosciences

 
 

 
A voir
 

 
0
Posté 2 avril 2013 par Kevin Finel dans Articles
 
 

Quelques notions de Story Telling

Story Telling
Story Telling

1. Le rôle de la surprise

Une histoire, une vie

Nous recherchons tous une chose lorsque nous utilisons l’hypnose : créer de l’impact. Nous savons que l’état hypnotique favorise l’accès à l’inconscient et nous l’utilisons pour que nos suggestions et nos protocoles gagnent en efficacité.

Nous cherchons en permanence à créer un contexte hypnotique, et l’une des façons les plus anciennes que nous connaissons pour y parvenir consiste à raconter une histoire.

Le « graal » pour un hypnologue est de créer un contexte qui va marquer l’inconscient de son interlocuteur, et être un levier pour l’aider à changer, à se libérer d’un comportement, à atteindre son ou ses buts…  Une histoire qui change une vie.

Le story telling est la discipline qui étudie la façon de raconter, de mettre en scène une histoire pour qu’elle puisse avoir un impact puissant sur celui qui l’entend. Nombre de ces concepts pourraient être qualifiés de « générateurs d’hypnose », et peuvent être adaptés à notre pratique, comme celui qui consiste à « mettre en échec la machine à penser de son interlocuteur… pour la réparer ensuite. »

Quoi de plus entêtant qu’une question ?

Devant une question nous cherchons une réponse. Devant une réponse, nous arrêtons de penser.

L’un des premiers défis qui se pose à un accompagnant est d’attirer l’attention de son client/patient et de la conserver à un haut niveau pendant tout le temps de la relation. Etre à l’écoute de l’autre ne suffit pas pour cela, de créer de la confiance : cela peut même être contreproductif ! C’est l’une des erreurs les plus courantes que  de vouloir être trop rassurant … mais quelqu’un de trop rassurant est perçu comme prévisible, et génère peu d’impact.

quelqu’un de trop rassurant est perçu comme prévisible, et génère peu d’impact

Toutes les personnes qui ont étudié les principes de séduction savent que le meilleur moyen d’attirer l’attention est de créer du questionnement chez son interlocuteur : le principe est utilisé par les bandes annonces au cinéma,  c’est celui du teasing : je crée des questions sans donner de réponses : en résultent l’attente, la recherche d’information, la réflexion…. La « machine à penser » de celui qui est dans le questionnement tourne  à plein régime !

La communication doit donc être à l’inverse, d’une recherche de bon sens et de simple gentillesse : c’est une autre règle de séduction : les personnes qui font preuve de bon sens et qui sont « gentilles » sont très vites oubliées, ou au mieux deviennent des « gentils amis ». Or, un accompagnant ne peut pas se permettre le luxe d’être un « ami » : les amis peuvent donner les meilleurs conseils du monde, ils sont rarement écoutés.

Il est donc utile de créer du questionnement, ou mieux encore, de la surprise ! La surprise nous fige, elle nous rend attentif à notre environnement.  Comme le remarque le Dr.  Paul Ekman, spécialiste de l’étude du langage non verbal, lorsque nous sommes surpris, nos sens sont « grands ouverts » : nos yeux s’écarquillent, nous sommes « bouche bée », comme si notre corps, voulait enregistrer et absorber plus d’informations. Il se met sur pause, devient immobile  pour nous laisser le temps d’assimiler ce qui nous arrive. C’est un état d’alerte : la surprise déstabilise et inconsciemment nous savons qu’il y a quelque chose à apprendre de la situation. Nous sommes alors particulièrement suggestibles et perméables à toute nouvelle information.

Phase deux : créer un chaos qui a du sens

Que fait une personne qui est dans un état d’instabilité ? Elle cherche à tout prix à se stabiliser ! Devant la surprise, nous cherchons du sens. Tout en nous est actif, sur le qui-vive… et tant qu’il n’y aura pas de réponse, il y aura un sentiment d’inconfort et de frustration.

Pourtant, de nombreuses personnes aiment les énigmes : pourquoi donc aimer quelque chose qui crée de l’instabilité ? Nous le savons tous : parce que le soulagement qui va naitre, quand le sens reviendra, sera agréable et procurera même une grande satisfaction. Et, bien souvent, nous anticipons cette sensation agréable dès le début de la période de questionnement / surprise.

2 idées en découlent :

-          La période de questionnement crée un chaos mental qui rend particulièrement suggestible.

-          Il faut ménager une porte de sortie : la perspective d’un soulagement futur qui passe par du sens.

Si on lit Erickson, on remarque non seulement qu’il utilisait souvent la confusion, mais surtout qu’il saturait ensuite sa communication de sous-entendus, de liens logiques… il créait ainsi un questionnement perpétuel, mais toujours avec une perspective de sens pour son patient.

Cette maîtrise de l’état émotionnel de l’interlocuteur se retrouve chez les conteurs talentueux et les scénaristes brillants. De nombreux films ont utilisé cette stratégie.  « 6e sens » en est un bon exemple : tout au long du film règne un décalage difficile à cerner, des indices sont donnés, mais il est difficile au spectateur de trouver la solution avant le coup de théâtre final.

C’est quand la révélation se fait, quand les pièces du puzzle s’emboitent, que le sentiment agréable arrive :   alors l’expérience est enregistrée, profondément intégrée.

Une surprise gratuite ne verrouille pas l’information : elle ne laissera de la place qu’à un sentiment de frustration et celui qui en est victime aura l’impression de s’être fait flouer.

Une surprise doit finir par avoir un sens, elle doit être « post visible ».

Un jeu d’échecs… et de réussite ?

Si l’on résume ces idées, nous pouvons donc imaginer des stratégies en 3 temps :

  1. Une annonce imprévisible, créatrice de questionnement et de surprise.
  2. Une phase de recherche de sens, qui sera l’occasion de placer nos suggestions et dans laquelle nous semons nos indices.
  3. Un accès au sens, à la compréhension, qui vient verrouiller l’ensemble de l’expérience.

Un petit exemple ?

  1. « Vous êtes incapable de changer ! Personne n’est capable de changer…
  2. …pourtant des gens changent, en permanence, sans même savoir pourquoi : pensez-vous qu’un bébé sait comment il fait pour passer d’un comportement à un autre ? Pourtant, vous ne pouvez pas changer. Vous l’avez fait, vous le ferez encore, mais vous en êtes incapable. [….]
  3. …c’est votre inconscient qui peut y parvenir. Et c’est pour cela que vous êtes venu vers l’hypnose n’est-ce pas ? Pour faire ce que tout le monde fait, et que vous avez toujours fait : laisser votre inconscient s’occuper de vous aidez à changer. »

Kevin Finel

 
Avatar de Kevin Finel
Praticien en hypnose, coach et formateur en hypnose classique et éricksonienne, enseignant en PNL, Kevin Finel partage aujourd'hui son activité entre les consultations individuelles, son activité de formateur et la direction de l'A.R.C.H.E. , école formant chaque années de nombreux praticiens en hypnose. Dans son approche fortement inspirée par le travail de Milton Erickson et de Richard Bandler, il réunit dans ses formations les principaux courants d'hypnose afin de proposer un enseignement aussi complet et abouti que possible.Il intervient depuis 2008 à l'université de Paris 8 dans le cadre du D.E.S.U. de thérapie systémique et familiale et depuis 2010 dans le D.F.S.U. de psychopathologie clinique. Il enseigne aussi régulièrement dans différentes écoles de psychothérapie et de commerce (communication et pédagogie).Il est aussi le co-fondateur avec Frédéric Zenouda de la web télé "des maux et des mots".